Dans un entretien accordé à Bassam Abou Zeid sur la chaîne de télévision saoudienne Al-Hadath le 1er décembre 2020, le gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, a parlé dans un langage qu’il est nécessaire de décoder. 

Il a assuré qu’à la fin du mois de septembre 2020, la Banque Centrale avait restitué aux banques tous les dollars (plus de 13 milliards de « vrais » dollars, c’est-à-dire 13 milliards de dollars réellement en dollars). Interrogé sur l’impossibilité de retirer des banques des dollars en espèce, le gouverneur de la BDL a affirmé que des limites pour les retraits en espèce existent dans tous les pays et qu’à l’étranger, les banques ne permettent des retraits que dans la monnaie locale. Il a aussi déclaré qu’ « au cours des 12 derniers mois, 30 milliards de dollars ont été retirés, 20 milliards de dollars ont été utilisés pour acheter de l’immobilier ». 

Derrière ces propos, il faut comprendre que si de l’argent a été détourné, volé ou pillé (l’audit juri-comptable doit détecter ces transactions), le fait est que les dollars sur les relevés bancaires des déposants étaient/sont fictifs (cela correspond d’une part aux intérêts versés sur les dépôts bloqués en dollars et d’autre part aux dépôts en livres libanaises convertis « sur papier » en dollars) et lorsqu’ils étaient/sont vrais, ils ont été/sont dépensés (pour financer les importations et le déficit de l’État). 

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Le fait de dire que l’argent qui peut être retiré en espèces ne peut l’être qu’en monnaie locale signifie que les dépôts sont en livres libanaises bien que le relevé de compte indique une somme en dollars. Ces dollars sont en effet des livres libanaises convertis en dollars sur le papier uniquement (c’est-à-dire sur les relevés de compte uniquement). De même, les dollars des banques encore à la Banque Centrale selon le gouverneur de la BDL ne sont pas de vrais dollars mais des livres libanaises convertis en dollars sur le papier uniquement (c’est-à-dire sur les comptes de la BDL uniquement). 

En somme, il n’y a plus ou presque plus de vrais dollars dans le système financier libanais. Ceux qui y ont mis de vrais dollars ont donc vu leurs dollars être dépensés et transférés à l’étranger. 

La question est : pourquoi est-ce que la BDL a permis la création de dollars fictifs ? La réponse du gouverneur de la BDL est : parce que sinon les déposants auraient acheté des dollars sur le marché et provoqué une dévaluation plus tôt. 

Ce que Riad Salamé n’explique pas est que le problème réside dans le modèle économique lui-même car il y avait une alternative possible à cette économie rentière reposant sur les importations et engendrant du chômage, celle d’une économie basée sur la production et l’innovation engendrant de l’emploi. C’est d’ailleurs ce que propose le plan du gouvernement accepté par le Fonds monétaire international (FMI) mais auquel il s’oppose. 

Michel Fayad
Michel Fayad est un professionnel de l’énergie et de la finance, formateur en géopolitique à l’IFP Training (IFP Énergies nouvelles) et ancien conseiller du ministre libanais de l’Économie et du Commerce. Diplômé entre autres de New York University (NYU) Stern, de la London School of Economics and Political Science (LSE), de HEC Paris et de l’Université Paris Saclay, il a étudié notamment la science politique, la diplomatie, la géopolitique, le droit, l’économie, le management, la finance et la gestion. Son mémoire de Master, consacré à la menace fondamentaliste sunnite au Liban, a été salué par de grands universitaires comme les professeurs Lina Murr Nehmé et Joseph Maïla, ex-directeur de la Prospective et du Pôle Religion au ministère français des Affaires étrangères. Il a conçu, structuré, financé et dirigé des projets dans l’énergie, les ressources naturelles et les infrastructures pour Bluegreen (groupe Bucherer), Bolloré Transport & Logistics et d’autres, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Europe. Il a également exercé des activités de conseil pour Axa, EDF, Manutan et d’autres. Il a enfin siégé aux conseils d’administration de sociétés énergétiques et minières cotées à la Bourse de Londres (AIM) et sur Euronext Growth Oslo. Doctorant à l’Université Grenoble Alpes et à Sciences Po Grenoble, au sein du Centre d’Études et de Recherche sur la Diplomatie, l’Administration Publique et le Politique (CERDAP²), il consacre sa thèse en science politique à la perte de souveraineté du Liban entre 1984 et 1986, à la suite de l’assassinat de Bachir Gemayel et du sabotage de l’accord avec Israël. Expert reconnu des questions géopolitiques (Moyen-Orient, Afrique du Nord et Subsaharienne, ex-URSS et ex-Yougoslavie), il intervient régulièrement dans les médias en France (France 2, M6, BFM TV, CNEWS, LCI, France Info TV, France 24, TV5 Monde, Europe 1, RTL, Radio Classique, Sud Radio, Le Figaro, Libération, Marianne, le JDD, Valeurs Actuelles, Atlantico, etc.) et au Moyen-Orient (Asharq Bloomberg, An-Nahar, El-Nashra, L’Orient-Le Jour, Libnanews, etc.) ainsi qu’au sein d’institutions parlementaires et universitaires et auprès de grandes entreprises. Considéré par feu le professeur Antoine Sfeir comme son poulain, ses analyses sont notamment saluées par le professeur Jacques Soppelsa, le diplomate Naji Abi Assi (représentant de la Ligue arabe à Paris), le général François Chauvancy, ainsi que par la professeure Fadia Kiwan, fondatrice de l’Institut de science politique de l’Université Saint-Joseph (Sciences Po Beyrouth). Cours et interventions marquantes : Conférence « Risque de guerre civile au Liban », ESJ Lille et Sciences Po Lille Intervention au Sénat français sur la crise financière et judiciaire du Liban Cours à l’IFP Training : Géopolitique des métaux stratégiques et des terres rares ; Géopolitique des hydrocarbures