Les tensions institutionnelles au Liban se cristallisent autour de la question du désarmement du Hezbollah, tandis que la gouvernance nationale fait face à une série d’échéances sensibles. Le Premier ministre Nawaf Salam a tenté de désamorcer les critiques en affirmant que la mise à l’agenda gouvernemental du désarmement n’était « pas une provocation », mais la simple mise en œuvre du programme de son gouvernement, validé par le Parlement à deux reprises. Dans une déclaration publiée par Al Sharq Al Awsat le 31 juillet 2025, Salam a réitéré que « le sujet fait partie intégrante du discours d’investiture du président Joseph Aoun » et qu’il bénéficie d’un « large soutien parlementaire, y compris de nombreux députés chiites ».
Cette clarification intervient à la veille de deux sessions cruciales du Parlement et du Conseil des ministres, prévues pour statuer sur des réformes exigées par les partenaires internationaux, dont les États-Unis. Washington a transmis au gouvernement libanais, via son envoyé Thomas Barak, une feuille de route en trois points comprenant, en première ligne, le démantèlement des arsenaux armés non étatiques, et notamment ceux du Hezbollah, selon Al Sharq Al Awsat (31 juillet 2025).
Les frictions internes se multiplient à l’approche de ces échéances. Le quotidien Al Liwa’, dans son édition du 31 juillet 2025, rapporte que des ministres proches d’Amal et du Hezbollah ont menacé, de manière plus ou moins explicite, de ne pas assister à la séance du Conseil des ministres si la question du désarmement était maintenue à l’ordre du jour. Selon des sources parlementaires citées par le journal, l’absence de ces ministres pourrait compromettre la légitimité de la séance et bloquer toute avancée sur le dossier.
Dans un discours relayé par Al Sharq Al Awsat le même jour, le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, a rejeté toute remise en cause du rôle militaire du parti. Il a accusé les États-Unis de « vouloir transformer le Liban en satellite d’Israël » et a soutenu que « le désarmement n’est pas à l’ordre du jour tant que les territoires libanais occupés ne sont pas libérés ». Il a également dénoncé les pressions américaines et le rôle de l’envoyé spécial Thomas Barak, qu’il a accusé de « falsifier les priorités nationales pour servir Tel-Aviv ».
Par ailleurs, la question du désarmement s’invite aussi dans les tensions populaires. Le quotidien Ad Diyar (31 juillet 2025) évoque un climat de défiance croissante, alimenté par des déclarations politiques jugées alarmistes. Certaines figures politiques ont averti, selon le journal, d’un possible « retour dans la rue » si le gouvernement persiste à avancer sur le désarmement sans consensus. Des ministres ont même évoqué, selon les termes d’Ad Diyar, « l’hypothèse d’une explosion sociale ».
Dans cette même veine, Al Joumhouriyat (31 juillet 2025) rapporte l’intervention solennelle du commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, à l’occasion du 80e anniversaire de l’armée. Haykal a insisté sur le rôle stabilisateur de l’institution militaire dans un contexte qu’il juge « critique », marqué par « la persistance des conflits régionaux, les menaces israéliennes et la fragmentation politique interne ». Il a aussi mis en garde contre « toute tentative de semer la division ou d’ébranler l’unité nationale sous prétexte de réformes sécuritaires ».
Dans le champ diplomatique, Al Bina’ (31 juillet 2025) et Al Quds (31 juillet 2025) révèlent un nouvel épisode du rapprochement entre Damas et Tel-Aviv. Une rencontre entre le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad Al-Shibani, et le conseiller israélien Ron Dermer s’est tenue à Bakou, sous médiation azerbaïdjanaise. Selon Al Bina’, la réunion s’inscrit dans une logique de « stabilisation du Sud syrien » et dans le cadre d’un « accord économique en gestation, incluant des livraisons syriennes de gaz vers Israël ». Cette dynamique inquiète plusieurs chancelleries arabes, dont l’Arabie Saoudite, qui s’inquiète de la marginalisation du Golfe dans le futur de la Syrie post-guerre.
Toujours selon Al Bina’, cette convergence israélo-syrienne pourrait à terme créer un précédent diplomatique, d’autant plus que la Russie a été sollicitée pour appuyer la transition syrienne dans un cadre négocié avec Tel-Aviv. Moscou, de son côté, maintient une position prudente, tentant de concilier ses liens stratégiques avec la Syrie tout en préservant ses canaux avec Israël, selon les analyses publiées dans Al Quds et Al Sharq Al Awsat.
Dans le même contexte régional, Al Akhbar (31 juillet 2025) signale une initiative saoudienne conjointe avec les Émirats visant à marginaliser le Hamas au Liban, notamment dans les camps palestiniens. L’opération, qualifiée de « sécurité parallèle à la Dayton », viserait à affaiblir l’influence du mouvement islamiste en coordination avec l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. Des sources citées par le journal évoquent même des pressions directes exercées sur le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam pour accélérer la mise en œuvre de ce plan.
Ces dynamiques régionales trouvent un écho dans les crispations internes. Plusieurs analystes libanais, cités par Al Diyar et Al Akhbar, soulignent que les discussions sur le désarmement sont instrumentalisées par des acteurs extérieurs cherchant à redessiner l’équilibre stratégique du Liban. Selon eux, les échéances parlementaires et gouvernementales des prochains jours pourraient devenir un tournant dans la redéfinition du pacte national.
En parallèle, l’économie reste plombée par l’incertitude. Al Sharq Al Awsat (31 juillet 2025) signale que les discussions avec les bailleurs de fonds internationaux restent suspendues à la mise en œuvre des réformes judiciaires et financières, condition sine qua non pour tout nouveau décaissement. Le journal indique également que le projet de loi sur la restructuration bancaire et celui sur l’indépendance de la magistrature devraient être votés en urgence.
Ces projets de loi ont été discutés en séance parlementaire, comme le rapporte Al Liwa’ (31 juillet 2025), mais divisent profondément l’assemblée. Des députés proches du Hezbollah ont exprimé leurs réticences, accusant ces réformes d’être « dictées de l’extérieur » et menaçant de « bloquer le quorum si la question du désarmement reste couplée à ces projets ». Le quotidien mentionne aussi la tension autour des nominations judiciaires, sujet hautement sensible dans un pays où la justice reste perçue comme instrumentalisée.
Dans ce contexte, les journaux Al Sharq et Al Akhbar évoquent l’émergence de scénarios de « paralysie institutionnelle » en cas d’échec de ces réformes ou d’aggravation des tensions politiques. Pour certains observateurs cités par Al Akhbar, le pays se retrouve dans une impasse comparable à celle qui a précédé la guerre civile, tant les lignes de fracture communautaires et géopolitiques semblent irréconciliables.
La séquence politique actuelle met en évidence l’interconnexion croissante entre pressions internationales, contraintes économiques et fractures internes. Les heures à venir s’annoncent décisives pour un pays tiraillé entre exigences de souveraineté et impératifs de stabilité.
Politique locale : désaccords gouvernementaux et menace de blocage institutionnel
Un Conseil des ministres sous haute tension
À quelques jours d’une réunion attendue du Conseil des ministres, la politique libanaise semble une fois encore à la croisée des chemins. Le Premier ministre Nawaf Salam a confirmé, dans un entretien rapporté par Al Sharq Al Awsat (31 juillet 2025), que le point relatif au désarmement des groupes armés non étatiques, au premier rang desquels le Hezbollah, serait bien inscrit à l’ordre du jour de la prochaine séance gouvernementale. Affirmant que cette décision « ne constitue pas une provocation », il a justifié ce choix par la nécessité de respecter les engagements pris dans le discours d’investiture du président Joseph Aoun ainsi que dans le programme ministériel adopté à deux reprises par le Parlement. Il insiste : « Nous ne faisons que mettre en œuvre ce que nous avons annoncé. »
Mais cette initiative ravive les lignes de fracture au sein de l’exécutif. Selon Al Liwa’ (31 juillet 2025), plusieurs ministres issus du tandem chiite (Amal et Hezbollah) ont laissé entendre qu’ils boycotteraient la réunion si la question du désarmement est maintenue à l’ordre du jour. Une telle absence priverait la séance du quorum requis, paralysant de facto le fonctionnement du gouvernement. Cette stratégie de retrait, plus implicite qu’explicitement revendiquée, vise à éviter une confrontation ouverte tout en bloquant le processus décisionnel.
