Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a reçu ce vendredi à son siège d’Ain el-Tineh le député Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire « Fidélité à la Résistance », accompagné d’une délégation comprenant les députés Ali Ammar, Hussein al-Hajj Hassan, Amin Cherri, Raed Berro, Ali Fayyad et Hassan Fadlallah. Cette entrevue, survenue en pleine préparation des élections législatives prévues pour le 10 mai prochain, a porté sur les développements politiques, sécuritaires et législatifs au Liban, dans un contexte marqué par des tensions persistantes à la frontière sud et des défis internes liés à la stabilité du pays.
Au terme de la réunion, Mohammad Raad a déclaré que l’entretien avait débuté par des vœux pour le mois de Ramadan, en adressant un message de solidarité aux Libanais, particulièrement ceux du sud et du Bekaa confrontés aux agressions israéliennes et aux difficultés quotidiennes. Il a souligné une convergence totale des vues avec Nabih Berri sur les enjeux locaux et régionaux, affirmant que le « duo national » – alliance entre le mouvement Amal et le Hezbollah – constitue la base d’une unité nationale plus large pour affronter les menaces pesant sur la souveraineté, la sécurité et la stabilité du Liban.
Raad a insisté sur l’engagement en faveur de la sécurité du pays et d’une vie normale pour ses citoyens, tout en appelant à une confrontation ferme contre l’occupation israélienne. Il a plaidé pour un retour des déplacés dans leurs villages et villes, sous l’égide d’une unité nationale et d’une autorité centrale préservant la souveraineté. Interrogé sur les élections législatives, il a confirmé une position unifiée : le duo national abordera ce scrutin ensemble, quel que soit le scénario.
Cette rencontre intervient alors que Nabih Berri a récemment réaffirmé son attachement à la tenue des élections dans les délais constitutionnels, malgré des appels à un report motivés par des préoccupations sécuritaires au sud. Berri, qui a ouvert le registre des candidatures et déposé la première demande pour le district de Tyr-Zahrani, a déclaré qu’il n’était pas permissible d’entraver le lancement d’une nouvelle ère par un ajournement ou une prolongation du mandat parlementaire, soulignant que ce scrutin est fondamental pour la formation des autorités et la régénération de la vie politique.
Un échange sur les priorités nationales
Les discussions ont couvert un large spectre, incluant les évolutions générales, les nouveautés politiques et sur le terrain, ainsi que des questions législatives. Mohammad Raad a mis l’accent sur les souffrances des populations du sud, exposées à ce qu’il a qualifié de « tyrannie et d’agressions israéliennes », et sur les dysfonctionnements dans la gestion des affaires vitales du pays. Il a réitéré l’importance d’une plateforme unitaire pour contrer les défis, en particulier ceux touchant à la souveraineté territoriale.
Cette convergence s’inscrit dans une tradition d’alliances entre Amal et le Hezbollah, renforcée depuis les années 2000. Le duo chiite, qui détient une influence significative au Parlement avec 31 sièges sur 128 dans la législature actuelle issue des élections de 2022, a souvent coordonné ses positions sur les dossiers sensibles, comme la résistance à l’occupation et la gestion des crises internes. Dans le contexte actuel, cette unité est perçue comme un rempart contre les divisions confessionnelles qui ont marqué l’histoire récente du Liban, notamment lors de la vacance présidentielle prolongée jusqu’à l’élection de Joseph Aoun en janvier 2025.
Le gouvernement formé en février 2025 sous la direction de Nawaf Salam, composé de 24 ministres, reflète ces dynamiques. Parmi les portefeuilles clés, le ministère des Finances est détenu par Yassin Jaber, affilié à Amal, tandis que le ministère de la Santé est confié à Rakan Nasreddine, proche du Hezbollah. D’autres ministres chiites incluent Muhammad Haidar au Travail, Tamara al-Zin à l’Environnement et Fadi Meki au Développement administratif. Cette répartition assure une représentation du duo national au sein de l’exécutif, tout en intégrant d’autres forces comme les Forces libanaises, qui occupent quatre postes, dont les Affaires étrangères avec Youssef Raji et l’Énergie avec Joseph Saddi.
