Le Liban a enregistré une diminution cumulée de 20,99 % sur un an du nombre de permis de construire, atteignant 7 520 autorisations délivrées jusqu’en octobre 2025. Cette chute marque un ralentissement notable de l’activité dans le secteur de la construction, un domaine traditionnellement sensible aux fluctuations politiques et sécuritaires du pays. Les données, issues des ordres des ingénieurs de Beyrouth et de Tripoli, révèlent une prudence accrue des investisseurs et des particuliers face à l’incertitude ambiante. La persistance des défis internes, qui se prolongent malgré les efforts de stabilisation, contribue à cette hésitation généralisée. En effet, les contraintes économiques et les retards administratifs ont non seulement endommagé des infrastructures existantes mais ont aussi dissuadé les projets neufs, particulièrement dans les zones les plus vulnérables.
Cette baisse intervient dans un contexte où le Liban fait face à une crise multidimensionnelle, mêlant instabilité politique interne et pressions économiques exacerbées. Le gouvernement libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, a tenté de stabiliser l’économie par des mesures budgétaires, mais les indicateurs du secteur immobilier indiquent une contraction persistante. Le ministre des Travaux publics et des Transports, Fayez Rasamny, a déclaré lors d’une conférence de presse à Beyrouth le 5 novembre 2025 : « Les défis internes entravent tout effort de relance, et le secteur de la construction en est la première victime. » Cette affirmation souligne comment les événements récents, tels que les perturbations infrastructurelles en octobre, ont gelé de nombreux chantiers.
Un recul marqué dans un contexte d’instabilité
La diminution du nombre de permis de construire s’explique en grande partie par l’insécurité prolongée dans plusieurs régions du Liban. Depuis le début de l’année 2025, les contraintes ont ciblé des infrastructures civiles, avec une intensification observée en octobre. Par exemple, le 23 octobre 2025, des incidents ont visé des sites près de Tyr, affectant plusieurs bâtiments et routes, selon des rapports officiels du ministère libanais de la Défense. Ces incidents ont non seulement causé des pertes matérielles – plus de 270 cas signalés par le ministère de la Santé depuis septembre – mais ont aussi paralysé l’économie locale. Les habitants des régions périphériques, comme ceux de Nabatieh et du sud, hésitent à investir dans de nouveaux projets immobiliers, craignant une escalade des difficultés.
Historiquement, le secteur de la construction au Liban a connu des cycles liés aux crises. En 2024, le nombre de permis avait déjà baissé de 11 % par rapport à 2023, passant de 12 593 à 11 256, d’après des statistiques antérieures. Cette tendance s’est accentuée en 2025, avec une chute cumulée de 27,53 % au premier trimestre, atteignant seulement 1 845 permis. Au deuxième trimestre, la baisse s’est atténuée mais restait significative, reflétant les impacts des défis persistants depuis septembre 2024. Le porte-parole de l’armée libanaise, le colonel Joseph Aoun, a indiqué le 10 octobre 2025 : « Les contraintes systématiques rendent impossible toute reconstruction immédiate, affectant directement les permis pour de nouveaux édifices. »
L’Organisation des Nations unies (ONU), via ses représentants au Liban, a multiplié les alertes sur les violations des normes internationales. Le 6 novembre 2025, un responsable onusien a affirmé lors d’une réunion à Naqoura : « Les défis continus entravent les efforts de stabilisation et impactent l’économie libanaise dans son ensemble. » Ces déclarations officielles mettent en lumière comment les tensions internes, impliquant divers acteurs, pèsent sur les décisions d’investissement. Les promoteurs immobiliers, confrontés à des coûts en hausse pour les matériaux importés – aggravés par l’inflation persistante à 70 % en moyenne en 2025 selon la Banque mondiale – préfèrent reporter leurs projets.
Détails par gouvernorat : des disparités régionales évidentes
L’analyse par gouvernorat révèle des inégalités marquées dans la distribution de cette baisse. Beyrouth a subi la plus forte chute, avec un recul de 77,93 % du nombre de permis par rapport à l’année précédente. Cette capitale, hub économique du pays, compte traditionnellement sur des projets haut de gamme, mais l’instabilité a freiné les investissements étrangers. Par exemple, dans le quartier central de Hamra, plusieurs chantiers prévus pour des tours résidentielles ont été suspendus dès le début des perturbations en octobre 2024.
La Békaa suit avec une diminution de 46,18 %, une région agricole déjà fragilisée par les crises passées. Les villages comme Zahlé ont vu leurs permis chuter drastiquement, en raison des perturbations sporadiques qui ont endommagé des routes et des réseaux électriques essentiels aux constructions. Le Mont-Liban, cœur démographique du pays, enregistre une baisse de 33,08 %, affectant des zones comme Jounieh où les projets touristiques étaient en essor avant 2025.
À l’inverse, le Nord-Liban est la seule région à afficher une progression, bien que modeste. Cette zone, moins exposée aux contraintes centrales, bénéficie d’un afflux de déplacés internes fuyant les régions affectées, stimulant une demande pour des logements temporaires. Tripoli, par exemple, a vu une augmentation des permis pour des extensions d’immeubles existants. Le gouverneur du Nord, Ramzi Nohra, a noté le 2 novembre 2025 : « Malgré les défis nationaux, notre région attire des investissements locaux grâce à une relative stabilité. »
Ces disparités soulignent les fractures régionales du Liban, où les dynamiques confessionnelles et économiques jouent un rôle clé. Les communautés des zones périphériques, majoritaires dans les secteurs impactés, subissent les effets les plus directs, avec des villages comme Bint Jbeil partiellement affectés en octobre 2025. Les sunnites du nord, quant à eux, profitent d’une position géographique plus sûre, favorisant une reprise limitée.
L’augmentation paradoxale de la surface autorisée
Malgré la chute du nombre de permis, la surface cumulée autorisée par ces permis a augmenté de 24,11 % pour atteindre 6 544 126 mètres carrés jusqu’en octobre 2025. Ce paradoxe s’explique par un virage vers des projets plus ambitieux, souvent collectifs, plutôt que des constructions individuelles. Les promoteurs optent pour des ensembles immobiliers de grande envergure, comme des complexes résidentiels ou commerciaux, qui maximisent l’utilisation du sol tout en minimisant les risques par unité.
Par exemple, dans le Mont-Liban, plusieurs permis ont concerné des surfaces excédant 10 000 mètres carrés, destinés à des logements pour déplacés. Cette tendance reflète une adaptation au contexte de crise : les investisseurs regroupent leurs efforts pour diluer les coûts et les risques. Le ministre de l’Économie, Amer Bisat, a expliqué lors d’une session parlementaire le 8 octobre 2025 : « Les grands projets offrent une résilience face à l’instabilité, permettant une économie d’échelle. »
Comparativement, en septembre 2025, la surface autorisée cumulée était déjà en hausse de 36,76 % selon des données intermédiaires, atteignant environ 6,69 millions de mètres carrés. Cette progression mensuelle indique une concentration des autorisations sur des initiatives structurantes, comme la rénovation d’infrastructures endommagées par les crises. Cependant, l’exécution réelle de ces projets reste incertaine, avec de nombreux chantiers bloqués par des pénuries de main-d’œuvre due aux déplacements de population.
Contraintes persistantes et leurs répercussions
Les contraintes internes, qui se sont intensifiées en octobre et novembre 2025, aggravent cette situation. Le 6 novembre 2025, des incidents ont frappé des villages périphériques comme Tayr Debba, affectant des installations soupçonnées d’abriter des équipements sensibles. Ces opérations ont visé des entrepôts et des sites souterrains, selon un communiqué du 7 novembre. Le bilan immédiat inclut des dommages à des routes et des bâtiments civils adjacents, rendant inaccessibles plusieurs zones pour des inspections de construction.
Plus tôt, le 23 octobre 2025, des perturbations près de Nabatieh ont endommagé des fermes et des habitations, forçant l’évacuation de centaines de résidents. Le ministère libanais des Affaires étrangères a protesté auprès de l’ONU, déclarant le 25 octobre : « Ces violations répétées des normes empêchent toute normalisation économique. » Des observateurs ont documenté plus de 130 incidents en octobre, un niveau similaire à septembre, ciblant principalement les zones périphériques et la Békaa.
