mercredi, janvier 14, 2026

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Sous pression, Joseph Aoun s’affirme : « Le Liban ne veut plus être un pion dans les conflits régionaux »

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Une déclaration directe lors d’une rencontre avec une délégation iranienne

Le président libanais Joseph Aoun a tenu des propos d’une grande portée diplomatique en recevant dimanche une délégation iranienne de haut niveau venue à Beyrouth pour assister aux funérailles de Hassan Nasrallah, ancien chef du Hezbollah tué lors de la guerre avec Israël. Face aux officiels iraniens, il a affirmé avec fermeté : « Le Liban a grandi fatigué des guerres des autres sur son sol. Les pays ne devraient pas interférer dans les affaires internes des autres nations. »

Cette déclaration, prononcée en présence du président du Parlement iranien Mohammed Bagher Ghalibaf, du ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et du commandant adjoint des Gardiens de la Révolution Ali Fadavi, marque une prise de distance notable par rapport aux influences extérieures qui ont longtemps façonné le paysage politique et sécuritaire libanais.

Un contexte de tensions accrues après la guerre entre Hezbollah et Israël

Le Liban sort d’un conflit meurtrier entre le Hezbollah et Israël, qui a duré plus d’un an et s’est achevé par un cessez-le-feu en novembre. Cette guerre, déclenchée en soutien au Hamas dans les premiers jours du conflit à Gaza, a causé des milliers de morts au Liban et laissé une grande partie du sud du pays en ruines.

Longtemps considéré comme la force dominante au Liban, le Hezbollah a subi des pertes considérables au cours de cette guerre. La disparition de son leader historique Hassan Nasrallah a marqué un tournant, d’autant plus que la chute de Bachar al-Assad en Syrie en décembre a porté un coup majeur à la logistique du groupe, qui utilisait ce pays comme couloir d’acheminement d’armes depuis l’Iran.

C’est dans ce contexte que le parlement libanais, profondément divisé, a finalement pu élire Joseph Aoun à la présidence, mettant fin à plus de deux ans de vacance du pouvoir. Son élection a été suivie de la formation d’un gouvernement et de la nomination d’un Premier ministre, confirmant un certain réalignement politique au Liban.

Une mise en garde implicite à l’Iran et un changement d’approche diplomatique

Joseph Aoun, un ancien chef de l’armée perçu comme un candidat proche des États-Unis, a profité de sa rencontre avec la délégation iranienne pour réaffirmer la souveraineté libanaise et signaler un changement dans la posture diplomatique du pays.

Si le président a affirmé que le Liban souhaitait « les meilleures relations avec Téhéran, dans l’intérêt des deux pays et des deux peuples », sa déclaration sur la fatigue des guerres imposées au Liban a été interprétée comme une critique voilée de l’implication iranienne à travers le Hezbollah.

Cette rencontre a également été l’occasion pour l’Iran de tenter de préserver ses liens avec Beyrouth. Mohammed Bagher Ghalibaf a invité Joseph Aoun à se rendre à Téhéran, une proposition qui souligne l’importance stratégique que l’Iran continue d’accorder au Liban malgré les récents bouleversements.

Un Liban sous pressions régionales et internationales

La visite de la délégation iranienne s’est déroulée dans un climat de tensions exacerbées. L’arrivée des responsables iraniens à Beyrouth a été marquée par une suspension des vols réguliers entre les deux pays, une décision qui a provoqué la colère des partisans du Hezbollah.

Cette interdiction de vol est survenue après que les États-Unis ont mis en garde contre un risque de frappes israéliennes sur l’aéroport international de Beyrouth, sous prétexte que le Hezbollah l’utiliserait pour acheminer des armes iraniennes. Israël a déjà accusé le groupe d’avoir recours à cette infrastructure pour réceptionner du matériel militaire, une accusation rejetée par les dirigeants libanais.

Un message fort au Hezbollah et à la communauté internationale

Les propos de Joseph Aoun s’adressaient non seulement à l’Iran, mais aussi au Hezbollah, qui a vu son influence affaiblie par la guerre et la disparition de Nasrallah. Lors d’un discours télévisé devant des dizaines de milliers de personnes rassemblées pour les funérailles, le nouveau chef du Hezbollah, Cheikh Naïm Kassem, a dénoncé « l’hégémonie tyrannique des États-Unis sur le Liban », en référence aux pressions internationales qui pèsent sur le pays.

Le Hezbollah continue de refuser toute remise en cause de sa position militaire, malgré l’évolution du contexte régional et la fragilité interne du Liban. L’organisation, qui justifie son arsenal par la menace israélienne, voit d’un mauvais œil toute tentative de limiter son influence.

Cependant, la déclaration du président Aoun, prononcée directement devant des responsables iraniens, envoie un message fort sur la nécessité pour le Liban de se libérer des conflits qui ne le concernent pas directement.

Vers un réalignement politique et une nouvelle politique étrangère ?

L’élection de Joseph Aoun à la présidence et la formation d’un gouvernement marquent une possible reconfiguration des alliances diplomatiques du Liban. Son positionnement, plus aligné avec les attentes des États-Unis et de certains pays du Golfe, pourrait à terme modifier l’équilibre des forces internes et réduire l’emprise du Hezbollah sur les institutions libanaises.

Cependant, la marge de manœuvre du président reste limitée. Le Liban dépend toujours de l’aide internationale pour faire face à la crise économique, et toute tentative de réajuster son positionnement diplomatique pourrait entraîner des représailles de la part de certains acteurs régionaux.

Si Joseph Aoun cherche à engager un dialogue plus équilibré avec l’Iran, il doit en parallèle composer avec les exigences des puissances occidentales, qui réclament un contrôle accru sur les flux d’armes et une limitation de l’influence du Hezbollah.

Un avenir incertain pour le Liban dans un contexte de tensions persistantes

L’affirmation selon laquelle « le Liban est fatigué des guerres des autres » reflète un état de lassitude généralisé au sein de la population et des institutions. Après des décennies d’instabilité, les Libanais attendent des réformes et une vision claire pour l’avenir du pays.

Cependant, entre les pressions exercées par l’Iran, les États-Unis, Israël et les pays du Golfe, le Liban reste un pays sous influences, où toute tentative d’émancipation risque de provoquer de nouvelles tensions.

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Newsdesk Libnanews
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