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Escalade des tensions régionales : un missile israélien pénètre l’espace aérien libanais, déclenchant une mobilisation urgente à Beyrouth

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Les événements qui se déroulent ce samedi 28 février 2026 au Moyen-Orient, marqués par les frappes conjointes israélo-américaines sur des cibles iraniennes à Téhéran et dans plusieurs villes, ont rapidement eu des répercussions au Liban. Vers 9h39 ce matin, un missile intercepteur a été lancé depuis la colonie israélienne de Kiryat Shmona, située près de la frontière libanaise, et a pénétré l’espace aérien libanais dans le secteur est, avant d’exploser en vol. Cet incident, rapporté par l’Agence nationale d’information (ANI), s’est produit dans la région de Marjayoun, sans causer de dommages immédiats au sol, mais il illustre la volatilité croissante de la zone frontalière. Dans un contexte où l’Iran a riposté par des salves de missiles balistiques vers Israël et des bases américaines dans le Golfe, cet épisode soulève des craintes d’une implication plus large du Liban, pays déjà fragilisé par des années de crises politiques, économiques et sécuritaires.

Cet incursion aérienne n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une série de violations de l’espace aérien libanais par des appareils ou munitions israéliens, souvent justifiées par Tel-Aviv comme des mesures défensives contre des menaces potentielles émanant du Hezbollah, allié de Téhéran. Selon des rapports officiels libanais, de telles pénétrations se sont multipliées depuis l’escalade d’avril 2024, lorsque une frappe israélienne sur un bâtiment consulaire iranien à Damas avait tué deux généraux iraniens, provoquant une première riposte directe de l’Iran contre Israël. Au Liban, ces incidents ont fréquemment conduit à des échanges de tirs limités le long de la Ligne bleue, la frontière délimitée par l’ONU, avec des impacts sur les villages frontaliers comme Marjayoun, Khiam ou Bint Jbeil. L’explosion du missile en vol ce matin, sans impact terrestre rapporté, pourrait être liée à une interception d’un projectile iranien ou d’un drone, mais les autorités libanaises n’ont pas fourni de détails supplémentaires, se contentant de confirmer l’incursion via l’ANI.

Face à cette intrusion, les autorités libanaises ont réagi avec une promptitude qui reflète l’anxiété ambiante. Le président de la République, le général Joseph Aoun, a initié dès le matin une série d’appels téléphoniques pour évaluer les développements et leurs implications potentielles. Parmi les interlocuteurs figuraient le Premier ministre Nawaf Salam, le ministre des Travaux publics et des Transports Fayez Rassamni, l’ambassadeur des États-Unis au Liban Michael Issa, et le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rudolf Heikel. Ces consultations font suite à un échange la veille avec le président du Parlement Nabih Berri, figure clé du paysage politique libanais et allié traditionnel du Hezbollah. Lors de ces discussions, le président Aoun a insisté sur la nécessité d’une « haute preparedness » et d’une coordination étroite entre les institutions constitutionnelles et les agences concernées pour protéger le territoire libanais.

Le chef de l’État a particulièrement souligné que la phase actuelle, qualifiée de « délicate », impose à tous un engagement total envers la responsabilité nationale, en priorisant l’intérêt suprême du Liban et de son peuple par-dessus toute autre considération. Il a réaffirmé que l’évitement des catastrophes liées aux conflits externes, la préservation de la souveraineté, de la sécurité et de la stabilité constituent une priorité absolue. Aoun a appelé à unifier les efforts et à renforcer la solidarité interne pour affronter les défis environnants, tout en empêchant toute répercussion qui pourrait affecter le sol libanais ou sa population. Il a également rappelé que l’État, avec toutes ses institutions, demeure le garant principal de la sécurité, de la stabilité et de la protection des citoyens et du territoire dans son intégralité. Ces déclarations, diffusées par l’ANI à 10h59, visent à rassurer la population tout en signalant une vigilance accrue face aux risques d’escalade.

