Le palais présidentiel de Baabda, surplombant la capitale libanaise, a été le théâtre d’une réunion d’urgence du Conseil supérieur de défense ce 1er mars 2026. Convoquée par le président Joseph Aoun, cette session s’est achevée en début d’après-midi, dans un climat de vigilance accrue face à l’escalade dramatique des tensions régionales. L’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, survenu la veille lors d’une opération conjointe américano-israélienne, a plongé le Moyen-Orient dans une phase de confrontation ouverte, marquée par des frappes réciproques et des attaques sur plusieurs États du Golfe. Au Liban, pays frontalier et historiquement impliqué dans les dynamiques régionales, cette réunion visait à évaluer les risques immédiats pour la sécurité nationale, tout en réaffirmant la neutralité de Beyrouth dans ce conflit opposant Israël et les États-Unis à l’Iran.
Le Conseil supérieur de défense, organe clé regroupant le président de la République, le Premier ministre, les ministres de la Défense, des Affaires étrangères, de l’Intérieur et des Finances, ainsi que les chefs des forces armées et de sécurité, s’est réuni à l’ombre des explosions rapportées à Téhéran et des contre-attaques iraniennes sur des bases américaines dans le Golfe. Selon des communiqués officiels, les discussions ont porté sur la coordination des mesures de sécurité intérieures, l’état de préparation des forces armées libanaises et les implications potentielles pour les frontières sud du pays, toujours sensibles depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 avec Israël. Le président Aoun, ancien commandant en chef de l’armée, a insisté sur la nécessité de préserver la souveraineté libanaise, évoquant les violations récurrentes israéliennes de l’espace aérien et les incursions au sol qui persistent malgré les résolutions onusiennes.
L’urgence de cette réunion découle directement des événements du 28 février 2026, lorsque les forces américaines et israéliennes ont lancé une offensive massive contre l’Iran. Le président américain Donald Trump a annoncé personnellement la mort de Khamenei, déclarant : « Il n’a pas pu échapper à notre renseignement et à nos systèmes de traçage hautement sophistiqués. En collaboration étroite avec Israël, il n’y avait rien qu’il, ou les autres dirigeants tués avec lui, puisse faire. » Cette opération, qualifiée de « préventive » par Israël, a visé des sites nucléaires, des installations militaires et des quartiers généraux du régime iranien, dont le cœur de Téhéran. Des images diffusées par l’armée israélienne montrent des frappes précises sur ce qu’elle décrit comme le « quartier général du régime terroriste iranien ». Au total, plus de 1 200 munitions ont été larguées en 24 heures, entraînant la mort d’au moins 40 hauts responsables iraniens, dont le commandant en chef des Gardiens de la Révolution islamique et le représentant du guide suprême au Conseil suprême de défense.
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La riposte iranienne n’a pas tardé. Téhéran a lancé des salves de missiles et de drones contre Israël et plusieurs États du Golfe abritant des actifs américains. Le président iranien Masoud Pezeshkian a qualifié l’assassinat de Khamenei de « déclaration de guerre contre les musulmans, en particulier les chiites du monde entier », ajoutant qu’il s’agissait de « l’un des plus graves défis auxquels est confronté le monde islamique aujourd’hui ». Des explosions ont été signalées à Jérusalem, Tel-Aviv, Dubaï, Doha, Manama et Koweït-Ville, avec des bilans initiaux faisant état de plus de 200 morts en Iran et d’au moins cinq civils dans les pays du Golfe. L’armée iranienne a revendiqué des attaques sur 14 positions américaines, dont la base aérienne d’Al Udeid au Qatar, la base d’Ali Al Salem au Koweït et le quartier général de la Cinquième flotte américaine à Bahreïn. Des colonnes de fumée ont été observées à Téhéran ce 1er mars, alors qu’Israël annonçait une nouvelle vague de frappes « au cœur de Téhéran ».
Un contexte régional en ébullition
Cette escalade s’inscrit dans une série de confrontations qui remontent à juin 2025, lorsque Israël et les États-Unis ont mené une première campagne de 12 jours contre des installations nucléaires iraniennes, aboutissant à un cessez-le-feu fragile. Les tensions ont repris en février 2026, avec des avertissements répétés de Washington contre le programme nucléaire iranien. Le président Trump a déclaré que les opérations se poursuivraient « sans interruption tout au long de la semaine, ou aussi longtemps que nécessaire », pour « empêcher cette dictature radicale et maléfique de menacer l’Amérique et nos intérêts de sécurité nationale fondamentaux ». De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé : « Il y a de nombreux signes indiquant que le guide suprême iranien n’est plus parmi nous », confirmant ainsi la cible principale de l’opération.
