mardi, janvier 13, 2026

Les derniers articles

Articles liés

Enjeux discrets des négociations pour un échange de détenus : le Liban à la manœuvre

- Advertisement -

Le Liban tente de relancer, avec l’appui discret de Washington, un dossier sensible et stratégique : celui des détenus libanais et israéliens, à travers une négociation indirecte articulée autour du cas d’Elisabeth Tsurkov. Cette chercheuse russo-israélienne, enlevée en Irak en mars 2023, serait toujours aux mains de factions chiites proches du Hezbollah. Sa disparition, initialement perçue comme un incident localisé, est aujourd’hui exploitée par la diplomatie libanaise comme une opportunité pour faire progresser un échange plus large.

Les autorités libanaises envisagent d’utiliser la situation de Tsurkov comme levier pour obtenir la libération de plusieurs Libanais détenus par Israël, ainsi que pour régler des dossiers en suspens concernant des individus capturés en Irak ou au Liban dans des circonstances liées à des opérations de renseignement. Cette approche s’appuie sur des canaux diplomatiques informels, avec la médiation active de Washington, mais aussi de représentants européens engagés à titre humanitaire.

La négociation reste d’autant plus complexe qu’elle implique des acteurs non-étatiques, notamment des milices opérant en Irak dans la sphère d’influence iranienne. Cela rend toute avancée délicate et lente, mais l’exécutif libanais semble déterminé à faire de ce dossier un test de sa capacité à exister sur la scène régionale.

Le rôle stratégique du chef de l’État libanais dans le dossier

Le dossier des détenus bénéficie d’un suivi personnel de Joseph Aoun. Selon des responsables impliqués, le président voit dans cette initiative une occasion de repositionner la présidence comme un acteur central, capable de peser dans les équilibres diplomatiques régionaux.

En pilotant cette démarche, Joseph Aoun cherche à contrer l’idée que seuls les groupes armés peuvent obtenir des résultats en matière de libération de prisonniers. Il s’agit d’une manière d’affirmer que l’appareil étatique libanais peut agir de manière autonome et efficace, sans être dépendant d’intermédiaires armés.

Cette initiative s’inscrit aussi dans une stratégie plus large de repositionnement de la présidence libanaise dans le paysage politique local, en misant sur des succès à l’international pour compenser l’impuissance domestique. Les sources proches du dossier indiquent que le chef de l’État veut faire de cette médiation un modèle de diplomatie présidentielle dans un contexte où les institutions traditionnelles libanaises peinent à s’imposer.

Mise en place d’un cadre de coordination avec l’ONU

Face à la complexité du dossier, les autorités libanaises travaillent à la mise en place d’une commission spécifique en lien avec les Nations Unies. Cette structure aurait pour mission de coordonner les informations sur les détenus, d’organiser les échanges de listes, et de suivre les évolutions du dialogue avec les parties impliquées.

Ce cadre vise aussi à canaliser les efforts multiples qui émanent des services de renseignement, du ministère des affaires étrangères, et de la présidence elle-même. En centralisant les canaux, la commission permettrait d’éviter les doublons et les contradictions dans la stratégie libanaise.

Cette démarche pourrait également renforcer la position du Liban auprès des agences onusiennes, notamment dans les débats sur les droits de l’homme et les conditions de détention dans la région. En donnant un cadre formel à l’initiative, Beyrouth se dote d’un outil diplomatique susceptible d’être utilisé dans d’autres dossiers sensibles.

Résonances régionales : Israël, Irak, États-Unis

Le processus enclenché par Beyrouth ne peut se comprendre sans une lecture régionale. Du côté israélien, la priorité est la récupération de tout ressortissant sans concéder des gains politiques à ses adversaires. Le cas Tsurkov est sensible : citoyenne israélienne, chercheuse connue, sa disparition est traitée dans le cadre sécuritaire le plus strict par Tel-Aviv. Le gouvernement israélien hésite à engager publiquement des négociations, mais laisse entrevoir sa disponibilité via des canaux indirects.

L’Irak, où l’enlèvement a eu lieu, reste un acteur passif mais indispensable. Le gouvernement à Bagdad tente de réguler l’activité des milices sur son sol, tout en évitant la confrontation directe avec celles qui dépendent plus ou moins de Téhéran. Cela limite sa marge de manœuvre, mais en fait un point de passage obligatoire.

Les États-Unis, quant à eux, jouent un rôle de facilitateur en dehors des projecteurs. En soutenant l’initiative libanaise, ils cherchent à stabiliser une zone où les tensions entre groupes armés, puissances étrangères et autorités centrales peuvent rapidement dégénérer. Washington pousse à une résolution rapide du dossier Tsurkov, sans faire de concessions sur la nature non-étatique de ses ravisseurs.

Instrumentalisation ou affirmation étatique ? Les limites de la diplomatie silencieuse

Le caractère discret de la négociation soulève des interrogations sur la capacité réelle de l’État libanais à mener à bien un tel processus. Plusieurs voix critiques estiment que cette tentative pourrait être instrumentalisée à des fins politiques internes, notamment pour revaloriser la fonction présidentielle dans un contexte d’instabilité.

En outre, le fait que des groupes non-étatiques soient en capacité de détenir une ressortissante israélienne dans un pays tiers met en lumière la faiblesse des États dans certaines régions du Moyen-Orient. Pour le Liban, l’enjeu est donc aussi de montrer qu’il peut agir en tant qu’interlocuteur valable, malgré ses fragilités institutionnelles.

La création d’une commission coordonnée avec l’ONU est une tentative de contourner ces fragilités en s’adossant à une légitimité internationale. Toutefois, ce dispositif reste théorique et pourrait se heurter à la réalité opaque des relations entre milices et puissances régionales.

En cas de succès, cette opération renforcerait le président et créerait un précédent diplomatique majeur pour le Liban. En cas d’échec, elle raviverait les critiques sur l’inefficacité des institutions et renforcerait l’idée que seuls les acteurs armés peuvent peser dans les équilibres régionaux.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi