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Dans la presse: Le nouveau gouvernement libanais entre défis et perspectives économiques

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Un gouvernement sous pression dès sa formation

La nomination de Nawaf Salam à la tête du gouvernement libanais a suscité autant d’espoirs que d’inquiétudes. Chargé de former une équipe ministérielle dans un pays en proie à une crise économique sans précédent, Salam doit faire face à une série de défis politiques, financiers et sociaux qui pourraient compromettre la relance tant attendue. Selon Al Joumhouriyat (11 février 2025), les négociations pour la constitution du gouvernement sont particulièrement tendues, en raison des profondes divisions entre les différentes factions politiques.

Le Premier ministre désigné doit composer avec des forces antagonistes : d’un côté, le Hezbollah et ses alliés qui souhaitent un gouvernement où ils conserveraient une influence prépondérante ; de l’autre, les formations pro-occidentales qui exigent une équipe de technocrates indépendante de toute tutelle partisane. Cette équation politique complexe pourrait retarder la mise en place des réformes économiques urgentes, alors que le pays s’enfonce toujours plus dans la récession.

Une économie en état d’urgence

Le Liban traverse une crise économique d’une ampleur inédite. La monnaie nationale a perdu plus de 98 % de sa valeur en quatre ans, les réserves de la Banque centrale sont pratiquement épuisées et l’inflation atteint des niveaux vertigineux. Al Nahar (11 février 2025) rappelle que le secteur bancaire est paralysé, avec des retraits d’argent extrêmement limités et une méfiance généralisée envers les institutions financières.

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Le FMI, qui pourrait être un levier essentiel pour sortir de la crise, a posé des conditions strictes à l’octroi d’une aide financière. Parmi elles, la restructuration du secteur bancaire, la mise en place d’un contrôle des capitaux et des mesures de lutte contre la corruption. Or, ces réformes se heurtent à des résistances politiques majeures, notamment de la part des groupes qui profitent du statu quo économique actuel.

Selon Al Bina’ (11 février 2025), le gouvernement de Nawaf Salam devra également s’attaquer à la réforme de l’électricité, un secteur gangrené par la corruption et l’inefficacité depuis des décennies. L’Électricité du Liban (EDL), qui fonctionne grâce à des subventions étatiques massives, peine à assurer un approvisionnement stable en électricité, forçant la majorité des Libanais à dépendre de générateurs privés coûteux.

Indicateurs économiques clés (février 2025)Valeur
Inflation annuelle210 %
Dévaluation de la livre libanaise-98 % (depuis 2019)
Réserves de la Banque du Liban8 milliards de dollars
Dette publique185 % du PIB
Chômage40 %

Ces chiffres illustrent l’urgence d’une refonte complète du modèle économique libanais, mais aussi les nombreux obstacles auxquels sera confronté le gouvernement.

Les négociations avec le FMI : une impasse persistante

L’une des principales priorités du nouveau gouvernement sera de réactiver les discussions avec le Fonds monétaire international (FMI). Ces négociations, entamées depuis plusieurs années, n’ont jamais abouti en raison des dissensions internes au Liban sur la répartition des pertes financières.

Le FMI exige des réformes profondes, notamment la réduction des subventions, la refonte du secteur bancaire et la mise en place d’une fiscalité plus juste. Or, Al Sharq (11 février 2025) souligne que ces mesures, bien que nécessaires, risquent d’aggraver la situation sociale. La suppression des subventions sur les carburants et certains produits alimentaires a déjà provoqué une hausse vertigineuse du coût de la vie, rendant toute nouvelle réforme extrêmement impopulaire.

L’un des défis majeurs de Nawaf Salam sera donc de trouver un équilibre entre les impératifs économiques et la stabilité sociale. Une solution évoquée serait de cibler les aides publiques sur les populations les plus vulnérablesafin d’éviter une explosion du mécontentement populaire.

Un climat social explosif

La colère gronde au sein de la population libanaise, lassée des promesses non tenues et de la dégradation continue des conditions de vie. Depuis 2019, plusieurs vagues de protestations ont secoué le pays, et une nouvelle flambée de colère pourrait rapidement émerger si le gouvernement n’apporte pas de solutions concrètes.

Les syndicats de plusieurs secteurs clés, notamment l’éducation et la santé, menacent déjà d’entrer en grève si leurs revendications ne sont pas prises en compte. Al Akhbar (11 février 2025) rapporte que les fonctionnaires de l’État réclament une réévaluation urgente de leurs salaires, totalement érodés par l’inflation. Le salaire moyen dans la fonction publique, qui représentait autrefois une garantie de stabilité, est aujourd’hui devenu insuffisant pour couvrir les besoins de base.

Par ailleurs, la crise a exacerbé les inégalités sociales. Tandis qu’une partie de la population survit grâce aux transferts d’argent de la diaspora, d’autres sombrent dans une précarité extrême. Les ONG signalent une augmentation alarmante de la malnutrition, notamment chez les enfants, et un accès de plus en plus limité aux soins médicaux.

La pression des puissances étrangères

Le Liban est un pays où les équilibres politiques sont profondément influencés par les puissances régionales et internationales. La formation du gouvernement de Nawaf Salam ne fait pas exception et suscite des réactions contrastées de la part des principaux acteurs impliqués dans les affaires libanaises.

Al Sharq Al Awsat (11 février 2025) note que les États-Unis et la France suivent de près la composition du nouveau cabinet. Washington, en particulier, veut s’assurer que le gouvernement n’accorde pas une influence trop importante au Hezbollah, qu’il considère comme une organisation terroriste. De son côté, l’Arabie saoudite attend de voir si le Liban adoptera une position plus alignée sur ses intérêts avant d’envisager un éventuel soutien financier.

À l’inverse, l’Iran et la Syrie souhaitent maintenir leur influence sur la politique libanaise et voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un gouvernement trop proche des puissances occidentales. Le Hezbollah a d’ailleurs averti qu’il n’accepterait aucune tentative d’exclusion de la scène politique et qu’il surveillerait attentivement la composition du cabinet ministériel.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

Malgré ces nombreux défis, certains observateurs estiment que le gouvernement de Nawaf Salam pourrait bénéficier d’une fenêtre d’opportunité pour engager des réformes. La pression internationale et la nécessité d’obtenir une aide extérieure pourraient inciter les différentes factions politiques à trouver un compromis pour mettre en œuvre les premières mesures économiques urgentes.

Le succès du gouvernement dépendra en grande partie de sa capacité à restaurer la confiance : confiance des Libanais dans leurs institutions, confiance des investisseurs étrangers et confiance des bailleurs de fonds internationaux. Sans cela, le Liban risque de plonger encore plus profondément dans la crise, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour la stabilité du pays.

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Newsdesk Libnanews
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