5 octobre 2026
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Sud-Liban : les préparatifs israéliens pour l’hiver dessinent-ils une occupation de longue durée ?

Dans le Sud-Liban, l’armée israélienne équipe ses positions pour affronter l’hiver : générateurs, bâtiments aménagés, sanitaires, routes améliorées et rotations d’unités. Ces préparatifs ne prouvent pas une occupation définitive, mais montrent une capacité à prolonger la présence militaire, tandis que négociations, destructions et retour des habitants restent profondément incertains.

Des bâtiments équipés pour passer l’hiver

Le changement le plus révélateur ne se trouve pas dans un communiqué diplomatique, mais dans la logistique. Les informations disponibles décrivent des soldats israéliens appelés à passer l’hiver dans des ensembles protégés à l’intérieur de villages du Sud-Liban. Des bâtiments auraient été préparés pendant l’été avec des générateurs électriques, des systèmes de climatisation, des installations sanitaires et des voies d’accès aménagées à l’avance. Pris séparément, chacun de ces éléments peut relever de la protection normale d’une force déployée. Réunis, ils décrivent toutefois une organisation pensée pour durer au-delà de quelques jours ou de quelques semaines.

Le dispositif ne ressemble donc plus uniquement à celui d’unités entrant ponctuellement dans une zone pour y conduire une opération. Une force qui prépare l’électricité, les sanitaires, les accès routiers et les conditions de vie de ses soldats pour l’hiver anticipe une présence continue. Cela ne permet pas de fixer sa durée exacte ni d’affirmer qu’elle deviendra permanente. En revanche, cela montre que l’hypothèse d’un retrait rapide n’est pas celle sur laquelle repose toute la planification militaire israélienne.

Cette évolution intervient alors que les discussions sur un retrait israélien et le déploiement de l’armée libanaise restent ouvertes. Sur le plan diplomatique, les négociations portent sur des mécanismes de retrait et un transfert progressif du contrôle à l’État libanais. Sur le terrain, les informations disponibles décrivent au contraire une armée qui améliore ses positions, organise ses rotations et prépare matériellement la saison suivante. Les deux dynamiques ne s’excluent pas nécessairement, mais cette préparation donne à Israël la capacité de rester si la négociation échoue.

La brigade 55 part, mais les positions restent

La rotation des unités fournit un deuxième indice important. La brigade de parachutistes de réserve numéro 55 a terminé une période d’environ cent jours de mobilisation, dont près de quatre-vingts jours d’opérations au Liban. Son départ ne correspond pas à l’abandon des positions occupées. Celles-ci doivent être remises à des forces de remplacement. Des éléments de la brigade Bislamach et du bataillon Gefen, rattaché à la formation des officiers, sont mentionnés parmi les unités prenant la relève.

Cette distinction est essentielle. Lorsque les positions sont transférées à une autre formation, il s’agit d’une rotation et non d’une évacuation. Le dispositif se transforme sans disparaître. Les nouvelles forces conduisent des entraînements et améliorent des emplacements destinés à l’observation et au contrôle par le feu de secteurs situés plus en profondeur.

La durée de la mobilisation de la brigade 55 permet aussi de mesurer la transformation du théâtre. Quatre-vingts jours d’opérations au Liban ne correspondent plus à une incursion brève. Les soldats ont travaillé dans un espace présenté par l’armée israélienne comme s’étendant de la frontière jusqu’à ce qu’elle appelle la « ligne jaune », avec une profondeur pouvant atteindre environ douze kilomètres dans certains secteurs. Cette appellation israélienne ne constitue pas une frontière reconnue par le Liban.

Douze kilomètres : une profondeur qui dépasse la bande frontalière

Le chiffre d’environ douze kilomètres est l’un des plus sensibles du dossier. Il ne signifie pas que l’armée israélienne occupe uniformément une bande continue de cette profondeur sur l’ensemble du Sud. Les informations disponibles décrivent plutôt une zone d’opérations et de contrôle dont la profondeur varie selon les secteurs. Il faut donc éviter de transformer ce chiffre en une nouvelle ligne géographique continue. Mais son existence montre que la logique militaire ne se limite plus nécessairement aux quelques positions directement accolées à la frontière.

