Le 24 juillet 2025, l’actualité libanaise a été marquée par une combinaison de pressions diplomatiques, d’évolutions politiques internes et de signaux de tensions régionales, révélant une situation de plus en plus instable et incertaine sur les plans intérieur et extérieur.
La visite de Tom Barak, émissaire temporaire des États-Unis au Liban, a occupé une place centrale dans les journaux du jour. Selon Ad Diyar (24 juillet 2025), Barak a quitté Beyrouth pour Paris après avoir rencontré plusieurs hauts responsables, dont le patriarche maronite Béchara Boutros al-Rahi à Bkerké. À cette occasion, il a exprimé son scepticisme quant à l’issue de sa mission : « Je ne sais pas quelle sera la fin », aurait-il confié, tout en réitérant la position américaine selon laquelle « toutes les milices au Liban doivent être désarmées ».
Les déclarations de Barak ont été largement perçues comme porteuses d’un double langage. D’une part, il affirme que la communauté internationale souhaite aider le Liban, mais d’autre part, il laisse entendre que le pays doit d’abord atteindre une stabilité politique interne pour mériter cette aide. Ce contraste a été perçu comme un signal préoccupant. Al Joumhouriyat (24 juillet 2025) souligne que la mission de Barak s’inscrit dans une phase critique de tentatives de médiation internationale, à l’heure où le gouvernement de Nawaf Salam peine à obtenir des garanties internationales pour les réformes économiques attendues.
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Dans une déclaration rapportée par Al Sharq Al Awsat (24 juillet 2025), Barak a affirmé que « le retrait des armes n’est pas déterminé par les États-Unis mais par Israël », ce qui a renforcé la perception que les marges de manœuvre du Liban sont désormais dictées de l’extérieur. Il a également indiqué que le Liban a une « opportunité unique » de parvenir à un règlement durable, en mentionnant l’importance d’un soutien régional incluant les pays du Golfe et la France. Cette déclaration fait écho à une autre information relayée par Ad Diyar (24 juillet 2025), selon laquelle le président Joseph Aoun aurait obtenu de la part du roi de Bahreïn l’engagement d’ouvrir une mission diplomatique permanente à Beyrouth.
Coopérations bilatérales et posture de Joseph Aoun en Bahreïn
Le président Joseph Aoun a effectué une visite officielle à Manama, où il a rencontré le roi Hamad ben Issa Al Khalifa. D’après Al Joumhouriyat (24 juillet 2025), les deux chefs d’État ont signé une déclaration commune dans laquelle la Bahreïn s’est engagée à soutenir la souveraineté, l’unité et la stabilité du Liban, tout en appelant à l’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies. La visite a permis de réactiver la commission mixte libano-bahreïnienne, visant à élargir la coopération économique et diplomatique. Le roi de Bahreïn a également annoncé la réouverture de l’ambassade de son pays à Beyrouth, un signe diplomatique fort dans un contexte de relative marginalisation du Liban sur la scène régionale ces derniers mois.
Toujours selon Al Joumhouriyat (24 juillet 2025), la déclaration de Bahreïn réaffirme également le soutien de Manama à un processus politique menant à la reconnaissance internationale de l’État palestinien et à la création d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient, confirmant ainsi l’ancrage du Liban dans les grands enjeux géostratégiques de la région.
Remous parlementaires : levée d’immunité et enquêtes sur les télécommunications
En parallèle à ces développements diplomatiques, l’actualité intérieure libanaise a été dominée par l’annonce, faite lors d’une session parlementaire présidée par Nabih Berri, de la levée de l’immunité du député et ancien ministre Georges Bouchikian. Cette décision ouvre la voie à une enquête judiciaire concernant sa gestion lorsqu’il était aux commandes du ministère de l’Industrie. Al Akhbar (24 juillet 2025) souligne que la levée d’immunité s’inscrit dans un cadre plus large : une commission parlementaire d’enquête a été mise en place pour examiner les responsabilités de plusieurs anciens ministres des Télécommunications, dont Jamal Jarrah, Boutros Harb et Nicolas Sehnaoui.
Ce mouvement judiciaire semble s’appuyer sur les travaux initiés en 2016 par Hassan Fadlallah, alors président de la commission parlementaire des Télécommunications. Al Akhbar (24 juillet 2025) mentionne que les dossiers remontent à près d’une décennie, et incluent des documents compilés par l’ancien procureur financier Ali Ibrahim. L’ensemble vise à déterminer si des malversations ont eu lieu dans la gestion des appels, des contrats et des licences. Cette initiative a été accueillie avec prudence par certains observateurs, qui doutent de l’indépendance réelle du pouvoir judiciaire au Liban. Néanmoins, le fait que cette session parlementaire ait été tenue en présence de plusieurs ministres et du vice-président du Conseil des ministres, Tarek Mitri, marque une volonté affichée de transparence.
Contexte régional tendu : Gaza et la Syrie en alerte
Au niveau régional, les journaux libanais mettent en avant les violences croissantes dans la bande de Gaza et en Syrie. Al Quds (24 juillet 2025) rapporte que 61 Palestiniens ont été tués dans des bombardements israéliens, dont la journaliste Walaa al-Jaabari et plusieurs membres de sa famille. Ces attaques se produisent dans un contexte de famine sévère, dénoncée par de nombreuses ONG et par la chaîne Al Jazeera, qui évoque une « tentative d’extermination par la faim ».
En Syrie, la situation reste critique dans la région de Soueida, où des affrontements entre les forces du régime et des groupes locaux se sont intensifiés. Al Sharq (24 juillet 2025) et Al Binaa (24 juillet 2025) évoquent l’implication croissante d’Israël, qui a renforcé sa présence dans le sud syrien, notamment à travers la réactivation d’une infrastructure médicale à Hadar, dans la province de Quneitra. Des sources syriennes, reprises par Al Quds (24 juillet 2025), affirment que cette initiative masque en réalité un soutien militaire déguisé aux milices anti-régime. Par ailleurs, la Turquie aurait officiellement reçu une demande de la part du gouvernement syrien pour une aide technique et logistique en matière de défense, dans le cadre de la lutte contre les cellules résiduelles de l’État islamique.
Scènes d’incertitude : retour de Georges Ibrahim Abdallah et mobilisation pro-palestinienne
Enfin, Nahar (24 juillet 2025) met en avant le retour imminent au Liban de Georges Ibrahim Abdallah, emprisonné depuis 1984 en France. Âgé de 74 ans, cet ancien militant révolutionnaire libanais a été condamné pour l’assassinat de deux diplomates en France. Sa libération, annoncée pour le vendredi suivant, suscite de nombreuses réactions, notamment dans les cercles pro-palestiniens et dans les milieux politiques qui y voient un symbole de résistance à l’impérialisme occidental.
Toujours selon Nahar (24 juillet 2025), une manifestation a eu lieu devant l’ambassade d’Égypte à Beyrouth pour réclamer l’ouverture du point de passage de Rafah entre Gaza et l’Égypte, dans le but de permettre l’acheminement de l’aide humanitaire. Cette mobilisation reflète un soutien croissant de la population libanaise à la cause palestinienne, dans un contexte où l’inaction internationale est largement critiquée par les médias et la société civile.
