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Réformes et conditionnalités : le Liban face à l’examen du FMI

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Une mission décisive pour un pays à bout de souffle

Le Liban vit, à l’automne 2025, un moment charnière dans sa relation avec le Fonds monétaire international. Après trois ans de négociations interrompues, la délégation du FMI est revenue à Beyrouth en octobre pour évaluer la faisabilité d’un programme de soutien financier. L’objectif officiel est clair : relancer le plan d’aide de 3 milliards de dollars suspendu depuis 2022. Mais derrière les discussions techniques se cache un constat implacable : sans réformes structurelles, le Liban restera exclu des circuits internationaux de financement. Les représentants du Fonds ont rencontré le Premier ministre Nawaf Salam, le gouverneur de la Banque du Liban Karim Souaid et les membres des commissions parlementaires économiques et budgétaires. Le FMI exige un engagement chiffré sur la réforme du secteur bancaire, la restructuration de la dette et l’adoption d’une stratégie budgétaire crédible. La visite intervient dans un contexte de tensions sociales et de paralysie institutionnelle qui fragilisent la position du gouvernement.

Des finances publiques à l’agonie

Les indicateurs budgétaires confirment l’urgence de la situation. Le déficit public atteint 9,4 % du PIB en 2025, contre 4,7 % avant la crise. La dette publique, évaluée à 102 milliards de dollars, équivaut à près de 330 % du PIB — l’un des ratios les plus élevés du monde. Les recettes fiscales, effondrées par la contraction économique, ne couvrent plus que 60 % des dépenses courantes. Les subventions énergétiques et alimentaires, autrefois financées par les réserves de la Banque centrale, ont disparu. L’État dépend désormais des droits de douane, eux-mêmes en chute libre à cause de la baisse des importations. Le service de la dette, suspendu depuis 2020, reste non négocié avec les créanciers. Le FMI insiste sur la nécessité d’une restructuration ordonnée et transparente, incluant une participation du secteur bancaire et des détenteurs de dépôts. Cette perspective suscite des résistances politiques, les députés redoutant une perte de confiance totale du public envers le système financier.

Le secteur bancaire au cœur des tensions

Le système bancaire libanais, autrefois présenté comme le pilier de l’économie, est désormais l’un des points centraux des discussions. Les pertes cumulées des banques dépassent 70 milliards de dollars, selon les estimations présentées à la mission du FMI. Plus de 80 % des dépôts sont gelés depuis 2019, sans perspective de remboursement intégral. Le FMI réclame une loi de restructuration bancaire qui distingue clairement les dépôts garantis (jusqu’à 100 000 dollars) des pertes à imputer aux grandes fortunes et aux actionnaires. Ce plan, déjà évoqué en 2023, n’a jamais été adopté par le Parlement. Les négociateurs du Fonds exigent également un audit complet et indépendant de la Banque du Liban, dont les rapports financiers n’ont pas été publiés depuis 2018. Le gouverneur Karim Souaid a promis de livrer un premier bilan consolidé avant la fin de l’année, mais les experts jugent cette échéance peu réaliste. Sans transparence bancaire, le FMI refuse de valider tout financement.

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Réformes structurelles : conditions et obstacles

Les exigences du FMI s’articulent autour de quatre axes : discipline budgétaire, réforme de la gouvernance bancaire, lutte contre la corruption et modernisation du secteur public. Le Fonds demande la création d’une Autorité de régulation financière indépendante, la révision du Code des marchés publics et la mise en œuvre d’un cadastre fiscal numérique. Le gouvernement libanais a validé ces principes sur le papier, mais leur application reste bloquée par des rivalités politiques. La loi sur la transparence des nominations administratives, votée en 2023, n’a jamais été appliquée. Les audits des ministères clés, notamment de l’Énergie et des Travaux publics, sont suspendus pour “raisons de sécurité nationale”. La fonction publique, réduite à 60 % de ses effectifs, manque de moyens techniques pour exécuter les réformes. Le FMI réclame également une réforme du système de retraites et de la Caisse nationale de sécurité sociale, qui affiche un déficit de 2 milliards de dollars.