Cette profondeur permet d’observer des axes de circulation, de surveiller des localités et d’exercer un contrôle par le feu sur des secteurs où les soldats ne sont pas toujours présents physiquement. Une armée peut ne pas tenir chaque maison ou chaque route tout en empêchant les habitants de revenir ou en frappant rapidement toute activité qu’elle considère comme une menace.

Pour un habitant empêché de retourner dans son village, la distinction entre présence permanente de soldats et zone contrôlée par les tirs a une portée militaire et juridique, mais beaucoup moins d’effet sur sa vie quotidienne. La reconstruction ne peut pas commencer normalement dans une localité où les engins de chantier, les habitants ou les équipes municipales restent exposés.

Routes, positions fortifiées et contrôle par le feu

Les travaux routiers sont moins spectaculaires que les frappes, mais ils sont stratégiquement déterminants. Améliorer une voie d’accès permet de ravitailler une position plus rapidement, d’évacuer un blessé, de déplacer des véhicules lourds et de maintenir un lien logistique avec l’arrière lorsque les conditions météorologiques se dégradent. Associée à des bâtiments équipés et à des emplacements fortifiés, une route militaire réduit le coût quotidien d’une présence prolongée.

Les forces de remplacement sont également décrites comme améliorant des positions offrant des capacités d’observation et de contrôle par le feu sur des zones situées dans la profondeur. La valeur d’un emplacement n’est donc pas seulement défensive. Quelques points bien choisis peuvent permettre de surveiller plusieurs routes, vallées ou localités et expliquer pourquoi certaines hauteurs deviennent si sensibles dans les négociations.

Plus une implantation demande de travaux, plus son démantèlement futur devient une décision visible. Une position sommaire peut être évacuée rapidement. Un ensemble doté de protections, d’électricité, d’équipements sanitaires et de voies logistiques représente un investissement plus important. Cet investissement ne rend pas le retrait impossible, mais il indique que le maintien est sérieusement envisagé.

Des villages sous pression pendant que les positions se consolident

La consolidation intervient en parallèle d’une extension des secteurs soumis aux bombardements, aux tirs d’artillerie, aux destructions et aux restrictions de mouvement. Au début d’octobre, un important dynamitage a été effectué à Al-Mansouri, avec des détonations entendues très loin. Un autre a eu lieu aux abords de Baraachit. Des maisons ont été incendiées à Zawtar Al-Charqiya. Des tirs et des frappes ont concerné Kafartibnit, Wadi Al-Hujair, Mifdoun, Wadi Al-Salouqi, Al-Ghandouriya, Al-Qantara et d’autres secteurs.

Le bombardement s’est aussi étendu à Wadi Hassan, aux abords de Majdal Zoun, tandis que des tirs ont touché des zones autour de Hadatha et Haris. D’autres informations font état d’opérations à Houla et de destructions de bâtiments, y compris des établissements scolaires. Le tableau qui en ressort n’est donc pas celui d’une ligne de front parfaitement fixe. La pression militaire touche des localités situées à des profondeurs différentes et contribue à maintenir une partie de la population loin de ses villages.

Des sources locales décrivent cette évolution comme une extension des espaces vidés de leurs habitants. Cette interprétation doit être distinguée des faits matériels eux-mêmes. Mais l’effet territorial est visible : plus les zones exposées s’étendent, plus le retour des civils, la réparation des réseaux et la reprise de l’activité économique deviennent difficiles.

Majdal Zoun et Al-Mansouri dans le récit militaire israélien

Les opérations de la brigade 55 sont notamment associées à Majdal Zoun et Al-Mansouri. Dans le récit israélien, le Hezbollah aurait profité de la période suivant le cessez-le-feu pour préparer ou réutiliser des infrastructures dans ces secteurs. L’armée israélienne affirme avoir détruit plus de six cents sites et infrastructures liés au Hezbollah, dont huit ouvertures de tunnels, ainsi que des engins explosifs, des dispositifs de lancement et des dépôts d’armes.