Politique locale : luttes de pouvoir, auditions parlementaires et pressions diplomatiques
Le paysage politique libanais, le 24 juillet 2025, s’est caractérisé par une succession d’épisodes traduisant la complexité des rapports entre institutions, la persistance des clivages confessionnels et la pression exercée par des acteurs étrangers. Entre sessions parlementaires tendues, déplacements présidentiels et discours clivants, la politique intérieure semble encore chercher son point d’équilibre.
Levée d’immunité parlementaire et relance du dossier des télécommunications
L’Assemblée nationale libanaise s’est réunie à Beyrouth sous la présidence de Nabih Berri pour une session consacrée à la levée de l’immunité du député et ancien ministre Georges Bouchikian. Selon Al Akhbar (24 juillet 2025), la procédure visait à permettre à la justice d’ouvrir une enquête sur la gestion du ministère de l’Industrie durant son mandat. Cette décision a été relayée par Annahar (24 juillet 2025), qui précise que la session a vu la participation de plusieurs ministres ainsi que du vice-premier ministre Tarek Mitri.
Dans le prolongement de cette affaire, une commission parlementaire d’enquête a été formée pour examiner les responsabilités de plusieurs anciens ministres des Télécommunications. Al Akhbar (24 juillet 2025) cite notamment les noms de Jamal Jarrah, Boutros Harb et Nicolas Sehnaoui, accusés de possibles irrégularités financières et administratives. Ce dossier n’est pas nouveau : en 2016, le député Hassan Fadlallah avait déjà ouvert une première enquête dans le cadre de la commission parlementaire des Télécommunications, relevant l’opacité de certains contrats et la gestion problématique des appels internationaux. Le quotidien précise que les documents transmis à la justice avaient été rassemblés par l’ancien procureur financier Ali Ibrahim.
Le retour de ce dossier au centre de l’actualité politique reflète, selon les observateurs cités par Al Akhbar (24 juillet 2025), une tentative de certains blocs parlementaires d’exhiber une volonté de lutte contre la corruption, mais aussi une instrumentalisation possible dans le cadre de rivalités interpartisanes.
Déplacement de Joseph Aoun à Bahreïn : une séquence diplomatique hautement symbolique
Le président Joseph Aoun a effectué une visite officielle à Manama, couronnée par une rencontre avec le roi Hamad ben Issa Al Khalifa. Al Joumhouriyat (24 juillet 2025) rapporte qu’un communiqué conjoint a été publié à l’issue de l’entretien. Celui-ci insiste sur la nécessité de renforcer les relations bilatérales, notamment à travers la réactivation de la commission mixte libano-bahreïnienne. Il appelle aussi à éviter toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures des pays arabes, tout en affirmant le soutien de Bahreïn à la souveraineté et à l’unité du Liban.
Le roi de Bahreïn a annoncé l’ouverture d’une ambassade permanente de son pays à Beyrouth. Pour Al Sharq (24 juillet 2025), cette annonce constitue un signal diplomatique important, suggérant une volonté de réengagement du Golfe avec le Liban. Le président Aoun, quant à lui, a déclaré que les relations entre les deux pays sont fondées sur « l’échange des ressources humaines et des richesses » et a exprimé le souhait de voir se développer les échanges commerciaux entre les deux peuples.
Ce déplacement intervient alors que le Liban cherche activement à mobiliser des aides financières et des investissements pour enrayer la crise économique, et alors que les rapports avec plusieurs pays du Golfe étaient restés froids depuis les dernières années du mandat précédent.
Bkerké et l’intermède Barak : tensions sur le désarmement et la souveraineté
Toujours dans le registre politique, Ad Diyar (24 juillet 2025) et Al Joumhouriyat (24 juillet 2025) rapportent la visite de l’émissaire américain Tom Barak à Bkerké, où il a été reçu par le patriarche maronite Béchara Boutros al-Rahi. Au cours de cet entretien, le patriarche a exprimé l’attente du peuple libanais quant aux résultats de la mission américaine. La réponse de Barak, « Je ne sais pas quelle sera la fin », reflète, selon Ad Diyar, une incertitude gênante quant à l’engagement réel des partenaires internationaux dans la résolution de la crise libanaise.
Le diplomate américain a également déclaré qu’il était indispensable de « retirer les armes de toutes les milices au Liban », un message implicite mais clair adressé au Hezbollah. Cette déclaration a déclenché des commentaires dans plusieurs journaux, notamment Al Sharq Al Awsat (24 juillet 2025), qui y voit un repositionnement des États-Unis sur la question du désarmement et une tentative de faire pression sur le gouvernement de Nawaf Salam pour qu’il prenne des mesures concrètes.
Cependant, Barak a aussi tempéré ses propos en indiquant que la décision finale ne revient pas aux Américains, mais qu’elle est conditionnée à des facteurs régionaux, notamment la position israélienne. Cette déclaration a suscité des inquiétudes dans les milieux politiques locaux, certains y voyant une volonté de redessiner les équilibres régionaux en intégrant le Liban dans un nouveau schéma géopolitique incluant Israël, comme l’a noté Ad Diyar (24 juillet 2025).
Interrogations sur l’orientation politique du gouvernement de Nawaf Salam
Le Premier ministre Nawaf Salam a été relativement discret dans les publications du jour, mais son rôle reste central dans l’orchestration des négociations en cours avec les partenaires internationaux. Al Sharq (24 juillet 2025) note que les visites de Tom Barak à Aïn el-Tiné (chez Nabih Berri) et à Baabda (chez Joseph Aoun) ont été interprétées comme un signe que le gouvernement agit dans un équilibre complexe entre les différentes forces en présence.
Cette stratégie de conciliation, qui tente de ménager à la fois les exigences occidentales, les revendications des partis internes et les intérêts régionaux, est jugée insuffisante par certains éditorialistes. Ils relèvent l’absence d’un plan structuré de sortie de crise. D’après Al Akhbar (24 juillet 2025), certains courants politiques, y compris ceux représentés dans le gouvernement, accusent Salam de temporiser excessivement sur la mise en œuvre des réformes structurelles.
Dans ce contexte, la tenue d’une session extraordinaire du gouvernement pour discuter du désarmement a été évoquée. Elle viserait à formuler une position officielle face aux demandes exprimées par Barak, ce qui constituerait un test politique pour la majorité parlementaire actuelle.
Une scène politique en tension entre interpellations et méfiance
En toile de fond, la classe politique reste traversée par des tensions profondes. Al Akhbar (24 juillet 2025) décrit une scène parlementaire marquée par une forme de théâtre de responsabilité : les députés interpellent les ministres, mais les possibilités réelles de sanctions restent minces, notamment en l’absence d’une juridiction véritablement indépendante. La commission d’enquête sur les télécommunications, relancée récemment, pourrait servir de test à la crédibilité de la lutte anticorruption.