L’électricité, un test de crédibilité

Le dossier énergétique illustre la difficulté du Liban à appliquer les recommandations internationales. Le FMI conditionne son aide à la réduction des pertes du secteur électrique, estimées à 1,5 milliard de dollars par an. La compagnie Électricité du Liban ne facture qu’un tiers de la production réelle à cause des branchements illégaux et des tarifs obsolètes. Le plan de redressement prévoit une hausse progressive des tarifs, la mise en service des centrales de Deir Ammar et de Zahrani et le développement du gaz naturel importé. Mais la pénurie de financement bloque les chantiers. En octobre, la production électrique moyenne reste inférieure à 800 mégawatts, alors que la demande dépasse 2 500. Le FMI voit dans la réforme énergétique un préalable à tout investissement extérieur. Sans amélioration du réseau, la croissance potentielle du pays reste inférieure à 1 %. Le Liban dépense plus pour ses générateurs privés que pour l’éducation ou la santé réunies.

Les résistances politiques et sociales

Les réformes exigées par le FMI se heurtent à une opposition politique transversale. Les partis craignent d’assumer le coût social de l’austérité. La réduction des subventions et l’ajustement des tarifs publics risquent de provoquer une nouvelle vague de contestation. Les syndicats, déjà mobilisés, dénoncent une politique dictée par l’étranger. Le gouvernement tente de présenter les réformes comme une nécessité nationale, mais la population, appauvrie, perçoit le FMI comme une menace. Selon les sondages récents, 62 % des Libanais rejettent tout accord imposant des hausses de tarifs ou des réductions salariales. Le Premier ministre Nawaf Salam plaide pour un “réalisme économique sans humiliation nationale”. Le Parlement, paralysé, n’a pas encore adopté les lois requises. La défiance entre l’exécutif et les députés freine la conclusion d’un accord.

La pression des bailleurs et des partenaires régionaux

Les pays du Golfe, la Banque mondiale et l’Union européenne conditionnent également leurs aides à la signature d’un accord avec le FMI. Sans ce cadre, aucun financement bilatéral ne sera débloqué. Riyad, Abou Dhabi et Doha insistent sur la nécessité d’un audit complet du secteur bancaire avant toute intervention. L’Union européenne maintient la suspension de 400 millions d’euros de programmes d’infrastructures en attente d’un plan budgétaire clair. La Banque mondiale, de son côté, a gelé les décaissements de plusieurs projets énergétiques. Cette pression internationale place le Liban dans une position de dépendance totale. Sans réformes, le pays ne peut accéder ni aux financements extérieurs ni aux marchés de capitaux. Les discussions en cours détermineront la possibilité d’éviter un effondrement définitif du système public.

Une société à la croisée des chemins

La réussite ou l’échec des négociations avec le FMI aura des conséquences profondes. Un accord permettrait de stabiliser la monnaie, d’attirer de nouveaux financements et de restaurer une partie de la confiance internationale. Mais les réformes exigées auront un coût social élevé : réduction des subventions, licenciements dans la fonction publique, augmentation des taxes indirectes. Les économistes libanais estiment que, sans mesures d’accompagnement, le taux de pauvreté pourrait dépasser 85 % d’ici 2026. L’enjeu n’est pas seulement économique, mais politique : le Liban doit prouver qu’il peut gouverner, contrôler ses institutions et assumer ses engagements. Pour l’instant, le pays navigue entre deux impératifs contradictoires : satisfaire les bailleurs sans provoquer une explosion sociale. L’automne 2025 pourrait marquer un tournant — soit la reconstruction progressive de l’État, soit sa désintégration finale sous le poids de ses contradictions.

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Newsdesk Libnanews
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