mardi, février 24, 2026

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Baabda, le huis clos qui a failli éclater: récit d’une séance sous tension

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Une séance verrouillée par un seul sujet, mais traversée par deux conflits

Le Conseil des ministres réuni à Baabda est dominé par un dossier qui absorbe le reste. Il s’agit du suivi de la planification confiée à l’armée, avec une première étape présentée comme accomplie au Sud du Litani et une préparation annoncée pour le Nord du Litani. La séance se présente donc comme un point de pilotage. Elle n’est pas décrite comme une réunion d’arbitrage budgétaire ou de nominations.

La tension naît d’une dissociation nette. D’un côté, le gouvernement cherche à maintenir un consensus sur l’armée et sur la poursuite du plan. De l’autre, plusieurs ministres veulent transformer ce consensus en obligation datée. Une date précise est mise sur la table, et elle devient l’objet de la confrontation. Le conflit n’est pas une querelle de procédure. Il touche à l’idée de souveraineté, mais aussi à la cohésion de l’exécutif.

La séance est aussi traversée par une deuxième ligne de fracture. Elle concerne la condition extérieure. Certains ministres contestent qu’un calendrier puisse tenir tant qu’il y a une occupation de points au Sud et des attaques qui se poursuivent. Dans ce cadre, la date proposée ne paraît pas seulement difficile. Elle paraît, pour eux, politiquement irréaliste.

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Le rapport de l’armée comme pivot, puis la lecture officielle comme tentative de rassembler

Le texte officiel lu après la séance présente d’abord l’intervention de la direction de l’armée devant le Conseil des ministres. L’exécutif est informé d’une présentation sur une « feuille de route » de retrait ou de limitation des armes, et il souligne l’action de l’armée dans plusieurs domaines. La formulation met en avant une maîtrise au Sud du Litani et une logique de « contenir » au Nord du Litani.

Ce même texte élargit volontairement le champ. Il associe, dans un même mouvement, le contrôle des frontières, la lutte contre la contrebande, la lutte contre la drogue et la lutte contre le terrorisme. Ce choix donne un cadre d’État. Il suggère que le sujet des armes n’est pas isolé. Il est intégré à une stratégie de sécurité plus large.

Ce cadrage a une utilité immédiate. Il permet de présenter le dossier comme un effort national, et non comme une confrontation limitée à une seule zone. Mais il porte aussi un risque. En liant de nombreux objectifs à une seule réunion, le gouvernement augmente les attentes. Toute divergence sur le calendrier devient alors plus lourde, car elle semble bloquer une architecture entière, et pas seulement une étape locale.

La promesse de février, réponse politique à la demande d’une date butoir

Dans la lecture officielle, un point est mis en avant comme prochaine marche. La direction de l’armée doit préparer un plan spécifique pour le Nord du Litani. Ce plan doit être soumis au Conseil des ministres en février. La date de février est présentée comme le moment où la planification du Nord deviendra un document de gouvernement, discuté et validé formellement.

Cette promesse joue un rôle précis. Elle offre une sortie institutionnelle aux tensions. Elle permet d’éviter, le jour même, une décision tranchée sur une échéance finale. Elle remplace la logique du couperet par une logique de production de plan. En pratique, cela signifie que le gouvernement répond à l’urgence par une méthode, et non par une date.

Ce choix n’apaise pas la salle. Il la stabilise temporairement. Car, dès la sortie, les ministres favorables à une date estiment que la formule « en février » est un report. Ils y voient une dilution. Ils la jugent insuffisante pour produire un signal politique clair.

Le document qui met le feu: la proposition d’une échéance au 31 mars 2026

La proposition la plus explosive apparaît sous la forme d’un texte préparé par des ministres des Forces libanaises. Elle demande qu’une échéance soit inscrite noir sur blanc. La date proposée est le 31 mars 2026, et elle concerne l’achèvement des étapes restantes du plan.

Le texte proposé n’est pas seulement une phrase. Il suit une logique de construction. Il commence par saluer les efforts de l’armée durant les derniers mois. Il met en avant la collecte d’armes jugées illégales au Sud du Litani. Il insiste aussi sur l’extension de l’autorité de l’État et sur le renforcement de sa présence dans la zone. Ensuite, il demande explicitement à la direction de l’armée de compléter ce qui reste avant le 31 mars 2026, au nom de la souveraineté, de la sécurité et de la stabilité.