Une pression diplomatique américaine croissante
L’inscription du désarmement à l’ordre du jour ne relève pas d’une initiative purement interne. Elle s’inscrit dans le cadre d’une séquence diplomatique plus large. Comme le rapporte Ad Diyar (31 juillet 2025), Washington a récemment transmis une feuille de route à Beyrouth par l’intermédiaire de son émissaire Thomas Barak. Ce document énonce trois exigences principales, dont la plus emblématique reste le retrait des armes tenues par les factions armées non étatiques. En réponse, le gouvernement libanais a prévu deux réunions décisives : l’une du Conseil des ministres pour le volet sécuritaire, l’autre du Parlement pour les réformes structurelles liées à la justice et à la finance.
Le Hezbollah, par la voix de son secrétaire général Naim Kassem, s’est opposé fermement à ce qu’il qualifie de diktat étranger. Dans un discours retranscrit par Al Sharq Al Awsat (31 juillet 2025), Kassem accuse les États-Unis de « vouloir transformer le Liban en province israélienne » et rejette toute possibilité de désarmement en l’absence d’un retrait israélien complet du territoire libanais. Il affirme que « ce sujet relève exclusivement du dialogue national » et que son imposition par des canaux diplomatiques constitue une atteinte à la souveraineté du pays.
Une classe politique fracturée
Les tensions internes ne se limitent pas aux formations directement concernées. L’ensemble de la classe politique semble divisé sur l’approche à adopter. Le président du Parlement Nabih Berri, selon Al Sharq Al Awsat, plaide pour un compromis basé sur le dialogue et la temporalité. Il met en garde contre « toute tentative de forcer un passage institutionnel sans consensus », qui risquerait d’ouvrir une crise de régime.
Le quotidien Al Liwa’ rapporte que des voix discordantes émergent même au sein de l’exécutif. Certains ministres, bien que non affiliés au tandem chiite, expriment leur réserve quant au calendrier jugé précipité de cette initiative. Ils estiment qu’un tel débat, chargé symboliquement, devrait être précédé d’une concertation nationale plus large, incluant notamment les figures religieuses et les représentants de la société civile.
D’autres, au contraire, appellent à aller de l’avant. Le ministre de la Justice a déclaré que « l’État ne peut continuer à tolérer une situation où une organisation politique détient un arsenal autonome ». Cette position, relayée par Al Sharq, rejoint celle d’une partie du courant réformateur, qui voit dans l’application des résolutions internationales, notamment la 1559 et la 1701, un passage obligé vers la normalisation politique et économique du Liban.
Le rôle stabilisateur de l’armée en question
Dans ce contexte de tensions politiques, l’institution militaire tente de réaffirmer sa neutralité. À l’occasion du 80e anniversaire de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal a adressé un message solennel, reproduit intégralement dans Al Joumhouriyat (31 juillet 2025), dans lequel il réaffirme que « l’armée reste l’épine dorsale de la nation et le garant de sa cohésion ». Il met en garde contre les risques de division et affirme que « le maintien de l’ordre se fera, comme toujours, dans le strict respect de l’État de droit ».
Le général Haykal rappelle que l’armée remplit ses missions « malgré des ressources limitées », qu’il s’agisse du contrôle des frontières, de la surveillance des eaux territoriales ou de la lutte contre le terrorisme. Il insiste sur la nécessité d’éviter toute politisation de la fonction militaire. Toutefois, des analystes cités par Al Akhbar soulignent la position délicate de l’institution, prise entre les exigences internationales et les sensibilités internes.
Une menace de paralysie gouvernementale
La perspective d’un blocage du Conseil des ministres inquiète d’autant plus qu’elle intervient à un moment où les chantiers législatifs sont nombreux. La session parlementaire du 31 juillet, relatée par Al Liwa’, a montré à quel point les débats sur la réforme bancaire et la révision de la justice cristallisent les oppositions. Des députés proches du Hezbollah ont notamment dénoncé des « projets dictés par les bailleurs de fonds étrangers » et conditionné leur vote à l’exclusion du volet sécuritaire de l’agenda.
Le gouvernement semble dans l’impasse. Selon Ad Diyar, certaines formations envisagent déjà un recours au Conseil constitutionnel pour contester l’éventuelle adoption d’un plan de désarmement sans accord préalable du Parlement. D’autres tablent sur une stratégie de report systématique, espérant que la pression diplomatique s’atténue à l’approche des échéances électorales municipales prévues pour le printemps 2026.
Des risques sociaux en toile de fond
Le climat social dégradé pèse aussi sur les équilibres politiques. Al Diyar rapporte plusieurs manifestations dans les régions de la Bekaa et du Nord, où des citoyens protestent contre l’effondrement des services publics, les coupures de courant prolongées et la pénurie de carburant. Cette instabilité pourrait, selon des responsables cités par Al Akhbar, être exploitée à des fins politiques par certains groupes pour démontrer l’incapacité du gouvernement à gouverner.
Le ministre des Affaires sociales a lui-même reconnu que « la situation est explosive » et que « le risque d’un embrasement social n’est pas à exclure si la crise institutionnelle se poursuit ». Il appelle à la responsabilité collective et exhorte les partis à « se rappeler que la population ne peut plus attendre ».
Un appel à la responsabilité présidentielle
Face à ce climat tendu, le président Joseph Aoun a lancé un appel solennel. Selon Al Sharq Al Awsat, il a demandé à l’ensemble des composantes politiques de « privilégier l’intérêt général » et de « faire preuve de retenue dans un moment où l’État a besoin d’unité et non de clivage ». Il rappelle que l’autorité présidentielle veille à l’équilibre des pouvoirs et qu’il n’est « dans l’intérêt de personne de bloquer les institutions ».
Le président n’a pas explicitement commenté le dossier du désarmement, mais son entourage laisse entendre qu’il soutient la démarche du gouvernement dans le cadre du respect du processus démocratique. Son rôle pourrait devenir déterminant dans les jours à venir, s’il s’agit de trancher entre la tentation du consensus et l’urgence de l’action.
Citation et discours des personnalités politiques : l’armée, le Hezbollah et les équilibres institutionnels
Le général Rodolphe Haykal célèbre l’anniversaire de l’armée dans un message d’unité nationale
À l’occasion du 80e anniversaire de l’armée libanaise, le commandant en chef, le général Rodolphe Haykal, a prononcé un discours solennel largement relayé par Al Joumhouriyat dans son édition du 31 juillet 2025. Dans cette déclaration officielle, le chef de l’institution militaire a rappelé le rôle central de l’armée dans la défense du pays, insistant sur l’absolue nécessité de préserver son unité et sa neutralité.
Haykal a affirmé que l’armée reste « le garant de la sécurité de tous les Libanais » et qu’elle agit « sans parti pris ni influence politique ». Il a salué l’engagement des soldats dans un contexte de grandes difficultés, soulignant « leur discipline, leur professionnalisme et leur dévouement ». Il a aussi mis en garde contre « toute tentative de semer la division au sein du pays », insistant sur la mission constitutionnelle de l’armée : défendre l’intégrité territoriale, maintenir l’ordre public et appliquer les résolutions internationales, en particulier la résolution 1701 de l’ONU.
Sans nommer directement le Hezbollah, Haykal a évoqué la nécessité pour l’État d’imposer son autorité sur l’ensemble du territoire. Il a ainsi déclaré que « le renforcement de la souveraineté nationale passe par l’unification de la décision sécuritaire ». Cette phrase, commentée par plusieurs éditorialistes, a été interprétée comme une position implicite en faveur d’un désarmement progressif des groupes armés non étatiques.
Naim Kassem rejette toute discussion sur le désarmement du Hezbollah
Dans un discours prononcé le 30 juillet 2025 et rapporté par Al Sharq Al Awsat le 31 juillet, le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, a catégoriquement rejeté toute discussion sur le désarmement de son parti. Il a dénoncé ce qu’il qualifie de « chantage diplomatique » exercé par les États-Unis et accusé l’envoyé spécial américain Thomas Barak d’avoir « imposé une feuille de route contraire à la souveraineté libanaise ».
Kassem a rappelé que « l’arsenal du Hezbollah est un outil de défense nationale » et qu’il ne saurait être démantelé tant que les menaces israéliennes persistent. Selon lui, « aborder la question des armes de la résistance sans accord global revient à renforcer l’ennemi ». Il a qualifié la démarche du gouvernement libanais de « soumission aux volontés américaines », accusant le Premier ministre Nawaf Salam de vouloir « plaire à l’Occident au détriment de l’équilibre national ».
