jeudi, février 19, 2026

Les derniers articles

Articles liés

Décès de Leïla Shahid, ancienne déléguée générale de la Palestine en France

- Advertisement -

L’ancienne diplomate palestinienne Leïla Shahid est décédée ce mercredi 18 février 2026 à l’âge de 76 ans, à son domicile de Lecques, une petite commune du Gard, dans le sud de la France. Gravement malade depuis plusieurs années, elle aurait mis fin à ses jours, comme l’a confirmé sa sœur Zeina lors d’une déclaration à l’Agence France-Presse, précisant simplement : « Oui, elle est morte aujourd’hui », sans entrer dans les détails des circonstances entourant ce geste. Cette disparition soudaine marque la fin d’une existence entièrement consacrée à la défense de la cause palestinienne sur la scène internationale, où elle a incarné pendant des décennies une voix à la fois ferme et nuancée au cœur des capitales européennes.

Une enfance marquée par l’exil et l’engagement

Née le 13 juillet 1949 à Beyrouth, au Liban, Leïla Shahid, de son nom complet Leïla al-Husseini Shahid, a grandi dans un environnement familial imprégné par l’histoire tourmentée du Proche-Orient. Issue d’une lignée notable – son arrière-grand-père était le mufti de Jérusalem Amin al-Husseini, figure controversée du nationalisme palestinien au début du XXe siècle –, elle a été confrontée dès son plus jeune âge aux réalités de l’exil et du conflit israélo-palestinien. Sa famille, originaire de Jérusalem, a été contrainte de quitter la Palestine en 1948 lors de la création de l’État d’Israël, un événement qu’elle évoquera souvent comme le point de départ de son engagement personnel.

Dès ses années d’études, Leïla Shahid s’oriente vers les sciences sociales. Elle obtient un diplôme en anthropologie et sociologie à l’Université américaine de Beyrouth, un établissement réputé pour son rôle dans la formation des élites arabes. C’est là qu’elle rencontre Yasser Arafat, le leader charismatique de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui deviendra une figure centrale de sa trajectoire. À partir de 1967, après la guerre des Six Jours qui voit Israël occuper la Cisjordanie, Gaza, le Sinaï et le Golan, elle s’implique activement dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban. Pendant sept ans, de 1967 à 1974, elle travaille sur le terrain, organisant des programmes éducatifs et sociaux, une expérience qui forge son regard sur les souffrances quotidiennes de son peuple et renforce sa conviction que la diplomatie doit être ancrée dans la réalité humaine.

Poursuivant ses études à Paris, elle entame un doctorat en anthropologie, tout en intégrant des cercles intellectuels engagés. Elle dirige pendant plusieurs années la Revue d’études palestiniennes, fondée par l’historien Elias Sanbar, une publication qui vise à documenter et analyser l’histoire et la culture palestiniennes face à ce qu’elle perçoit comme une narration dominante biaisée. Ces années formatrices à Beyrouth et Paris posent les bases d’une carrière où l’intellectuel et le militant se mêlent indissociablement, lui permettant de porter la voix palestinienne non seulement dans les arènes diplomatiques, mais aussi dans les débats publics et médiatiques.

Les premiers pas dans la diplomatie : une pionnière au service de l’OLP

Leïla Shahid entre officiellement dans le monde de la diplomatie en 1989, lorsque Yasser Arafat la nomme représentante de l’OLP en Irlande. À 40 ans, elle devient la première femme à occuper un poste d’ambassadrice pour la Palestine, un rôle pionnier dans un univers traditionnellement masculin et marqué par les tensions géopolitiques. Cette nomination n’est pas anodine : l’Irlande, avec son histoire de lutte contre la colonisation britannique, offre un terrain fertile pour sensibiliser à la cause palestinienne. Shahid y déploie une diplomatie active, organisant des conférences, des rencontres avec des parlementaires et des campagnes de sensibilisation pour promouvoir la reconnaissance des droits palestiniens.

L’année suivante, en 1990, elle est mutée aux Pays-Bas, où elle représente l’OLP auprès du gouvernement néerlandais et du Danemark. Ces postes, bien que brefs, lui permettent de tisser un réseau européen solide. Elle met l’accent sur les aspects humanitaires du conflit, insistant sur les violations des droits de l’homme dans les territoires occupés, et plaide pour une intervention plus active de l’Europe dans le processus de paix. À cette époque, les accords d’Oslo sont en gestation, et Shahid contribue à préparer le terrain en expliquant les aspirations palestiniennes à des interlocuteurs souvent réticents. Son approche, alliant rigueur analytique et passion militante, lui vaut une reconnaissance croissante au sein de l’OLP, qui voit en elle une ambassadrice capable de naviguer dans les couloirs du pouvoir européen sans compromettre les principes fondamentaux de la cause.