La session du Parlement a aussi illustré l’instrumentalisation des interpellations politiques : comme le note Al Akhbar, plusieurs députés ont profité de la tribune pour critiquer les décisions économiques, les nominations dans l’administration et le fonctionnement des ministères, sans que des solutions concrètes ne soient proposées.
Enfin, Ad Diyar (24 juillet 2025) rapporte que plusieurs formations politiques se préparent à des manœuvres plus offensives en vue d’une recomposition politique. L’hypothèse d’un remaniement ministériel, bien que non confirmée, circule dans les cercles politiques, notamment à la lumière des difficultés croissantes rencontrées par le gouvernement Salam pour maintenir une ligne cohérente et unie face à la pression sociale et économique.
Citation et discours des personnalités politiques : entre avertissements internationaux et revendications nationales
Le 24 juillet 2025, les déclarations de figures politiques libanaises et étrangères ont révélé les lignes de fracture persistantes sur les enjeux de la souveraineté, de la réforme et du désarmement. À travers des discours directs ou symboliques, ces prises de parole ont mis en lumière l’état de tension latent qui traverse les élites politiques libanaises et les attentes pressantes des partenaires internationaux.
Joseph Aoun à Manama : souveraineté, réciprocité et ambition diplomatique
En déplacement à Manama, le président libanais Joseph Aoun a multiplié les déclarations publiques lors de sa rencontre avec le roi Hamad ben Issa Al Khalifa. Selon Al Joumhouriyat (24 juillet 2025), Joseph Aoun a insisté sur « la nécessité de préserver la souveraineté du Liban, de refuser toute ingérence étrangère dans ses affaires internes, et d’encourager la relance économique par la coopération bilatérale ». Il a ajouté que « le Liban et Bahreïn échangent ce qu’ils ont de plus précieux, à savoir leurs ressources humaines et leurs richesses naturelles », exprimant ainsi un attachement à une diplomatie fondée sur la réciprocité et les intérêts communs.
Le chef de l’État a aussi plaidé pour le retour complet des représentations diplomatiques arabes à Beyrouth, saluant l’annonce faite par le roi du Bahreïn de la réouverture d’une ambassade permanente à Beyrouth. Toujours selon Al Joumhouriyat (24 juillet 2025), Aoun a exprimé son souhait de voir les échanges commerciaux entre les deux peuples reprendre « de manière durable et équitable », ce qui marque une inflexion vers une diplomatie économique axée sur la stabilité et le développement.
Tom Barak : messages ambigus sur le désarmement et la souveraineté
Le diplomate américain Tom Barak a marqué sa visite à Beyrouth par plusieurs déclarations qui ont suscité autant de commentaires que de malaises. Reçu à Bkerké par le patriarche maronite Béchara Boutros al-Rahi, il a répondu aux attentes du prélat sur l’avenir de sa mission par un laconique : « Je ne sais pas quelle sera la fin », selon Ad Diyar (24 juillet 2025).
Mais c’est lors d’un entretien avec un petit groupe de journalistes, rapporté par Al Sharq Al Awsat (24 juillet 2025), que Barak a prononcé ses déclarations les plus notables : « Le désarmement des milices au Liban est une condition de stabilité. Toutefois, ce n’est pas à nous de fixer l’échéance. C’est Israël qui la détermine. » Cette déclaration a été interprétée comme une reconnaissance du poids d’Israël dans le calcul stratégique américain pour le Liban, suscitant une vive controverse.
Barak a poursuivi en affirmant que « le gouvernement libanais est responsable de la mise en œuvre des résolutions internationales sur son territoire, pas les États-Unis ». Il a aussi déclaré que le Liban dispose actuellement « d’une opportunité inédite pour se stabiliser avec le soutien des pays du Golfe, de la France et des États-Unis, à condition de faire les bons choix politiques ». Cette mise en garde a été perçue comme une forme de pression indirecte sur le gouvernement de Nawaf Salam, et un signal aux forces politiques libanaises sur la fin de la patience internationale.
Béchara Boutros al-Rahi : attente spirituelle et avertissement implicite
Le patriarche maronite Béchara Boutros al-Rahi a joué un rôle symbolique fort lors de la réception de Tom Barak à Bkerké. Il a exprimé, selon Ad Diyar (24 juillet 2025), « l’attente du peuple libanais quant à la mission du représentant américain », ajoutant que « les Libanais attendent des résultats concrets ». Bien que son ton soit resté mesuré, cette déclaration a été perçue comme un rappel de la responsabilité internationale vis-à-vis du Liban.
L’intervention du patriarche a aussi servi à souligner le rôle historique des institutions religieuses comme points d’ancrage dans les périodes de transition politique. Al-Rahi a ainsi replacé la crise libanaise dans une perspective morale et nationale, en appelant implicitement à une réconciliation entre les camps politiques pour sauver les fondements de la coexistence nationale.
Nabih Berri : canal de négociation et ligne de continuité
Le président du Parlement, Nabih Berri, a adopté un ton plus discret mais déterminé. Selon Al Sharq (24 juillet 2025), il a joué un rôle d’intermédiaire dans la mission de Tom Barak, organisant une réunion confidentielle à Aïn el-Tiné. Berri aurait, d’après les sources citées par le journal, insisté sur « la nécessité de ne pas imposer de conditions inacceptables au gouvernement libanais, tout en reconnaissant la nécessité d’un dialogue régional sincère ».
Cette posture traduit le positionnement classique de Berri : se poser en modérateur entre les pôles de pouvoir locaux et les émissaires étrangers. Il continue à affirmer que « seul le dialogue interlibanais, avec des garanties arabes, peut débloquer les institutions et restaurer la confiance ».
Naim Kassem : silence stratégique et ambiguïté calculée
Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, n’a pas pris la parole directement dans les éditions du 24 juillet 2025, mais son silence a été largement interprété dans les commentaires politiques. Selon Al Akhbar (24 juillet 2025), ce silence pourrait indiquer une phase de repositionnement du parti après les propos de Barak sur le désarmement des milices. Le journal évoque une « attente tactique » avant une possible clarification lors d’un discours prévu pour la semaine suivante.
Le silence de Kassem tranche avec les interventions verbales de son prédécesseur Hassan Nasrallah, connu pour ses déclarations immédiates et frontales. Il reflète aussi, selon certains éditorialistes, une volonté de préserver l’ambiguïté sur les intentions du parti face à la pression croissante des partenaires internationaux, notamment sur la question du désarmement.
Tarek Mitri : une voix de pondération gouvernementale
Le vice-premier ministre Tarek Mitri, présent à la session parlementaire ayant voté la levée d’immunité de Georges Bouchikian, a pris la parole pour rappeler que « la transparence institutionnelle est un devoir constitutionnel, pas une faveur », selon Annahar (24 juillet 2025). Cette déclaration a été saluée pour son ton mesuré mais ferme, en pleine séance parfois tendue où les accusations croisées ont émaillé les échanges entre députés.
Mitri a également indiqué que le gouvernement « n’hésitera pas à coopérer avec la justice dans le cadre du respect de la séparation des pouvoirs », affirmant ainsi une ligne de respect des procédures légales face aux suspicions de règlements de compte politiques.
