vendredi, janvier 23, 2026

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Tom Barak à Beyrouth : une visite sous tension maîtrisée

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Une mission hautement stratégique

La visite de Tom Barak, envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient, à Beyrouth a été présentée comme un moment critique pour la diplomatie régionale. Déployée dans un climat de tension lié à la situation au sud du Liban et à la présence armée du Hezbollah au-delà du Litani, la mission avait pour objectif principal de relancer les discussions autour de l’application de la résolution 1701 et de la souveraineté militaire de l’État libanais. Reçu à Baabda par le président Joseph Aoun, ainsi qu’au Sérail par le Premier ministre Nawaf Salam et le président du Parlement Nabih Berri, Barak a mené des entretiens qualifiés de « constructifs » par les parties concernées.

Cette visite, initialement redoutée comme un point d’achoppement potentiel entre Washington et Beyrouth, s’est déroulée dans un climat de retenue et de diplomatie mesurée. L’émissaire américain a salué un « esprit de responsabilité nationale » et s’est dit « très satisfait » des échanges menés avec les autorités libanaises. Ce ton apaisé tranche avec les prévisions de certains observateurs qui anticipaient une confrontation frontale sur la question du désarmement du Hezbollah.

Une réponse collective mais nuancée

Les trois présidences libanaises ont remis à Barak une réponse conjointe, consolidée autour d’un document de principes mettant en avant le respect de la souveraineté nationale, l’attachement aux résolutions internationales, et la volonté de préserver la stabilité interne. Ce document réaffirme que toute stratégie sécuritaire ne peut se concevoir qu’en lien direct avec l’arrêt des violations israéliennes du territoire libanais, et le retrait des forces israéliennes encore présentes dans les zones contestées du sud.

Le texte transmet l’idée que la question du désarmement ne peut être abordée indépendamment des menaces extérieures perçues. Ainsi, les autorités libanaises n’ont pas rejeté frontalement les suggestions américaines, mais n’ont pas non plus proposé de calendrier pour leur application. Cette stratégie de « oui, mais » marque un choix tactique assumé : celui de temporiser sans s’engager fermement.

Le Hezbollah reste ferme sur ses positions

Au cœur de l’équation se trouve la position immuable du Hezbollah. Le parti chiite, par la voix de son secrétaire général Naim Kassem, a renouvelé son refus de désarmer tant que les violations israéliennes persistent et que la souveraineté libanaise n’est pas totalement respectée. Dans ses déclarations publiques, Kassem insiste sur le fait que les armes du Hezbollah sont une composante de la défense nationale et que leur abandon sans garantie de sécurité reviendrait à exposer le Liban à une nouvelle agression.

Le parti considère également que les discussions autour du désarmement relèvent d’une stratégie visant à l’isoler politiquement. Il interprète la démarche américaine comme une tentative de reconfiguration des rapports de force internes, au détriment de l’équilibre actuel. Cette perception rend tout compromis immédiat peu probable, même si une partie des cadres du Hezbollah a accepté l’idée d’un dialogue à long terme sous conditions.

Un changement de méthode américain

L’approche adoptée par l’émissaire américain diffère sensiblement des méthodes antérieures. Plutôt que d’imposer des exigences, Barak a favorisé une écoute active et une reconnaissance explicite des contraintes libanaises. Il a souligné que la diplomatie américaine ne cherche pas à dicter une feuille de route unilatérale, mais à construire un cadre de coopération basé sur des engagements réciproques.

Cette méthode, plus souple, a permis d’éviter l’escalade verbale et de maintenir des canaux de communication ouverts. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de l’administration américaine, qui cherche à limiter son engagement militaire direct tout en consolidant des alliances régionales fonctionnelles. Dans ce contexte, le Liban est perçu comme un point d’équilibre instable qu’il convient de stabiliser par la négociation, plutôt que par la contrainte.

Une diplomatie coordonnée mais fragile

La coordination entre les trois présidences libanaises constitue l’un des éléments notables de cette séquence diplomatique. Joseph Aoun, Nawaf Salam et Nabih Berri ont présenté une position unifiée, fruit de réunions préparatoires et de consultations internes. Cette unité apparente masque toutefois des divergences de fond, notamment sur le rythme des réformes sécuritaires à entreprendre et sur la place du Hezbollah dans la structure institutionnelle de l’État.

Certains acteurs politiques libanais ont exprimé des réserves quant à la réponse adressée à l’émissaire américain. Des figures de l’opposition ont critiqué ce qu’elles considèrent comme une soumission implicite aux desiderata occidentaux. D’autres estiment au contraire que la réponse libanaise reflète un équilibre réaliste entre exigences internationales et lignes rouges nationales.

Enjeux sécuritaires et jeux d’acteurs

Le dossier du sud du Liban reste un point de friction central. Les forces internationales présentes dans la région, notamment la FINUL, ont régulièrement rapporté des violations de la résolution 1701 par les deux parties. Les survols israéliens du territoire libanais, combinés aux dispositifs sécuritaires du Hezbollah au-delà du Litani, forment une situation de tension permanente.

Dans ce contexte, les discussions ouvertes par Tom Barak visent aussi à explorer les conditions d’un renforcement du rôle de l’armée libanaise dans les zones sensibles. Le gouvernement a évoqué la possibilité d’un redéploiement partiel de ses forces, sous supervision internationale, mais aucune décision concrète n’a encore été actée.

Perspectives et conditions d’évolution

La suite des événements dépendra largement de la capacité du Liban à traduire sa position politique en engagements opérationnels. La classe politique est consciente qu’un refus explicite des propositions américaines pourrait isoler encore davantage le pays sur la scène internationale. En revanche, un engagement trop rapide pourrait fracturer l’équilibre interne et provoquer une crise gouvernementale.

Le scénario le plus probable à court terme semble être celui d’une stabilisation provisoire, fondée sur une diplomatie active mais prudente. La mission de Barak n’a pas provoqué de rupture, mais elle a mis en lumière les fragilités d’un système institutionnel sous pression. Le Liban se trouve à un carrefour : maintenir son autonomie décisionnelle tout en évitant la marginalisation stratégique.

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Newsdesk Libnanews
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