Les répercussions se font sentir bien au-delà des frontières iraniennes. Le détroit d’Ormuz a été fermé par les Gardiens de la Révolution, perturbant le trafic maritime et provoquant une hausse immédiate des prix du pétrole. Plus de 19 000 vols ont été retardés ou annulés, avec la fermeture des espaces aériens en Israël, aux Émirats arabes unis et au Qatar. Des sirènes d’alerte ont retenti à Tel-Aviv, où des intercepteurs israéliens ont abattu des missiles iraniens. En Syrie, quatre civils ont été tués dans des frappes de représailles. Les Houthis au Yémen ont annoncé la reprise de leurs attaques, alignés sur l’axe iranien.
Sur le plan international, le haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Volker Türk, a condamné les frappes américano-israéliennes et les représailles iraniennes, déclarant : « Dans tout conflit armé, ce sont les civils qui paient le prix ultime. » Il a appelé à la désescalade et au retour à la table des négociations, avertissant que l’échec pourrait mener à « d’autres morts civiles insensées et à une destruction à une échelle potentiellement inimaginable » au Moyen-Orient. Le président français Emmanuel Macron a qualifié le conflit de porteur de « conséquences graves » pour la paix et la sécurité internationales.
La position du Liban face à la tempête
Au Liban, pays déjà fragilisé par des années de crises économiques et politiques, la réunion du Conseil supérieur de défense s’est concentrée sur la préservation de la stabilité intérieure. Le Premier ministre Nawaf Salam, en poste depuis février 2025, a réaffirmé la neutralité de Beyrouth, déclarant : « Nous ne permettrons à personne de entraîner le pays dans des aventures qui menacent sa sécurité et son unité. » Cette position fait écho à des avertissements antérieurs, notamment lors d’une réunion du cabinet en août 2025, où les ministres ont approuvé les objectifs d’un plan américain visant à restreindre la possession d’armes à l’État seul, en référence implicite au Hezbollah.
Le cabinet Salam, qui compte 26 ministres, inclut des figures clés comme Yasin Jabr aux Finances, Michel Muns à la Défense et Ahmad al-Hajjar à l’Intérieur. Formé après une intervention américaine directe pour exclure une participation explicite du Hezbollah, il a obtenu la confiance du Parlement en février 2025 avec 95 voix sur 128. Les discussions au Conseil ont porté sur le renforcement des déploiements militaires au sud, conformément à la résolution 1701 des Nations unies, qui prévoit le déploiement de l’armée libanaise jusqu’à la frontière internationale. Le commandant de l’armée, Rudolph Haikal, a rapporté la fin de la première phase du plan de déploiement en janvier 2026, visant à désarmer les groupes non étatiques au sud du Litani.
Les violations israéliennes persistent, avec des survols d’avions de combat et de drones au-dessus du sud libanais, y compris dans les régions de Tyr et de Bent Jbeil. Des explosions ont été entendues dans le secteur est, et des intercepteurs israéliens ont franchi l’espace aérien libanais près de Naqoura. Le président Aoun a reçu une assurance de l’ambassadeur américain Michael Issa que Israël n’envisage pas d’escalade contre le Liban tant qu’aucun acte hostile n’émane du côté libanais. Néanmoins, des incidents comme le largage de bombes sonores près de journalistes à Maroun al-Ras soulignent la tension persistante.
Suivi des Libanais dans le Golfe
Parallèlement à la réunion de Baabda, le Premier ministre Salam a engagé des contacts diplomatiques pour suivre la situation des Libanais résidant dans les pays du Golfe, touchés par les attaques iraniennes. Il a téléphoné aux ambassadeurs libanais en Arabie saoudite, au Koweït, aux Émirats arabes unis, au Qatar et à Bahreïn, s’assurant que les ambassades ont mis en place des lignes directes pour assister les expatriés face aux agressions subies par ces États. Ces mesures visent à protéger une communauté estimée à plusieurs centaines de milliers de personnes, dont beaucoup travaillent dans les secteurs de la finance, du tourisme et de la construction, et qui contribuent significativement à l’économie libanaise via les transferts de fonds.
Cette initiative reflète les préoccupations immédiates pour la sécurité des civils libanais à l’étranger, alors que des explosions ont secoué Dubaï, Doha et Manama. L’Iran a justifié ses frappes comme une réponse légitime à l’assassinat de Khamenei, mais les États du Golfe ont condamné ces actes comme des violations de leur souveraineté. Le ministre saoudien des Affaires étrangères a affirmé la solidarité du royaume avec les pays visés, mobilisant toutes ses capacités pour les assister. Au Liban, ces développements ravivent les craintes d’un débordement du conflit, d’autant que des alliances régionales comme l’axe de la résistance, incluant le Hezbollah, pourraient influencer les dynamiques internes.



