mercredi, février 25, 2026

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FMI, salaires publics et recettes: l’équation de contrainte qui enferme l’État

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800 millions de dollars à trouver, et la tentation des recettes rapides

L’État s’est engagé dans une correction des rémunérations et indemnités pour les militaires et une partie du secteur public, avec un coût total annoncé autour de 800 millions de dollars. Ce chiffre ne flotte pas dans l’air. Il pèse sur chaque arbitrage, parce qu’il impose une question immédiate: qui paie, comment, et à quel rythme. Quand une dépense de cette taille est décidée, elle exige une recette à la hauteur, donc une recette stable, collectable vite, et difficile à contourner. Dans un pays où la base fiscale est fragile et où la confiance est basse, les décideurs reviennent presque mécaniquement aux impôts indirects. Ils sont visibles, mais efficaces. C’est là que la hausse sur l’essence et le +1% de TVA apparaissent comme des réflexes, plus que comme des choix inspirés. L’essence, parce qu’elle se collecte à la pompe et se répercute partout. La TVA, parce qu’elle s’applique à un large volume d’achats et produit un rendement continu.

Ce qui complique cette logique, c’est que ces recettes dites “rapides” créent du feu social. Une hausse équivalant à 4 dollars par “safiha” dans un cadrage, ou à 300.000 livres dans un autre, frappe un produit qui structure les coûts de transport et de service. Une hausse de TVA d’un point, même présentée comme minime, se colle à des dépenses répétées, donc elle s’accumule. À partir de là, la correction salariale ressemble à une main tendue, puis à une main qui reprend, parfois dans la même semaine. Et c’est ce calendrier serré qui casse la confiance. Les ménages ne contestent pas seulement l’idée d’améliorer des salaires publics. Ils contestent le fait d’être mobilisés comme financeurs indirects par des taxes qui touchent l’essentiel, au moment où ils ont déjà réduit tout ce qui pouvait l’être.

Dans cette configuration, l’exécutif se retrouve piégé par son propre besoin de financement. S’il ne finance pas, il s’expose à une rupture de paiement, à des grèves, à un blocage administratif, et à une crise de sécurité intérieure si les forces en uniforme se sentent abandonnées. S’il finance par l’essence et la TVA, il déclenche une colère large qui dépasse les bénéficiaires de la hausse. Cette contradiction est la matrice de l’équation: la dépense est politiquement nécessaire, la recette choisie est socialement explosive, et l’alternative structurelle n’est pas prête.

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L’ombre du FMI: une logique de “recettes contre dépenses” qui ne laisse pas de place à l’improvisation

Le débat sur le FMI n’est pas une discussion abstraite sur un sigle. Il s’agit d’un cadre qui impose une discipline comptable et une méthode. Dans les échanges tels qu’ils transparaissent, l’idée centrale est simple et brutale: toute dépense supplémentaire doit être couverte par une recette supplémentaire. Autrement dit, si l’État augmente les salaires, il doit prouver comment il finance. Cette logique peut paraître froide, mais elle correspond à une exigence de crédibilité. Sans ce type de cadre, l’État retombe dans une politique de promesses non financées, puis de solutions d’urgence qui aggravent la crise.

Le problème est que cette discipline arrive dans un contexte où les recettes faciles sont déjà celles qui font le plus mal. La TVA et l’essence sont collectables, mais elles frappent le quotidien. Elles alimentent l’inflation ressentie. Elles attisent la rue. Et quand la rue s’enflamme, la capacité de réforme recule. Le FMI, dans ce sens, peut devenir un facteur paradoxal: il exige des recettes, mais les recettes rapides provoquent une instabilité qui rend l’accord plus difficile à porter politiquement. Le gouvernement se retrouve à devoir démontrer une rigueur, alors même qu’il doit préserver une paix sociale fragile.

Il y a aussi un second effet, plus politique. La contrainte du FMI n’est pas perçue uniquement comme une contrainte technique. Elle est lue comme une condition extérieure, donc comme une pression. Dans une société déjà sensible aux questions de souveraineté, chaque mot sur le FMI est reçu comme une injonction. Or, si la population croit que les décisions fiscales sont dictées de l’extérieur, la légitimité se dégrade. La mesure devient illégitime avant même d’être appliquée, parce qu’elle est interprétée comme une soumission et non comme une réforme.

À cela s’ajoute une fragilité interne: la méthode fiscale choisie devient elle-même contestée juridiquement. Quand une hausse sur l’essence est attaquée devant le juge administratif, l’État perd une part de son argument de stabilité. Il dit qu’il a besoin de recettes, mais on lui répond qu’il n’a pas respecté les formes et les compétences. Cette judiciarisation n’est pas un détail. Elle transforme une réforme fiscale en risque institutionnel. Et ce risque institutionnel est précisément ce qui inquiète les partenaires financiers: un pays qui ne peut pas garantir la solidité de ses décisions fiscales donne l’impression d’un pilotage à vue.