En 1993, elle est nommée représentante permanente de la Palestine auprès de l’UNESCO à Paris, un poste stratégique qui lui permet d’influencer les débats culturels et éducatifs sur la préservation du patrimoine palestinien. Cette période coïncide avec les accords d’Oslo signés en 1993, qui établissent l’Autorité palestinienne et ouvrent la voie à une reconnaissance internationale accrue. Shahid utilise cette plateforme pour défendre des projets comme la protection des sites historiques de Jérusalem-Est, menacés par les politiques d’expansion israéliennes.

Déléguée générale en France : une décennie au cœur des relations bilatérales

De 1994 à 2005, Leïla Shahid occupe le poste de déléguée générale de la Palestine en France, devenant ainsi la voix officielle de l’Autorité palestinienne à Paris. Cette période est marquée par des défis intenses : la seconde Intifada éclate en 2000, entraînant une escalade de violence dans les territoires occupés et une détérioration des relations israélo-palestiniennes. Shahid se positionne comme une interlocutrice incontournable pour les autorités françaises, multipliant les interventions médiatiques pour dénoncer les opérations militaires israéliennes et appeler à une médiation européenne plus équilibrée.

Sous sa direction, la délégation palestinienne à Paris renforce ses liens avec la société civile française. Elle organise des événements culturels, comme des expositions sur l’art palestinien ou des conférences sur l’histoire du conflit, visant à humaniser la cause auprès du public. En 2004, lors de la mort de Yasser Arafat à l’hôpital militaire Percy de Clamart, près de Paris, Shahid joue un rôle central dans la gestion des funérailles et des hommages, coordonnant avec les autorités françaises pour assurer un déroulement digne. Elle déclare alors que la disparition d’Arafat marque « la fin d’une ère, mais pas la fin de la lutte pour l’indépendance palestinienne », une phrase qui résume sa vision résolue du processus de paix.

Durant ces années, elle critique souvent la position de l’Union européenne, qu’elle juge trop alignée sur les États-Unis et insuffisamment proactive face à l’occupation. Dans des entretiens avec des diplomates français, elle plaide pour une reconnaissance plus ferme de l’État palestinien et pour des sanctions contre les colonies illégales. Son mandat en France coïncide également avec des avancées, comme l’adhésion de la Palestine à l’UNESCO en 2011, bien qu’elle ait quitté le poste en 2005, elle suit de près ces développements et y voit une validation de ses efforts antérieurs.

Ambassadrice auprès de l’Union européenne : une influence accrue à Bruxelles

En 2005, Leïla Shahid est nommée déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg, un poste qu’elle occupe jusqu’en 2015. Basée à Bruxelles, elle devient l’ambassadrice de la Palestine au cœur des institutions européennes, une position clé pour influencer les politiques étrangères de l’UE vis-à-vis du Proche-Orient. Cette décennie est rythmée par des crises majeures : l’opération Plomb durci à Gaza en 2008-2009, les négociations avortées sous l’égide des États-Unis, et l’adhésion de la Palestine à l’ONU en tant qu’État observateur en 2012.

Shahid déploie une diplomatie offensive, lobbying auprès des parlementaires européens pour une reconnaissance de l’État palestinien. Elle participe à de nombreuses auditions au Parlement européen, où elle dénonce les violations du droit international par Israël, notamment la construction du mur de séparation jugé illégal par la Cour internationale de justice en 2004. En 2014, lors de l’opération Bordure protectrice à Gaza, qui fait plus de 2 000 morts côté palestinien, elle appelle l’UE à suspendre ses accords d’association avec Israël, arguant que l’Europe ne peut tolérer de telles disproportions dans l’usage de la force.

Ses interventions soulignent souvent le rôle potentiel de l’Europe comme contre-poids aux États-Unis. Dans une déclaration en 2010, elle affirme : « L’Europe a les moyens d’imposer un équilibre, mais elle doit cesser d’être spectatrice. » Son mandat s’achève en 2015, mais elle reste une figure influente, intervenant régulièrement dans des forums internationaux sur les questions de paix et de droits humains.

Engagements récents : une voix inlassable face à la tragédie de Gaza

Même après son retrait officiel de la diplomatie, Leïla Shahid n’a jamais cessé de s’exprimer sur la situation en Palestine. Résidant une partie de l’année à Lussan, dans le Gard, où elle partage une vieille maison de village avec l’ancien ambassadeur français Yves Aubin de la Messuzière, spécialiste de Gaza, elle continue à suivre de près les événements. En juin 2024, six mois après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 et la riposte israélienne, elle s’exprime dans un entretien, décrivant la dévastation humanitaire à Gaza et appelant à une cessation immédiate des hostilités.

Plus récemment, en octobre 2025, elle accorde une interview où elle dénonce avec vigueur la situation dans l’enclave palestinienne. Elle déclare : « Le monde entier a les yeux rivés sur les images de la télévision et voit des enfants mourir de faim, des personnes âgées semblables à celles sortant des camps de concentration en 1945. La communauté internationale a été d’une lâcheté totale et j’inclus les pays arabes, les Européens et les Américains. » Ces mots reflètent son désarroi face à l’inaction internationale, alors que les rapports de l’ONU font état de plus de 40 000 morts à Gaza depuis octobre 2023, et d’une crise humanitaire sans précédent avec des pénuries alimentaires et médicales généralisées.

