Depuis plusieurs semaines, la bande de Gaza est à nouveau le théâtre de violentes frappes aériennes israéliennes, visant, selon l’État hébreu, à neutraliser les infrastructures du Hamas. L’opération, qualifiée de « réponse ciblée » par les autorités israéliennes, a été marquée par une série d’attaques d’une intensité rarement égalée depuis le début du conflit en octobre 2023. La dernière en date, survenue dans la nuit du 7 au 8 septembre 2025 dans le quartier de Rimal à Gaza, a coûté la vie à au moins 18 civils, dont plusieurs enfants, selon les autorités locales. Ces bombardements, qui s’inscrivent dans une stratégie militaire visant à affaiblir les capacités opérationnelles du Hamas, soulèvent des interrogations croissantes sur leur coût humain et leurs implications géopolitiques, dans un contexte où la communauté internationale appelle à une désescalade.
Une nuit de terreur à Rimal : le bilan humain s’alourdit
Dans la nuit du 7 septembre 2025, une série de frappes aériennes a visé le quartier densément peuplé de Rimal, dans l’ouest de Gaza. Selon le ministère de la Santé de l’enclave, dirigé par le Hamas, l’attaque a détruit plusieurs immeubles résidentiels, faisant 18 morts et plus de 40 blessés. Parmi les victimes, des familles entières, dont six enfants âgés de 2 à 12 ans, ont été ensevelies sous les décombres. Les équipes de secours, composées de membres de la Défense civile palestinienne et de volontaires, ont travaillé sans relâche dans des conditions chaotiques pour extraire les survivants. « Nous avons entendu une explosion assourdissante, puis tout s’est effondré », témoigne Ahmed Al-Khatib, un habitant de Rimal ayant perdu sa maison dans l’attaque. « J’ai vu mes voisins crier, chercher leurs enfants dans les gravats. C’était l’enfer. »
Le Croissant-Rouge palestinien a signalé que les hôpitaux de Gaza, déjà à bout de ressources, peinent à faire face à l’afflux de blessés. L’hôpital Al-Shifa, principal centre médical de l’enclave, manque de lits, de médicaments et de matériel chirurgical. « Nous sommes submergés », a déclaré un médecin sous couvert d’anonymat. « Les blessures sont souvent graves, avec des cas de brûlures et de traumatismes multiples. Nous devons choisir qui traiter en priorité, faute de moyens. » Les chiffres cumulés depuis le début de cette nouvelle vague de violences, début août 2025, font état de plus de 1 200 morts et 3 500 blessés à Gaza, selon les autorités locales. Ces chiffres, bien que difficiles à vérifier de manière indépendante, reflètent l’ampleur de la crise humanitaire.
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Les destructions matérielles sont tout aussi dramatiques. Des images satellite et des témoignages de terrain montrent des quartiers entiers réduits à l’état de ruines. Écoles, cliniques et infrastructures civiles, y compris des réservoirs d’eau et des réseaux électriques, ont été endommagés ou totalement détruits. Selon l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), près de 60 % des bâtiments de Gaza ont été touchés par les bombardements depuis octobre 2023, rendant des dizaines de milliers de personnes sans abri. « La population vit dans la peur constante », a déclaré Philippe Lazzarini, commissaire général de l’UNRWA, dans un communiqué publié le 6 septembre. « Chaque jour apporte son lot de tragédies, et les civils payent le prix le plus lourd. »
La stratégie israélienne : une réponse ciblée contre le Hamas
Face à ce bilan, Israël maintient que ses opérations visent exclusivement les infrastructures et les cadres du Hamas, désigné comme organisation terroriste par l’État hébreu, les États-Unis et l’Union européenne. Dans un communiqué publié le 8 septembre 2025, l’armée israélienne (Tsahal) a revendiqué la frappe de Rimal, affirmant avoir ciblé « un centre de commandement du Hamas utilisé pour coordonner des attaques contre le territoire israélien ». Selon Tsahal, des mesures ont été prises pour minimiser les pertes civiles, notamment par l’envoi d’avertissements préalables aux habitants via des messages téléphoniques ou des tracts. « Le Hamas utilise la population civile comme bouclier humain, installant ses bases dans des zones densément peuplées », a déclaré le porte-parole de l’armée, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus. « Nos frappes sont précises et nécessaires pour garantir la sécurité d’Israël. »
Cette justification s’inscrit dans une stratégie militaire plus large, baptisée « Glaive de fer », qui combine frappes aériennes, incursions terrestres limitées et opérations de renseignement pour démanteler les réseaux du Hamas. Depuis le début de l’année 2025, Tsahal a intensifié ses opérations en réponse à une recrudescence d’attaques à la roquette lancées depuis Gaza. Selon les autorités israéliennes, plus de 400 roquettes ont été tirées vers le sud d’Israël au cours des deux derniers mois, causant des dégâts matériels et plusieurs blessés légers. « Nous ne pouvons pas tolérer que des civils israéliens vivent sous la menace constante de tirs de roquettes », a affirmé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, lors d’une allocution télévisée le 5 septembre. « Le Hamas porte l’entière responsabilité de l’escalade. »
Les autorités israéliennes ont également mis en avant des succès opérationnels, notamment l’élimination de plusieurs hauts responsables du Hamas. Le 3 septembre, une frappe à Jabalia, dans le nord de Gaza, a tué Mohammed Deif, chef présumé de la branche militaire du Hamas, les Brigades Ezzedine Al-Qassam. Cette opération, qualifiée de « coup majeur » par Tsahal, a toutefois provoqué la mort de 12 civils, selon les autorités palestiniennes. Ce type de frappe illustre la difficulté pour Israël de concilier ses objectifs militaires avec la nécessité de limiter les pertes civiles, dans un territoire aussi densément peuplé que Gaza.