Diplomatie : repositionnement régional, concertations internationales et normalisation sous contrainte
Le 24 juillet 2025, la scène diplomatique libanaise a été dominée par une série de mouvements régionaux et internationaux traduisant un moment charnière. Entre la volonté affirmée de Bahreïn de restaurer une présence diplomatique à Beyrouth, l’engagement conditionnel des États-Unis, la mission active des Nations Unies et les signaux contradictoires d’Israël, les dynamiques diplomatiques placent le Liban au cœur de plusieurs équations complexes.
Réouverture de la mission diplomatique de Bahreïn : retour d’une présence du Golfe
L’un des faits diplomatiques majeurs rapportés par Al Joumhouriyat (24 juillet 2025) concerne l’annonce par le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa Al Khalifa, de la création d’une mission diplomatique permanente à Beyrouth. Ce geste symbolique a été présenté comme un acte de réengagement envers le Liban, et une volonté de contribuer à la stabilité régionale. À l’issue d’un sommet bilatéral avec le président Joseph Aoun, un communiqué conjoint a été publié appelant à « renforcer la coopération économique, sécuritaire et politique », tout en affirmant « le rejet de toute ingérence étrangère dans les affaires internes des États ».
Toujours selon Al Joumhouriyat (24 juillet 2025), la déclaration du roi bahreïni a souligné que son pays « appuie les efforts du Liban pour restaurer sa souveraineté et retrouver un rôle régional actif ». Ce message a été perçu comme un changement de posture après plusieurs années de distance entre les pays du Golfe et Beyrouth, notamment depuis les tensions liées à la position du Hezbollah dans les conflits régionaux.
Cette relance diplomatique pourrait ouvrir la voie à une reprise des investissements et à une coopération accrue dans le domaine de la sécurité, selon les éditorialistes cités par le journal.
Visite stratégique de Tom Barak à Paris : relance du canal occidental
Après avoir quitté Beyrouth, l’émissaire américain Tom Barak s’est rendu à Paris. Ad Diyar (24 juillet 2025) souligne que cette visite s’inscrit dans une tentative américaine de réactiver le soutien européen au Liban, en particulier en préparation d’un éventuel nouveau sommet d’aide internationale. La France, considérée comme une « mère bienveillante » selon l’expression du journal, semble disposée à jouer un rôle de médiateur entre les exigences des pays occidentaux, les attentes libanaises, et les équilibres régionaux.
La tournée de Barak, qualifiée de « diplomatie du désarmement » par certains médias, vise aussi à convaincre les partenaires européens de durcir leur position vis-à-vis de la question du désarmement des milices au Liban, principalement le Hezbollah. Cette orientation américaine a été réaffirmée par Barak lui-même lors de ses déclarations à Beyrouth, dans lesquelles il a insisté sur « la responsabilité du gouvernement libanais à appliquer les résolutions internationales ».
Déplacement de Janine Hennis-Plasschaert en Israël : un signal préoccupant
Ad Diyar (24 juillet 2025) rapporte également la visite de Janine Hennis-Plasschaert, coordinatrice spéciale de l’ONU au Liban, en Israël. Ce déplacement, jugé « symboliquement fort et diplomatiquement risqué » par des sources politiques citées par le journal, intervient alors que les tensions à la frontière sud du Liban persistent. Bien que les détails des entretiens n’aient pas été dévoilés, les discussions auraient porté sur l’application de la résolution 1701, sur les violations israéliennes de l’espace aérien libanais, ainsi que sur les incidents frontaliers récents.
L’ONU semble vouloir jouer un rôle actif dans la désescalade, mais la visite de Hennis-Plasschaert à Tel Aviv a été perçue à Beyrouth comme un signe de basculement du centre de gravité diplomatique vers Israël. Selon les mêmes sources, ce voyage pourrait alimenter les suspicions d’un repositionnement onusien moins neutre, ce qui fragiliserait le rôle d’intermédiation que les Nations Unies prétendent exercer au Liban.
Réactions israéliennes et redéploiement médical stratégique à Hadar
L’élément diplomatique le plus inhabituel a été rapporté par Al Quds (24 juillet 2025), qui indique que l’armée israélienne a réactivé une installation médicale à Hadar, dans le Golan syrien occupé. Officiellement destinée à soigner les blessés druzes de la région, cette action a été perçue comme une opération de charme visant à rallier une partie de la population druze de Syrie. L’initiative est intervenue alors que les combats faisaient rage dans la région de Soueida, théâtre d’affrontements entre groupes armés locaux et forces du régime syrien.
Toujours selon Al Quds (24 juillet 2025), cette initiative s’inscrit dans une stratégie israélienne plus large de renforcement de sa présence dans les zones frontalières de la Syrie et du Liban. Elle inclut aussi des incursions sporadiques en territoire syrien, notamment dans la zone tampon du sud.
Initiatives européennes : tensions avec l’Algérie et conséquences régionales
En parallèle, Al Quds (24 juillet 2025) signale une initiative diplomatique française d’envergure visant à restreindre les privilèges de figures influentes algériennes installées en France. Cette décision s’inscrit dans une logique de « réponse graduée » de Paris à l’égard d’Alger, accusée de ne pas coopérer dans les dossiers de rapatriement de ses ressortissants en situation irrégulière. Ce type d’initiative, bien que périphérique au Liban, peut avoir des répercussions régionales, notamment sur les politiques migratoires et sur les relations entre les pays du Levant et leurs diasporas en Europe.
Liban et concertation internationale sur la Palestine : position constante
Enfin, Al Joumhouriyat (24 juillet 2025) mentionne que la déclaration conjointe entre le Liban et Bahreïn appelle à un soutien renforcé pour la création d’un État palestinien et à la convocation d’une conférence internationale sur la cause palestinienne. Cette position, conforme à la doctrine diplomatique traditionnelle du Liban, réaffirme son alignement avec les demandes de l’OLP et son opposition à toute normalisation sans résolution du conflit.
Ce positionnement reste cependant difficile à traduire en actes concrets, compte tenu de la fragilité institutionnelle du pays. Le soutien international à cette ligne semble, pour l’instant, se concentrer davantage sur les discours que sur des engagements opérationnels.
Politique internationale : escalade militaire, repositionnements géopolitiques et tensions interétatiques
Le 24 juillet 2025, les journaux libanais ont couvert de manière étendue les développements internationaux, en particulier ceux liés au conflit à Gaza, à la situation en Syrie, aux tensions israélo-iraniennes et aux réajustements de certaines puissances régionales. Ces événements mettent en lumière une dynamique internationale instable, marquée par une polarisation croissante, des confrontations armées et des repositionnements diplomatiques.