Shahid participe également à des conférences et des débats, insistant sur la nécessité d’une solution à deux États conforme aux résolutions de l’ONU, comme la 242 et la 338. Elle critique les politiques du gouvernement israélien sous Benjamin Netanyahou, qu’elle accuse d’entraver tout progrès vers la paix en favorisant l’expansion des colonies. En janvier 2026, peu avant son décès, elle intervient dans un forum virtuel organisé par des ONG européennes, réaffirmant que la reconnaissance de l’État palestinien par davantage de pays européens – comme l’Espagne, l’Irlande et la Norvège l’ont fait en 2024 – est un pas essentiel, mais insuffisant sans pression économique sur Israël.

Réactions immédiates à l’annonce de sa disparition

L’annonce du décès de Leïla Shahid a provoqué une vague d’émotion au sein de la communauté palestinienne et internationale. Hala Abou-Hassira, actuelle ambassadrice de la Palestine en France, a rendu hommage sur les réseaux sociaux, déclarant : « Leïla Shahid, l’ambassadrice iconique de la Palestine nous a quitté. Une immense perte pour la Palestine, et pour le monde qui croit en la justice. Paix à son âme. » Cette réaction souligne l’héritage laissé par Shahid en tant que modèle pour les générations suivantes de diplomates palestiniens.

Du côté français, des figures politiques ont exprimé leur tristesse. Sabrina Sebaihi, députée des Hauts-de-Seine, a écrit : « J’apprends avec une profonde tristesse la disparition de Leïla Shahid. Nous perdons une voix précieuse pour la défense de la Palestine et de la paix. Elle nous disait : ‘La liberté est indivisible. Partout où son intégrité est attaquée, c’est nous-mêmes qui sommes attaqués.’ Ses mots sont éternels et continueront de nous inspirer pour poursuivre cette lutte, à laquelle elle a tant contribué. » Elsa Faucillon, députée communiste, a ajouté : « La disparition de Leïla Shahid est une immense perte pour tous ceux qui portent l’exigence de justice et de paix en Palestine. Toute sa vie, elle aura défendu avec dignité et détermination les droits du peuple palestinien face à l’occupation et à l’injustice. Elle a tracé le chemin, à nous de continuer jusqu’à la libération du peuple palestinien. »

Au niveau européen, des hommages affluent de personnalités comme Karim Emile Bitar, qui note : « Très triste d’apprendre que la brillante et passionnée Leïla Shahid s’est donné la mort en France, après une série de tentatives de suicide ces deux dernières années. Pendant plusieurs décennies, elle a été presque la seule voix en France et en Europe à parler en soutien des droits palestiniens. » Ces témoignages mettent en lumière l’impact profond de son travail, particulièrement dans un contexte où les tensions au Proche-Orient persistent, avec des négociations au point mort et une situation humanitaire à Gaza qui continue de se dégrader.

L’héritage d’une diplomatie engagée dans le contexte actuel

Dans les mois précédant son décès, Leïla Shahid avait multiplié les alertes sur les implications immédiates de la crise à Gaza. Elle soulignait les rapports de l’ONU indiquant que plus de 1,9 million de Palestiniens étaient déplacés internes, avec des infrastructures détruites à plus de 60 % dans l’enclave. Elle appelait à une enquête internationale sur les allégations de crimes de guerre, citant les frappes sur des hôpitaux et des écoles. En décembre 2025, lors d’une intervention, elle insistait sur le rôle de la Cour pénale internationale, qui poursuit ses investigations sur des actes commis depuis 2014.

Son engagement récent incluait aussi un soutien aux initiatives civiles, comme les campagnes pour un cessez-le-feu durable. Elle collaborait avec des associations françaises et européennes pour organiser des aides humanitaires, malgré les obstacles posés par le blocus de Gaza. Les implications immédiates de ces crises, selon elle, touchent non seulement les Palestiniens mais l’ensemble de la région, avec des risques d’escalade impliquant le Liban et l’Iran. Shahid rappelait souvent les résolutions de l’ONU non appliquées, comme celle exigeant le retrait israélien des territoires occupés, et plaidait pour une pression accrue sur les acteurs internationaux afin de relancer des pourparlers basés sur les frontières de 1967.

Au moment de sa disparition, les dynamiques géopolitiques restent tendues : les États-Unis maintiennent leur soutien à Israël, tandis que l’UE adopte une position plus nuancée, avec des pays comme la France appelant à un cessez-le-feu mais sans mesures concrètes. Leïla Shahid, dans ses dernières déclarations, mettait en garde contre les conséquences d’une telle inertie, notant que les jeunes générations palestiniennes, confrontées à une occupation prolongée, pourraient se tourner vers des options plus radicales. Ses analyses, ancrées dans des décennies d’expérience, soulignent les défis persistants pour la paix, avec des implications immédiates sur la stabilité régionale et les flux migratoires vers l’Europe.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

A lire aussi