Le président américain Donald Trump a, le 5 janvier 2026, à bord d’Air Force One, réitéré sa conviction que les États-Unis devaient obtenir le contrôle du Groenland pour des raisons de sécurité nationale. Cette déclaration intervient au lendemain de l’opération militaire américaine au Venezuela, qui s’est soldée par la capture de Nicolás Maduro et de son épouse. Quelques heures plus tard, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, a déclaré que les États-Unis n’avaient « aucun droit d’annexer » le Groenland et a appelé le président américain à « arrêter les menaces ». Le premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a pour sa part jugé inacceptables toute pression ou toute évocation d’annexion, qualifiant ces propos de « fantasmes ». Ces échanges, les plus tendus depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, placent l’Europe devant la question concrète de ses moyens d’action face à une ambition affichée par le principal allié de l’Alliance atlantique.
Une position stratégique au cœur des tensions arctiques
Le Groenland, territoire autonome au sein du royaume du Danemark depuis 2009, occupe une place centrale dans la géopolitique arctique. Avec ses 2,16 millions de kilomètres carrés, dont 80 % recouverts par la calotte glaciaire, l’île abrite seulement 57 000 habitants, majoritairement inuits. Sa situation entre l’Amérique du Nord et l’Europe en fait un point d’observation privilégié pour la surveillance des missiles balistiques et des mouvements sous-marins. La base américaine de Pituffik, anciennement Thule, installée depuis 1951 en vertu d’un accord de défense avec le Danemark, constitue l’un des éléments les plus avancés du système d’alerte antimissile des États-Unis. Donald Trump a justifié sa position en affirmant que le Groenland était « absolument nécessaire » à la sécurité nationale américaine, pointant du doigt la présence accrue de navires russes et chinois dans les eaux environnantes.
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La fonte accélérée de la calotte glaciaire, estimée à près de 280 milliards de tonnes par an selon les données de la NASA en 2025, ouvre de nouvelles routes maritimes et expose des ressources minérales jusqu’alors inaccessibles. Le Groenland recèle d’importantes réserves de terres rares, de graphite, de lithium, de nickel, de cuivre, de zinc et de tungstène, éléments indispensables à la fabrication de batteries, d’éoliennes et de semi-conducteurs. Ces gisements représentent une alternative potentielle à la domination chinoise sur ces marchés stratégiques. Les motivations américaines mêlent donc impératifs de défense et volonté de sécuriser des chaînes d’approvisionnement critiques, dans un contexte où Washington cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de Pékin.
Les réactions immédiates au Danemark et au Groenland
La première ministre danoise, Mette Frederiksen, a réagi dès le 5 janvier 2026 en soulignant que le Groenland n’était « pas à vendre » et que toute tentative d’annexion violerait le droit international. Elle a rappelé que le royaume du Danemark augmentait ses investissements dans la défense arctique et que l’accord de défense existant offrait déjà aux États-Unis un accès large au territoire. Le lendemain, elle a ajouté qu’une agression américaine contre un membre de l’OTAN mettrait fin à l’Alliance. Jens-Frederik Nielsen, premier ministre groenlandais, a publié une déclaration ferme sur les réseaux sociaux : « Assez de pression, assez d’insinuations, assez de fantasmes sur l’annexion. » Il a insisté sur le fait que le Groenland était ouvert à une coopération renforcée avec les États-Unis, mais dans le respect de sa souveraineté et sans menace.
Ces prises de position font suite à une série d’initiatives américaines. En décembre 2025, Donald Trump a nommé le gouverneur de Louisiane, Jeff Landry, comme envoyé spécial pour le Groenland, une décision perçue à Copenhague comme une tentative de contourner les autorités danoises. Des visites non officielles, comme celle de Donald Trump Jr. en janvier 2025, ont également alimenté les tensions. Les sondages locaux, réalisés début 2025, indiquent que plus de 70 % des Groenlandais s’opposent à une intégration aux États-Unis, tout en soutenant majoritairement une indépendance progressive vis-à-vis du Danemark.