Des responsables israéliens ont aussi affirmé avoir découvert d’importantes quantités d’armes dans des habitations fouillées, certaines contenant, selon leur récit, entre vingt et trente armes, en plus de grenades, de gilets et de casques. Ces chiffres et descriptions proviennent du côté israélien. Ils ne peuvent donc pas être présentés comme le résultat d’une vérification indépendante. Leur importance réside dans leur fonction : ils constituent l’argument sécuritaire utilisé pour justifier la poursuite des opérations et la profondeur du dispositif.

L’armée israélienne affirme également avoir tué une dizaine de membres du Hezbollah lors de tentatives de franchissement de la ligne qu’elle contrôle, notamment à l’aide de chars et de drones. Là encore, il s’agit d’un bilan revendiqué par l’armée israélienne. Dans un environnement où l’accès indépendant à certaines zones est limité, la prudence impose de maintenir cette attribution.

Si Israël considère que les infrastructures du Hezbollah peuvent être reconstituées dès qu’une zone est évacuée, il cherchera soit à retarder son retrait, soit à imposer un mécanisme de contrôle très intrusif après celui-ci. Pour Beyrouth, la question est inverse : une préoccupation sécuritaire israélienne peut-elle justifier une présence militaire sans échéance claire à l’intérieur du territoire libanais ?

Une occupation qui peut changer de forme

Une occupation de longue durée ne ressemble pas nécessairement aux dispositifs du passé. Elle peut reposer sur un nombre limité de positions fortifiées, reliées par des routes, protégées par des moyens de surveillance et capables de contrôler par le feu des secteurs beaucoup plus vastes. Les drones réduisent également le besoin d’une présence humaine dense. Une force peut surveiller une vallée, identifier des mouvements et déclencher une frappe sans tenir physiquement chaque localité.

Cette évolution rend la notion de contrôle territorial plus complexe. Le nombre de soldats ou de postes fixes ne suffit plus à mesurer l’emprise militaire. Il faut regarder les axes d’accès, les hauteurs, les capacités de surveillance, la portée des armes et les restrictions imposées aux civils. Un village évacué par les soldats mais où les habitants ne peuvent toujours pas revenir librement n’est pas revenu à une situation normale.

Il serait néanmoins excessif de conclure, à partir de ces seuls éléments, qu’Israël a déjà décidé une occupation permanente. Les informations disponibles établissent des préparatifs de longue durée et un dispositif capable de traverser l’hiver. Elles ne fournissent pas de calendrier officiel fixant plusieurs années de présence. La préparation d’un scénario n’est pas la preuve d’une décision irréversible. Mais dans un dossier territorial, les infrastructures créent progressivement leur propre inertie.

L’hiver devient un facteur de négociation

Le calendrier donne à ces préparatifs une portée immédiate. Les discussions militaires prévues à Tampa doivent aborder le retrait, le déploiement de l’armée libanaise, les zones expérimentales et les mécanismes de vérification. Dans le même temps, les élections israéliennes du 27 octobre réduisent la marge politique disponible pour un retrait important avant le scrutin. L’armée prépare donc la saison hivernale pendant que la diplomatie tente encore de déterminer les conditions d’une évacuation.

Cette simultanéité place le Liban devant une difficulté. Plus les négociations prennent du temps, plus les positions israéliennes sont adaptées à une présence durable. Mais accepter un accord trop rapide et déséquilibré pourrait transformer le retrait en une succession de conditions sécuritaires sans fin. Beyrouth doit donc obtenir un calendrier suffisamment précis pour que les mesures temporaires ne deviennent pas une nouvelle normalité.

Une présence qui se prolonge jusqu’au printemps ne se mesure plus en jours. Elle affecte une saison agricole entière, une année scolaire, les travaux de reconstruction et le retour des habitants. Chaque mois d’interdiction ou d’insécurité supplémentaire peut aggraver les dommages sur les maisons, les terres et les infrastructures. Les projets concernant les écoles, les hôpitaux, l’eau et l’électricité se heurtent alors à une réalité simple : on ne reconstruit pas normalement un territoire qui reste sous le feu.