Le texte proposé ajoute un élément de base juridique et politique. Il se rattache à une décision du Conseil des ministres datée du 5 septembre 2025, présentée comme fondée sur un plan établi par la direction de l’armée. Cette référence vise à montrer que la demande d’échéance n’est pas une invention du jour. Elle prétend s’inscrire dans une continuité de décision.

L’effet de cette proposition est immédiat. Elle transforme une discussion de méthode en vote implicite sur un symbole. Une date finale oblige à assumer un résultat, et donc à assumer un risque. Le débat cesse alors d’être seulement technique. Il devient politique au sens plein.

Le refus du président et l’équilibre interne: comment la proposition est écartée

Selon le récit disponible, le président Joseph Aoun n’adopte pas la proposition d’inscrire le 31 mars 2026. Le refus est présenté comme partagé par certains ministres, décrits comme appartenant au « duo chiite ». Le cœur du désaccord ne porte pas sur l’éloge de l’armée. Il porte sur l’imposition d’un délai ferme.

Cette séquence éclaire la tension de la séance. Un camp veut figer le calendrier pour contraindre l’exécution. Un autre camp refuse une date qui pourrait devenir irréalisable et se retourner contre le gouvernement. Le refus a aussi une utilité de coalition. Il évite de provoquer une rupture immédiate en séance. Mais il a un coût, car il entraîne des réserves formelles.

Le texte disponible indique que les ministres des Forces libanaises se réservent. Cette réserve n’est pas une abstention silencieuse. Elle est présentée comme un acte politique. Elle dit que le texte final, sans échéance, ne correspond pas à la ligne défendue.

La phrase qui résume l’affrontement: Adil Nassar revendique la vitesse

Dans la séquence des réactions, un élément retient l’attention par sa simplicité. Adil Nassar, ministre de la Justice, est cité avec une phrase courte: « Nous voulions que l’opération soit plus rapide. » La phrase est d’autant plus marquante qu’elle ne remet pas en cause le principe du plan. Elle conteste le rythme, et donc la stratégie du gouvernement qui renvoie au plan de février.

Cette phrase sert aussi à clarifier le contenu de la réserve. La demande n’est pas seulement d’afficher une date pour des raisons de communication. Elle vise à accélérer l’enchaînement des phases. Elle vise à empêcher que le dossier Nord devienne une préparation interminable.

Le fait que le ministre de la Justice soit associé à cette réserve renforce la portée politique du geste. Il ne s’agit pas d’un ministre périphérique. Il s’agit d’un ministère dont la parole pèse dans les débats d’État. Ce détail contribue à expliquer pourquoi la séance est décrite comme sous tension.

Trois sorties publiques, trois diagnostics, un même constat d’inachevé

La tension ne s’arrête pas à la porte du palais. Elle se poursuit dans les déclarations des ministres, qui exposent des diagnostics différents sur la même décision.

Un premier diagnostic est celui de la vitesse. Il est porté par la phrase d’Adil Nassar et par la logique de l’échéance au 31 mars. Il repose sur une idée simple: sans date, l’exécution peut s’étirer. Et sans pression, l’État peut perdre la main sur le calendrier.

Un deuxième diagnostic introduit la condition extérieure. Rakan Nassereddine, ministre de la Santé, est cité comme ayant une position qui lie l’achèvement de la planification au retrait israélien et à l’arrêt des attaques. Le raisonnement est différent. Il dit que la question du calendrier ne dépend pas seulement d’une volonté gouvernementale. Elle dépend d’une contrainte militaire et politique extérieure.

Un troisième diagnostic renvoie à la coopération interne attendue. Joe Issa El Khoury, ministre de l’Industrie, insiste sur le fait que l’armée ne peut pas accomplir tout le travail seule. Il estime que l’autre partie doit montrer sa volonté de remettre ses armes à l’État. Cette sortie déplace le centre de gravité. Le problème n’est plus la date. Le problème devient l’intention de coopération sur le terrain.