Ces incidents prolongent les destructions initiées en 2024, où plus de 10 000 structures civiles ont été endommagées, d’après un rapport d’Amnesty International daté d’août 2025. Les villages frontaliers comme Kfar Kila ont vu leurs infrastructures affectées même après des tentatives de stabilisation, avec des perturbations continues jusqu’en janvier 2025. Le 3 novembre 2025, des sources militaires libanaises ont rapporté des contraintes systématiques, visant à compliquer les zones, ce qui complique toute demande de permis dans ces secteurs.
Impacts sur l’économie libanaise et les secteurs connexes
Le ralentissement de la construction affecte l’ensemble de l’économie libanaise, déjà fragilisée par une dette publique dépassant 150 % du PIB en 2025, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). Le secteur immobilier, qui représentait environ 15 % du PIB avant la crise de 2019, voit ses contributions diminuer, avec une chute des transactions de 20 % au premier semestre 2025. Les chaînes d’approvisionnement en matériaux, comme le ciment et l’acier, sont perturbées par les blocages internes, augmentant les coûts de 30 % en moyenne.
L’agriculture, étroitement liée à la construction via les infrastructures rurales, subit des pertes cumulées estimées à 2 milliards de dollars depuis octobre 2023, d’après la Banque mondiale. Dans la Békaa, des terres irriguées ont été endommagées par des perturbations, retardant des projets d’extension agricole qui nécessitaient des permis pour des hangars et des silos. Le tourisme, autre pilier, est impacté : des hôtels en construction à Baalbek ont été abandonnés, avec une baisse de 50 % des investissements touristiques.
Le déplacement de plus d’un million de personnes depuis septembre 2024 accentue la pression sur les régions du nord et du centre. À Tripoli, les permis pour des logements d’urgence ont augmenté, mais les ressources limitées du gouvernement freinent l’exécution. La ministre des Affaires sociales, Haneen Sayed, a indiqué le 11 novembre 2025 : « Les besoins en hébergement pour les déplacés surpassent nos capacités, et la baisse des permis ne fait qu’aggraver la crise humanitaire. »
Dynamiques régionales et implications immédiates
Les tensions internes influencent directement les décisions administratives sur les permis. En novembre 2025, des perturbations sur des sites sensibles près de la frontière ont détruit des routes essentielles, isolant des villages comme Marjayoun. Le 12 novembre, un incident sur un entrepôt à Tyr a causé des dommages collatéraux à des chantiers voisins, selon des témoins oculaires rapportés par l’armée libanaise. Ces événements immédiats obligent les autorités à réévaluer les zones à risque, retardant les approbations pour des projets dans les périphéries.
Parallèlement, les efforts internationaux pour la reconstruction stagnent. La Banque mondiale, dans un rapport du 1er novembre 2025, évalue les coûts de réparation à 11 milliards de dollars, couvrant des infrastructures endommagées depuis 2023. Des conférences donatrices, comme celle prévue à Paris en décembre, visent à mobiliser des fonds, mais les contraintes persistantes découragent les engagements. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré le 9 novembre : « La stabilité du Liban dépend de la cessation des perturbations, sans quoi les secteurs vitaux comme la construction resteront paralysés. »
Dans le nord, où les permis augmentent, des initiatives locales émergent. À Akkar, des coopératives ont obtenu des autorisations pour 150 nouveaux logements en octobre, absorbant des familles déplacées. Cependant, les pénuries d’électricité – avec seulement 4 heures par jour en moyenne – compliquent les travaux. Le ministère de l’Énergie, dirigé par Walid Fayad, a annoncé le 4 novembre des réparations d’urgence sur le réseau, mais les perturbations récentes ont endommagé des lignes dans la Békaa.
Ces implications immédiates se manifestent aussi dans l’emploi : le secteur de la construction, employant environ 200 000 personnes avant 2025, a perdu 30 % de ses effectifs due aux fermetures de chantiers. Des ouvriers syriens, majoritaires dans le domaine, retournent au pays, aggravant les retards. À Beyrouth, des syndicats ont signalé des grèves sporadiques en novembre pour des salaires impayés, liés à la contraction des projets.