Les leviers diplomatiques de l’Union européenne et du Danemark
L’Union européenne dispose d’abord d’un arsenal diplomatique et multilatéral. Dès le 5 janvier 2026, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Commission européenne ont exprimé leur soutien plein et entier au Danemark et au Groenland. Le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères a rappelé que toute atteinte à la souveraineté d’un territoire européen était inacceptable. Au sein du Conseil arctique, où le Danemark représente le Groenland, les membres européens peuvent coordonner leurs positions pour défendre les principes de gouvernance durable et de respect des frontières.
Le Danemark peut également s’appuyer sur les instances onusiennes. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer, à laquelle les États-Unis ne sont pas parties mais dont les principes font partie du droit coutumier, protège les zones économiques exclusives du Groenland. Toute action unilatérale américaine pourrait être portée devant le Conseil de sécurité, où la France et le Royaume-Uni disposent d’un droit de veto. En 2025, plusieurs sessions du Conseil ont déjà abordé les tensions arctiques, avec un accent mis sur le respect des souverainetés.
Les instruments de l’Alliance atlantique face à un allié dominant
Le levier le plus puissant, mais aussi le plus délicat, reste l’OTAN. Le Groenland est couvert par l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord via l’appartenance du Danemark à l’Alliance. Une agression contre le territoire déclencherait théoriquement l’obligation d’assistance collective. Mette Frederiksen l’a rappelé dès le 6 janvier 2026 : « Si les États-Unis attaquent un pays de l’OTAN, tout s’arrête. » Cependant, la réalité géopolitique complique cette équation : les États-Unis assurent l’essentiel de la capacité militaire de l’Alliance, et une crise interne pourrait fracturer l’organisation plutôt que la renforcer.
Plusieurs pays européens ont néanmoins accru leur présence militaire en Arctique pour démontrer leur engagement. En septembre 2025, des exercices conjoints impliquant des troupes danoises, norvégiennes, suédoises, allemandes et françaises se sont déroulés à Kangerlussuaq. Le Danemark a annoncé une augmentation significative de ses dépenses de défense pour le Groenland, chiffrée en milliards de couronnes, incluant l’acquisition de drones, de radars et de patrouilleurs. La Norvège et l’Islande, membres de l’OTAN, renforcent également leur surveillance des eaux arctiques.
Les moyens économiques pour diversifier les partenariats
Sur le plan économique, l’Europe cherche à réduire la vulnérabilité du Groenland à une pression américaine. Le Danemark verse annuellement environ 500 millions d’euros de subventions, représentant plus de la moitié du budget groenlandais. L’Union européenne a alloué, en 2025, plus d’un milliard d’euros à des partenariats dans les mines durables et les infrastructures. Des entreprises suédoises, finlandaises et allemandes sont engagées dans des projets d’exploitation respectueux des normes environnementales européennes, notamment pour les mines de Kvanefjeld et d’autres sites riches en terres rares.
Ces investissements visent à offrir au Groenland des alternatives crédibles à une dépendance exclusive vis-à-vis des États-Unis. La pêche, qui représente 90 % des exportations groenlandaises vers l’Union européenne pour une valeur de 300 millions d’euros en 2025, constitue un autre levier. Toute perturbation de ces flux par une annexion américaine affecterait directement les pêcheurs danois, norvégiens et britanniques, renforçant la solidarité européenne.
Les implications pour les routes maritimes et la transition énergétique
La fonte des glaces ouvre la route du Nord-Est, qui pourrait réduire de 40 % les temps de transit entre l’Europe et l’Asie. Le trafic maritime arctique a augmenté de 15 % en 2025 selon le Conseil arctique. Le contrôle américain sur les eaux groenlandaises pourrait imposer des restrictions ou des droits de passage défavorables aux armateurs européens. L’Union européenne a répondu par un fonds de 2 milliards d’euros dédié aux infrastructures arctiques durables, incluant ports et liaisons numériques.