Gaza : intensification des opérations militaires israéliennes et crise humanitaire extrême
La situation dans la bande de Gaza demeure catastrophique. Al Quds (24 juillet 2025) rapporte qu’au moins 61 Palestiniens ont été tués dans les dernières frappes israéliennes, dont la journaliste Walaa al-Jaabari et plusieurs membres de sa famille. Le journal évoque une intensification des opérations militaires de Tsahal, avec des bombardements ayant visé plusieurs quartiers résidentiels à Rafah et Khan Younès. La chaîne Al Jazeera, citée par Al Quds, accuse l’armée israélienne d’utiliser la famine comme arme de guerre, dans ce qu’elle qualifie de « tentative d’extermination lente ».
L’accès humanitaire reste bloqué, notamment au point de passage de Rafah, entre l’Égypte et Gaza. Nahar (24 juillet 2025) rapporte une manifestation organisée à Beyrouth devant l’ambassade d’Égypte pour demander l’ouverture du passage, alors que les stocks de nourriture et de médicaments dans l’enclave palestinienne sont à un niveau critique. Les manifestants ont également appelé à l’intervention immédiate de la communauté internationale pour imposer un cessez-le-feu.
Al Binaa (24 juillet 2025) indique que les Nations Unies et plusieurs ONG ont mis en garde contre « une catastrophe humanitaire sans précédent » si le blocus n’est pas levé. Le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu une session d’urgence à New York, mais aucun consensus n’a été atteint sur une résolution commune, en raison de veto croisés entre les États-Unis et la Russie.
Syrie : combats à Soueida, intervention israélienne indirecte et rôle turc croissant
La situation en Syrie connaît une dégradation marquée, en particulier dans la région de Soueida. Al Sharq (24 juillet 2025) rapporte que les forces du régime syrien ont affronté des groupes armés druzes dans plusieurs villages du sud. Le conflit s’est intensifié après une tentative d’arrestation de chefs locaux accusés de soutenir des cellules rebelles.
Dans ce contexte, Al Quds (24 juillet 2025) signale qu’Israël a réactivé une structure médicale à Hadar, dans le Golan syrien occupé, affirmant vouloir soigner les blessés civils. Toutefois, des sources syriennes citées par le journal accusent Israël d’utiliser cette infrastructure comme couverture pour fournir une aide militaire aux factions rebelles hostiles à Damas. Cette accusation ravive les soupçons sur une implication israélienne indirecte dans la déstabilisation du sud syrien.
Par ailleurs, le gouvernement syrien aurait officiellement demandé à la Turquie une assistance technique et logistique en matière de sécurité intérieure. Al Akhbar (24 juillet 2025) indique que cette démarche, bien que non confirmée par Ankara, marque un changement de cap stratégique majeur. La Turquie, jusqu’ici opposée au régime de Bachar el-Assad, pourrait ainsi trouver un terrain de coopération tactique avec Damas pour contrer l’influence croissante des milices kurdes et les réseaux de l’État islamique.
Israël et Iran : renforcement des tensions et avertissements croisés
Le différend entre Israël et l’Iran a pris une nouvelle ampleur après les déclarations du Premier ministre israélien qui a promis de « répondre avec une puissance inégalée » à toute attaque sur son territoire ou ses représentations diplomatiques. Al Quds (24 juillet 2025) rapporte que l’État hébreu a augmenté sa posture de défense autour de ses sites nucléaires, en invoquant des menaces de sabotage d’origine iranienne.
De son côté, l’Iran a convoqué l’ambassadeur suisse à Téhéran, représentant les intérêts américains, pour protester contre l’assassinat de deux conseillers militaires iraniens à Damas par une frappe aérienne attribuée à Israël. Le ministère des Affaires étrangères iranien a déclaré, selon Al Quds, que « la patience stratégique de la République islamique a des limites » et qu’une riposte « viendra en temps utile ».
Les tensions entre les deux pays ont des implications directes sur le Liban, où les observateurs redoutent une éventuelle escalade impliquant le Hezbollah, allié stratégique de Téhéran. Al Akhbar (24 juillet 2025) indique que plusieurs unités israéliennes ont été redéployées le long de la frontière nord, en anticipation d’une possible réaction du parti chiite.
France et Algérie : conflit diplomatique latent sur fond de contrôle migratoire
En dehors du Moyen-Orient, Al Quds (24 juillet 2025) rapporte une initiative française visant à limiter les privilèges de certaines personnalités algériennes en France. Cette mesure, prise en réponse au refus de coopération d’Alger dans la reconduite de ses ressortissants en situation irrégulière, a suscité une vive protestation du ministère algérien des Affaires étrangères. Le journal évoque une « crise silencieuse » entre les deux pays, avec des conséquences possibles sur les dossiers économiques, culturels et sécuritaires.
Cette friction diplomatique, bien qu’éloignée du Levant, pourrait impacter les politiques européennes de coopération avec les pays arabes, notamment en matière de contrôle des flux migratoires et de lutte contre le terrorisme.
Inde, Russie et Chine : manœuvres économiques et positions géopolitiques
Sur le plan géoéconomique, plusieurs journaux évoquent les récentes positions prises par la Russie, l’Inde et la Chine dans la région. Al Sharq Al Awsat (24 juillet 2025) souligne que ces trois puissances renforcent leur présence diplomatique dans plusieurs capitales du Moyen-Orient, dans le cadre d’une stratégie visant à contrer l’influence occidentale.
La Russie, en particulier, a réaffirmé son soutien à la Syrie lors d’une réunion entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays. Elle s’est également dite prête à jouer un rôle de médiateur dans le conflit israélo-palestinien, bien que son influence reste limitée sur les acteurs directement impliqués. La Chine, quant à elle, poursuit ses investissements dans les infrastructures régionales, notamment au travers de la Belt and Road Initiative, renforçant ainsi son levier économique sur les États fragiles.
Ces développements illustrent l’émergence d’un ordre multipolaire dans lequel les alliances se recomposent rapidement, avec des effets directs sur les équilibres diplomatiques au Moyen-Orient.
Économie : réformes en attente, dégradation sociale et timides engagements internationaux
L’actualité économique libanaise du 24 juillet 2025, selon les principaux quotidiens, demeure marquée par une série d’alertes institutionnelles, de mobilisations sociales, d’attentes vis-à-vis des bailleurs de fonds et de blocages persistants dans la mise en œuvre des réformes. Les indicateurs macroéconomiques sont en berne, tandis que le tissu productif continue de se dégrader.
Alerte sociale et effondrement du pouvoir d’achat
Annahar (24 juillet 2025) rapporte une mobilisation des employés de l’administration publique, notamment des fonctionnaires du ministère des Finances et des Douanes, qui ont observé un arrêt de travail pour protester contre l’érosion continue de leurs salaires. Selon des témoignages cités par le journal, le pouvoir d’achat des fonctionnaires a chuté de près de 80 % depuis 2019, et les primes exceptionnelles octroyées par le gouvernement ne suffisent plus à couvrir les besoins élémentaires.
La dépréciation continue de la livre libanaise, combinée à la montée des prix des biens importés, a fait grimper l’inflation alimentaire à un niveau critique. Al Joumhouriyat (24 juillet 2025) souligne que de nombreux employés du secteur public sont contraints de cumuler plusieurs emplois informels, notamment dans le transport et la livraison, pour subvenir à leurs besoins.
