mardi, janvier 13, 2026

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Donald Trump accueille Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche et défend le prince saoudien sur l’affaire Khashoggi

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La visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à Washington, ce 18 novembre 2025, s’inscrit dans un contexte de renforcement accéléré des liens entre les États-Unis et l’Arabie saoudite. Reçu par le président Donald Trump avec un protocole solennel, incluant un survol d’avions militaires et une séance photo sur la pelouse sud de la Maison-Blanche, le dirigeant saoudien a été au cœur de négociations portant sur la sécurité régionale, les investissements économiques massifs et les perspectives d’une normalisation avec Israël. Cette rencontre, la première à ce niveau depuis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018, a vu Trump réitérer son soutien indéfectible au royaume, en contredisant ouvertement les conclusions des services de renseignement américains sur le rôle du prince dans cette affaire.

Dès l’arrivée de Mohammed ben Salmane, l’atmosphère était à la célébration d’un partenariat stratégique revigoré. Les deux leaders ont échangé des poignées de main fermes devant les caméras, avant de s’isoler pour des discussions privées qui ont duré plus de deux heures. Trump, dans son style direct et pragmatique, a qualifié le prince de « grand allié » et a mis en avant les avantages mutuels de cette alliance. « Nous avons une relation exceptionnelle avec le royaume d’Arabie saoudite », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse conjointe tenue dans la salle Est de la Maison-Blanche, en soulignant les retombées en termes de défense, d’énergie et de commerce. Cette visite survient alors que l’administration Trump, installée depuis janvier 2025, cherche à consolider ses alliances au Moyen-Orient face aux menaces posées par l’Iran et ses proxies, après une période de refroidissement sous l’administration précédente marquée par des critiques sur les droits de l’homme.

Mohammed ben Salmane, de son côté, arrive à Washington avec une délégation imposante de plus de 1 000 personnes, incluant ses principaux ministres et des chefs d’entreprise. Cette visite fait suite au voyage de Trump à Riyad en mai 2025, où les bases d’un accord de défense stratégique avaient été posées. Le prince héritier poursuit activement sa Vision 2030, un programme ambitieux visant à diversifier l’économie saoudienne au-delà du pétrole, en misant sur des partenariats technologiques et industriels avec les États-Unis. Les discussions ont porté sur une augmentation des investissements saoudiens en Amérique, passant de 600 milliards de dollars annoncés précédemment à près de 1 000 milliards, ciblant des secteurs comme l’intelligence artificielle, les infrastructures critiques et les énergies renouvelables. « C’est un jour significatif pour les relations saoudo-américaines », a affirmé Mohammed ben Salmane, en précisant que ces fonds renforceraient la prospérité partagée et contribueraient à la stabilité du Moyen-Orient.

Un accord de défense historique au cœur des échanges

Les négociations ont rapidement convergé vers la coopération militaire, un pilier des relations bilatérales. Donald Trump a annoncé que les États-Unis étaient disposés à vendre des chasseurs F-35 à l’Arabie saoudite, marquant un changement majeur dans la politique américaine au Moyen-Orient. Ces appareils, parmi les plus sophistiqués au monde, étaient jusqu’à présent réservés à un groupe restreint d’alliés, avec des restrictions strictes pour préserver l’avantage qualitatif militaire d’Israël dans la région. Selon les déclarations du président, les F-35 destinés à Riyad seront « assez similaires » à ceux utilisés par Israël, mais des adaptations techniques sont prévues pour limiter certaines capacités sensibles, évitant ainsi une escalade technologique qui pourrait perturber l’équilibre des forces.

Cette vente, potentiellement évaluée à plusieurs dizaines de milliards de dollars, s’intègre dans un accord plus large de 142 milliards de dollars d’armements, incluant des transferts de technologie, des formations pour les pilotes saoudiens et près de 300 chars américains. Le département d’État justifie cette décision par la nécessité de contrer les menaces iraniennes, notamment le programme nucléaire de Téhéran et son soutien aux milices en Irak, en Syrie et au Yémen. « L’Arabie saoudite est un partenaire essentiel dans la lutte contre le terrorisme et l’expansionnisme iranien », a déclaré un porte-parole de la Maison-Blanche. Mohammed ben Salmane a réaffirmé l’engagement de Riyad dans ces efforts, en citant les opérations conjointes contre les Houthis au Yémen et la surveillance des routes maritimes dans le golfe Persique.

La controverse autour de cette vente ne manque pas. Des membres du Congrès, y compris au sein du Parti républicain, ont exprimé des préoccupations quant à l’impact sur la sécurité d’Israël. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a néanmoins accueilli positivement l’initiative, estimant qu’elle renforce la coalition anti-iranienne sans compromettre l’avantage militaire de son pays. Les négociations ont inclus des garanties pour que les F-35 saoudiens ne disposent pas de toutes les fonctionnalités avancées, telles que certains systèmes de guerre électronique ou de ciblage précis, afin de maintenir un équilibre régional. Des experts militaires soulignent que cette version « dégradée » des appareils permettrait à Riyad d’améliorer sa défense aérienne tout en évitant une prolifération incontrôlée de technologies sensibles.