La transition énergétique européenne dépend également des minéraux groenlandais. Le Critical Raw Materials Act, adopté en 2023 et renforcé en 2025, identifie explicitement le Groenland comme partenaire stratégique. Une redirection des ressources vers les seuls intérêts américains priverait l’Union de matières premières nécessaires à ses objectifs de neutralité carbone en 2050.
Les initiatives récentes de renforcement de la présence européenne
En réponse aux déclarations américaines du 5 janvier 2026, le Danemark a annoncé une augmentation immédiate des patrouilles aériennes et maritimes autour du Groenland. Des navires de la marine danoise, appuyés par des moyens norvégiens et britanniques, ont été déployés dans les eaux orientales de l’île. Parallèlement, des discussions ont repris à Bruxelles pour accélérer les accords commerciaux et scientifiques avec Nuuk. Des visites de haut niveau, dont celle prévue du président du Conseil européen au printemps 2026, visent à consolider ces liens.
Les investissements militaires danois incluent désormais l’acquisition de systèmes radar avancés et de drones de surveillance à long rayon d’action, financés par une enveloppe supplémentaire votée en décembre 2025. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large de l’OTAN, qui a créé en 2025 un commandement arctique basé en Norvège, avec une participation accrue des membres européens.
Les partenariats scientifiques et environnementaux en cours
L’Union européenne et le Danemark soutiennent également des programmes de recherche sur le climat et la biodiversité. Des stations scientifiques conjointes, financées par Horizon Europe, étudient la fonte glaciaire et ses impacts sur le niveau des mers. Ces initiatives renforcent la légitimité européenne dans l’Arctique tout en offrant au Groenland des expertises qu’il ne pourrait obtenir seul.
Les déclarations les plus récentes des responsables européens
Le 6 janvier 2026, le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, a confirmé que les forces armées danoises étaient en état d’alerte renforcée dans l’Arctique. Des sources au sein de la Commission européenne indiquent que des consultations informelles avec les capitales membres ont été lancées pour coordonner une réponse commune en cas d’escalade. Les patrouilles conjointes avec la Norvège et la Finlande, prévues pour le premier trimestre 2026, incluront des exercices de défense territoriale spécifiques au scénario groenlandais.
Les flux commerciaux actuels entre l’Union européenne et le Groenland
Les exportations groenlandaises vers l’Union européenne, dominées par les produits halieutiques, ont atteint 320 millions d’euros sur les onze premiers mois de 2025, selon les statistiques danoises. Les importations européennes, principalement des biens de construction et alimentaires, dépassent le milliard d’euros annuels. Ces échanges, encadrés par un accord de partenariat de 2021 renouvelé en 2025, constituent un levier concret pour maintenir l’ancrage européen du Groenland.
Les exercices militaires prévus dans les mois à venir
Les manœuvres arctiques de printemps 2026, baptisées Arctic Shield, impliqueront plus de 2 000 militaires de sept pays européens membres de l’OTAN. Ces exercices, centrés sur la défense de routes maritimes et la protection d’infrastructures critiques, se dérouleront en partie dans les eaux groenlandaises avec l’accord des autorités locales. Le déploiement récent de frégates allemandes et françaises dans l’Atlantique Nord renforce la visibilité européenne dans la région.
Les investissements danois dans les infrastructures groenlandaises
Le gouvernement danois a validé, fin 2025, un plan pluriannuel de 8 milliards de couronnes pour moderniser les aéroports de Nuuk et Kangerlussuaq, faciliter l’accès aux sites miniers et améliorer les liaisons numériques. Ces projets, cofinancés par l’Union européenne, visent à réduire la dépendance du Groenland vis-à-vis des infrastructures américaines existantes autour de Pituffik.
Les patrouilles maritimes renforcées autour de l’île
Depuis le 6 janvier 2026, les navires danois effectuent des rotations plus fréquentes le long des côtes orientales et méridionales du Groenland, en coordination avec la garde côtière islandaise. Ces opérations, soutenues par des survols réguliers d’avions de patrouille maritime P-8 Poseidon norvégiens, visent à affirmer la présence souveraine du royaume du Danemark dans ses zones économiques exclusives.