Dans ce même discours, Kassem a également mis en garde contre les conséquences internes d’une telle orientation politique. Il a prévenu que « toute tentative de contournement des équilibres nationaux pourrait provoquer une instabilité grave ». Il a appelé les alliés du Hezbollah au sein du gouvernement à faire bloc contre ce qu’il qualifie de « plan d’encerclement politique et sécuritaire ».
Nawaf Salam défend la légitimité de l’agenda gouvernemental
Le Premier ministre Nawaf Salam, dans une interview accordée à Al Sharq Al Awsat et publiée le 31 juillet 2025, a justifié l’inscription de la question du désarmement à l’ordre du jour du Conseil des ministres. Selon lui, cette initiative « s’inscrit pleinement dans les engagements du gouvernement, votés par le Parlement et soutenus par une majorité de députés, y compris chiites ».
Salam a expliqué que « cette question ne doit pas être perçue comme une provocation, mais comme la traduction de la volonté de renforcer l’État de droit ». Il a insisté sur le fait que « la souveraineté nationale ne peut être partagée » et que « les décisions sécuritaires doivent relever exclusivement des institutions de l’État ».
Il a également reconnu que le moment est délicat, mais a appelé à la responsabilité collective. « Il est temps que les Libanais discutent sérieusement de leur avenir institutionnel et sécuritaire. Refuser ce débat revient à figer le pays dans une impasse », a-t-il souligné. Il a aussi précisé que le dialogue reste ouvert et que le gouvernement est prêt à discuter des modalités de mise en œuvre, mais non du principe.
Joseph Aoun appelle à préserver le fonctionnement des institutions
Le président Joseph Aoun, bien que resté discret publiquement ces derniers jours, a envoyé plusieurs signaux par l’intermédiaire de son entourage, comme rapporté dans Al Sharq Al Awsat et Al Liwa’ (31 juillet 2025). Il aurait déclaré que « la paralysie des institutions ne peut être une option acceptable dans un État moderne ».
Aoun appelle les formations politiques à la retenue, rappelant que « le Conseil des ministres est un espace de débat, pas de blocage ». Il soutient l’action de Nawaf Salam dans la conduite des affaires gouvernementales, tout en encourageant « un dialogue franc entre les composantes nationales pour éviter les ruptures ».
Son intervention vise à désamorcer les menaces de boycott émises par certains ministres proches du Hezbollah et à assurer la tenue de la prochaine réunion gouvernementale. Il aurait affirmé que « l’État doit continuer à fonctionner, même en période de désaccords majeurs », une déclaration qui réaffirme son rôle de garant des institutions.
Les prises de parole au Parlement reflètent la division politique
La session parlementaire du 30 juillet 2025 a été marquée par de nombreuses interventions liées au désarmement et aux réformes sécuritaires. Al Liwa’ rapporte que plusieurs députés affiliés au Hezbollah ont dénoncé une « offensive contre la résistance » et menacé de bloquer tout projet de loi allant dans ce sens. Un député aurait même déclaré que « le gouvernement franchit une ligne rouge en abordant ce sujet sans concertation ».
À l’inverse, d’autres parlementaires issus de formations centristes ou indépendantes ont salué l’initiative du Premier ministre. L’un d’eux a affirmé que « l’État ne peut pas rester passif face à une situation d’ambiguïté institutionnelle » et a appelé à « replacer la sécurité dans le giron des autorités légitimes ».
Le président du Parlement Nabih Berri a tenté de maintenir l’équilibre en appelant à « la patience et au dialogue ». Il a cependant prévenu que « la tentation de forcer une décision pourrait avoir des conséquences imprévisibles sur le climat national ». Sa déclaration, volontairement modérée, reflète la fragilité des équilibres actuels.
Un climat médiatique et politique de plus en plus polarisé
Al Akhbar et Al Diyar constatent une montée en intensité du discours politique dans les médias et les prises de position publiques. Tandis que les organes proches du Hezbollah mettent l’accent sur la légitimité de la résistance, les tribunes réformistes insistent sur l’urgence de restaurer l’autorité de l’État.
Des figures religieuses commencent également à s’exprimer. Selon Al Akhbar, certains responsables sunnites critiquent l’inaction prolongée des autorités face à « l’arsenal parallèle du Hezbollah », tandis que des évêques maronites expriment leurs craintes de voir « l’État paralysé à nouveau par les armes illégitimes ».
Diplomatie : rapprochements syro-israéliens et pressions internationales sur Beyrouth
Une rencontre secrète entre responsables syriens et israéliens à Bakou
L’actualité diplomatique de la semaine a été dominée par une révélation majeure : la tenue d’une réunion secrète entre des responsables syriens et israéliens dans la capitale azerbaïdjanaise. Selon les informations publiées par Al Bina’ dans son édition du 31 juillet 2025, la rencontre aurait eu lieu entre le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad Al-Shibani, et le conseiller israélien à la sécurité nationale, Ron Dermer. Le dialogue aurait été facilité par des diplomates azerbaïdjanais et sous l’œil discret d’observateurs russes.
D’après Al Bina’, cette réunion s’inscrit dans un processus plus large de stabilisation du Sud syrien. L’objectif affiché serait la sécurisation des frontières et le développement de projets économiques communs, notamment dans le domaine énergétique. Parmi les pistes évoquées : un possible accord pour acheminer du gaz syrien vers Israël via des infrastructures existantes, dans une logique de bénéfices partagés.
Ce rapprochement, qualifié de « tactique » par certains diplomates cités par Al Quds (31 juillet 2025), intervient dans un contexte de redéploiement stratégique des puissances régionales et d’un affaiblissement progressif du rôle iranien dans certaines régions de Syrie. Si Damas a maintenu un discours public de confrontation avec Israël, la réalité diplomatique semble de plus en plus orientée vers un pragmatisme dicté par les nécessités économiques et sécuritaires.
Inquiétudes à Beyrouth : le Liban marginalisé dans la recomposition régionale
Ce rapprochement discret entre Damas et Tel-Aviv suscite des inquiétudes croissantes au Liban, notamment chez les dirigeants politiques chiites. Le quotidien Al Sharq Al Awsat rapporte que le Hezbollah voit dans cette initiative une menace directe pour l’équilibre régional. Le parti s’inquiète d’un « scénario post-conflit » en Syrie qui exclurait ses alliés historiques et légitimerait une normalisation de fait avec Israël sans règlement global de la question palestinienne.
Du côté du gouvernement libanais, les réactions sont plus nuancées. Le Premier ministre Nawaf Salam, dans des propos rapportés par Al Diyar, appelle à « ne pas réagir dans la précipitation à une dynamique qui reste floue ». Il reconnaît toutefois que « la position stratégique du Liban pourrait être affaiblie si les pays voisins reconfigurent leurs alliances sans concertation avec Beyrouth ».
Plusieurs responsables diplomatiques libanais ont confié à Al Liwa’ que le Liban risque d’être « relégué à un rôle périphérique » dans les négociations régionales si sa position reste figée. Certains évoquent l’urgence pour Beyrouth de se doter d’une diplomatie proactive, capable d’anticiper les changements en cours et de redéfinir les alliances stratégiques.
Pressions américaines et européennes : désarmement et réformes comme condition à l’aide
Dans ce contexte régional mouvant, les puissances occidentales multiplient les pressions sur le Liban pour accélérer ses réformes internes. Selon Al Sharq Al Awsat, les États-Unis, via leur envoyé spécial Thomas Barak, ont transmis au gouvernement libanais une feuille de route conditionnant toute aide économique à une série de mesures, dont le désarmement des groupes armés non étatiques.
Le document, remis début juillet 2025, aurait été rédigé en coordination avec les autorités françaises et allemandes. Il stipule que « le Liban doit restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble de son territoire, réformer son système judiciaire et garantir l’indépendance de ses institutions économiques ». En échange, une enveloppe financière de plusieurs centaines de millions de dollars pourrait être débloquée sous l’égide de la Banque mondiale et du FMI.
Le Premier ministre Nawaf Salam, selon Al Sharq Al Awsat, tente de négocier un calendrier assoupli, intégrant ces conditions dans une perspective de moyen terme. Mais les États-Unis, appuyés par leurs partenaires européens, exigent des gestes concrets dès l’automne 2025, notamment un vote parlementaire sur la loi de désarmement et l’adoption rapide de la réforme bancaire.
L’Arabie saoudite et les Émirats s’alignent sur Washington
Dans le monde arabe, l’évolution est notable. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, longtemps prudents sur la question du Hezbollah, ont exprimé, selon Al Akhbar, un soutien tacite à la position américaine. Ils exigent également que le Liban assume ses responsabilités sécuritaires et mettent fin à ce qu’ils qualifient de « dualité armée-État ».