L’ombre de l’affaire Khashoggi plane sur la rencontre

Malgré l’enthousiasme affiché, la visite n’a pu éluder les fantômes du passé, en particulier l’assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien critique du régime, tué et démembré au consulat saoudien d’Istanbul en octobre 2018. Pressé par des journalistes lors de la conférence de presse, Donald Trump a vigoureusement défendu Mohammed ben Salmane. « Il n’en savait rien », a-t-il affirmé, en contredisant directement les conclusions des services de renseignement américains, qui, dans un rapport de 2018 déclassifié en 2021, estimaient avec une haute probabilité que le prince avait ordonné l’opération. « Des choses arrivent, mais nous pouvons clore ce chapitre », a ajouté Trump, qualifiant Khashoggi de « personne controversée » et insistant sur l’importance vitale des relations avec le royaume pour l’économie américaine et la sécurité régionale.

Cette position a suscité des réactions immédiates. La veuve de Khashoggi, Hanan Elatr, a exprimé sa « douleur » et sa « déception » face à ces déclarations, rappelant que les agences américaines, dont la CIA, s’étaient appuyées sur des preuves solides, incluant des enregistrements audio et des communications interceptées. Le porte-parole du département d’État a tenté de minimiser l’incident, affirmant que les États-Unis continuaient à promouvoir les droits de l’homme tout en priorisant la stabilité régionale. Mohammed ben Salmane, interrogé sur le sujet, a esquivé une réponse directe, préférant mettre en avant les réformes sociales en Arabie saoudite, telles que l’autorisation pour les femmes de conduire depuis 2018 et l’ouverture accrue aux touristes étrangers. « Le royaume a tourné la page et se concentre sur l’avenir », a-t-il déclaré.

La défense de Trump n’est pas inédite. Dès 2018, lors de son premier mandat, il avait exprimé des doutes sur les rapports de la CIA, arguant que les liens avec l’Arabie saoudite étaient cruciaux pour contrer l’Iran et soutenir l’emploi aux États-Unis via les contrats d’armement. En 2025, avec les tensions régionales exacerbées par les frappes israéliennes contre des sites iraniens en juin et les attaques houthies sur les navires en mer Rouge, cette approche pragmatique semble l’emporter sur les considérations éthiques. Des observateurs notent que cette visite marque un retour à la realpolitik trumpienne, où les intérêts économiques et stratégiques priment sur les questions de gouvernance interne.

Les conditions saoudiennes pour une normalisation avec Israël

Un dossier central de la visite a été la perspective de normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël, dans le prolongement des Accords d’Abraham initiés par Trump lors de son premier mandat. Mohammed ben Salmane a réaffirmé l’intérêt de Riyad à intégrer ce cadre, qui a déjà permis à Bahreïn, aux Émirats arabes unis, au Maroc et au Soudan de normaliser leurs liens avec l’État hébreu. Cependant, il a conditionné cette étape à un « chemin clair vers un État palestinien viable », incluant un cessez-le-feu immédiat à Gaza et un plan pour un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale. « Sans progrès concrets vers la création d’un État palestinien indépendant, il n’y aura pas de normalisation », a déclaré le prince, soulignant que cette exigence reflète la position saoudienne depuis l’éclatement de la guerre à Gaza en octobre 2023.

Cette condition, réitérée par Riyad, représente un obstacle majeur aux ambitions de Trump, qui voit dans une telle normalisation un moyen de remodeler le Moyen-Orient et d’isoler l’Iran. Le président américain a reconnu les difficultés actuelles mais a insisté sur l’urgence d’un accord. « La normalisation changerait le visage du Moyen-Orient et apporterait une paix durable », a-t-il affirmé, en citant les bénéfices économiques pour toutes les parties impliquées. Des discussions trilatérales avec Israël sont prévues dans les semaines à venir, avec un accent sur la résolution du conflit à Gaza et la reconnaissance d’un État palestinien viable. Le secrétaire d’État américain a indiqué que Washington était engagé à faciliter ce processus, potentiellement via un pacte de défense formel avec Riyad en échange de la normalisation.

Toutefois, des diplomates soulignent que les circonstances actuelles rendent un accord immédiat improbable. Le veto du Hamas, les tensions persistantes à Gaza et le rejet par le gouvernement israélien d’un État palestinien pleinement souverain compliquent les négociations. Mohammed ben Salmane a insisté sur le fait que tout accord doit inclure des garanties internationales, sous l’égide de l’ONU, pour assurer la viabilité de l’État palestinien, avec des frontières basées sur les lignes de 1967 et un accès aux ressources essentielles. Cette position saoudienne, ancrée dans la défense des causes arabes, vise également à renforcer le leadership de Riyad dans le monde musulman, en particulier en tant que gardien des lieux saints.