L’armée libanaise, pièce indispensable d’un éventuel retrait

Tout scénario de sortie repose sur la capacité de l’armée libanaise à prendre immédiatement le relais. Une position israélienne évacuée doit pouvoir passer sous l’autorité effective de l’État. Mais le transfert ne concerne pas seulement des soldats et des drapeaux. Il suppose que l’armée contrôle les routes, sécurise les villages, traite les éventuelles infrastructures militaires et dispose des moyens humains et matériels nécessaires pour rester durablement.

La disparition ou la transformation de la Finul complique cette perspective. Pendant des décennies, la présence internationale a fourni un mécanisme de liaison, d’observation et de réduction des incidents. Si cette architecture disparaît au moment où l’armée libanaise doit reprendre davantage de territoire, il faudra déterminer qui accompagnera le processus et comment seront traitées les accusations de violation.

L’enjeu est double. Le retrait israélien doit être suffisamment clair pour que les positions évacuées ne restent pas sous un contrôle indirect permanent. En même temps, le déploiement libanais doit être suffisamment robuste pour empêcher qu’Israël ne justifie une réoccupation par l’apparition de nouvelles activités militaires. Sans ces deux garanties, le mécanisme peut tourner en cercle.

De la présence temporaire au fait accompli

Une présence militaire temporaire peut devenir durable sans qu’un jour précis marque le basculement. Le changement se produit par accumulation : une route améliorée, un bâtiment fortifié, une rotation d’unités, une zone interdite prolongée, puis une nouvelle saison passée sur place. Aucun de ces actes ne suffit isolément à créer une nouvelle frontière. Ensemble, ils peuvent fabriquer un fait accompli beaucoup plus difficile à inverser.

C’est cette accumulation qui doit être observée dans le Sud. Les générateurs et les installations sanitaires indiquent une préparation à la vie quotidienne. Les routes améliorent la logistique. Les rotations permettent de maintenir les positions sans épuiser une même unité. Les moyens de surveillance et de feu étendent l’effet militaire au-delà des lieux physiquement occupés. Les destructions et restrictions ralentissent parallèlement le retour des civils. L’ensemble produit une architecture plus stable qu’une simple incursion.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien de soldats israéliens se trouvent aujourd’hui dans le Sud. Elle est de savoir quelle infrastructure est en train d’être construite autour de leur présence et combien de territoire peut être contrôlé à partir de ces points. Une présence réduite en nombre peut conserver un effet territorial important si elle dispose de routes, de positions dominantes, de drones et d’une liberté de frappe.

Le véritable indicateur sera le passage de l’hiver. Si les installations restent occupées, si les rotations se poursuivent et si les zones interdites ne diminuent pas malgré les négociations, la thèse d’une présence provisoire deviendra de plus en plus difficile à soutenir. À l’inverse, un calendrier de retraits vérifiables montrerait que ces préparatifs relevaient d’une précaution militaire et non de la construction d’un nouveau statu quo.

Ce que les préparatifs disent déjà

Les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’une décision formelle d’occupation permanente a été prise. Ils permettent en revanche de constater quelque chose de plus précis : l’armée israélienne se prépare matériellement à pouvoir rester pendant l’hiver dans des secteurs du Sud-Liban. Elle remplace les unités arrivées au terme de leur mobilisation, améliore des positions, prépare des bâtiments, entretient des accès et conserve des capacités de contrôle sur des zones plus profondes.

Cette préparation modifie le rapport de force de la négociation. Celui qui peut rester longtemps supporte mieux l’échec ou le retard des discussions. Pour le Liban, chaque semaine supplémentaire augmente donc l’importance d’obtenir non seulement un accord de principe sur le retrait, mais un calendrier, une succession de zones et un mécanisme capable de vérifier que les positions évacuées le sont réellement.

Le dossier ne se joue plus seulement sur les mots employés à Tampa ou dans les capitales. Il se joue aussi dans les générateurs installés dans des bâtiments, les sanitaires préparés pour les soldats, les routes améliorées et les unités qui prennent la relève. Ces détails logistiques sont moins visibles qu’une frappe ou qu’une déclaration politique. Ils sont pourtant ceux qui permettent à une armée de transformer une présence d’urgence en dispositif durable. C’est précisément pour cette raison que l’hiver qui arrive constitue désormais un test aussi politique que militaire pour le Sud-Liban.

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