samedi, février 21, 2026

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Report des législatives: qui pousse, qui bloque, et pourquoi

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Les promoteurs d’un glissement: présidence, gouvernement et médiations

L’idée d’un report court ne se présente pas comme un choix idéologique. Elle est présentée comme un arrangement pratique. Elle est portée, d’abord, par la présidence et par le gouvernement. Le raisonnement avancé met au centre le vote des Libanais de l’étranger. Il s’appuie sur une réalité matérielle. Organiser un scrutin national exige des listes électorales à jour, des équipes formées, des centres prêts, du matériel distribué, et une chaîne de dépouillement robuste. Cela vaut aussi pour l’étranger, où il faut en plus des locaux, des personnels, des procédures de sécurité, et une coordination consulaire. Dans ce cadre, un glissement vers le début ou le milieu de l’été est présenté comme une solution qui facilite la participation des expatriés revenant au pays pendant les vacances. Le report devient alors, dans le discours, une mesure d’inclusion. Mais cette inclusion n’est pas neutre. Le vote des expatriés peut peser sur des équilibres fragiles. Il peut modifier des résultats dans des circonscriptions serrées. Il peut aussi influencer des alliances, car certains blocs politiques estiment y trouver un avantage, et d’autres y voient un risque. C’est pourquoi l’argument logistique sert aussi de couverture à une bataille de calculs. De plus, la présidence et le gouvernement doivent gérer une pression sécuritaire diffuse. Une campagne électorale se déroule dans un climat lourd. Certains responsables expliquent qu’un scrutin organisé sous tension peut produire des contestations, des accusations d’irrégularités, et une participation plus faible. D’autres rétorquent que céder sur le calendrier revient à installer un précédent. Le débat se tend donc autour d’une question simple, mais explosive: faut-il prioriser la faisabilité immédiate, ou la symbolique d’un rendez-vous tenu à date fixe.

Cette logique du glissement court est aussi soutenue, de manière indirecte, par une médiation politique qui cherche à éviter un choc institutionnel. Dans ce jeu, des acteurs centristes préfèrent gagner quelques semaines plutôt que d’entrer dans une confrontation frontale sur le contenu de la loi électorale. L’objectif est de réduire la probabilité d’un blocage en séance plénière. Il existe, en arrière-plan, une peur du vide. Un Parlement qui ne tranche pas, un gouvernement qui hésite, et une administration qui tourne au ralenti créent une scène d’incertitude. Cette incertitude est déjà coûteuse. Elle ralentit les préparatifs. Elle alimente la rumeur. Elle pousse des équipes à attendre. Elle donne aussi aux partis un prétexte pour reporter des décisions d’alliance. Dans ce contexte, la proposition de report vers l’été vise à créer un compromis minimal. Elle cherche à satisfaire ceux qui veulent préserver le vote des expatriés, tout en offrant une marge de préparation. Elle cherche aussi à éviter que la dispute se transforme en crise ouverte entre institutions. Mais ce compromis reste fragile, car il suppose un accord politique préalable. Sans accord, aucun texte ne passe. Et sans texte, le report devient impossible légalement, ou devient un précédent dangereux. D’où un paradoxe: le report court est présenté comme une solution de stabilité, alors même qu’il peut ouvrir la porte à une bataille plus large sur la légitimité et la durée.

Les opposants au report court: Parlement, Amal et logique du refus

Le verrou principal contre le report court est le président de la Chambre, Nabih Berri. Sa position se distingue par sa clarté. Il refuse un glissement de mai vers l’été lorsqu’il est justifié par des motifs techniques. Il estime que le scrutin peut être tenu à la date prévue. Il refuse aussi de rouvrir la loi électorale une nouvelle fois, en rappelant que les aménagements de la dernière échéance ont laissé des traces et ont alimenté des soupçons. Pour lui, l’instabilité des règles à chaque cycle détruit la confiance et transforme l’élection en négociation permanente. Cette ligne s’accompagne d’un argument institutionnel: la Chambre ne veut pas apparaître comme l’instance qui proroge un mandat parlementaire. La mémoire des prorogations précédentes est lourde. Elle a entamé la crédibilité de l’État. Elle a renforcé l’idée d’une classe politique qui se protège. Dans ce contexte, accepter un report, même de quelques semaines, impose un coût d’image. C’est ce coût que Berri cherche à éviter. Pourtant, sa position n’est pas seulement un refus de principe. Elle est aussi un rapport de force. La Chambre contrôle le calendrier législatif. Elle peut accélérer un texte. Elle peut le ralentir. Elle peut aussi exiger un accord politique avant d’ouvrir le dossier. C’est une manière de dire que la solution ne sera pas un arrangement imposé par l’exécutif. Elle devra être un compromis validé par une majorité réelle. Enfin, une nuance pèse lourd dans ce débat: si un report devait se produire, Berri laisse entendre qu’il préférerait un report long, qui ressemble à une prorogation substantielle. Cette idée change la nature de la discussion. Elle transforme un petit glissement en risque de report massif. Elle alimente la peur d’un précédent qui ne se referme pas.

