8 octobre 2026
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Hezbollah et pouvoir libanais : derrière la bataille du désarmement, une crise qui menace les fondements de l’État

Au Liban, Nawaf Salam exige le monopole étatique des armes tandis que Naim Kassem refuse tout désarmement sans retrait israélien. Entre pressions américaines, négociations de Tampa et tensions au Sud, le bras de fer avec le Hezbollah révèle une crise institutionnelle majeure autour de la souveraineté nationale libanaise.

Hezbollah e poder libanês: por trás da batalha pelo desarmamento, uma crise que ameaça as fundações do Estado

Nawaf Salam réclame le monopole de la force, Naim Kassem refuse une capitulation politique et Washington exige des résultats. Entre les positions israéliennes au Sud, les négociations de Tampa et les divisions gouvernementales, le conflit porte désormais sur la définition même de la souveraineté libanaise.

Nawaf Salam place les armes du Hezbollah au cœur de la question constitutionnelle

Le 7 octobre 2026, à l’occasion du centenaire de la Constitution libanaise, Nawaf Salam prononce un discours qui dépasse largement la commémoration historique. Le Premier ministre remet au centre du débat une question que les gouvernements successifs ont évité de trancher : qui détient réellement le pouvoir de décider de la guerre et de la paix au Liban ? Son intervention, lors de l’inauguration de l’exposition « Entre les lignes de la Constitution », établit un lien direct entre la souveraineté populaire, l’autorité des institutions et l’existence de forces armées échappant au contrôle gouvernemental. Sans limiter son propos au Hezbollah, Salam vise clairement une situation dans laquelle les décisions militaires peuvent être prises en dehors des mécanismes constitutionnels.

Le Premier ministre rappelle que l’accord de Taëf ne s’est pas limité à redistribuer les compétences entre les institutions. Il prévoyait également la dissolution des milices et le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. Or, plus de trois décennies après sa mise en œuvre, plusieurs dispositions fondamentales demeurent inappliquées. Salam souligne cette contradiction en rappelant que les responsables politiques ont accepté les modifications concernant le partage du pouvoir, tout en reportant les réformes destinées à construire un État pleinement souverain. Cette lecture remet en cause une pratique politique fondée sur l’application sélective des accords institutionnels.

La référence à Taëf présente une portée particulière. Le Hezbollah considère historiquement que son arsenal relève de la résistance contre Israël et ne peut être assimilé aux armes des milices de la guerre civile. Cette distinction a permis de maintenir une situation exceptionnelle après la dissolution officielle des autres formations armées. Nawaf Salam replace désormais le débat dans un cadre constitutionnel plus large. Il ne s’agit plus seulement de déterminer si les armes du Hezbollah sont nécessaires face à Israël. Il s’agit de savoir si une organisation politique peut conserver durablement une capacité militaire indépendante des institutions chargées de la défense nationale.

Cette position ne constitue pas une décision nouvelle de désarmement. Elle renforce cependant la justification institutionnelle des démarches engagées par le gouvernement. Le Premier ministre cherche à établir que le monopole de la force n’est pas une revendication imposée par les États-Unis ou Israël, mais une obligation découlant de l’organisation constitutionnelle libanaise. C’est précisément cette interprétation que conteste le Hezbollah lorsqu’il associe les demandes de désarmement aux pressions étrangères.

Naim Kassem refuse de dissocier les armes du retrait israélien

La position du Hezbollah repose sur une lecture différente de la souveraineté. Sous la direction de Naim Kassem, le parti considère que la question de son arsenal ne peut être séparée de la présence militaire israélienne au Liban-Sud, des opérations israéliennes et des garanties de sécurité offertes à la population. Pour ses responsables, demander la remise des armes alors que l’armée israélienne conserve des positions sur le territoire libanais reviendrait à modifier unilatéralement les rapports de force.

Cette argumentation s’appuie sur les développements militaires des derniers mois. Les forces israéliennes occupent toujours des positions dans plusieurs secteurs du Sud. Les environs du château de Beaufort, les hauteurs d’Ali el-Taher et les zones proches du Litani figurent parmi les espaces sensibles évoqués dans les discussions diplomatiques. Les destructions de maisons et les restrictions au retour des habitants compliquent également la normalisation de la situation. Le Hezbollah utilise ces éléments pour défendre le maintien d’une capacité de résistance tant que le retrait israélien n’est pas complet.

Le parti ne rejette pas nécessairement toute discussion sur l’avenir de ses armes. Ses positions privilégient cependant un dialogue intérieur, conduit sans ultimatum extérieur. Cette distinction est fondamentale. Une négociation nationale sur une stratégie de défense ne produit pas les mêmes obligations qu’un calendrier de désarmement défini sous pression américaine. Dans le premier cas, le Hezbollah pourrait chercher à négocier le rôle de ses capacités militaires dans un dispositif national. Dans le second, il serait placé devant une exigence de remise de son arsenal sans garantie d’obtenir les contreparties qu’il réclame.