Les retraités des forces armées, également touchés par l’effondrement des pensions, ont organisé un sit-in devant le ministère de la Défense, exigeant une revalorisation immédiate de leurs allocations. Cette revendication a été relayée dans les pages de Al Akhbar (24 juillet 2025), qui souligne l’absence de toute réponse du ministère concerné.
Blocages sur les réformes fiscales et monétaires
Sur le plan législatif, la session parlementaire du jour, bien que centrée sur la levée d’immunité du député Georges Bouchikian, a aussi vu plusieurs députés évoquer le retard dans la mise en œuvre des réformes exigées par le Fonds monétaire international. Al Binaa (24 juillet 2025) cite les propos d’un député du bloc du Changement appelant à une « transparence accrue sur les négociations avec le FMI » et dénonçant l’« immobilisme du ministère des Finances sur la loi sur le capital bancaire ».
Le projet de loi sur la restructuration du secteur bancaire, pourtant validé en première lecture en 2024, reste bloqué au niveau de la commission des Finances, en raison de désaccords sur les mécanismes de compensation des déposants. Al Sharq (24 juillet 2025) note que cette paralysie entretient une méfiance croissante des investisseurs, locaux comme étrangers.
D’après Ad Diyar (24 juillet 2025), la Banque du Liban, sous la direction de Karim Souaid, a émis une circulaire appelant les banques commerciales à accroître leurs réserves obligatoires en devises. Cette mesure vise à freiner l’évasion des capitaux, mais a été accueillie froidement par les établissements bancaires, qui la jugent impossible à appliquer sans recapitalisation préalable.
Fonds d’aide et engagement international conditionné
Le président Joseph Aoun, en déplacement à Bahreïn, a plaidé pour une relance de la coopération économique bilatérale. Selon Al Joumhouriyat (24 juillet 2025), il a appelé à la création d’un fonds conjoint pour soutenir les infrastructures et à la réactivation de la commission mixte de coopération. Il a aussi évoqué les projets liés à l’énergie, notamment les lignes de connexion électrique avec les pays du Golfe, sans donner de calendrier précis.
Les promesses d’aide internationale restent cependant liées à la mise en œuvre des réformes exigées. Al Akhbar (24 juillet 2025) rapporte que Tom Barak, l’émissaire américain, a rappelé lors de ses entretiens que « les partenaires du Liban veulent des garanties sur la transparence financière, la lutte contre la corruption et la réforme judiciaire ». Il aurait averti que les fonds prévus par la Banque mondiale resteront gelés tant que le gouvernement de Nawaf Salam ne présentera pas un calendrier clair de réformes.
La France, selon Ad Diyar (24 juillet 2025), a conditionné sa participation à une nouvelle conférence internationale de soutien à la publication d’un audit complet de la Banque du Liban. Celui-ci est en cours, mais reste partiel, en l’absence de la coopération de certaines institutions bancaires.
Secteur privé en difficulté et investissements en berne
Le secteur privé libanais continue d’accuser le coup. Al Liwa’ (24 juillet 2025) cite des représentants de la Chambre de commerce de Beyrouth évoquant « un taux de fermeture de 35 % des PME dans la région du Mont-Liban depuis janvier 2025 ». Le manque de crédit, l’instabilité du taux de change et la chute de la consommation intérieure sont les facteurs principaux évoqués.
Les exportations industrielles, selon Al Sharq Al Awsat (24 juillet 2025), ont reculé de 12 % au premier semestre de l’année, malgré une légère reprise des ventes de produits pharmaceutiques vers l’Irak. Le journal indique que les investisseurs arabes présents dans le secteur agroalimentaire libanais se montrent de plus en plus prudents, notamment en raison de l’absence de garanties juridiques sur les contrats.
Par ailleurs, le secteur touristique, souvent perçu comme un levier de croissance, peine à redémarrer. Nida’ Al Watan(24 juillet 2025) note que malgré l’arrivée accrue de touristes en provenance de Turquie et de Jordanie, les recettes globales restent inférieures de 35 % à celles de 2018, principalement en raison de la faiblesse des infrastructures hôtelières et de l’instabilité administrative.
Justice : levée d’immunité, contentieux politiques et tensions judiciaires persistantes
Le 24 juillet 2025, la scène judiciaire libanaise a été marquée par un événement notable : la levée de l’immunité parlementaire du député Georges Bouchikian. Autour de ce fait central, les journaux du jour relatent une série de tensions entre institutions, de suspicions d’instrumentalisation politique de la justice, de blocages structurels dans des enquêtes majeures, ainsi que des frustrations croissantes exprimées par les magistrats.
Levée d’immunité de Georges Bouchikian : un précédent controversé
Al Binaa (24 juillet 2025) rapporte que le Parlement libanais a approuvé la levée d’immunité du député Georges Bouchikian, ancien ministre de l’Industrie, à la demande du juge d’instruction financier. Cette décision fait suite à des investigations portant sur des irrégularités dans l’attribution de licences industrielles entre 2021 et 2022. Le vote, tenu dans une ambiance tendue, a été précédé d’interventions de plusieurs députés, certains y voyant un « pas vers la redevabilité », d’autres dénonçant une « chasse sélective à l’homme ».
Annahar (24 juillet 2025) note que les membres du bloc du Renouveau ont voté contre la mesure, estimant que « la procédure est viciée » et que « d’autres dossiers plus graves restent bloqués depuis des années ». Le vice-premier ministre Tarek Mitri, présent lors de la session, a défendu la décision en affirmant que « la transparence institutionnelle est un devoir constitutionnel, pas une faveur ».
L’affaire Bouchikian est perçue comme un test pour la capacité du système judiciaire libanais à s’émanciper des tutelles politiques. Al Sharq (24 juillet 2025) souligne cependant que cette levée d’immunité pourrait aussi servir de diversion dans un contexte où d’autres dossiers sensibles restent au point mort.
Blocage persistant dans l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth
L’un de ces dossiers demeure l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth. Al Akhbar (24 juillet 2025) mentionne que le juge Tarek Bitar, chargé du dossier, est toujours empêché d’instruire les volets concernant plusieurs anciens ministres et députés. L’absence de réponse claire de la Cour de cassation, saisie à plusieurs reprises sur des recours en dessaisissement, paralyse les investigations depuis des mois.
Le quotidien rappelle que plusieurs familles de victimes ont organisé une nouvelle veillée silencieuse devant le Palais de Justice de Beyrouth, exigeant la reprise immédiate de la procédure. Des pancartes accusaient nommément les responsables politiques de bloquer l’enquête pour éviter l’émergence de la vérité.
Al Joumhouriyat (24 juillet 2025) indique que l’Association des magistrats libanais a exprimé son soutien au juge Bitar et appelé à « la levée de tous les obstacles administratifs et politiques à la poursuite de la vérité ». Le communiqué évoque une « pression constante et indue sur le corps judiciaire », y compris par des canaux non institutionnels.