Les préparatifs électoraux sous tension
Les élections législatives de mai 2026 s’annoncent comme un test majeur pour la stabilité politique. Le ministère de l’Intérieur, dirigé par Ahmad al-Hajjar, a fixé les délais : les candidatures ouvrent le 10 février et se clôturent le 10 mars, avec un retrait possible jusqu’au 25 mars. Des complications émergent toutefois, notamment autour du vote des expatriés. Le gouvernement Salam insiste pour que la diaspora vote pour l’ensemble des 128 sièges, conformément à une interprétation large de la loi électorale de 2017, mais Nabih Berri et ses alliés, incluant le Mouvement patriotique libre, défendent l’attribution de seulement six sièges dédiés, comme prévu à l’article 112.
Une opinion juridique du ministère de la Justice, émise récemment, a attisé les controverses en soutenant la position gouvernementale, qualifiée par Berri de « rejetée et déroutante ». Il a accusé un parti non nommé de comploter pour bloquer le scrutin, affirmant que cette interprétation révèle un plan visant à empêcher les élections dans les temps. Malgré ces frictions, Berri a réitéré son engagement pour un vote ponctuel, coupant court aux allégations d’un désir d’extension du mandat parlementaire.
Les alliances se dessinent progressivement. Saad Hariri, figure sunnite emblématique, a signalé un retour potentiel de son Courant du Futur, indiquant que ses partisans « entendront notre voix et compteront nos votes » lors du scrutin. Bien qu’il n’ait pas confirmé sa candidature personnelle, son influence reste forte dans les communautés sunnites, particulièrement à Beyrouth et Tripoli. De son côté, le Parti socialiste progressiste de Taymour Jumblatt, représentant la communauté druze, pourrait consolider ses positions dans le Chouf.
Le président Joseph Aoun a quant à lui insisté sur l’importance de ces élections pour renforcer la légitimité politique, appelant les Libanais à exercer leur droit de vote avec conscience nationale. Il a souligné la richesse des capacités humaines du pays pour surmonter les obstacles, dans un discours du 19 janvier 2026. Des reports logistiques sont évoqués, potentiellement repoussant le scrutin d’un ou deux mois, mais Hezbollah et Amal s’opposent à toute ajournement perçu comme politique.
Les défis sécuritaires à la frontière sud
Cette rencontre Berri-Raad survient alors que les tensions avec Israël persistent, malgré l’accord de cessez-le-feu négocié par les États-Unis en novembre 2024. L’armée israélienne a mené une vague d’attaques aériennes dans plusieurs zones du sud Liban ce jeudi matin, ciblant des dépôts d’armes, lance-missiles et sites militaires de Hezbollah, qualifiés de violations de l’accord. Ces frappes ont visé des localités comme Alma al-Chaab, Naqoura et Yanouh dans le district de Tyr, ainsi que d’autres sites au nord et au sud du Litani.
Selon des rapports, ces opérations ont causé des blessures et des destructions, avec au moins deux décès confirmés dans les villages de Hanine et Talloussah. L’armée libanaise a besoin de quatre mois supplémentaires pour la seconde phase du désarmement de Hezbollah au nord du Litani, comme indiqué par le ministre de l’Information Paul Morcos lors d’une visite au Koweït. Le cabinet a demandé à l’armée un briefing sur ses besoins, avec une décision attendue la semaine prochaine.
Hezbollah a condamné ces attaques comme une « escalade dangereuse », appelant le gouvernement à abandonner sa « politique de silence » et à prendre des mesures dissuasives. Naim Qassem, secrétaire général adjoint, a menacé une riposte pour défendre contre les frappes israéliennes, critiquant l’inaction de l’État et rappelant que l’accord de Taëf stipule la libération du territoire de l’occupation israélienne. Il a souligné que Hezbollah attend que l’État agisse, mais que la situation actuelle ne peut perdurer.