La difficulté tient au fait que les deux parties ne s’accordent pas sur l’ordre des décisions. Le gouvernement défend le renforcement de l’autorité étatique comme condition de la souveraineté. Le Hezbollah considère que la disparition des menaces israéliennes doit précéder toute modification fondamentale de son dispositif militaire. Cette divergence empêche de réduire le conflit à une simple question de calendrier. Elle concerne la définition même de la sécurité nationale.

Washington exige des actes et ne veut plus se contenter de déclarations

Les exigences américaines ajoutent une pression directe sur le gouvernement. Les responsables de Washington présentent leur politique libanaise comme un processus devant aboutir à une autorité exclusive de l’État sur son territoire, ses armes et ses décisions de sécurité. Cette orientation dépasse les arrangements militaires destinés à réduire les affrontements à la frontière. Elle vise une transformation durable des rapports entre les institutions libanaises et le Hezbollah.

Les déclarations américaines du 7 octobre montrent que Washington ne considère pas les engagements politiques comme suffisants. Les responsables américains réclament des mesures vérifiables concernant les infrastructures militaires du Hezbollah, notamment dans les zones proches de la frontière. Ils veulent empêcher que les installations détruites puissent être reconstruites après un éventuel retrait israélien. Cette exigence place l’armée libanaise devant une responsabilité considérable : contrôler des secteurs sensibles tout en évitant une confrontation directe avec une organisation armée implantée dans la société libanaise.

L’ancien diplomate américain Dennis Ross a défendu une approche fondée sur la vérification concrète des engagements libanais. Il insiste sur la nécessité de constater le démantèlement effectif des infrastructures militaires et d’empêcher leur réinstallation. Cette position traduit une méfiance persistante envers les mécanismes reposant uniquement sur des garanties politiques.

Washington considère également que le Hezbollah porte une responsabilité majeure dans la situation actuelle du Liban-Sud. Des responsables américains estiment que ses opérations militaires ont fourni à Israël les arguments nécessaires pour justifier ses actions contre les positions du parti. Cette interprétation est contestée par les responsables libanais qui dénoncent la poursuite des opérations israéliennes malgré les arrangements de sécurité.

Le gouvernement de Nawaf Salam se retrouve ainsi soumis à deux exigences difficilement conciliables. Il doit démontrer aux Américains que l’État reprend effectivement le contrôle des armes. Mais il doit également éviter qu’une application coercitive de cette politique ne provoque une confrontation intérieure. La marge de manœuvre est d’autant plus étroite que Washington ne paraît pas disposé à considérer le seul engagement verbal du gouvernement comme un résultat suffisant.

Le piège des négociations de Tampa : désarmer sans obtenir le retrait israélien

Les discussions annoncées en Floride autour du 20 octobre constituent une échéance déterminante. Les autorités libanaises souhaitent obtenir des avancées concernant le retrait israélien, la libération des prisonniers et le déploiement de l’armée dans les secteurs actuellement occupés. Toutefois, les informations disponibles au 8 octobre ne confirment pas définitivement la tenue de la réunion ni l’existence d’un accord sur son ordre du jour.

La principale difficulté réside dans les objectifs divergents des participants. Le Liban cherche à rétablir son autorité territoriale. Israël veut obtenir des garanties empêchant le Hezbollah de reconstituer ses capacités militaires près de la frontière. Les États-Unis privilégient un mécanisme permettant de vérifier les engagements sécuritaires et de préparer une évolution politique plus large.

Un responsable diplomatique international souligne que les discussions restent bloquées par l’absence d’avancées israéliennes répondant aux attentes libanaises. Selon les informations disponibles, Israël souhaite conserver la possibilité d’intervenir militairement lorsqu’il estime qu’une menace apparaît. Cette position entre directement en contradiction avec l’objectif libanais de restaurer une souveraineté complète sur les territoires concernés.

Le désaccord porte notamment sur les zones dans lesquelles l’armée libanaise pourrait se déployer après un retrait israélien. Washington soutient une approche fondée sur des secteurs expérimentaux. L’armée libanaise serait chargée d’y assurer la sécurité, d’empêcher le retour des infrastructures militaires du Hezbollah et de contrôler les espaces concernés. Mais Israël chercherait parallèlement à conserver une capacité d’intervention.

Cette formule comporte un risque pour Beyrouth. L’État pourrait être tenu responsable de la sécurité de zones dans lesquelles une armée étrangère conserverait la possibilité de mener des opérations. L’autorité libanaise serait alors soumise à des contraintes qui limiteraient son exercice effectif.

Pour le Hezbollah, une telle situation renforcerait l’argument selon lequel le désarmement ne garantit pas le retrait israélien. Pour Nawaf Salam, elle compliquerait la démonstration que le renforcement de l’État permet réellement de restaurer la souveraineté.