Pressions sur les juges et crise de confiance dans les institutions
Les tensions autour des dossiers judiciaires alimentent une crise plus profonde de confiance dans l’indépendance de la magistrature. Nida’ Al Watan (24 juillet 2025) rapporte qu’un nombre croissant de juges envisagent de prendre un congé prolongé ou de demander une mise en disponibilité, en raison du climat délétère. Plusieurs d’entre eux ont évoqué des pressions directes, notamment lors de l’examen de plaintes liées au blanchiment d’argent et à la corruption bancaire.
Le journal cite un magistrat anonyme affirmant que « tant que la nomination des hauts magistrats dépendra du pouvoir exécutif, aucune réforme judiciaire ne pourra aboutir ». Cette déclaration renvoie à l’enjeu structurel de la gouvernance du Conseil supérieur de la magistrature, dont la composition reste sujette à controverse.
Affaires bancaires : opacité persistante et lenteur procédurale
Ad Diyar (24 juillet 2025) consacre une page entière à la question des contentieux bancaires. Le journal indique que les poursuites contre plusieurs établissements financiers pour détournement de fonds déposés restent bloquées dans les limbes des juridictions commerciales. L’absence de coopération formelle entre la Banque du Liban et les autorités judiciaires est pointée du doigt.
Selon le même journal, une plainte déposée en avril 2025 par un collectif de déposants contre deux banques majeures n’a toujours pas donné lieu à une convocation des représentants concernés. Cette inertie alimente la défiance et incite de plus en plus de Libanais à porter leur litige devant des juridictions internationales, notamment en France et en Suisse.
Al Liwa’ (24 juillet 2025) ajoute que certains cabinets d’avocats européens ont commencé à compiler des dossiers de class action contre des institutions bancaires libanaises, en vue d’une action coordonnée à Bruxelles. Cette dimension transnationale pourrait modifier l’équilibre du rapport de force, en déportant une partie du contentieux hors du territoire libanais.
Société : tensions sociales, mouvements citoyens et défis humanitaires
Le 24 juillet 2025, les journaux libanais ont mis en lumière plusieurs dynamiques sociales révélatrices des profondes fractures au sein de la société. Entre montée de la contestation citoyenne, pression humanitaire liée à la crise régionale et recompositions identitaires, le Liban se trouve confronté à une crise sociale multidimensionnelle.
Mobilisation des employés publics et crise du travail
Annahar (24 juillet 2025) indique que plusieurs catégories de fonctionnaires, notamment au sein des Finances et des Douanes, ont mené une action coordonnée de grève, dénonçant l’effondrement de leurs salaires. Selon le journal, « le pouvoir d’achat a été divisé par cinq depuis 2019 », forçant beaucoup à recourir à des emplois informels ou à d’émigrer temporairement. Cette mobilisation s’inscrit dans un cadre plus large de protestation contre le gel des salaires et l’absence de mesures d’urgence sociales.
Par ailleurs, Al Joumhouriyat (24 juillet 2025) rapporte que des retraités des forces armées ont organisé un sit‑in devant le ministère de la Défense. Ils réclament une revalorisation immédiate des pensions, critiquant le manque de reconnaissance envers leur service. Cette action sociale s’ajoute à une série de revendications exprimées par des catégories vulnérables, notamment dans les secteurs de santé et d’éducation.
Crise humanitaire : impact des conflits régionaux et solidarité citoyenne
Al Quds (24 juillet 2025) aborde l’impact direct de l’escalade à Gaza sur la société libanaise. Une manifestation s’est tenue devant l’ambassade d’Égypte à Beyrouth, afin de réclamer l’ouverture du passage de Rafah pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire. Cet événement a rassemblé un large éventail de citoyens, notamment des étudiants, des ONG et des associations de solidarité. Ils ont exprimé leur « profond désaccord face à l’inaction internationale » et la « nécessité d’un accès immédiat à l’aide pour la population civile affamée à Gaza ».
Simultanément, Nahar (24 juillet 2025) relate que plusieurs organisations non gouvernementales libanaises ont intensifié leurs campagnes de collecte pour envoyer des vivres, des médicaments et du matériel médical. Elles ont également lancé un appel à la communauté internationale pour débloquer des fonds juridiques en faveur des ONG locales, luttant pour leur survie financière dans un contexte de restriction budgétaire.
Transformations urbaines et insécurité croissante
Al Sharq (24 juillet 2025) révèle que Beyrouth fait face à une augmentation des actes de petite délinquance, notamment des vols à l’arraché et des agressions dans les quartiers en déshérence. Des habitants réclament davantage de présence policière et des mesures ciblées de réhabilitation urbaine. Ces tensions traduisent un climat d’incertitude sociale et un manque de coordination entre les autorités locales, les municipalités et les services de sécurité.
Par ailleurs, Al Akhbar (24 juillet 2025) évoque une dégradation du réseau d’eau potable dans plusieurs zones pauvres de la périphérie de la capitale. Les foyers touchés connaissent des coupures fréquentes, des hausses des tarifs et une eau de qualité dégradée. Des associations citoyennes ont entamé des actions de protestation ciblées, appelant à un audit urgent des infrastructures et à une judiciarisation des responsables des délégations municipales.
Réinvention citoyenne et émergence de solidarités locales
Sur un registre plus positif, Ad Diyar (24 juillet 2025) rapporte le succès d’un projet communautaire initié dans le quartier de Achrafieh : un programme d’agriculture urbaine impliquant plus de cent familles en association avec une université privée. Ce projet vise à renforcer la résilience alimentaire locale, promouvoir les circuits courts et recréer du lien social. Ce type d’initiative suscite un élan d’optimisme dans les milieux associatifs, malgré les contraintes économiques et sécuritaires.
Le même journal évoque la reprise des forums citoyens autour des questions de gestion des déchets et de mobilité urbaine. Des collectifs d’habitants organisent des débats publics avec des experts pour proposer des solutions alternatives au statu quo politique, notamment en faveur du recyclage et du covoiturage. Ces dynamiques témoignent de la montée en puissance d’une société civile proactive, malgré un cadre institutionnel immobilisé.
Chocs migratoires et recompositions identitaires
Al Joumhouriyat (24 juillet 2025) signale la présence croissante de réfugiés syriens dans certaines banlieues défavorisées, où les tensions pour l’accès aux services (santé, éducation, logement) se font de plus en plus vives. Des incidents liés à des discriminations ont été rapportés, tandis que certaines écoles commencent à limiter les inscriptions, provoquant la colère des associations de défense des droits humains.
Dans ce contexte, Al Binaa (24 juillet 2025) évoque une campagne de sensibilisation lancée par une ONG libanaise et des partenaires internationaux sur l’inclusion sociale et le respect des droits des déplacés. Cette campagne emploie des messages diffusés en ligne et dans les médias locaux, soulignant que « la coexistence est la seule issue viable pour le pays qui a tant accueilli ».
Fractures générationnelles et sentiment de défiance
Enfin, les sondages d’opinion publiés par Nida’ Al Watan (24 juillet 2025) révèlent une fracture générationnelle profonde : 70 % des moins de 30 ans affirment ne pas croire en l’avenir du Liban, contre 45 % des plus de 50 ans. Ce désenchantement s’accompagne d’un désintérêt croissant pour la politique traditionnelle et d’un recours accentué aux solutions migratoires ou à l’engagement humanitaire.