Les Forces armées libanaises (FAL) ont progressé dans le désarmement au sud du Litani, réduisant les frappes israéliennes dans cette zone, mais Hezbollah conserve des armes limitées, entraînant des frappes sporadiques. Israël maintient qu’il continuera les opérations jusqu’au désarmement complet, concentrant désormais ses efforts au centre et au nord du Liban où Hezbollah a relocalisé son arsenal.
Le rôle de la résolution 1701 de l’ONU
La résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2006, reste au cœur des efforts pour stabiliser la frontière. Elle appelle au désarmement des groupes armés au sud du Litani et au déploiement exclusif des FAL et de la FINUL. En février 2026, les violations persistent : Israël a mené au moins 50 frappes aériennes en janvier, le plus haut total mensuel depuis le cessez-le-feu, selon des observateurs.
Le rapport des droits de l’homme de l’ONU du 19 février 2026 exprime des préoccupations sur l’escalade, incluant des transferts forcés de Palestiniens qui pourraient équivaloir à un nettoyage ethnique, bien que focalisé sur Gaza et la Cisjordanie, avec des répercussions régionales. Le secrétaire général de l’ONU a appelé à une désescalade immédiate et au respect intégral de la résolution, soulignant les risques pour la stabilité libanaise.
Les FAL, avec un soutien international accru, visent à étendre leur autorité, mais des contraintes budgétaires limitent leur efficacité, de nombreux soldats occupant des emplois secondaires pour compléter leurs salaires. Les États-Unis ont fourni une assistance en intelligence, facilitant une saisie de près de 400 000 munitions le 10 février.
Implications économiques et sociales
Le Liban grapille avec une crise économique persistante, aggravée par les destructions au sud. Le plan de relance du gouvernement Salam repose sur deux piliers : souveraineté et réformes, visant à restaurer la confiance et attirer les investissements. Des protestations ont éclaté à Beyrouth cette semaine contre une nouvelle taxe sur le gaz destinée aux employés publics, illustrant les pressions sociales.
La reconstruction post-guerre est prioritaire, avec des estimations de dommages dépassant les milliards. Le duo national insiste sur la préservation de la stabilité pour activer les institutions, via des scrutins comme les récentes élections municipales. Mohammad Raad a réaffirmé l’engagement pour une vie normale, tout en confrontant l’occupation.
Dynamiques confessionnelles et régionales
Les dynamiques confessionnelles influencent les alliances : les chiites dominent au sud et au Bekaa, avec Amal fort à Tyr et Nabatieh, et Hezbollah dans le Hermel. Les sunnites, sous l’ombre de Hariri, pourraient regagner du terrain à Beyrouth, tandis que les chrétiens, divisés entre Forces libanaises et Mouvement patriotique libre, négocient leurs quotas.
Régionalement, l’Iran exerce une pression sur Hezbollah pour un rôle potentiel dans toute confrontation future avec Israël ou les États-Unis, selon des rapports. Nabih Berri mène des discussions pour prévenir une implication, favorisant une approche politique. Israël a élevé son alerte au nord, préparant des plans pour un scénario multifronts, avec des forces déployées à la frontière.
Événements récents sur le terrain
Dans les dernières 24 heures, les forces israéliennes ont mené des opérations nocturnes, détruisant des infrastructures de Hezbollah au sud. Une frappe sur Kharayeb le 22 janvier a illustré l’intensité, bien que janvier ait vu 50 attaques, doublant celles de décembre. Le 19 février, des bâtiments à Kfar Tebnit et Ain Qana ont été rasés, l’armée israélienne revendiquant des cibles liées à Hezbollah.
Le gouvernement libanais, via Paul Morcos, a indiqué que la seconde phase du désarmement sera décidée sur base des capacités de l’armée, visant à placer toutes les armes sous contrôle étatique au nord du Litani. Naim Qassem a insisté que Hezbollah ne cherche pas la guerre, mais défendra si nécessaire, soulignant que l’ère des armes reste essentielle tant qu’Israël opère.
Ces développements soulignent les enjeux immédiats pour le Liban : équilibrer les préparatifs électoraux avec la gestion des tensions frontalières, tout en renforçant l’unité nationale face aux pressions externes.


