Les dernières semaines au sud du Liban laissent une impression glaçante : celle d’une politique de la terre brûlée menée par l’armée israélienne. Des villages entiers comme Yaroun, Bint Jbeil ou M7aibib sont réduits en ruines. À Yaroun, même l’église Melkite, un symbole de résistance spirituelle et culturelle, n’a pas échappé à la destruction. Quant à Bint Jbeil, toutes les routes sont éventrées, comme pour isoler davantage cette ville martyre, déjà gravement touchée lors des précédents conflits. Dans le village de M7aibib, tout a été soufflé, sous le prétexte de détruire des tunnels du Hezbollah.
Cette stratégie semble répondre à un objectif militaire à peine dissimulé : la création d’une zone de sécurité de 10 km en profondeur sur le territoire libanais, un couloir de 7 km placé sous le contrôle de la FINUL et de l’armée libanaise, et 3 km supplémentaires contrôlés par les forces israéliennes. Ce qui est présenté comme une « zone de sécurité » n’est autre qu’une zone de non-retour pour les habitants. En clair, un no-man’s land où les familles ne pourraient plus revenir, contraintes à l’exode et privées de leur droit légitime de vivre sur leurs terres.
Cette destruction systématique et cette volonté apparente de créer des zones inhabitables posent une question essentielle : assiste-t-on à la préfiguration d’une colonisation du sud du Liban, comme le souhaitent certains fauteurs de guerre en Israël ? Il ne s’agit pas d’une hypothèse isolée. Des voix de plus en plus audibles, au sein de certains cercles politiques israéliens, évoquent ouvertement la possibilité de s’emparer de cette région frontalière, d’y installer des colonies sous couvert de « sécurisation » du territoire. L’ombre du projet de colonisation qui, autrefois, s’abattait sur la Cisjordanie, plane désormais sur le sud du Liban.
Destruction, évacuation forcée, et déshumanisation
Cette approche violente et calculée s’inscrit dans une logique implacable de déshumanisation. En détruisant méthodiquement infrastructures et habitations, l’armée israélienne ne vise pas uniquement à anéantir le Hezbollah, mais bien à saper toute vie possible dans ces zones. Ce faisant, elle impose un double message : non seulement, la présence de civils dans ces régions est indésirable, mais leur retour futur est également empêché. L’évacuation forcée de ces territoires libanais semble donc être non seulement une mesure temporaire, mais un plan de long terme visant à altérer définitivement le tissu démographique de cette région.
Mais quelle est la finalité de cette stratégie ? Est-ce la sécurité d’Israël ou un projet territorial dissimulé ? Le doute est légitime. En refusant systématiquement toute initiative de paix véritable, Israël montre qu’une stabilité durable dans la région ne fait pas partie de ses priorités. La guerre semble être devenue une nécessité existentielle pour certains dirigeants israéliens, une manière de maintenir le statu quo géopolitique et de repousser éternellement la question palestinienne, tout en étendant progressivement son emprise territoriale. Le prétexte sécuritaire masque mal des ambitions expansionnistes.
Un no-man’s land au service d’une future emprise israélienne ?
Avec la destruction massive de ces villages, la zone de sécurité de 10 km se transforme de fait en une zone morte, où les seuls bénéficiaires pourraient bien être Israël et ses ambitions territoriales. Le Hezbollah, certes visé, ne semble être qu’un écran derrière lequel se cache un projet plus vaste : celui de remodeler le sud du Liban, de créer des zones où ni les civils libanais ni les structures sociales ne pourraient prospérer. Le rêve de sécurité pour Israël, évoqué à chaque guerre, se transforme peu à peu en une réalité d’expansion rampante.
Une question s’impose alors : jusqu’où cette stratégie pourra-t-elle aller sans provoquer une réponse internationale claire ? La FINUL, censée garantir la paix et la sécurité dans cette région, pourrait-elle être le complice involontaire d’un futur redécoupage des frontières libano-israéliennes ? Les décisions qui seront prises dans les semaines à venir seront déterminantes pour l’avenir de cette région dévastée.
En conclusion, ce qui se déroule aujourd’hui sous nos yeux au sud du Liban ressemble à une tentative méthodique de dépossession des Libanais de leur territoire. Si la communauté internationale reste passive face à cette destruction insensée, la perspective d’une nouvelle colonisation risque de ne plus être une simple hypothèse, mais une réalité menaçante.