Une réunion informelle entre diplomates du Golfe, tenue à Abu Dhabi le 27 juillet, aurait acté un durcissement de la position arabe vis-à-vis de Beyrouth. Al Akhbar précise que Riyad envisage de conditionner toute reprise de l’aide bilatérale à des garanties sur le désarmement, mais aussi sur la neutralité politique du Liban vis-à-vis de l’Iran.
Cette évolution inquiète certains responsables libanais, notamment au sein des partis sunnites, qui redoutent une marginalisation du pays dans l’axe arabo-occidental. D’autres, à l’inverse, y voient une opportunité de repositionner le Liban comme acteur de stabilité s’il parvient à opérer ses réformes.
La Russie, arbitre discret d’une nouvelle donne régionale
Au milieu de ces recompositions, la Russie cherche à conserver son rôle d’arbitre régional. Moscou a salué le rapprochement entre Damas et Tel-Aviv tout en rappelant que « toute initiative de paix doit inclure une solution juste pour les Palestiniens et un cadre multilatéral ». Cette position, rapportée par Al Quds, vise à ménager ses relations avec tous les acteurs du Levant.
La diplomatie russe a également intensifié ses échanges avec Beyrouth. Selon Al Bina’, une délégation du ministère russe des Affaires étrangères aurait rencontré plusieurs hauts responsables libanais à Baabda et à Aïn el-Tineh pour discuter de l’avenir de la région. Moscou propose un rôle accru pour le Liban dans les plateformes régionales multilatérales, à condition que le pays évite de s’enliser dans des crises internes.
Le président Joseph Aoun, selon des sources citées par Al Diyar, verrait dans cette ouverture une possibilité d’équilibrer les pressions occidentales et d’explorer des partenariats économiques alternatifs. Mais cette approche reste minoritaire au sein du gouvernement, où la priorité est donnée aux négociations avec les institutions financières internationales.
Vers un isolement diplomatique du Liban ?
Les analystes interrogés par Al Nahar craignent un isolement progressif du Liban si aucune orientation stratégique claire n’est définie. Le pays semble pris en étau entre les exigences des bailleurs occidentaux, les recompositions régionales et la persistance de ses blocages politiques internes.
L’absence de consensus sur la question du désarmement empêche Beyrouth de présenter un front uni. Plusieurs partenaires étrangers estiment que « le Liban ne peut pas prétendre au soutien international sans réformes significatives ». Cette critique, récurrente depuis la crise de 2019, devient plus pressante dans un contexte où les autres pays de la région entament des transformations diplomatiques majeures.
Face à ce constat, des diplomates libanais appellent à « une réinvention de la diplomatie nationale », basée sur une vision de long terme. Ils plaident pour un repositionnement du Liban comme plateforme de dialogue régional, en s’appuyant sur sa tradition de neutralité et son ancrage historique dans les réseaux internationaux.
Politique internationale : accords tactiques et recompositions géopolitiques au Proche‑Orient
Un tournant diplomatique en Syrie facilitant un rapprochement discret avec Israël
Au cœur des évolutions géopolitiques régionales, une rencontre non officielle entre le ministre syrien des Affaires étrangères Asaad Al‑Shibani et le conseiller israélien Ron Dermer à Bakou a déclenché des réactions contrastées dans l’ensemble des capitales du Proche‑Orient. Cet échange, relayé par Al Bina’ le 31 juillet 2025, a été présenté comme un premier pas vers une stabilisation conjointe du sud syrien, associant des discussions sur des corridors énergétiques et des questions de sécurité frontalière.
D’après les informations d’Al Quds publiées le même jour, cette démarche s’inscrit dans un réalignement stratégique impulsé par certains acteurs du Golfe, qui cherchent à tisser de nouveaux partenariats de fait avec Damas. Ce changement traduit une volonté croissante de dépasser l’isolement diplomatique de la Syrie, tout en atténuant l’influence iranienne dans la région. Selon plusieurs sources citées par Al Akhbar, l’objectif serait également de sécuriser un déploiement post‑conflit ordonné, avant toute relance des tensions frontalières.
La transformation des alliances diplomatiques dans le Golfe
L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis poursuivent une stratégie de realignement diplomatique, favorisant les accords pragmatiques plutôt que des ruptures idéologiques. Le 27 juillet, une réunion informelle à Abu Dhabi a dressé un nouveau cadre de coopération régionale incluant une exigence explicite d’affirmation de la souveraineté étatique dans les États du Levant. Selon Al Akhbar, cette posture implique désormais une conditionnalité forte quant à la neutralité envers Israël et la mise à l’écart des acteurs considérés comme déstabilisateurs.
Les responsables diplomatiques saoudiens estiment que « le temps de la confrontation exclusive est révolu » et que les nouvelles alliances doivent servir la stabilité économique autant que politique. De leur côté, les Émirats encouragent l’ouverture de canaux commerciaux directs avec Damas, tout en soulignant que « tout soutien au Liban doit désormais être conditionné à des réformes structurelles concrètes ».
L’Europe et Washington unis sur la ligne des réformes conditionnelles
Le rapprochement syro‑émirati a coïncidé avec une intensification des pressions occidentales sur les pays du Levant, notamment le Liban. Washington, Paris et Berlin ont formulé un front diplomatique exigeant des avancées sur la justice et l’indépendance économique, en vue de débloquer des financements de soutien. Selon Al Sharq Al Awsat, une feuille de route récemment présentée inclut le désarmement des milices, l’adoption d’un budget crédible et des réformes bancaires urgentes.
Certains analystes européens cités dans Al Diyar estiment que cette diplomatie de la conditionnalité risque de s’étendre davantage, touchant également la Syrie et la Jordanie, dans des accords permettant une reprise progressive du dialogue international. Plus qu’une simple pression, il s’agit d’une stratégie coordonnée pour contraindre les États de la région à retrouver un alignement pragmatique permettant la circulation de capitaux et la sécurisation énergétique.
La reprise économique syrienne sous surveillance régionale
Si la Syrie bénéficie d’un certain répit diplomatique, toute ouverture économique reste surveillée de près par les acteurs régionaux. Le plan de projet évoqué par Al Bina’ prévoit notamment l’acheminement de gaz syrien vers Israël à partir de l’automne 2026, sous supervision internationale. Riyad et Abu Dhabi attendent en retour des garanties de désengagement logistique et stratégique, notamment une limitation de l’influence iranienne dans la région.
Cependant, selon des spécialistes interrogés par Al Nahar, cette reprise économique pourrait renforcer des régimes sécuritaires si elle n’est pas accompagnée d’un encadrement démocratique minimum. Ils soulignent que la reconstruction syrienne pourrait alimenter les tensions dans les zones frontalières et dans les camps de réfugiés, à moins que des mécanismes multilateraux ne soient activés.
Le positionnement russe entre stabilité et ambitions régionales
En parallèle, la Russie joue un rôle de médiateur discret mais influent. Moscou, selon Al Quds, a appelé à une solution globale incluant le droit des Palestiniens et aux frontières reconnues, tout en ménant ses relations avec Tel‑Aviv. La diplomatie russe a récemment rencontré des interlocuteurs libanais à Beyrouth pour encourager un dialogue inclusif. Ces discussions visent à proposer au Liban un rôle de hub diplomatique régional, à condition qu’il ne s’aligne ni exclusivement sur l’Occident ni sur l’Iran.
Mais certains analystes de la presse russe, cités dans Al Bina’, mettent en garde contre une instrumentalisation du Liban à des fins d’influence. Ils estiment que Moscou, en valorisant sa présence en Syrie, veut aussi limiter l’expansion de celle de l’Iran ou des États-Unis dans le Cercle levantin.
Vers une recomposition géopolitique multipolaire
Tous ces éléments convergent vers une reconfiguration diplomatique complexe : la région ne se polarise plus exclusivement autour des axes traditionnels. De nouveaux pactes discrets se nouent, fondés sur des intérêts économiques et sécuritaires plutôt que sur des affinités idéologiques. Le Liban, marginalisé par son propre retard institutionnel, semble aujourd’hui en délicate posture face à ces alliances invisibles.
Selon Al Akhbar, l’option du statu quo n’est plus viable : les États du Levant doivent désormais choisir entre replonger dans l’ancien modèle de confrontation ou s’insérer dans un système d’interdépendances, où les ressources énergétiques et les alliances économiques dominent. Ces nouveaux équilibres attestent d’un tournant où le pragmatisme diplomatique supplante la polarisation idéologique héritée des décennies passées.
