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Déception du FMI à Beyrouth : seuls 12 % des réformes réalisées au 19 septembre 2025

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Une mission d’experts du Fonds monétaire international (FMI) à Beyrouth a exprimé sa profonde déception face à l’avancement limité des réformes économiques promises par le Liban dans le cadre d’un programme d’aide conditionnelle signé en avril 2022. Selon leur évaluation, seuls 12 % des objectifs fixés ont été atteints en deux ans, un constat qui reflète la lenteur des progrès structurels dans un pays en proie à une crise économique sans précédent. Parallèlement, les bailleurs de fonds européens envisagent de conditionner toute nouvelle aide budgétaire au respect d’indicateurs sociaux minimaux, notamment en matière de santé publique et de soutien alimentaire, alors qu’un diplomate occidental a souligné une « fatigue des donateurs » face à l’absence de volonté politique.

Un bilan préoccupant : seuls 12 % des réformes accomplies

La mission du FMI, achevée le 19 septembre 2025, a dressé un bilan sévère de l’état des réformes au Liban. Le programme d’aide conditionnelle, signé en avril 2022, prévoyait un soutien financier de 3 milliards de dollars sur quatre ans, assorti de réformes structurelles visant à restaurer la viabilité économique du pays. Ces réformes incluaient la restructuration du secteur bancaire, la réforme du système fiscal, la modernisation du secteur énergétique et le renforcement de la gouvernance. Cependant, seuls 12 % des objectifs fixés ont été réalisés, un chiffre qui met en lumière l’incapacité du gouvernement libanais à mettre en œuvre les mesures nécessaires.

Parmi les objectifs non atteints figurent la restructuration des banques, dont les pertes estimées à 70 milliards de dollars restent non résorbées, et la réforme d’Électricité du Liban (EDL), qui continue d’accumuler un déficit annuel de 1,5 milliard de dollars. Les experts du FMI ont noté que les progrès dans la lutte contre la corruption et la transparence budgétaire restent minimes, avec seulement 10 % des recommandations de gouvernance appliquées. Un représentant du FMI a déclaré : « Le faible niveau d’avancement des réformes est profondément décevant. Sans engagement sérieux, le Liban risque de prolonger sa dépendance à l’aide extérieure. »

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Le gouvernement libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, a reconnu ces lacunes. Lors d’une réunion avec la délégation du FMI le 15 septembre 2025, le ministre des Finances, Yassine Jaber, a plaidé pour un étalement des échéances du programme, arguant que les contraintes économiques et politiques limitaient la capacité du pays à agir rapidement. Cette demande, qui vise à repousser les délais de mise en œuvre des réformes, n’a pas encore reçu l’approbation officielle du FMI, qui insiste sur des mesures concrètes avant tout ajustement.

Une crise économique persistante

La déception du FMI s’inscrit dans un contexte économique dramatique. Depuis 2019, le Liban traverse une crise caractérisée par une dévaluation de la livre libanaise de plus de 90 % sur le marché parallèle, une inflation cumulée dépassant 14 % en juillet 2025, et une dette publique estimée à 155 % du PIB, selon un rapport du FMI publié en août 2025. Le PIB libanais, qui s’élevait à 55 milliards de dollars en 2018, a chuté à environ 22 milliards en 2025, reflétant une contraction économique de 60 % en sept ans.

Le secteur bancaire, autrefois pilier de l’économie, reste paralysé par des restrictions imposées par la Banque du Liban (BDL), limitant les retraits à 150 dollars par mois pour les comptes en devises. Cette situation a asphyxié les entreprises et les ménages, avec 78 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté, selon un rapport de la Banque mondiale de juin 2025. Le chômage, qui touche 30 % de la population active, et l’informalisation du marché du travail, où 60 % des emplois sont non déclarés, aggravent la précarité sociale.

Le budget 2026, soumis au Parlement le 29 juillet 2025 par Yassine Jaber, prévoit une hausse des dépenses publiques de 39 % par rapport à 2024, soit environ 4,77 milliards de dollars, mais avec un déficit budgétaire de 4,11 %. Ces chiffres, bien que reflétant une tentative de relance, ne répondent pas aux exigences du FMI, qui réclame une réduction du déficit et une augmentation des recettes fiscales, bloquées par l’absence de réformes structurelles.

La demande d’étalement des échéances : une réponse insuffisante

Face à la pression du FMI, le gouvernement libanais a sollicité un étalement des échéances du programme d’aide, arguant que les défis internes – instabilité politique, tensions confessionnelles et pressions régionales – limitent sa capacité à mettre en œuvre les réformes. Le ministre des Finances a déclaré le 15 septembre 2025 : « Le Liban fait face à des contraintes exceptionnelles. Un calendrier plus flexible est nécessaire pour garantir des progrès durables. » Cette demande reflète la difficulté du gouvernement à concilier les exigences internationales avec les réalités locales, où les réformes impopulaires risquent de provoquer des troubles sociaux.

Cependant, le FMI n’a pas encore donné son accord à cet étalement. Les experts ont insisté sur la nécessité de mesures concrètes, notamment la recapitalisation des banques, l’adoption d’une loi sur la transparence des dépenses publiques et la restructuration d’EDL. En l’absence de progrès significatifs, le décaissement des tranches restantes de l’aide, dont 1,8 milliard de dollars sont encore bloqués, reste incertain, accentuant la dépendance du Liban à des financements extérieurs.