Dans ce cadre, le FMI n’est pas seulement un “bailleur”. Il devient une grille de lecture qui expose les failles: décisions rapides, recettes socialement inflammables, contestations, puis blocages. L’accord, même s’il est recherché, se heurte à une réalité: une discipline imposée de l’extérieur doit être traduite en discipline acceptée à l’intérieur. Sans cela, l’équation ne tient pas.

“Pas d’aide sans FMI”: la conditionnalité qui se transforme en menace politique

Un message revient dans l’espace public: sans accord avec le FMI, le Liban ne recevrait pas de soutien financier extérieur significatif. Cette idée agit comme une menace, parce qu’elle met le gouvernement dos au mur. Elle signifie que la marge d’action est réduite. Soit l’exécutif accepte les réformes, avec leur coût social. Soit il refuse, et il perd les appuis financiers, donc il risque de ne plus pouvoir payer, ni stabiliser, ni investir. Dans un pays où la confiance est déjà fragile, cette formulation est explosive, parce qu’elle ressemble à un ultimatum.

Le problème est que cette conditionnalité est rarement reçue comme un mécanisme de réforme, mais comme un instrument de pression. Elle se mélange à d’autres exigences évoquées, notamment sur des dossiers souverains et sécuritaires. Le résultat est une polarisation. Pour une partie du public, l’aide devient synonyme de concessions. Pour une autre, l’aide devient un minimum vital pour éviter l’effondrement. Entre les deux, le gouvernement tente d’exister, mais il se retrouve attaqué sur deux fronts: ceux qui refusent les conditions et ceux qui refusent l’absence d’argent.

Cette tension est visible dans le choix des recettes. Une hausse de TVA d’un point et une hausse sur l’essence sont des mesures faciles à présenter comme “nécessaires pour financer”. Pourtant, elles sont aussi faciles à dénoncer comme “une punition sociale” imposée pour satisfaire des critères extérieurs. L’exécutif peut affirmer qu’il protège les plus vulnérables, mais la TVA reste une taxe sur la consommation. Dans la perception collective, elle frappe la même caisse, quel que soit le revenu, et c’est cela qui déclenche l’idée d’injustice.

Dans ce contexte, la phrase “pas d’aide sans FMI” ne produit pas une adhésion. Elle produit un calcul de survie. Les ménages se demandent si les taxes vont augmenter encore. Les entreprises se demandent si les coûts vont continuer de grimper. Les salariés se demandent si leurs hausses seront avalées par les prix. Et les partis, eux, transforment la conditionnalité en arme rhétorique. Ils accusent l’adversaire d’être responsable du blocage, ou de vendre la souveraineté, ou de ruiner le pays par refus d’accord. La discussion technique sur les finances publiques devient alors un affrontement identitaire.

Le plus grave est que cette polarisation peut paralyser la réforme. Un accord avec le FMI exige des décisions cohérentes, tenues dans le temps. Or une société sous tension fiscale, qui proteste devant le Parlement, et qui voit des recours au Conseil d’État contre certaines taxes, rend ce maintien difficile. L’aide devient donc un horizon qui recule au fur et à mesure que l’on tente d’y courir, parce que chaque pas déclenche une crise de légitimité.

Le choc social: essence, TVA, protestations et le risque de cercle inflationniste

L’impact concret se mesure dans la rue et dans le panier. Une hausse sur la “safiha” d’essence, qu’elle soit formulée en dollars ou en livres, ne reste pas au niveau des automobilistes. Elle remonte dans le coût du taxi, de la livraison, du déplacement des artisans, des transports interurbains et des chaînes d’approvisionnement. Elle s’ajoute à une économie déjà nerveuse, où les prix s’ajustent vite par anticipation. La TVA, elle, agit comme une multiplication silencieuse. Elle touche des achats répétés, donc elle s’accumule, et elle rend plus difficile la stabilisation du coût de la vie.

Ce choc se traduit aussi politiquement. Lors des discussions budgétaires, des protestations d’anciens militaires et d’employés du secteur public ont été rapportées, avec une tension autour de l’accès aux salles et l’intervention des forces chargées de la sécurité du Parlement. Cet épisode dit beaucoup. Il montre que les bénéficiaires d’une partie des décisions et ceux qui s’en sentent exclus se retrouvent dans la même colère, parce qu’ils lisent le budget comme un geste de survie, pas comme une politique publique. On ne proteste pas seulement pour un chiffre. On proteste parce que l’on croit que le système va reprendre ce qu’il a donné, ou parce que l’on croit qu’il ne donnera pas assez.