Économie : incertitudes budgétaires et pression internationale sur les réformes financières
Un budget 2025 bloqué par l’instabilité politique
Le gouvernement libanais fait face à une impasse budgétaire majeure alors que le projet de loi de finances pour 2025 reste en suspens, freiné par des dissensions politiques internes et des conditions internationales exigeantes. Selon les informations publiées par Al Sharq Al Awsat le 31 juillet 2025, les négociations autour du budget n’ont toujours pas abouti à une mouture définitive, en raison d’un désaccord profond entre les blocs politiques sur la répartition des dépenses publiques et les priorités d’investissement.
Le Premier ministre Nawaf Salam a reconnu, dans des propos relayés par Al Diyar, que « le budget ne pourra être adopté tant que le consensus politique n’est pas atteint sur les engagements de réforme ». Parmi les points les plus sensibles figurent les subventions aux carburants, la politique salariale dans la fonction publique, ainsi que les crédits alloués à l’armée et à la justice. L’absence de budget formel depuis plus de deux ans nuit gravement à la capacité de l’État à planifier ses dépenses et à assurer un minimum de crédibilité vis-à-vis de ses partenaires internationaux.
Le ministre des Finances a lui-même admis, dans Al Bina’ (31 juillet 2025), que la situation est critique. « Sans budget, il est impossible de négocier sérieusement avec le FMI », a-t-il déclaré, en appelant à un effort politique pour sortir de l’impasse. Le projet de loi initial prévoyait une augmentation modeste des recettes fiscales, notamment via la TVA et les droits de douane, mais ces mesures restent très contestées.
Des institutions internationales toujours plus exigeantes
Les bailleurs de fonds internationaux, en particulier le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, conditionnent toute reprise des financements à la mise en œuvre d’un ensemble de réformes structurelles. Selon Al Sharq Al Awsat, la dernière mission technique du FMI, présente à Beyrouth début juillet, a insisté sur l’adoption de la réforme bancaire, le renforcement de la Banque du Liban et la fin des subventions généralisées.
Le programme économique proposé par le FMI comprend également une restructuration complète du secteur bancaire, avec la création d’une bad bank pour isoler les actifs non performants. Il exige une réduction progressive du déficit public, la publication des états financiers de la Banque du Liban, et l’adoption d’un cadre légal pour la transparence budgétaire. Mais la classe politique libanaise reste très divisée sur ces exigences.
Selon Al Liwa’, plusieurs députés s’opposent à la réforme du secteur bancaire tant que les responsabilités sur la crise financière de 2019 n’ont pas été établies. Certains demandent que les pertes soient d’abord assumées par les actionnaires des banques et non par les déposants. D’autres conditionnent leur soutien à une enquête parlementaire sur les transferts de capitaux à l’étranger opérés par des personnalités politiques et des dirigeants bancaires.
La Banque du Liban fragilisée malgré une nouvelle gouvernance
Depuis sa nomination à la tête de la Banque du Liban, Karim Souaid tente de restaurer une certaine discipline monétaire, mais les défis restent immenses. Selon les données reprises par Al Nahar, la livre libanaise continue de fluctuer fortement face au dollar, oscillant entre 82 000 et 90 000 livres pour un dollar au marché parallèle, tandis que les réserves de change restent faibles.
Souaid a lancé une série de mesures pour stabiliser la monnaie, notamment en durcissant les conditions de change sur la plateforme Sayrafa, en limitant les retraits en devises et en révisant la politique d’intervention de la Banque centrale. Toutefois, ces décisions sont perçues comme insuffisantes pour rassurer les marchés.
Dans un entretien publié dans Al Akhbar, un ancien haut fonctionnaire de la Banque du Liban déclare que « la confiance ne reviendra pas sans mécanismes de contrôle et de surveillance indépendants ». Il plaide pour un audit complet des comptes de la banque centrale et une réforme du conseil d’administration, encore dominé par des personnalités proches du pouvoir politique.
La crise énergétique freine l’activité économique
L’un des principaux obstacles à la reprise économique demeure la crise énergétique persistante. Le pays continue de subir des coupures d’électricité quotidiennes, parfois supérieures à 18 heures par jour dans certaines régions. Selon Al Diyar, la production de l’EDL (Electricité du Liban) reste inférieure à 500 MW, loin des besoins estimés à plus de 2 500 MW en période estivale.
Le gouvernement a signé plusieurs contrats pour importer du gaz naturel d’Égypte via la Jordanie, mais ces accords sont bloqués par des sanctions techniques liées à la loi américaine Caesar sur la Syrie. En attendant, le recours aux générateurs privés reste la norme, augmentant considérablement le coût de l’électricité pour les ménages et les entreprises.
Selon Al Liwa’, cette situation pèse lourdement sur les secteurs productifs, notamment l’industrie et les services. De nombreuses petites entreprises ont fermé leurs portes, incapables d’absorber les coûts énergétiques croissants. L’économie informelle explose, tandis que le chômage touche désormais plus de 35 % de la population active, selon les chiffres du ministère de l’Économie rapportés dans Al Sharq.
Les inégalités sociales se creusent face à l’austérité
La politique d’austérité budgétaire imposée par l’ajustement financier affecte lourdement les classes moyennes et populaires. La réduction des aides sociales, la hausse des taxes sur les produits de base et la dévaluation de la monnaie ont provoqué une flambée des prix, notamment dans l’alimentation, la santé et les transports.
Selon Al Akhbar, le prix moyen d’un panier alimentaire de base a augmenté de 30 % en trois mois, tandis que le coût du carburant a triplé en un an. Le salaire minimum, toujours fixé à 675 000 livres, ne représente plus qu’environ 8 dollars au taux du marché parallèle. La grogne sociale s’intensifie, avec des manifestations sporadiques dans la Bekaa, le Nord et le Sud.
Les syndicats appellent à une réforme de la politique salariale, tandis que les enseignants, les fonctionnaires et les retraités multiplient les sit-ins devant les ministères. Le gouvernement, pris entre l’exigence de réduction des déficits et la pression sociale, peine à proposer des solutions durables.
L’incertitude politique dissuade les investisseurs étrangers
Enfin, la paralysie des institutions politiques et les risques de blocage au sein du Conseil des ministres, comme l’illustre la controverse sur le désarmement du Hezbollah, affectent négativement l’attractivité économique du pays. Les investissements directs étrangers, selon Al Sharq, ont chuté de plus de 70 % depuis 2018. Le Liban ne parvient plus à attirer les capitaux nécessaires à la relance de ses infrastructures ou à la modernisation de ses secteurs clés comme le tourisme, la construction ou l’agriculture.
Les missions économiques internationales, en visite à Beyrouth ces derniers mois, insistent sur la nécessité de restaurer un climat politique stable et prévisible. Sans cela, les bailleurs de fonds resteront prudents et les investisseurs privés éviteront un marché perçu comme risqué et imprévisible.
Justice : tensions autour des réformes judiciaires et dossiers sensibles de corruption
Blocages au Parlement sur la réforme du Conseil supérieur de la magistrature
Le dossier judiciaire occupe une place centrale dans les débats politiques libanais, alors que le projet de réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) suscite de vifs désaccords au sein du Parlement. Selon Al Liwa’ (31 juillet 2025), la session parlementaire consacrée à ce texte s’est terminée sans vote, en raison de l’absence de consensus entre les principales formations. Plusieurs députés de l’opposition ont accusé les partis au pouvoir de vouloir « instrumentaliser le pouvoir judiciaire à des fins politiques », en limitant l’indépendance des juges et en renforçant le contrôle de l’exécutif sur les nominations.
Le projet de réforme, porté par le ministre de la Justice, prévoit une redéfinition des modalités de désignation des membres du CSM, en intégrant des représentants du pouvoir politique et du Parlement dans la procédure. Les partisans de cette réforme estiment qu’elle permettrait de « moderniser l’institution judiciaire et d’en finir avec les corporatismes internes », comme l’a déclaré un député proche du Courant patriotique libre cité par Al Bina’.
En revanche, les magistrats rejettent massivement le projet, y voyant une atteinte à leur autonomie. L’association des juges libanais a publié un communiqué relayé par Al Sharq, appelant à « respecter les standards internationaux de séparation des pouvoirs » et dénonçant une « reprise en main politique de la justice ». Des sit-in ont été organisés devant le palais de justice de Beyrouth et les cours d’appel de Tripoli et Saïda.