Les bailleurs européens imposent des conditions strictes

Parallèlement, les bailleurs de fonds européens envisagent de durcir leurs conditions pour toute nouvelle aide budgétaire au Liban. À partir de septembre 2025, ils prévoient de lier leur soutien au respect d’indicateurs sociaux minimaux, notamment en matière de santé publique et de soutien alimentaire. Ces indicateurs incluent l’accès à des soins de santé de base pour 50 % de la population, la distribution d’aide alimentaire à 1,5 million de personnes vulnérables, et la réduction de la malnutrition infantile, qui touche 20 % des enfants de moins de cinq ans, selon un rapport de l’UNICEF de juillet 2025.

Un diplomate occidental a résumé la position européenne : « La fatigue des donateurs est réelle. Le Liban est considéré comme une économie sous perfusion sans volonté politique. » Cette déclaration reflète une frustration croissante face à l’incapacité du gouvernement à mettre en œuvre des réformes, malgré une aide internationale cumulée de 11 milliards de dollars depuis 2018, selon les chiffres de la Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises (CEDRE). Les bailleurs européens, qui ont fourni 2 milliards d’euros en aide humanitaire depuis 2020, exigent désormais des résultats mesurables pour justifier leur soutien.

Une santé publique en crise

L’imposition d’indicateurs sociaux par les bailleurs européens met en lumière la dégradation du secteur de la santé publique au Liban. En 2025, 70 % des soins médicaux sont payés de poche par les ménages, et seuls 30 % des hôpitaux publics fonctionnent à pleine capacité, selon un rapport du ministère de la Santé daté d’août 2025. La pénurie de médicaments, aggravée par une hausse de 20 % des coûts d’importation en 2025, limite l’accès aux traitements essentiels, notamment pour les maladies chroniques comme le diabète, qui touche 15 % de la population adulte.

Le programme d’aide d’urgence annoncé par le ministre des Affaires sociales, Hanine Sayyed, le 16 septembre 2025, vise à fournir des soins gratuits à 500 000 personnes déplacées dans le sud du Liban, mais il est financé à seulement 40 % par des dons européens. Cette dépendance aux bailleurs internationaux, combinée à l’absence de réformes dans la gestion des hôpitaux publics, limite les progrès vers les indicateurs exigés par l’Europe.

Le défi du soutien alimentaire

Le soutien alimentaire, autre priorité des bailleurs européens, répond à une crise croissante de l’insécurité alimentaire. En 2025, 2 millions de Libanais, soit 35 % de la population, souffrent d’insécurité alimentaire modérée à sévère, selon un rapport du Programme alimentaire mondial (PAM) de juin 2025. La hausse des prix des denrées de base – 18 % pour les produits alimentaires de base en juillet 2025 – a rendu l’accès à la nourriture de plus en plus difficile, particulièrement pour les ménages à faible revenu.

Les programmes d’aide alimentaire, financés en partie par l’Union européenne, ont distribué des bons alimentaires à 1,2 million de personnes en 2024, mais leur portée reste limitée face à l’ampleur des besoins. Les bailleurs exigent désormais que le gouvernement libanais mette en place des mécanismes de distribution transparents et efficaces, une tâche compliquée par l’absence de coordination entre les ministères et les organisations locales.

La fatigue des donateurs : un avertissement clair

La « fatigue des donateurs » exprimée par le diplomate occidental reflète un sentiment partagé parmi les bailleurs internationaux. Depuis 2019, le Liban a reçu plus de 5 milliards de dollars en aide humanitaire et économique, mais l’absence de réformes structurelles a limité l’impact de ces fonds. En 2025, l’aide européenne, qui représente 60 % du total des financements internationaux, est conditionnée à des progrès mesurables dans la gouvernance et les indicateurs sociaux, une exigence que le gouvernement peine à satisfaire.

Les tensions politiques internes, marquées par des divergences entre les factions confessionnelles, compliquent la mise en œuvre des réformes. Le Parlement, où le bloc du Hezbollah détient 15 sièges, reste divisé sur des questions clés comme la restructuration bancaire et la réforme fiscale, retardant les progrès exigés par le FMI et les bailleurs européens. Cette impasse alimente le scepticisme des donateurs, qui perçoivent le Liban comme une économie incapable de se réformer sans une volonté politique forte.

Les implications immédiates pour le Liban

La déception exprimée par le FMI le 19 septembre 2025, avec seulement 12 % des réformes réalisées, et la menace des bailleurs européens de conditionner leur aide à des indicateurs sociaux minimaux soulignent l’urgence d’une action gouvernementale. La demande d’étalement des échéances, non encore approuvée, reflète les contraintes auxquelles le Liban est confronté, mais elle risque de prolonger la dépendance du pays à l’aide extérieure. La crise de la santé publique, avec 70 % des soins payés de poche, et l’insécurité alimentaire, touchant 35 % de la population, mettent en évidence les besoins critiques auxquels les bailleurs européens cherchent à répondre.

Le sentiment de fatigue des donateurs, combiné à l’absence de progrès significatifs, place le Liban dans une position précaire. Les secteurs de la santé et de l’aide alimentaire, essentiels pour répondre aux besoins de la population, dépendent de financements internationaux qui pourraient se tarir sans réformes concrètes. La situation économique, marquée par une inflation de 14,27 % et un chômage de 30 %, continue d’aggraver la précarité, rendant impérative une action coordonnée pour restaurer la confiance des bailleurs et stabiliser le pays.

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