Dans un tel climat, le risque est un cercle inflationniste alimenté par la peur. Les acteurs économiques, voyant l’essence monter et la TVA augmenter, ajustent leurs prix. Certains ajustent par nécessité. D’autres ajustent par prudence, parce qu’ils anticipent une nouvelle hausse. Le consommateur, lui, réduit ses achats. Il se replie. Le commerce vend moins, donc il augmente parfois ses marges pour compenser. L’activité se contracte. L’État, voyant l’activité ralentir, cherche d’autres recettes. Et le cycle recommence.

Ce cercle explique pourquoi les mesures fiscales liées aux salaires publics ne peuvent pas être traitées comme une simple opération comptable. Elles touchent l’inflation, l’humeur, la consommation, et la capacité de réforme. Dans un pays où la perception d’injustice est forte, une fiscalité indirecte est presque toujours un carburant de contestation. Même si elle finance des besoins réels, elle ressemble à une punition collective. Et une punition collective, dans un contexte de crise, devient politiquement insoutenable à long terme.

La judiciarisation de l’impôt: quand la recette devient fragile, la crédibilité s’effondre

L’État peut survivre à une contestation politique. Il survit plus difficilement à une contestation juridique qui rend ses recettes incertaines. La hausse sur l’essence a fait l’objet d’un recours devant le juge administratif, avec une demande de suspension, donc une volonté de bloquer l’application immédiate. Cette démarche est lourde de sens. Elle dit que la société ne discute plus seulement de l’opportunité de la taxe. Elle discute de sa légalité. Elle conteste la compétence, la procédure, et les principes d’égalité devant les charges publiques.

Cette judiciarisation produit une instabilité nouvelle. Si la taxe est suspendue, l’État perd une recette. Si elle est maintenue mais annulée plus tard, la décision apparaît comme improvisée, et l’État doit gérer l’après. Dans les deux cas, le pays perd en visibilité. Or, la visibilité est un élément clé pour un accord financier. Un partenaire international, comme un investisseur local, veut savoir quelles recettes existent, quelles dépenses sont tenues, et si les décisions résisteront au droit. Si une taxe essentielle au financement d’une dépense salariale peut tomber, l’équation devient bancale.

Le débat juridique renforce aussi le débat social. Une taxe impopulaire peut parfois être acceptée si elle est perçue comme légalement solide, donc comme un mal nécessaire. Une taxe impopulaire et juridiquement contestable devient un symbole d’arbitraire. Elle nourrit une colère plus large, parce qu’elle donne l’impression que l’État n’a même pas la rigueur des formes. Et quand l’État perd la rigueur des formes, il perd l’argument de sérieux, celui-là même qu’il cherche à brandir dans une discussion avec le FMI.

Cette fragilité a un coût immédiat: elle encourage d’autres contestations. Une fois qu’un recours existe sur l’essence, d’autres mesures peuvent être attaquées. La fiscalité devient un terrain de batailles multiples. Le gouvernement passe son temps à défendre plutôt qu’à construire. Et, pendant que les dossiers s’empilent, la réforme structurelle recule. Le pays se retrouve ainsi dans un paradoxe: il a besoin d’un accord qui exige stabilité et méthode, mais il traverse une phase où chaque décision fiscale devient une secousse institutionnelle.

Sortir de l’étau: recettes soutenables, justice fiscale et méthode crédible

L’équation ne peut pas tenir longtemps avec une dépense lourde, des recettes indirectes inflammables, une rue prête à exploser, et une justice saisie. Sortir de l’étau suppose d’abord une méthode. Une méthode signifie annoncer clairement le coût, le calendrier, et les sources de financement, sans donner l’impression de bricolage. Ensuite, cela suppose une justice fiscale perçue. Une société accepte mieux une contribution si elle croit qu’elle est répartie selon des capacités réelles, et non selon la facilité de collecte. Enfin, cela suppose de réduire l’effet inflationniste des décisions. Taxer l’essence et augmenter la TVA au même moment est un choc. Même si la logique comptable existe, l’effet social est massif.

Le pays se trouve donc face à un choix: continuer les ajustements par taxes rapides, en acceptant une contestation permanente, ou construire des recettes plus soutenables, plus lisibles, et moins régressives, même si cela demande du temps et un affrontement politique plus profond. Dans l’état actuel, la contrainte du FMI ne peut pas être présentée comme un slogan. Elle doit être traduite en pacte interne. Sans pacte interne, l’accord extérieur restera un horizon, et chaque correction salariale restera un prétexte à une nouvelle taxe, puis à une nouvelle crise.

Le sujet des salaires publics, des recettes et du FMI est donc une seule et même histoire: celle d’un État qui doit payer pour tenir, mais qui ne peut plus demander de payer à une société épuisée sans prouver que l’effort est juste, légal, et orienté vers une sortie, pas vers une répétition.

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