Une réunion d’urgence au Grand Serail pour coordonner la réponse institutionnelle

En réponse directe aux évolutions régionales, le Premier ministre Nawaf Salam a convoqué une réunion exceptionnelle au Grand Serail, siège du gouvernement, ce midi. Selon un communiqué du bureau médiatique du chef du gouvernement relayé par l’ANI à 12h36, cette session vise à évaluer la preparedness des institutions, à garantir le fonctionnement régulier des services et des installations publiques, et à renforcer les mesures contre toute forme d’exploitation ou de monopole en cette période sensible. La liste des participants reflète l’ampleur de la mobilisation : le vice-Premier ministre Tarek Mitri, le ministre de la Défense Michel Mnsi, le ministre de l’Intérieur Ahmed Al-Hajar, le ministre de l’Économie et du Commerce Amer Al-Bassat, la ministre des Affaires sociales Hanine Al-Sayyed, le ministre de la Santé Rakan Nasser Al-Din, le ministre des Travaux publics et des Transports Fayez Rassamni, le ministre de la Justice Adel Nassar, le secrétaire général du Conseil supérieur de la Défense, le général Mohammad Al-Mustafa, le secrétaire général de la Haute commission de secours, le brigadier Bassam Nablse, et le chef de l’unité de gestion des catastrophes Zahi Shahin.

Cette réunion illustre la stratégie du gouvernement Salam, en place depuis février 2025, pour gérer les crises multiples qui accablent le Liban. Formé après des mois de vide politique, ce cabinet, composé de personnalités techniques et confessionnellement équilibrées, a déjà fait face à des défis économiques sévères. Dans le contexte actuel, l’accent est mis sur la continuité des services essentiels : électricité, eau, transports et soins de santé, secteurs déjà précaires en raison de la crise énergétique persistante depuis 2019. Le gouvernement craint que les tensions régionales ne exacerbent les pénuries, comme ce fut le cas lors des échanges de tirs israélo-libanais en octobre 2024, qui avaient perturbé les importations de carburant via le port de Beyrouth.

Le ministre de l’Économie Amer Al-Bassat, présent à la réunion, est chargé de surveiller les marchés pour prévenir toute spéculation sur les biens de première nécessité, tels que le pain, le carburant ou les médicaments. De même, la ministre des Affaires sociales Hanine Al-Sayyed supervise les programmes d’aide aux populations vulnérables, notamment dans les régions frontalières sud où des milliers de familles ont été déplacées par les tensions passées. Le ministre de la Santé Rakan Nasser Al-Din prépare les hôpitaux à d’éventuels afflux de blessés, rappelant les leçons de la guerre de juillet 2006 qui avait saturé les infrastructures médicales. La présence du secrétaire général du Conseil supérieur de la Défense et du chef de l’unité de gestion des catastrophes souligne l’aspect sécuritaire : coordination avec l’armée libanaise, qui déploie environ 85 000 hommes, et préparation à des scénarios d’urgence, y compris des évacuations dans les zones exposées.

Mesures locales de sécurité : fermeture de routes stratégiques près des installations militaires

Parmi les conséquences immédiates au niveau local, la municipalité de Hamat, située dans le district de Batroun au nord du Liban, a annoncé via l’ANI à 12h28 la fermeture définitive de la route menant au quartier de l’aéroport, qui dessert la base aérienne militaire de Hamat. Cette décision fait suite à un avis émis par le commandement de la base aérienne, indiquant un risque accru en raison des tensions régionales. La base de Hamat, une installation clé de l’armée de l’air libanaise, abrite des hélicoptères et des avions d’entraînement, et sert occasionnellement de point de transit pour des opérations internationales. La fermeture de cette voie, qui relie la zone résidentielle à l’aéroport, vise à limiter les mouvements civils près d’un site sensible, évitant ainsi tout risque d’incident en cas d’escalade.

La municipalité a précisé que la route circulaire adjacente au monastère de Saint-Georges sera ouverte progressivement, offrant une alternative pour les résidents et les usagers. Elle a exhorté les citoyens à respecter ces directives, soulignant l’importance de la coopération pour maintenir l’ordre public. Cette mesure n’est pas sans précédent : lors des frappes israéliennes sur des positions du Hezbollah en février 2025, plusieurs routes frontalières avaient été fermées temporairement, affectant le commerce local et les déplacements quotidiens. À Hamat, une petite localité côtière connue pour ses sites archéologiques phéniciens, cette fermeture pourrait impacter l’économie touristique, déjà affaiblie par la pandémie de 2020 et les crises subséquentes. Les autorités locales, en coordination avec le ministère des Travaux publics représenté par Fayez Rassamni, prévoient des inspections pour assurer la sécurité des itinéraires alternatifs.