Dans cette logique, le mouvement Amal s’inscrit dans une ligne de prudence institutionnelle. Amal ne veut pas porter l’étiquette d’un camp qui aurait facilité une prorogation déguisée. Il veut aussi éviter que l’élection soit prise en otage par un conflit technique sur les expatriés. Dans le même temps, des acteurs politiques évoquent l’existence d’efforts de persuasion visant à faire accepter à Berri un report court. Cette pression est présentée comme une tentative de désamorcer une crise. Mais elle révèle aussi une réalité: sans le président de la Chambre, aucune sortie n’est simple. Le Parlement reste l’organe qui valide, ou qui bloque. C’est pourquoi certains acteurs suggèrent qu’un accord pourrait se construire à condition de neutraliser un point très sensible, celui des modalités du vote à l’étranger et celui de la représentation dédiée de la diaspora. Cependant, neutraliser ce point est lui-même explosif, car il touche au droit de vote effectif d’une partie des Libanais. Il touche aussi à la manière dont le pays se représente symboliquement, entre territoire et diaspora. Cette tension explique la rigidité des positions. Elle explique aussi le glissement du débat vers des questions de procédure. Quand la politique est trop polarisée, on se réfugie dans les articles, les délais, et les formes. Mais au fond, la dispute est simple: certains veulent préserver une date, d’autres veulent préserver une participation, et chacun craint de payer le prix d’un compromis.

Forces libanaises, Hezbollah et PSP: positions et stratégies qui se heurtent

La position la plus offensive dans ce dossier est celle des Forces libanaises, menées par Samir Geagea. Le parti attaque la méthode parlementaire et accuse la présidence de la Chambre de créer un étranglement des délais. Le message est construit comme une accusation de responsabilité. Si un texte transmis par le gouvernement est considéré comme urgent, alors le ralentir revient, selon cette lecture, à frapper le cœur des échéances. Les Forces libanaises transforment donc la question de date en question de légalité et de respect des règles. Cette stratégie vise un objectif précis. Elle cherche à placer le président de la Chambre en position défensive, et à faire porter sur lui le risque d’un glissement. Elle cherche aussi à mobiliser une opinion déjà sensible à l’idée de prorogations répétées. Dans ce discours, la tenue du scrutin à temps devient une preuve de souveraineté institutionnelle. Le report, même court, devient une pente glissante. En parallèle, les Forces libanaises utilisent ce dossier comme un prolongement d’un récit plus large sur l’État, l’autorité, et la capacité des institutions à imposer des règles claires. Le calendrier électoral devient un symbole. Il sert à montrer, ou à contester, la réalité du changement promis. Cela explique la dureté du ton. Cela explique aussi la mise en avant des délais comme argument central. Dans une scène où la confiance est faible, l’accusation de manipulation du temps est l’une des plus efficaces. Elle suggère un calcul. Elle suggère une volonté de contrôle. Elle réactive des souvenirs de reports passés.

À l’opposé, le Hezbollah défend une ligne de continuité juridique. Des responsables du parti insistent sur le fait que les élections doivent se tenir en mai et selon la loi en vigueur. Cette position s’accompagne d’un point technique devenu hautement politique: la loi prévoit l’élection de six députés représentant la diaspora dans une circonscription mondiale dédiée. Le Hezbollah soutient que l’exception appliquée lors du précédent scrutin ne doit pas être reconduite. Dans cette logique, la stabilité passe par l’application du texte, sans modification tardive. Cette ligne converge, sur le principe, avec le refus du président de la Chambre de rouvrir la loi électorale. Elle convergera aussi avec l’idée que toute modification de dernière minute crée des soupçons. Le Hezbollah ajoute, dans ce débat, une dimension de contrôle du risque. Un report ouvre une négociation. Une négociation peut s’étirer. Elle peut produire un vide. Or, le vide est une menace dans un pays où les institutions se bloquent facilement. Le Hezbollah préfère donc un rendez-vous fixe, même difficile, à une période d’incertitude prolongée. Entre ces positions, le Parti socialiste progressiste, associé à Walid Joumblatt, apparaît comme un acteur de médiation. Son approche est souvent pragmatique. Elle vise à éviter un affrontement institutionnel total. Elle cherche un report court si cela permet d’empêcher une crise de procédure et de préserver une forme d’équilibre. Mais ce pragmatisme a une limite. Il dépend d’un accord préalable. Sans accord, la médiation reste un discours. Et dans ce dossier, le rapport de force parlementaire impose ses conditions.

La bataille des règles et la pré-campagne: Metn nord, Tripoli, et le scénario explosif

La tension sur le calendrier n’empêche pas la pré-campagne. Elle l’accélère même, car l’incertitude pousse les partis à verrouiller leurs bases avant que les alliances ne bougent. Dans le Metn nord, le parti Kataeb met en avant un autre angle du conflit: celui des “services” électoraux. Le parti accuse des adversaires d’utiliser des institutions et des ministères pour consolider un capital politique local, à travers des projets, des interventions et des gestes présentés comme publics mais perçus comme électoraux. Kataeb cite explicitement des noms et situe la bataille dans une concurrence chrétienne très dure. Cela montre que, pour certains partis, le débat sur la date masque une réalité plus immédiate: la campagne a déjà commencé, sur le terrain, à travers les réseaux et les promesses. Dans le même espace politique, des discussions d’alliances et de candidatures circulent, avec des incertitudes, des rivalités internes et des tentatives de rapprochement. Ces manœuvres ne peuvent pas être comprises sans le facteur temps. Une élection en mai force des décisions rapides. Un report donne de l’air, mais il donne aussi plus de temps aux concurrents pour se réorganiser. C’est pourquoi les positions publiques sur le calendrier contiennent souvent une dimension tactique. Chaque camp parle de principes. Mais chaque camp pense aussi à ses listes, à ses alliances, et à la solidité de sa base. Dans une économie en crise, les réseaux de services prennent plus de poids. Ils deviennent un outil de fidélisation. Ils deviennent aussi un motif de dénonciation, car ils alimentent l’idée d’un État transformé en machine de clientélisme.

Dans ce contexte, un scénario circule comme possible issue, mais il est politiquement explosif. Il consisterait à geler le dossier des six députés de la diaspora et à annuler, en pratique, le vote à l’étranger. Les expatriés seraient alors invités à voter au Liban. Pour rendre cela faisable, l’élection serait repoussée au début de l’été, afin de coïncider avec la période des retours. Ce scénario a un avantage apparent. Il neutralise une dispute technique. Il évite une organisation lourde à l’étranger. Il réduit aussi un point de friction entre partis. Mais il a un coût démocratique immédiat. Il transforme un droit théorique en contrainte de voyage. Il exclut, de fait, ceux qui ne peuvent pas rentrer, pour des raisons financières, professionnelles ou familiales. Il crée donc une injustice prévisible. Il peut aussi provoquer une colère durable dans la diaspora, qui est déjà sensible à l’idée d’être utilisée comme variable d’ajustement. Parallèlement, à Tripoli, la pré-campagne avance malgré l’incertitude. Les réseaux se mobilisent. Les acteurs politiques cherchent à capter une colère sociale forte. L’emploi, les services, la pauvreté, la sécurité urbaine et le coût de la vie dominent. Cette dynamique locale illustre une réalité nationale: même si la date reste discutée, les forces politiques agissent déjà comme si le scrutin était proche. Cela renforce la pression sur les institutions. Plus la campagne avance, plus un report devient coûteux. Plus un report devient coûteux, plus le risque d’un blocage brutal augmente. C’est cette mécanique, plus que les discours, qui explique pourquoi le dossier du calendrier électoral est redevenu un test de pouvoir.

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