Affaire du port de Beyrouth : le juge Bitar toujours bloqué
L’une des affaires les plus emblématiques de l’impasse judiciaire reste celle de l’explosion du port de Beyrouth. Le juge Tarek Bitar, chargé de l’enquête depuis 2020, se trouve toujours dans l’incapacité d’agir, bloqué par une série de recours, de plaintes disciplinaires et de refus d’exécuter ses mandats d’amener.
Selon Al Joumhouriyat (31 juillet 2025), la Cour de cassation n’a pas encore statué sur la dernière demande de récusation déposée par l’ancien ministre de l’Intérieur Nouhad Machnouk, mis en cause dans le dossier. Le ministre de la Justice, de son côté, refuse de convoquer le Conseil supérieur de la magistrature pour trancher la question du maintien de Bitar, dans ce qui est dénoncé par plusieurs ONG comme un « sabotage organisé de la procédure ».
Des familles de victimes, appuyées par Human Rights Watch, ont organisé une nouvelle manifestation devant le ministère de la Justice, appelant à « libérer la justice de ses chaînes politiques ». Al Sharq Al Awsat souligne que cette affaire est suivie de près par les ambassades occidentales, qui considèrent le blocage de l’enquête comme un indicateur clé de la volonté de réforme du système judiciaire libanais.
Lutte contre la corruption : une série d’affaires gelées
Sur le front de la lutte contre la corruption, la situation n’est guère plus encourageante. Plusieurs dossiers emblématiques, comme celui des transferts de fonds à l’étranger entre 2019 et 2021, restent au point mort. Selon Al Nahar (31 juillet 2025), le parquet financier n’a toujours pas publié ses conclusions sur les enquêtes ouvertes contre des personnalités politiques soupçonnées d’avoir exfiltré des capitaux en pleine crise bancaire.
Le journal cite des sources judiciaires selon lesquelles « les pressions politiques et les menaces personnelles dissuadent certains juges d’avancer sur les dossiers sensibles ». Le parquet de Beyrouth aurait même transmis certains dossiers à des juridictions européennes, en espérant bénéficier d’un appui technique de la part d’unités anti-blanchiment françaises et suisses. Mais en l’absence de coopération institutionnelle réelle, les demandes d’entraide judiciaire restent pour la plupart sans réponse.
Parallèlement, le Tribunal des comptes, chargé d’auditer les dépenses publiques, n’a toujours pas publié son rapport annuel sur l’exercice budgétaire 2023. Selon Al Akhbar, ce retard est lié à des désaccords internes sur la vérification des subventions accordées au secteur de l’électricité, ainsi qu’aux transferts effectués par la Banque du Liban à certains établissements financiers privés.
Réforme du code pénal : entre modernisation et résistances
Le ministère de la Justice a présenté au Parlement un projet de réforme partielle du code pénal, dans le but de le mettre en conformité avec les conventions internationales ratifiées par le Liban. Selon Al Bina’, cette réforme inclut une nouvelle définition du blanchiment d’argent, une aggravation des peines pour les délits financiers, ainsi que l’introduction d’un article sur la responsabilité pénale des entreprises.
Mais ce projet, bien que salué par les ONG internationales, suscite des réserves au sein de la majorité. Des députés proches de formations religieuses s’opposent à certaines dispositions relatives aux libertés individuelles, comme la dépénalisation des relations hors mariage ou la réduction des peines pour avortement clandestin. Le président de la commission parlementaire des lois, cité par Al Diyar, appelle à « un équilibre entre la modernisation juridique et le respect des valeurs traditionnelles de la société libanaise ».
La communauté internationale, de son côté, attend des signaux clairs. Al Sharq Al Awsat rapporte que les diplomates européens ont conditionné la poursuite de l’aide technique à l’adoption rapide de cette réforme, considérée comme essentielle pour renforcer l’état de droit. Un diplomate français, en visite à Beyrouth, a affirmé que « sans une justice indépendante, les investissements resteront bloqués ».
Des magistrats sous pression dans les régions
La tension ne se limite pas aux grandes affaires nationales. Dans plusieurs régions, les juges d’instruction font face à des pressions locales de la part de notables, de clans ou de groupes armés. Selon Al Liwa’, des magistrats de la Bekaa ont demandé à être transférés à Beyrouth après avoir reçu des menaces dans des dossiers de trafic d’armes et de drogue. La Direction de la sécurité intérieure a confirmé une recrudescence des agressions verbales et physiques contre les représentants de l’autorité judiciaire.
Le Syndicat des juges a adressé une lettre au ministre de l’Intérieur, relayée par Al Akhbar, demandant une protection policière renforcée pour les magistrats en charge des dossiers sensibles. Le Conseil supérieur de la magistrature, bien qu’alerté, peine à réagir, faute de moyens logistiques et de consensus politique sur la sécurisation de l’appareil judiciaire.
Une justice à reconstruire sur des bases crédibles
L’ensemble de ces blocages et de ces menaces renforce la perception d’une justice aux ordres, incapable d’exercer son autorité dans un environnement politique fracturé. Les experts juridiques interrogés par Al Nahar soulignent que le problème dépasse les seules questions institutionnelles. Il s’agit désormais d’une « crise de confiance entre la société et le système judiciaire », qui ne pourra être résolue que par une refondation en profondeur, combinant indépendance, transparence et moyens matériels.
Le gouvernement affirme vouloir inscrire cette refondation dans son programme de réformes, mais la résistance des partis au pouvoir reste forte. La communauté internationale, en attendant, continue d’exercer une pression croissante pour que le Liban respecte ses engagements en matière d’État de droit, condition sine qua non d’un soutien financier ou technique durable.
Société : précarité croissante, exode éducatif et tensions sociales persistantes
L’explosion des inégalités dans un contexte de crise prolongée
Le Liban continue de s’enfoncer dans une crise sociale multidimensionnelle, alimentée par une détérioration continue des conditions de vie. Selon Al Akhbar du 31 juillet 2025, le coût de la vie a augmenté de manière exponentielle ces derniers mois, rendant les biens de première nécessité inaccessibles à une grande partie de la population. Les familles à revenu fixe, notamment les fonctionnaires, enseignants et retraités, sont les plus touchées par cette inflation persistante.
Al Liwa’ relève que les prix des produits alimentaires de base ont doublé depuis le début de l’année, alors que les salaires sont restés largement inchangés. Les hausses successives du prix du pain, du carburant et des médicaments accentuent les déséquilibres sociaux et provoquent un sentiment d’abandon généralisé. Un rapport du ministère des Affaires sociales cité par Al Diyar indique que plus de 70 % des Libanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté, contre 32 % en 2019.
Les régions rurales, notamment dans la Bekaa et le Akkar, sont les plus touchées. Des associations locales, citées dans Al Nahar, signalent une recrudescence des cas de malnutrition infantile et d’abandon scolaire, faute de moyens pour assurer les transports ou les fournitures. Le secteur associatif tente de combler les manques, mais les capacités sont limitées, et l’aide internationale reste parcellaire.
Le système éducatif en péril : fuite des enseignants et fermeture d’écoles
La crise économique a un impact direct sur le système éducatif, menacé d’effondrement. Al Joumhouriyat rapporte que plus de 1 200 enseignants ont quitté le Liban au cours de l’année 2024, attirés par des contrats à l’étranger. Le ministère de l’Éducation peine à remplacer ces départs, faute de budget pour proposer des salaires compétitifs.
De nombreuses écoles publiques fonctionnent avec des horaires réduits ou ferment temporairement en raison du manque de personnel, comme l’indique Al Bina’. L’année scolaire 2024‑2025 a commencé avec un mois de retard, et plusieurs établissements n’ont toujours pas pu compléter leurs effectifs. Les directeurs d’école alertent sur « une catastrophe éducative silencieuse » qui pourrait affecter une génération entière.
Parallèlement, les écoles privées subissent une hémorragie d’élèves, incapables de payer les frais de scolarité, malgré les remises consenties. Al Sharq mentionne que de nombreux établissements catholiques et laïques envisagent des regroupements ou des fermetures. La fréquentation des universités, y compris les institutions publiques comme l’Université libanaise, chute fortement. Le corps professoral universitaire, en grève partielle, réclame une revalorisation urgente.
Mobilisation sociale et tensions dans les rues
Face à cette détérioration, les mouvements sociaux se multiplient. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs régions, notamment à Tripoli, Nabatiyé et Zahlé. Al Diyar signale des blocages de routes et des sit-ins devant les préfectures pour réclamer l’amélioration des services publics, en particulier l’eau et l’électricité. Les rassemblements sont souvent organisés par des collectifs citoyens indépendants des partis traditionnels.
