Un retrait sous pression militaire en 2000
Israël a envahi le sud du Liban en 1982 sous prétexte d’éliminer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), alors active sur le territoire libanais. L’occupation a perduré au-delà de la guerre, avec l’instauration d’une zone de sécurité sous contrôle de l’armée israélienne et de sa milice alliée, l’Armée du Liban Sud (ALS). Cette présence militaire a été contestée dès ses débuts, suscitant une résistance de plus en plus organisée.
Avec les années, le Hezbollah a structuré une guérilla efficace qui a multiplié les attaques contre les positions israéliennes, rendant le maintien de l’occupation de plus en plus coûteux. Face à une pression militaire constante et aux pertes croissantes dans ses rangs, Israël a pris la décision de se retirer unilatéralement en mai 2000. Ce retrait s’est effectué sans négociation préalable avec le gouvernement libanais ou la communauté internationale.
L’annonce du départ israélien a été accueillie comme une victoire historique au Liban, en particulier par le Hezbollah, qui a revendiqué le succès de sa stratégie militaire. Pour la première fois dans l’histoire du conflit israélo-arabe, une armée régulière se retirait sous la pression d’une guérilla non étatique. Cette victoire a permis au Hezbollah de renforcer son influence politique au Liban et de justifier le maintien de son arsenal militaire sous prétexte que certaines parties du territoire, notamment les fermes de Chebaa, restaient sous occupation israélienne.
Un retrait sous pression diplomatique en 2025
Vingt-cinq ans après son départ précipité, Israël se retrouve de nouveau confronté à la nécessité de quitter le sud du Liban. Toutefois, contrairement à 2000, ce retrait s’inscrit dans un cadre diplomatique plus large. Cette fois, la pression ne vient pas uniquement du terrain militaire, mais aussi de la communauté internationale.
Depuis plusieurs années, la présence israélienne dans certaines zones frontalières a été contestée par le gouvernement libanais et par des acteurs régionaux, notamment après la recrudescence des tensions entre le Hezbollah et l’armée israélienne. L’administration américaine et plusieurs capitales européennes ont exercé une pression accrue sur Tel-Aviv pour qu’elle procède à un retrait encadré.
Selon Al Joumhouriyat (17 février 2025), des discussions entre Washington, Paris et Tel-Aviv ont abouti à un accord de retrait progressif, tout en permettant à Israël de maintenir une présence temporaire dans cinq sites stratégiques. Cette disposition a cependant été rejetée par le Liban, qui exige un retrait total.
Un autre élément clé différencie ce retrait de celui de 2000 : le rôle de la FINUL. En 2000, la FINUL n’avait qu’un rôle d’observateur et n’avait pas de véritable autorité pour encadrer la transition. En 2025, son mandat a été renforcé afin d’éviter un vide sécuritaire et de garantir un passage de relais structuré entre Israël et les forces libanaises.
Les réactions politiques et populaires aux retraits
Lors du retrait de 2000, la population libanaise avait massivement célébré le départ des troupes israéliennes. L’image des chars israéliens quittant le Liban sous les cris de victoire des habitants avait marqué les esprits. Ce moment de liesse nationale avait cependant rapidement laissé place à des tensions internes, notamment autour du rôle du Hezbollah dans la nouvelle configuration sécuritaire du pays.
En 2025, la situation est plus complexe. Une partie de la classe politique libanaise se félicite du départ israélien, mais d’autres acteurs s’inquiètent des risques qu’il engendre. Nahar (17 février 2025) rapporte que certains analystes redoutent une montée en puissance du Hezbollah après ce retrait, ce qui pourrait provoquer des tensions avec les puissances occidentales et renforcer la polarisation politique interne.
Du côté israélien, le retrait de 2000 avait été perçu comme un échec stratégique et une humiliation pour l’armée. L’opinion publique avait largement critiqué le gouvernement de l’époque pour cette décision jugée précipitée. En 2025, la situation est différente. Le gouvernement israélien présente ce retrait comme une mesure de repositionnement stratégique visant à réduire les coûts d’une présence militaire jugée inefficace.
Un impact diplomatique et militaire différent
En 2000, Israël s’était retiré sans conditions, mais sans garanties de sécurité pour l’avenir. Ce départ avait ouvert la voie à la montée en puissance du Hezbollah et avait contribué à façonner un équilibre fragile dans la région. En 2025, le retrait israélien s’inscrit dans une logique plus diplomatique, avec une implication accrue des États-Unis et de l’Union européenne.
Selon Al Sharq Al Awsat (17 février 2025), plusieurs pays arabes, dont l’Arabie saoudite et l’Égypte, ont joué un rôle clé dans les négociations, cherchant à garantir une stabilité durable à la frontière libano-israélienne. Cette médiation vise notamment à éviter que le départ israélien ne soit perçu comme une nouvelle victoire du Hezbollah, ce qui pourrait renforcer son poids politique au Liban.
Du point de vue militaire, le retrait de 2025 est également marqué par une évolution des stratégies israéliennes. Contrairement à 2000, où l’armée israélienne s’était retirée sous la pression militaire, cette fois-ci, Tel-Aviv a adopté une approche plus progressive, cherchant à limiter les effets négatifs sur sa sécurité.
Les perspectives économiques et sécuritaires post-retrait
L’une des grandes différences entre les deux retraits réside dans leur impact économique sur le Liban. En 2000, le retrait israélien n’avait pas immédiatement entraîné d’amélioration économique significative. Le sud du pays, longtemps occupé, souffrait d’un manque d’investissements et de structures de développement.
En 2025, la situation pourrait être différente. Si le retrait israélien est bien encadré et soutenu par un plan de développement économique, il pourrait offrir une opportunité de stabilisation et de reconstruction. La FINUL, dont le mandat a été élargi, pourrait jouer un rôle clé dans la sécurisation de la région, attirant ainsi de nouveaux investissements.
Toutefois, selon Al Bina’ (17 février 2025), certains experts s’inquiètent du risque de tensions internes. Si le Hezbollah exploite ce retrait pour renforcer sa présence militaire dans le sud, cela pourrait provoquer une nouvelle phase d’instabilité.
Conclusion : Deux retraits, deux stratégies
Les retraits israéliens de 2000 et 2025 partagent un point commun : ils constituent une reconnaissance de l’incapacité d’Israël à maintenir une présence militaire prolongée sur le sol libanais. Toutefois, leurs contextes et leurs conséquences diffèrent profondément. En 2000, le retrait s’était opéré sous la pression militaire du Hezbollah et avait été perçu comme une victoire stratégique de la résistance libanaise. En 2025, le retrait est le résultat d’une pression diplomatique internationale et s’inscrit dans un cadre plus structuré, avec une médiation internationale visant à stabiliser la région.
L’avenir du Liban après ce retrait dépendra largement de la capacité des acteurs politiques à gérer cette transition. Un consensus national sur la gouvernance du sud du pays et des garanties internationales solides seront nécessaires pour éviter un retour aux tensions qui ont marqué les années post-2000.