Les implications économiques d’un partenariat renforcé

Au-delà des aspects sécuritaires, la visite a scellé des accords sur l’énergie nucléaire civile et l’intelligence artificielle. L’Arabie saoudite ambitionne de développer un programme nucléaire pacifique pour diversifier ses sources d’énergie, et les États-Unis ont accepté de partager des technologies sous des conditions strictes de non-prolifération. « Cela positionne l’Amérique comme leader en énergie et technologie », a déclaré Trump, en évoquant la résilience des chaînes d’approvisionnement face aux disruptions globales. Les investissements saoudiens annoncés couvrent des domaines variés : construction de centres de données pour l’IA, partenariats en santé publique et développement d’infrastructures critiques comme des ports et des réseaux électriques.

Un forum d’investissement saoudo-américain, organisé au Kennedy Center ce 19 novembre 2025, a permis de signer des contrats dans les services financiers et l’énergie. Ces engagements s’inscrivent dans un contexte où le fonds souverain saoudien, le Public Investment Fund, a déjà investi massivement aux États-Unis, notamment dans Boeing, des start-ups technologiques et des projets immobiliers. Les échanges commerciaux bilatéraux, qui ont atteint 76 milliards de dollars en 2024, devraient croître de 20 % en 2025 grâce à ces accords. Mohammed ben Salmane a mis en avant les opportunités pour les entreprises américaines en Arabie saoudite, avec des incitations fiscales et des zones économiques spéciales.

Géopolitiquement, ce renforcement de l’alliance envoie un signal fort à l’Iran et à la Chine, qui avait courtisé Riyad avec des accords stratégiques en 2022. Trump a salué l’ouverture de l’espace aérien saoudien aux vols israéliens et l’expansion des routes commerciales, consolidant l’axe Washington-Riyad-Tel Aviv contre les influences rivales. Des discussions ont également porté sur la Syrie, où l’Arabie saoudite soutient des efforts de reconstruction post-Assad, et sur le Liban, affecté par les tensions avec le Hezbollah.

Les avancées internes du royaume saoudien

Malgré ces progrès diplomatiques, les réformes internes en Arabie saoudite font l’objet d’un examen attentif. Mohammed ben Salmane a présenté les avancées sociales, comme la réduction des restrictions sur les femmes – qui peuvent désormais voyager sans tuteur masculin – et la promotion du tourisme, avec plus de 100 millions de visiteurs en 2024, un record historique. Le royaume investit dans des méga-projets comme Neom, une ville futuriste alimentée par des énergies renouvelables, et The Line, une structure linéaire de 170 kilomètres visant à abriter neuf millions de personnes.

Cependant, des rapports d’organisations internationales font état de persécutions persistantes contre les dissidents, avec des arrestations arbitraires et des peines sévères pour les opposants politiques. Trump a évité ces thèmes, se focalisant sur les aspects positifs. « Le prince a transformé son pays », a-t-il déclaré, en citant une croissance économique de 8,7 % en 2024, soutenue par la hausse des prix du pétrole et les investissements étrangers. Ces réformes visent à positionner l’Arabie saoudite comme un hub régional pour l’innovation, avec des partenariats dans l’éducation et la recherche.

Les défis régionaux persistants

Les implications pour la région incluent une potentielle détente avec le Qatar et les Émirats arabes unis, alliés dans la coalition anti-Houthis. Les échanges ont porté sur la coordination contre les milices pro-iraniennes, avec un partage accru de renseignements. Au Yémen, les forces saoudiennes ont intensifié leurs opérations aériennes en réponse aux attaques sur les installations pétrolières en octobre 2025.

Dans les jours suivant la visite, des négociations intenses se poursuivent sur les détails des accords militaires et économiques. Le Congrès américain doit approuver la vente des F-35, avec des auditions programmées pour décembre 2025. Des experts estiment que cela pourrait modifier l’équilibre des forces au Moyen-Orient, obligeant Israël à renforcer ses capacités défensives. Sur la normalisation, Mohammed ben Salmane a réitéré l’exigence d’un cessez-le-feu à Gaza et d’un plan pour un État palestinien viable, avec des implications immédiates sur les échanges commerciaux saoudo-américains et la coopération en cybersécurité contre les menaces iraniennes.

Les deux leaders ont conclu la visite par un dîner d’État, où des personnalités comme le vice-président JD Vance et des investisseurs ont discuté d’opportunités futures. Ces échanges soulignent l’approche transactionnelle de Trump, priorisant les accords économiques sur les controverses passées, tout en renforçant la position saoudienne dans les négociations régionales.

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