Face à cette réalité, des jeunes travailleurs et étudiants tissent des réseaux informels de soutien mutuel et cherchent à peser sur l’agenda public via les médias sociaux, les manifestations spontanées et les actions de plaidoyer. Cette effervescence est à la fois l’expression d’un refus de la résignation et d’une volonté de transformation, symptomatique d’un Liban en quête de renouveau.
Culture : Festivals, musique et patrimoine à l’honneur en juillet au Liban
L’effervescence des festivals d’été
Le Liban a renoué avec ses grands rendez-vous artistiques estivaux, illustrant à travers la culture une volonté persistante de surmonter les difficultés. À Beyrouth, le festival « Ayyam Beirut » a marqué une soirée haute en couleurs avec le concert de Joseph Attieh, le mardi 23 juillet 2025, au cœur de la capitale. Le quotidien Nahar (24 juillet 2025) souligne l’ambiance festive du spectacle, saluant l’esprit d’unité et d’attachement à la patrie. Des drapeaux libanais et des tissus blancs ont été distribués au public, renforçant le caractère symbolique de l’événement dans un contexte encore empreint de tensions. La performance de l’artiste a rassemblé des publics de tous âges, dans une atmosphère portée par la danse et la debké.
Dans le même esprit, Al Sharq Al Awsat (24 juillet 2025) revient également sur ce concert, mettant en lumière les échanges constants entre le chanteur et ses fans, notamment à travers la chanson emblématique « La trouhi », reprise en chœur. Joseph Attieh a aussi dévoilé ses futurs projets, dont de nouveaux titres, ainsi que sa participation aux festivals de Kobayat et Jerash, confirmant son rôle de figure incontournable de la scène libanaise contemporaine.
Le retour théâtral de Carole Samaha à Beiteddine
Autre événement marquant, le festival de Beiteddine a ouvert ses portes avec la création musicale « Kello Massmouh », écrite et mise en scène par Roy El Khoury pour la chanteuse Carole Samaha, de retour sur scène après plus de dix ans d’absence. Al Akhbar (24 juillet 2025) décrit un spectacle mêlant théâtre musical, chansons, et chorégraphies, dans un cadre rappelant l’univers mafieux et romantique d’un paquebot en mer. Inspirée de la comédie musicale américaine Anything Goes, l’œuvre adapte ce récit en arabe, tout en l’enrichissant de compositions locales et d’un humour destiné à alléger le climat national. Le public, venu en nombre, a applaudi une performance qualifiée de puissante et cohérente, tant sur le plan artistique que narratif.
Baalbek célèbre la paix et la mémoire
Au nord-est du pays, les ruines romaines de Baalbek ont de nouveau vibré sous les notes du festival international. Cette édition 2025 a été inaugurée avec un hommage musical intitulé « Haqba », rassemblant la chanteuse Hiba Tawaji et le compositeur Osama Rahbani. Le journal Ad Diyar (24 juillet 2025) rapporte les propos du maire de Baalbek, Ahmad Tufayli, pour qui ces festivals représentent un message de paix et de vie, après les événements tragiques ayant récemment affecté la région. Le public, mêlant locaux et visiteurs venus de l’étranger, a souligné l’importance de ces manifestations dans la réactivation du tourisme culturel et dans la préservation d’une image positive du pays.
Quand le patrimoine naturel devient sujet artistique
Le festival environnemental « Reev », qui se tient à Kobayat dans le nord du Liban, a cette année mis l’accent sur l’interaction entre nature et culture. D’après Al Akhbar (24 juillet 2025), des spectacles de contes traditionnels, des concerts inspirés de rythmes africains, ainsi que des ateliers de céramique à base de terre locale ont été organisés. Cette approche pluridisciplinaire vise à relier pratiques artisanales, écologie et mémoire collective.
Dans une autre initiative du même festival, la journaliste Marilyse Marwa et le percussionniste Malik Fleyfel ont proposé une performance collective intitulée « Iqa’ Ma’a al-Dounia », associant percussions, danse contemporaine et poésie, devant un public composé en grande partie de jeunes de 13 à 18 ans engagés dans des programmes de sensibilisation. Ce projet, cité par Al Akhbar (24 juillet 2025), illustre la volonté de certains festivals d’élargir leur impact au-delà du divertissement, en formant une nouvelle génération d’ambassadeurs culturels et environnementaux.
Mise en valeur du patrimoine en région
Enfin, la région d’Akkar, rarement au cœur des agendas culturels nationaux, a été mise en lumière grâce à une série d’activités centrées sur le basalte, matériau emblématique de l’architecture locale. Al Akhbar (24 juillet 2025) rapporte une excursion artistique baptisée « Yawm al-Bazalt », qui a permis à des visiteurs de découvrir les sculptures des frères Daoud, de visiter le temple romain de El-Bireh, ainsi que des églises anciennes bâties en pierre noire. Cet événement vise à reconnecter les jeunes du pays avec leur territoire, et à valoriser le patrimoine rural dans une démarche durable et inclusive.
Les messages portés par les artistes
Plusieurs artistes libanais ont saisi l’occasion de leur présence sur scène pour délivrer des messages d’unité. Joseph Attieh, dans ses échanges avec le public, a invité les Libanais de l’étranger à revenir découvrir les progrès réalisés dans le pays. Il a affirmé dans Nahar (24 juillet 2025) : « Je ne dirai qu’une chose : venez et voyez ce qui se passe au Liban, entre sites touristiques, scènes, festivals et production culturelle. Tout inspire la fierté ». Cette phrase, à elle seule, résume une forme de résistance par la culture et par la mise en scène de la beauté, de la paix et de l’appartenance.
Carole Samaha, de son côté, a évoqué dans Al Akhbar (24 juillet 2025) le besoin de faire rire et rêver, dans un pays dont le climat reste tendu. En choisissant d’interpréter une chanteuse confrontée aux contradictions de l’amour et du crime, elle projette dans son œuvre une dimension cathartique qui semble avoir touché un public avide de légèreté autant que de profondeur.
L’actualité littéraire : entre créations et attentes
L’analyse des journaux du 24 juillet 2025 révèle peu de nouveautés dans le domaine littéraire. Aucun lancement d’ouvrage majeur ou rencontre d’auteur n’a été rapporté dans les pages culturelles. Toutefois, les concerts et performances actuels intègrent souvent une composante narrative, ou font appel à des extraits poétiques, comme c’est le cas dans les spectacles de Beiteddine. La frontière entre musique et littérature semble ainsi de plus en plus floue, témoignant d’une tendance vers l’interdisciplinarité.
En parallèle, des appels ont été lancés dans certains festivals pour valoriser les jeunes auteurs. Des concours d’écriture sont également programmés pour l’automne, selon les déclarations de plusieurs organisateurs, bien que ces initiatives n’aient pas encore été détaillées dans la presse.