Ces trois sorties publiques sont cohérentes entre elles sur un point. Elles indiquent que la séance n’a pas clos le débat. Elle a produit un texte officiel, mais elle a laissé plusieurs lignes de fracture ouvertes.

Joseph Aoun: soutien à l’armée, mais stabilité conditionnée par des obstacles précis

Le récit présidentiel disponible ne se limite pas à approuver l’action de l’armée. Joseph Aoun soutient publiquement le communiqué de la direction de l’armée et salue le rôle des forces armées dans l’extension de l’autorité de l’État. Mais il insiste sur une condition: la stabilité durable reste liée au traitement de dossiers qui empêchent l’autorité complète de l’État.

Ces dossiers sont énumérés de manière précise. Ils incluent la poursuite de l’occupation israélienne de parties du territoire libanais. Ils incluent aussi la mise en place de zones tampon à l’intérieur du territoire. Ils incluent enfin des violations continues de la souveraineté par terre, mer et air. La liste structure le débat. Elle explique pourquoi, dans l’exécutif, certains refusent une date butoir sans intégrer ces paramètres.

Joseph Aoun ajoute un autre ensemble d’éléments, dans la même logique. Il rappelle l’exigence d’un retrait complet, le respect de l’arrêt des actes hostiles, et la question de la libération des prisonniers. Il lie ces facteurs à la capacité de l’État à exercer sa souveraineté, à assurer le retour sûr des civils déplacés et à lancer une reconstruction organisée des zones du Sud touchées.

Cet encadrement présidentiel pèse sur la séance à double titre. Il soutient l’armée, donc il protège l’unité du gouvernement autour de l’institution. Mais il rappelle aussi que le calendrier est prisonnier d’obstacles, donc il offre un argument à ceux qui refusent de figer une date finale.

Le facteur matériel: la question des capacités promises et du rythme réel

Un autre élément intervient dans l’arrière-plan de la dispute sur la date. Il s’agit des moyens. Des passages font état d’un retard dans l’arrivée des capacités militaires promises à l’armée. L’idée est simple. Même si l’État veut accélérer, l’exécution dépend des outils. Quand ces outils tardent, la vitesse devient une injonction difficile à tenir.

Cette mention éclaire la prudence d’une partie du cabinet. Fixer une échéance au 31 mars 2026 aurait transformé ce retard en risque politique direct. Si les moyens n’arrivent pas, l’échéance devient un échec annoncé. À l’inverse, renvoyer à février pour produire un plan permet de garder un espace de manœuvre et de lier le calendrier aux moyens réellement disponibles. 

Ce point est aussi un enjeu de communication. Une date butoir parle au public. Des capacités promises qui tardent parlent moins. Pourtant, ce sont elles qui décident de la faisabilité. La séance de Baabda expose donc un dilemme classique de l’action publique. Faut-il communiquer par un symbole, ou gouverner par un document technique qui assume la complexité.

Pourquoi le huis clos a failli basculer: l’unité formelle contre la fracture assumée

Le cœur du malaise est là. Le communiqué officiel cherche à préserver une unité de façade. Il félicite l’armée. Il annonce la poursuite. Il promet un plan en février. Il couvre plusieurs missions de sécurité.

Mais, dans le même temps, la réserve formelle des ministres favorables à une date révèle une fracture assumée. Leur texte propose une échéance et un enchaînement politique différent. Le refus de cette échéance par le président et d’autres ministres signifie que la coalition n’est pas alignée sur le rythme.

La séance aurait pu éclater pour une raison simple. Une date butoir oblige à choisir. L’exécutif a choisi de ne pas choisir ce jour-là. Il a choisi de déplacer le choix vers février, via un plan à présenter. C’est une stratégie de stabilité gouvernementale. Mais c’est aussi une stratégie qui expose à une critique immédiate, résumée par une phrase: « Nous voulions que l’opération soit plus rapide. »

La suite est donc inscrite dans le calendrier. Février doit produire un document. Ce document devra soit intégrer un calendrier, soit expliquer pourquoi il ne peut pas être figé. Dans les deux cas, la dispute sur la date ne disparaîtra pas. Elle changera de forme. Elle s’attachera au contenu du plan, et à la capacité de l’exécutif à parler d’une seule voix.

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