Le Liban a été frappé ce lundi 2 février 2026 par l’annonce du décès d’Abdul Karim Nasrallah, père de l’ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, assassiné par Israël en septembre 2024. Âgé de 90 ans, Abdul Karim Nasrallah s’est éteint des suites d’une maladie, marquant un nouveau chapitre de deuil pour une famille et une communauté déjà endeuillées par la perte de son fils emblématique. Ce décès survient dans un contexte de tensions persistantes au Liban-Sud, où des frappes israéliennes ont encore fait des victimes ce même jour, soulignant la fragilité du cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024.
Abdul Karim Nasrallah, originaire du village d’Al-Bazouriyah près de Tyr, au sud du Liban, était un homme discret, connu pour son métier de marchand de fruits et légumes. Né dans une région marquée par les conflits, il a élevé une famille nombreuse dans un environnement modeste, imprégné des valeurs traditionnelles chiites. Son existence, loin des projecteurs politiques, contrastait avec la trajectoire de son fils Hassan, qui est devenu l’une des figures les plus influentes du Moyen-Orient. Abdul Karim a vu naître neuf enfants, dont Hassan en 1960, dans un Beyrouth en pleine effervescence. La famille, issue d’un milieu rural, s’est installée dans la capitale libanaise pour fuir la pauvreté, et Abdul Karim y a tenu une petite épicerie, fournissant les bases d’une vie stable malgré les tourments de la guerre civile libanaise qui a éclaté en 1975.
Le parcours familial d’Abdul Karim Nasrallah
Au fil des décennies, Abdul Karim Nasrallah a incarné la résilience d’une génération confrontée aux vicissitudes du Liban. Marié à Nahdiya Safieddine, décédée en mai 2024, il a traversé les invasions israéliennes de 1978 et 1982, qui ont dévasté le sud du pays. Son village natal, Al-Bazouriyah, situé dans le Jabal Amel, une zone historiquement chiite, a été le théâtre de nombreuses opérations militaires. Abdul Karim, en tant que père de famille, a dû naviguer entre les besoins quotidiens et les dangers ambiants, éduquant ses enfants dans un esprit de piété et de solidarité communautaire. Hassan, le troisième de ses fils, a rapidement montré un intérêt pour les études religieuses, influencé par l’environnement familial pieux.
En 1978, la famille Nasrallah a fui les bombardements israéliens pour se réfugier à Beyrouth, où Abdul Karim a continué son commerce modeste. Ces années ont forgé le caractère de Hassan, qui, adolescent, s’est engagé dans le mouvement Amal avant de rejoindre le Hezbollah naissant en 1982, suite à l’invasion israélienne. Abdul Karim, bien que non impliqué directement dans la politique, a soutenu tacitement les aspirations de son fils, voyant en lui un défenseur de la communauté chiite opprimée. Des témoignages rapportent qu’Abdul Karim se réjouissait des rassemblements interconfessionnels, prônant l’unité islamique au-delà des divisions sunnites et chiites.
Au cours des années 1990, alors que Hassan Nasrallah accédait à la tête du Hezbollah après l’assassinat d’Abbas al-Musawi en 1992, Abdul Karim est resté en retrait, focalisé sur sa vie privée. Il a assisté à l’ascension de son fils, qui a transformé le Hezbollah d’une milice en une force politique et militaire majeure au Liban. Les discours de Hassan, souvent empreints de références familiales, soulignaient l’influence paternelle, bien que discrète. Abdul Karim a connu la joie des victoires, comme le retrait israélien du Liban-Sud en 2000, mais aussi les tragédies, notamment la perte de son petit-fils Mohammad Hadi en 1997 lors d’un affrontement avec Israël.
Les dernières années d’Abdul Karim ont été marquées par le deuil. En mai 2024, il a enterré son épouse Nahdiya lors d’une cérémonie sobre à Beyrouth, où il s’est agenouillé devant le cercueil, un geste poignant capturé par les médias. Puis, en septembre 2024, l’assassinat de Hassan par une frappe aérienne israélienne sur Dahieh, la banlieue sud de Beyrouth, a plongé la famille dans un chagrin profond. Abdul Karim, déjà affaibli par l’âge, a exprimé publiquement son émotion, qualifiant son fils de « martyr de la nation » et soulignant son rôle dans la résistance. Des images le montrent en prière, entouré de proches, dans un moment de vulnérabilité rare pour une figure associée à la force du Hezbollah.
L’héritage de Hassan Nasrallah dans le contexte actuel
Hassan Nasrallah, né le 31 août 1960, a laissé une empreinte indélébile sur le Liban et la région. Formé à Najaf en Irak et à Qom en Iran, il a incarné la fusion entre idéologie religieuse et engagement politique. Élu secrétaire général du Hezbollah en 1992, il a dirigé l’organisation pendant plus de trois décennies, la transformant en un acteur clé du paysage libanais. Sous son leadership, le Hezbollah a développé un vaste réseau social, incluant hôpitaux, écoles et aides aux démunis, particulièrement dans les zones chiites négligées par l’État.