La Coordination syndicale appelle à une journée nationale de mobilisation le 5 août, avec pour revendications principales : l’ajustement des salaires, la reprise des aides sociales suspendues depuis février et la baisse des taxes sur les carburants. Dans une déclaration publiée par Al Akhbar, un représentant syndical affirme que « la population n’a plus rien à perdre et que l’explosion sociale est imminente ».
Les autorités tentent de contenir la colère sans réponse structurelle. Le ministère de l’Intérieur, dans une note interne relayée par Al Sharq Al Awsat, recommande le renforcement de la présence sécuritaire autour des institutions sensibles, tout en appelant les préfets à « maintenir un dialogue avec les acteurs sociaux ».
L’aide internationale freinée par l’instabilité institutionnelle
Malgré les promesses répétées des donateurs, l’aide internationale reste inférieure aux besoins. Le Programme alimentaire mondial, cité par Al Nahar, indique que son plan d’urgence 2025 pour le Liban est financé à seulement 40 %. Les restrictions administratives et l’instabilité politique empêchent la mise en œuvre rapide des programmes humanitaires. Plusieurs ONG rapportent des retards dans l’acheminement des fournitures médicales et alimentaires, notamment dans les camps de réfugiés syriens.
Les bailleurs européens, quant à eux, conditionnent de plus en plus leur soutien à la mise en œuvre des réformes économiques et judiciaires. Une mission conjointe franco‑allemande, citée dans Al Liwa’, a averti que « sans transparence et indépendance de l’appareil judiciaire, l’aide directe ne sera pas relancée ». Cette conditionnalité aggrave la méfiance entre les acteurs libanais et leurs partenaires internationaux.
Le filet social informel prend le relais des institutions défaillantes
Face à la défaillance des structures officielles, un filet social informel s’organise. Les réseaux communautaires, les associations religieuses et les comités de quartiers jouent un rôle central dans la distribution d’aides, l’accueil des personnes âgées et la scolarisation des enfants. Selon Al Akhbar, des initiatives citoyennes se développent à Beyrouth, Tyr et dans la banlieue de Baalbeck, en appui à la population vulnérable.
Mais ce modèle informel, s’il atténue les souffrances immédiates, renforce aussi la fragmentation du tissu social. Le recours massif aux associations confessionnelles accroît les clivages communautaires et nourrit une logique de dépendance. Al Bina’ met en garde contre une « libanisation humanitaire », où chaque groupe prend en charge « ses pauvres », au détriment de l’universalité du service public.
Une société à bout de souffle, entre résistance et résignation
Le tableau social qui se dessine est celui d’un pays à bout de souffle. Al Quds évoque « une société épuisée par les pénuries, la corruption et l’abandon », mais qui continue malgré tout à faire preuve d’une résilience remarquable. Les dynamiques de solidarité locale, la mobilisation des diasporas et la créativité des jeunes témoignent d’une vitalité en décalage avec l’impasse politique.
Mais cette résilience ne peut masquer les risques d’un effondrement social total. Les sociologues interrogés par Al Nahar estiment que « si aucune réforme structurelle n’est engagée d’ici la fin de l’année, le Liban pourrait basculer dans une crise humanitaire prolongée, à l’image de certaines zones de conflit ». La question sociale s’impose ainsi comme un test décisif pour la survie du contrat national.
Culture : vitalité artistique malgré la crise et agenda d’événements en expansion
Les galeries beyrouthines résistent grâce à des initiatives locales
Malgré un contexte économique et social toujours plus difficile, la scène artistique libanaise continue de faire preuve d’une résilience remarquable. À Beyrouth, plusieurs galeries et espaces culturels indépendants multiplient les initiatives pour maintenir une offre artistique ouverte au public. Selon Al Nahar du 31 juillet 2025, la galerie Tanit, située dans le quartier de Mar Mikhaël, propose actuellement une exposition consacrée aux artistes émergents de la diaspora libanaise, mettant en valeur des œuvres abordant les thèmes de l’exil, de la mémoire et de l’identité.
Le directeur de la galerie, interrogé par le journal, souligne que « malgré les coupures d’électricité et les difficultés logistiques, les artistes libanais continuent à produire, et le public reste au rendez-vous ». La fréquentation reste stable, en dépit de la réduction des horaires d’ouverture, et les ventes se maintiennent grâce au soutien d’un réseau international d’acheteurs privés. Ce modèle semi-autonome, combinant mécénat et autofinancement, permet à certains lieux de subsister, en dehors des canaux institutionnels.
Al Diyar rapporte également le succès croissant d’initiatives comme l’espace Station à Jisr el Wati, qui organise des résidences d’artistes en partenariat avec des fondations européennes. Ce centre, fondé en 2012, sert de plateforme pour des projets expérimentaux mêlant arts visuels, performances et musique électronique. L’artiste visuel Samer Azar, exposé en juillet, y a présenté une installation sur les transformations urbaines de Beyrouth après 2020, saluée par la critique pour sa sobriété formelle et son ancrage documentaire.
La musique, un refuge et un espace d’expression sociale
Le secteur musical, lui aussi, connaît une activité soutenue. À travers des concerts intimistes, des festivals à échelle réduite et des sessions acoustiques, les musiciens libanais trouvent des moyens de se produire, souvent dans des lieux alternatifs. Selon Al Akhbar, le Festival de musique d’été de Beit Mery a pu se tenir fin juillet, avec une programmation réduite mais éclectique. L’événement, organisé sous la direction de la Fondation Al Bustan, a accueilli des ensembles de musique de chambre, du jazz contemporain et plusieurs voix lyriques de la région.
L’artiste Rana El Hachem, dont le concert s’est tenu le 28 juillet au théâtre Monnot, a évoqué dans Al Bina’ la nécessité de « faire de la scène un espace de consolation et de résistance, à l’image de ce que traversent les Libanais au quotidien ». Son récital, composé de chants arabes classiques et de compositions personnelles, a été salué pour sa sensibilité et sa force expressive.
Par ailleurs, la scène underground se maintient grâce à des collectifs comme Beirut Open Stage, qui organisent des événements hybrides mêlant poésie, musique électronique et arts visuels dans des lieux atypiques comme d’anciennes usines ou des toits d’immeubles. Ces formats, relayés par Al Sharq, attirent une jeunesse en quête de nouveaux repères esthétiques et politiques.
Agenda culturel en juillet-août 2025 : diversité et adaptation
Malgré les contraintes, l’agenda culturel libanais reste dense pour l’été 2025. Voici les principaux événements recensés par les journaux du 31 juillet :
– Le Festival de Baalbeck accueille cette année l’orchestre symphonique arménien, sous la direction du chef libanais Harout Fazlian, avec un concert prévu le 3 août, selon Al Liwa’.
– À Tripoli, le centre culturel Rachid Karamé organise une exposition photographique consacrée aux transformations urbaines du Nord Liban entre 1920 et 2020, avec le soutien de l’Institut français, d’après Al Quds.
– Le cinéma Metropolis à Beyrouth propose un cycle de projections de films du réalisateur Ziad Doueiri, accompagné de débats avec des critiques et étudiants en cinéma. L’initiative est couverte par Al Nahar, qui souligne l’importance de « revaloriser le patrimoine cinématographique libanais ».
– Le Musée Sursock, bien que toujours en cours de rénovation, a rouvert temporairement une partie de ses espaces pour accueillir des ateliers pédagogiques sur l’art contemporain pour enfants et adolescents, indique Al Diyar.
– Le théâtre Babel à Hamra met en scène une adaptation du roman “Les désorientés” d’Amin Maalouf, dans une mise en scène contemporaine traduisant le désarroi générationnel face à l’exil et à la désillusion politique.
L’édition littéraire en crise mais toujours active
Le secteur de l’édition traverse une passe difficile. Les maisons d’édition indépendantes peinent à maintenir leur rythme de publication, en raison de la hausse du prix du papier et des difficultés de distribution. Selon Al Sharq Al Awsat, plusieurs librairies de Beyrouth et de Saïda ont réduit leur catalogue ou fermé temporairement leurs portes. Toutefois, des éditeurs comme Dar Al Farabi et Hachette Antoine continuent à publier régulièrement des œuvres d’auteurs libanais, notamment en sciences sociales et en littérature contemporaine.