Une population prise en étau
Pour les 2,3 millions d’habitants de Gaza, la vie quotidienne est devenue un calvaire. L’enclave, soumise à un blocus israélien depuis 2007, souffre de pénuries chroniques d’électricité, d’eau potable et de produits de première nécessité. Les récents bombardements ont exacerbé cette situation, privant des milliers de foyers d’accès à l’eau et à l’électricité. Selon l’UNRWA, plus de 80 % de la population dépend désormais de l’aide humanitaire pour survivre. Les convois d’aide, bien que réguliers, sont souvent retardés ou limités par les restrictions imposées aux points de passage, notamment celui de Kerem Shalom.
Les témoignages des habitants de Gaza reflètent un sentiment d’impuissance et de désespoir. « Nous ne savons plus où aller », confie Fatima Al-Najjar, une mère de famille de Khan Younès. « Chaque nuit, nous nous demandons si nous serons encore en vie au matin. » Les enfants, particulièrement vulnérables, portent les stigmates psychologiques de ce conflit. Selon l’ONG Save the Children, plus de 60 % des enfants de Gaza présentent des symptômes de stress post-traumatique, exacerbés par l’insécurité constante et la perte de proches.
Les organisations humanitaires internationales, bien que mobilisées, peinent à répondre à l’ampleur des besoins. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti, le 7 septembre, que Gaza risquait une « crise alimentaire majeure » si les hostilités ne cessaient pas. « Les stocks de nourriture s’épuisent rapidement, et les bombardements rendent les distributions extrêmement dangereuses », a déclaré un porte-parole du PAM. Par ailleurs, les restrictions imposées par Israël sur l’entrée de certains biens, qualifiés de « double usage » en raison de leur potentiel militaire, compliquent davantage l’acheminement de l’aide.
Les appels internationaux à la désescalade
La communauté internationale, bien que divisée sur la question israélo-palestinienne, a multiplié les appels à la retenue. Le 6 septembre, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a exhorté les deux parties à « mettre fin au cycle de violence » et à respecter le droit international humanitaire. « Les civils ne doivent pas être utilisés comme des pions dans ce conflit », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à New York. L’Union européenne, par la voix de son haut représentant pour les affaires étrangères, Josep Borrell, a également appelé à un cessez-le-feu immédiat, tout en réaffirmant son soutien au droit d’Israël à se défendre.
Cependant, les initiatives diplomatiques peinent à aboutir. Une tentative de médiation égyptienne, soutenue par le Qatar, a échoué à obtenir un cessez-le-feu durable au cours du mois d’août. Les négociations, qui portaient sur un échange de prisonniers et une trêve temporaire, ont été suspendues après le refus du Hamas d’accepter certaines conditions israéliennes, notamment le désarmement partiel de ses brigades. De son côté, Israël insiste sur le démantèlement complet des capacités militaires du Hamas comme préalable à toute discussion.
Les tensions régionales en toile de fond
L’escalade à Gaza s’inscrit dans un contexte régional volatile, marqué par des tensions croissantes entre Israël et d’autres acteurs, notamment le Hezbollah au Liban et l’Iran, principal soutien du Hamas. Les frappes israéliennes à Gaza ont provoqué des manifestations de colère dans plusieurs capitales arabes, notamment au Caire et à Amman, où des milliers de personnes ont dénoncé la « brutalité » de l’opération. Parallèlement, le Hezbollah a intensifié ses tirs de roquettes depuis le sud du Liban, en solidarité avec le Hamas, provoquant des frappes de représailles israéliennes sur des positions du groupe chiite.
Cette dynamique régionale complique davantage les efforts de désescalade. L’Iran, accusé par Israël de fournir des armes et un soutien financier au Hamas, a condamné les frappes à Gaza comme une « violation flagrante du droit international ». Dans une déclaration publiée le 7 septembre, le ministère iranien des Affaires étrangères a appelé à une « réponse collective » des pays musulmans face à l’offensive israélienne. Ces tensions ravivent les craintes d’un conflit régional plus large, dans une zone déjà marquée par l’instabilité.
Une crise humanitaire sans fin en vue
Alors que les frappes israéliennes se poursuivent, le bilan humanitaire à Gaza continue de s’alourdir. Les habitants, pris entre les objectifs militaires d’Israël et la résistance du Hamas, vivent dans un climat de peur et d’incertitude. Les destructions massives, combinées au blocus et à l’effondrement des infrastructures, rendent la reconstruction quasi impossible à court terme. Selon un rapport de l’ONU publié le 4 septembre, il faudrait « des décennies » pour réhabiliter Gaza, même en cas de cessation immédiate des hostilités.
Les derniers rapports font état de nouvelles frappes dans la nuit du 8 septembre, cette fois dans le sud de l’enclave, à Rafah, où plusieurs bâtiments ont été touchés. Les autorités locales ont signalé au moins cinq morts et une quinzaine de blessés, bien que ces chiffres restent à confirmer. Parallèlement, Tsahal a annoncé la poursuite de ses opérations, affirmant avoir identifié de nouvelles cibles liées au Hamas. Dans ce cycle de violence, les civils restent les premières victimes, tandis que les perspectives d’une solution diplomatique s’éloignent.