La présence de soldats américains à Hamat et la controverse récente

La base aérienne de Hamat est au cœur d’une controverse persistante concernant la présence de soldats américains sur le sol libanais. Officiellement, la base appartient aux Forces armées libanaises et est située dans le nord du Liban. La présence américaine y est présentée publiquement comme limitée à l’entraînement des unités de l’armée libanaise et au soutien logistique, incluant le transfert d’équipements vers et depuis l’ambassade des États-Unis à Beyrouth. Cependant, des incidents récents ont remis en question l’étendue réelle de ce mandat. Selon un rapport d’An-Nahar daté du 19 février 2026, des tensions ont éclaté après que des forces américaines stationnées à Hamat ont fermé les routes environnantes suite à la suspicion d’un drone tombé à proximité. Cette fermeture a empêché des résidents d’accéder à leurs domiciles. Le maire de Hamat, Nicolas Ayoub, cité dans l’article, a confirmé que des personnels américains armés ont bloqué les accès, et que même des soldats libanais ont exprimé leur surprise, notant que de tels mouvements nécessitent habituellement une coordination avec l’armée libanaise. Le maire a décrit avoir été évincé de la zone et traité de manière rude. Quelques jours plus tard, la justification fournie était que des troupes récemment arrivées – transférées d’Irak – avaient agi par excès de prudence sécuritaire.

Le ministère de la Défense libanais a réagi fermement le 25 février 2026, niant que la base de Hamat opère comme une installation militaire américaine. Le ministre Michel Menassa a déclaré dans un communiqué que Hamat « est une base aérienne libanaise affiliée à l’armée de l’air libanaise et ne tombe sous aucune autre autorité ». Cette affirmation répondait à un reportage diffusé par la chaîne iranienne Al-Alam, qui dépeignait la base comme un site militaire américain, au milieu des spéculations croissantes sur une frappe américaine contre Téhéran. Menassa a précisé que les États-Unis utilisent la base conformément aux accords bilatéraux, mais sans autorité supérieure aux lois libanaises. Des rapports médiatiques ont également indiqué que l’Iran pourrait cibler la base en cas de guerre future avec les États-Unis, en raison de son utilisation par les forces américaines.

L’incident du 19 février a impliqué des soldats américains abattant ce qu’ils croyaient être un drone lancé près de la base. L’objet s’est écrasé à plusieurs kilomètres, mais lorsque des patrouilles de la police municipale de Hamat et des Forces armées libanaises (FAL) se sont approchées pour inspecter, le personnel américain est intervenu, bloquant l’accès. Selon une source sécuritaire, les troupes américaines ont pointé leurs armes pour empêcher les officiels libanais, y compris le maire, d’approcher le site du crash, invoquant que le drone pourrait transporter des explosifs. Un général américain stationné à la base a contacté le maire de Hamat pour présenter des excuses, mais l’offre a été refusée, le maire protestant contre le comportement des troupes étrangères. Cet épisode souligne les tensions sur la souveraineté libanaise, alors que Washington est le principal donateur de l’armée libanaise, avec une aide cumulée dépassant les 3 milliards de dollars depuis 2006.

Ces dispositions locales reflètent une approche préventive plus large adoptée par le Liban face aux répercussions des conflits voisins. Depuis la chute du régime syrien fin 2024, qui a privé l’Iran d’un allié clé, le Hezbollah, principal acteur armé non étatique au Liban, a renforcé ses positions au sud, augmentant les risques de confrontation avec Israël. Les frappes actuelles sur l’Iran, qui ont visé des sites nucléaires et balistiques, pourraient inciter le Hezbollah à une riposte solidaire, comme lors des échanges d’octobre 2024 où 180 missiles iraniens avaient été lancés vers Israël, entraînant des répliques sur des dépôts d’armes au Liban. L’armée libanaise, sous le commandement du général Rudolf Heikel, maintient une posture neutre mais vigilante, déployant des unités supplémentaires le long de la frontière en vertu de la résolution 1701 de l’ONU, qui appelle au désarmement des milices et à la présence exclusive des forces étatiques au sud du Litani.

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