Parmi les titres récemment sortis, Al Akhbar signale le roman “Sous les décombres, la mer” de Joumana Nassar, qui retrace l’histoire d’une famille beyrouthine entre 2006 et 2020. Le livre, salué pour son écriture fragmentée et sa lucidité, explore les traumatismes urbains et les héritages familiaux.
Des initiatives alternatives voient également le jour, comme des clubs de lecture en ligne, des podcasts littéraires ou des bibliothèques mobiles en milieu rural, comme le projet “Lire pour survivre” lancé à Hermel. Al Joumhouriyat souligne que ces formes d’accès à la culture permettent de maintenir un lien vivant entre les lecteurs et les écrivains, en dehors des circuits commerciaux traditionnels.
Les institutions culturelles publiques en grande difficulté
Enfin, les institutions publiques du secteur culturel traversent une crise chronique. Le ministère de la Culture, dont le budget est en chute libre depuis 2019, ne parvient plus à soutenir les programmes de restauration, d’archives et de soutien à la création. Le directeur général des antiquités, cité dans Al Bina’, alerte sur la détérioration des sites historiques de Tyr et Byblos, faute de fonds pour assurer leur entretien.
Le théâtre national de Beyrouth, fermé depuis trois ans, n’a toujours pas rouvert, et le projet de bibliothèque nationale reste à l’arrêt. Plusieurs responsables culturels, cités par Al Nahar, appellent à la création d’un fonds de secours culturel, doté par les donateurs internationaux et géré de manière autonome, afin d’assurer la survie du secteur.
Un espace culturel fragmenté mais vivant
Le paysage culturel libanais, bien que gravement fragilisé, reste l’un des rares espaces où s’exprime encore une forme de liberté et d’invention. Al Diyar conclut que « la culture, aujourd’hui, est un acte de survie autant qu’un espace de projection collective », et qu’elle constitue un lien vital entre les générations, les régions et les appartenances sociales.
Sport : performances prometteuses et manque de moyens pour les athlètes libanais
Les Jeux de la Francophonie à Kinshasa, vitrine des talents libanais
La délégation libanaise présente aux Jeux de la Francophonie, qui se sont tenus à Kinshasa du 25 au 31 juillet 2025, a remporté trois médailles de bronze dans des disciplines individuelles, selon Al Liwa’. Ces résultats modestes mais encourageants reflètent à la fois le potentiel sportif du pays et les défis structurels auxquels il est confronté. Parmi les médaillés, la sprinteuse Nour Ghanem s’est illustrée sur 400 mètres avec un temps de 54,83 secondes, tandis que le judoka Elias Chahine a décroché une médaille après un combat décisif contre son adversaire burkinabè.
Dans un entretien avec Al Nahar, Nour Ghanem a déclaré que « représenter le Liban dans un tel contexte est un acte de foi », soulignant les difficultés d’entraînement et l’absence de soutien logistique. La délégation libanaise, composée de 18 athlètes, a participé dans des conditions jugées précaires : équipements limités, absence d’entraîneurs spécialisés et retards dans le versement des indemnités. Plusieurs sources, dont Al Diyar, rapportent que des athlètes ont dû financer eux-mêmes leur déplacement, faute de budget du ministère de la Jeunesse et des Sports.
Le football libanais en quête de structuration
Sur la scène nationale, le championnat de football continue malgré les tensions financières. La nouvelle saison, qui débute en septembre, s’annonce compliquée. Selon Al Akhbar, plusieurs clubs de première division sont confrontés à des problèmes de trésorerie majeurs. Le club Nejmeh SC, par exemple, a annoncé une réduction de 25 % des salaires de ses joueurs, tandis que le club Al Ahed FC peine à renouveler les contrats de ses cadres, dont le défenseur international Mohammad Haidar.
La fédération libanaise de football, dans un communiqué publié par Al Sharq Al Awsat, reconnaît « une fragilité budgétaire croissante » mais assure que le calendrier sera respecté. Elle mise sur l’organisation de matchs à huis clos pour limiter les coûts sécuritaires. Par ailleurs, la Fédération espère signer un nouveau contrat de sponsoring avec une banque locale pour soutenir les clubs les plus en difficulté. Des négociations sont en cours, selon Al Bina’, avec Fransabank et Bank of Beirut, malgré la crise du secteur bancaire.
Sur le plan sportif, la sélection nationale masculine poursuit sa préparation pour les qualifications à la Coupe d’Asie 2026. Les entraîneurs, cités par Al Liwa’, s’appuient sur une génération montante issue de clubs locaux et de la diaspora, avec des stages prévus en Jordanie et au Qatar en août.
Les sports individuels, viviers d’excellence malgré l’isolement
Au-delà des compétitions collectives, ce sont les sports individuels qui offrent aujourd’hui les plus grands espoirs. Le tennis, l’athlétisme, la natation ou encore l’escrime voient émerger des talents formés hors du pays mais désireux de concourir sous les couleurs libanaises. Selon Al Quds, la nageuse Carla Dagher, installée en France, a remporté deux titres lors des championnats juniors d’Île-de-France et devrait intégrer la sélection libanaise pour les JO de la jeunesse 2026.
L’athlète Joseph Melki, spécialisé dans le saut en longueur, s’est entraîné en Turquie avec l’appui de sa fédération régionale. Il confie à Al Sharq qu’il « envisage sérieusement d’arrêter sa carrière si aucun programme de soutien n’est mis en place d’ici l’an prochain ». La Fédération d’athlétisme, sous-financée, peine à organiser les championnats nationaux depuis deux saisons. Les infrastructures à Beyrouth, Zahlé et Tyr sont en état de délabrement avancé, selon un rapport interne cité par Al Diyar.
Les clubs privés comblent partiellement les lacunes, mais les frais restent prohibitifs pour les familles. Les académies sportives à Tripoli et Saïda n’ont pas rouvert depuis l’explosion du port, faute de réparations. Un projet de réhabilitation du centre national de Hadath est à l’étude, mais aucun financement concret n’a été débloqué à ce jour.
Le sport scolaire marginalisé par la crise de l’éducation
La dimension éducative du sport est également en crise. Le ministère de l’Éducation n’a pas organisé de compétitions interscolaires depuis 2021, ce qui nuit au repérage des jeunes talents. Selon Al Sharq, les enseignants d’éducation physique sont en grève partielle, et les programmes d’EPS sont réduits à leur minimum dans les écoles publiques. Le matériel sportif est obsolète, et les cours sont souvent supprimés faute de professeurs.
Des initiatives alternatives ont vu le jour, notamment grâce au soutien d’ONG comme Terre des Hommes et la Croix-Rouge libanaise, qui organisent des tournois de football et d’athlétisme dans les camps de réfugiés syriens. Ces événements ont un impact social important, en renforçant la cohésion et en fournissant un exutoire aux tensions.
Une diaspora sportive de plus en plus sollicitée
Face à l’incapacité locale de structurer le sport de haut niveau, les fédérations libanaises s’appuient de plus en plus sur la diaspora. Des joueurs formés à l’étranger, notamment au Canada, en France, en Suède ou aux États-Unis, sont régulièrement rappelés pour renforcer les équipes nationales. Cette stratégie est efficace mais soulève des questions sur la durabilité du modèle.
Al Bina’ note que plusieurs athlètes de la diaspora posent comme condition à leur engagement le remboursement des frais de déplacement et la garantie de conditions d’entraînement adéquates. Certains refusent même de concourir dans des compétitions régionales s’ils jugent l’encadrement insuffisant. Le ministre de la Jeunesse et des Sports a promis, dans des déclarations à Al Akhbar, un fonds spécial pour la mobilité sportive de la diaspora, mais le projet n’a pas encore été présenté au Parlement.
Vers une nouvelle gouvernance du sport libanais ?
Plusieurs voix s’élèvent pour réclamer une réforme structurelle du sport au Liban. Des dirigeants de clubs, des anciens champions et des journalistes sportifs demandent la création d’un Conseil national du sport indépendant, capable de gérer les subventions, de planifier les infrastructures et de superviser les sélections nationales. Al Nahar souligne que cette proposition figure dans le rapport 2025 de la mission de l’UNESCO au Liban, comme condition à tout financement international.
Une table ronde prévue en septembre, organisée par le Comité olympique libanais, devrait aborder ces pistes. Mais les rivalités politiques et le manque de vision à long terme freinent toute avancée. Le sport libanais, pourtant riche de talents, reste miné par les mêmes maux que les autres secteurs : clientélisme, improvisation, sous-financement et absence de planification.



