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Walid Joumblatt et le désarmement du Hezbollah : une voix druze contre les diktats israéliens

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En août 2025, le Liban reste un pays au bord de l’abîme, où les crises économique, politique et régionale s’entrelacent, menaçant une stabilité déjà précaire. Au cœur de cette tempête, la question du désarmement du Hezbollah, alimentée par des pressions internationales croissantes, notamment américaines et israéliennes, divise profondément la classe politique. Dans ce contexte, Walid Joumblatt, figure emblématique de la communauté druze et ancien chef du Parti socialiste progressiste (PSP), continue d’exercer une influence déterminante. Ses déclarations du 30 août 2025, largement relayées, traduisent une ferme opposition aux injonctions extérieures, qualifiées de « diktats israéliens », tout en plaidant pour une solution interne fondée sur le dialogue.

Une conjoncture explosive

Le Liban de 2025 est un pays asphyxié par des crises multiples. La déroute économique, amorcée en 2019, continue de laminer le tissu social. La livre libanaise a perdu plus de 98 % de sa valeur, et l’inflation, galopante, a multiplié les prix par 260 dans certains secteurs. Les déposants, privés d’accès à leurs économies, ont multiplié les actes de désespoir, certains allant jusqu’à incendier des banques à Beyrouth en 2024. Sur le plan politique, l’impasse institutionnelle paralyse le pays. Le gouvernement de Nawaf Salam, confronté à des dissensions internes, risque l’éclatement lors de la session cruciale du Conseil des ministres prévue le 2 septembre 2025, notamment sur la question épineuse du désarmement du Hezbollah.

Au sud du pays, les tensions entre le Hezbollah et l’armée israélienne restent vives, marquées par des accrochages sporadiques qui rappellent la fragilité de la trêve instaurée par la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette résolution, qui exige le désarmement des groupes armés non étatiques, est au cœur des pressions internationales, portées notamment par les États-Unis. Des émissaires américains, comme Tom Barrack et Morgan Ortagus, multiplient les appels à une application stricte de ce texte, perçu par certains comme un levier pour affaiblir le Hezbollah. Parallèlement, la guerre à Gaza, où une famine touche 500 000 personnes selon l’ONU (22 août 2025), projette son ombre sur le Liban, acteur stratégique dans un échiquier régional volatile. C’est dans ce climat d’incertitude que Walid Joumblatt a pris la parole, fidèle à son rôle de médiateur et de défenseur des équilibres communautaires.

Une dénonciation des « diktats israéliens »

Le 30 août 2025, Walid Joumblatt s’est exprimé avec une clarté tranchante sur la question du désarmement du Hezbollah, sujet brûlant qui cristallise les tensions internes et externes. Il a dénoncé ce qu’il qualifie de « diktats israéliens », déclarant : « Ce qui nous est proposé est un ordre imposé par Israël, et il est hors de question de se soumettre. » Cette sortie illustre une opposition frontale aux pressions internationales, en particulier celles relayées par Washington, qui cherche à imposer une solution unilatérale concernant l’arsenal militaire du Hezbollah. Pour Joumblatt, ces injonctions s’apparentent à une tentative d’Israël, soutenue par ses alliés occidentaux, de redessiner les équilibres politiques libanais à son avantage.

Cette posture s’inscrit dans une longue tradition de résistance de Joumblatt aux influences étrangères. Figure centrale de la politique libanaise depuis des décennies, l’ancien leader du PSP a souvent critiqué les interventions extérieures, qu’elles émanent d’Israël, de la Syrie ou d’autres puissances régionales. En 2006, lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah, il avait déjà adopté une ligne équilibrée, appelant à un cessez-le-feu tout en dénonçant les destructions causées par les frappes israéliennes. En 2025, sa rhétorique reste cohérente : il rejette toute solution imposée de l’extérieur, perçue comme une atteinte à la souveraineté nationale.

Un appel au dialogue pour éviter l’escalade

Malgré sa fermeté face aux pressions étrangères, Joumblatt ne se limite pas à la critique. Fidèle à sa réputation de médiateur, il propose une voie alternative fondée sur le consensus interne. Il a ainsi déclaré : « La solution passe par le dialogue pour convaincre le Hezbollah. » Cette position traduit son refus catégorique de toute option militaire ou unilatérale pour résoudre la question de l’armement du Hezbollah. Conscient des risques d’une confrontation interne dans un pays où les équilibres communautaires sont fragiles, Joumblatt cherche à éviter un scénario qui pourrait précipiter le Liban dans une nouvelle guerre civile.

Cet appel au dialogue reflète la complexité de la position de Joumblatt. D’un côté, il s’oppose aux pressions extérieures, qu’il juge inacceptables ; de l’autre, il reconnaît la nécessité d’aborder la question du Hezbollah, acteur incontournable du paysage politique et militaire libanais. En plaidant pour une solution négociée, il tente de préserver la stabilité interne tout en évitant une rupture avec le Hezbollah, dont l’influence reste déterminante. Cette approche pragmatique s’appuie sur son expérience de longue date dans la navigation des tensions communautaires, notamment au sein de la communauté druze, qu’il représente avec autorité.

Une mise en garde contre une « course à l’affrontement »

Dans le même temps, Joumblatt a mis en garde contre une « course à l’affrontement dictée de l’extérieur ». Cette formule vise directement les pressions américaines et israéliennes, mais aussi les dynamiques régionales impliquant l’Iran, principal soutien du Hezbollah. En qualifiant ces pressions d’« affrontement dicté de l’extérieur », Joumblatt alerte sur les risques d’une instrumentalisation du Liban dans un conflit géopolitique plus large. Il craint que les agendas étrangers, qu’ils soient israéliens, américains ou iraniens, ne prévalent sur les intérêts libanais, plongeant le pays dans une spirale de violence.

Cette mise en garde s’adresse autant aux acteurs internes qu’externes. Au Liban, certaines factions politiques, notamment celles alignées sur les intérêts occidentaux, pourraient être tentées de soutenir une ligne dure contre le Hezbollah, au risque de fracturer davantage le pays. Joumblatt, en tant que leader druze, cherche à préserver l’unité nationale en évitant une polarisation excessive. Sa voix, bien que moins dominante depuis qu’il a passé les rênes du PSP à son fils Taymour, reste écoutée, en particulier dans le Chouf, bastion druze où son influence demeure intacte.

Le rôle de Joumblatt dans les équilibres communautaires

La posture de Joumblatt sur le désarmement du Hezbollah ne peut être dissociée de son rôle au sein de la communauté druze, qui représente environ 5 % de la population libanaise. Historiquement, les Druzes ont joué un rôle de pivot dans la politique libanaise, souvent en position de faiseurs de roi. Joumblatt, par son charisme et son sens stratégique, a incarné cette centralité, naviguant entre alliances avec le Hezbollah, les forces chrétiennes ou les partis sunnites selon les circonstances. En 2025, son discours modéré sur le désarmement du Hezbollah renforce cette position de pivot, cherchant à éviter une marginalisation des Druzes dans un contexte de polarisation croissante.

Son fils, Taymour Joumblatt, qui a pris la tête du PSP, prolonge cette ligne de modération. Bien que moins expérimenté, il bénéficie de l’aura de son père et s’appuie sur le réseau d’alliances tissé par ce dernier. Les déclarations de Walid Joumblatt, bien qu’émanant d’un leader officiellement en retrait, continuent donc de peser dans les équilibres communautaires, en particulier dans le Liban central, où les Druzes cohabitent avec des communautés chrétiennes et sunnites.

Alors que le Liban s’apprête à affronter une nouvelle épreuve avec la session du Conseil des ministres du 2 septembre 2025, l’influence de Joumblatt, bien que moins directe, reste un facteur stabilisateur. Sa capacité à articuler un discours à la fois ferme et modéré pourrait jouer un rôle clé dans la recherche d’une issue à la crise, évitant au Liban de sombrer dans une confrontation orchestrée de l’extérieur. Dans un pays où les équilibres communautaires sont aussi fragiles qu’essentiels, la voix de Walid Joumblatt demeure une boussole pour naviguer dans la tempête.

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Newsdesk Libnanews
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