Les conflits avec Israël ont défini son mandat. En 2000, le retrait israélien du Liban-Sud a été célébré comme une victoire historique, renforçant la légitimité du Hezbollah. La guerre de 2006, déclenchée par la capture de soldats israéliens, a vu Nasrallah émerger comme un symbole de résistance, malgré les destructions massives au Liban. Ses discours, diffusés par la chaîne Al-Manar, mobilisaient des millions, mêlant rhétorique anti-impérialiste et appels à l’unité arabe. Hassan a également étendu l’influence du Hezbollah en Syrie, soutenant le régime d’Assad dès 2012, et en Irak et au Yémen via des alliances avec des groupes pro-iraniens.
Son assassinat le 27 septembre 2024, lors d’une frappe massive sur le quartier général du Hezbollah à Dahieh, a marqué un tournant. Plus de 80 bombes ont été larguées, tuant Nasrallah et plusieurs commandants seniors, dont Ali Karaki. Hezbollah a confirmé sa mort le lendemain, déclenchant des funérailles massives le 23 février 2025, après un cessez-le-feu. Des dizaines de milliers ont défilé à Beyrouth, projetant des images de Nasrallah sur le rocher de Raouché, sous surveillance israélienne. Son successeur, Naim Qassem, élu le 29 octobre 2024, a promis de poursuivre la voie tracée, malgré la décimation de la hiérarchie militaire.
Hashem Safieddine, cousin de Nasrallah et chef du conseil exécutif, a brièvement assumé un rôle intérimaire avant d’être tué le 3 octobre 2024 dans une autre frappe. Ces pertes ont affaibli le Hezbollah, qui a perdu des figures comme Fuad Shukr et Ibrahim Aqil. Un an après, l’organisation se restructure, recrutant de nouveaux membres et cherchant à reconstituer son arsenal via des routes maritimes et aériennes, tout en affrontant des pressions internes et externes pour désarmer.
Réactions au décès d’Abdul Karim Nasrallah
Le décès d’Abdul Karim a suscité une vague de condoléances au sein de la communauté musulmane libanaise et au-delà. Le Rassemblement d’érudits musulmans a pleuré « la nation islamique, Sayyid Al-Jalil, l’écrivain résistant, et le père de Son Éminence, le maître des martyrs de la nation, Sayyed Hassan Nasrallah ». Dans un communiqué, il a souligné que « l’héroïque résistance mudjahidine avait l’habitude de voir un parent gentil et un père aimant, et en le perdant, ils se sont sentis orphelins à nouveau après avoir perdu leur chef ». Le groupe a demandé à Dieu de l’accueillir dans son paradis et de l’unir à son grand-père, le Messager de Dieu, Muhammad, et à sa famille pure, offrant ses condoléances à la famille.
Le cheikh Maher Abdul Razzaq, président de l’Association de la réforme et de l’unité, a présenté ses « plus chaleureuses condoléances » à la famille du martyr Sayyid Hassan Nasrallah, au Hezbollah, à l’environnement de la résistance, au peuple libanais et aux peuples libres du monde. Il a déclaré : « Le départ de ce père bienveillant s’inscrit dans le cadre des grands sacrifices offerts par cette famille croyante pour la dignité de la nation et sa liberté. Le père était un exemple de patience et de foi, un enseignant et un éducateur, et le fils un martyr, un leader et un symbole pour la nation face à l’injustice et à l’agression. C’est une école du don qui ne s’arrête pas, une chaîne de valeurs transmises aux générations ».
La Front islamique d’action au Liban a exprimé ses condoléances à la direction du Hezbollah, au secrétaire général cheikh Naim Qassem et à la famille de Sayyid Hassan Nasrallah. Le communiqué note que « l’œil pleure et le cœur est affligé », ajoutant : « Lorsque les grands partent, ceux qui ont eu un grand impact dans le projet d’unité islamique, dans la voie de la résistance comme option stratégique, dans l’unification du front islamique et dans le rassemblement de la parole des musulmans, leur souvenir reste immortel à travers leurs actions continues après leur départ. Ainsi était le père du martyr suprême Sayyid Hassan Nasrallah, Hajj Abdul Karim Nasrallah ».
D’autres voix officielles se sont jointes. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a salué le rôle d’Abdul Karim dans l’éducation d’un fils « combattant, résistant et serviteur de la Oumma islamique ». Le président yéménite a offert ses condoléances, qualifiant Abdul Karim de père du « martyr de l’islam et de l’humanité ». Hezbollah a annoncé que la procession funéraire aurait lieu à 13 heures ce lundi, partant du cimetière des martyrs à Ghobeiri, pour une inhumation dans le cimetière des martyrs de la résistance islamique.