Le château de Beaufort et les hauteurs du Sud deviennent des enjeux stratégiques

Les positions israéliennes autour du château de Beaufort illustrent la dimension territoriale du conflit. Cette forteresse domine une partie importante du Liban-Sud. Les hauteurs environnantes permettent de surveiller plusieurs axes et localités. Leur contrôle représente donc un enjeu militaire qui dépasse la seule valeur symbolique du site.

Les autorités libanaises souhaitent obtenir le retrait israélien des villages situés dans ce secteur afin de permettre le déploiement de l’armée. Les discussions doivent également porter sur les destructions et les restrictions imposées aux habitants.

Israël défend une approche différente. Ses responsables militaires considèrent que certaines hauteurs constituent des positions essentielles pour empêcher une infiltration ou une attaque contre les localités israéliennes du Nord. Cette conception repose notamment sur les enseignements tirés de l’attaque du 7 octobre 2023.

La question des hauteurs d’Ali el-Taher et des environs du château de Beaufort montre que le conflit ne concerne pas uniquement le nombre de combattants ou de missiles du Hezbollah. Il porte également sur le contrôle des reliefs, des routes et des espaces habités.

Une modification durable de ces positions pourrait transformer les conditions de vie des populations du Sud. Les villages concernés risqueraient de rester soumis à des restrictions de circulation et de reconstruction. Le retour des déplacés dépendrait alors de décisions militaires prises au-delà du contrôle des autorités libanaises.

Le gouvernement doit donc défendre simultanément deux objectifs : obtenir le retrait israélien et renforcer la présence de l’armée. L’un ne garantit pas automatiquement l’autre.

L’armée libanaise face à une mission politiquement explosive

L’armée constitue le principal instrument dont dispose l’État pour appliquer sa politique de souveraineté. Pourtant, les missions qui lui sont demandées dépassent largement les opérations classiques de contrôle territorial.

Elle doit assurer la sécurité dans des régions touchées par les combats, contrôler les mouvements d’armes, empêcher la reconstitution d’infrastructures militaires et préparer son déploiement dans les zones évacuées par Israël. Ces responsabilités supposent des moyens humains, techniques et financiers considérables.

Les informations publiées le 8 octobre évoquent des programmes de formation conduits avec plus de sept pays. Ces exercices concernent notamment des missions terrestres et aériennes avancées. Ils témoignent des efforts destinés à renforcer les capacités opérationnelles de l’institution militaire.

Mais les moyens matériels ne constituent qu’une partie du problème. L’armée doit également préserver sa cohésion dans un pays où la question des armes du Hezbollah divise profondément les forces politiques.

Une opération visant à imposer le désarmement par la force présenterait des risques différents d’une mission de contrôle menée dans le cadre d’un accord politique. Dans le premier cas, l’armée pourrait être confrontée à des résistances armées. Dans le second, elle devrait vérifier l’application d’engagements négociés.

Les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’un ordre de confrontation militaire directe avec le Hezbollah a été donné. Elles montrent en revanche que les exigences américaines et les attentes israéliennes placent l’institution devant des responsabilités croissantes.

Cette distinction est essentielle. La volonté de renforcer l’autorité de l’État ne signifie pas qu’une opération intérieure de désarmement coercitif a été décidée.

Deux cents millions de dollars : le financement iranien complique le rapport de force

Le débat sur les armes intervient alors que de nouvelles informations concernent les ressources financières du Hezbollah. Deux sources informées affirment que le parti aurait reçu 200 millions de dollars d’Iran au cours du mois précédent. Ces fonds seraient destinés à aider les Libanais déplacés par la guerre avec Israël.

Selon les informations rapportées, les transferts auraient été effectués malgré le renforcement des sanctions américaines. Les intermédiaires auraient exigé des commissions représentant jusqu’à quatre fois les tarifs habituels, en raison des risques encourus. Certaines informations évoquent une commission atteignant 20 %.

Le Hezbollah a reconnu avoir obtenu des ressources financières destinées à l’aide, sans confirmer leur origine ni le montant exact avancé. Le département d’État américain a contesté les informations relatives à un transfert iranien de cette ampleur.

Ces versions contradictoires empêchent de présenter les 200 millions de dollars comme un financement définitivement établi. Elles révèlent néanmoins un enjeu majeur : la capacité du Hezbollah à conserver des ressources financières malgré les sanctions et les difficultés régionales.

Le financement de l’aide aux déplacés possède également une dimension politique. Dans les régions touchées par les destructions, la capacité à soutenir les familles et à financer certaines réparations contribue à maintenir une influence sociale. Cette activité ne se confond pas avec le financement militaire, mais elle intervient dans le même environnement politique.

Pour l’État libanais, le problème dépasse donc la seule question des armes. Il concerne aussi la capacité des institutions publiques à assurer des services et une protection sociale dans les régions où le Hezbollah dispose de réseaux d’assistance.

Trois ans après le 7 octobre, le bilan militaire nourrit les divisions

Le troisième anniversaire de l’attaque du 7 octobre 2023 intervient dans un contexte très différent de celui qui prévalait au début de la confrontation. Les combats ont provoqué d’importantes destructions au Liban et modifié les conditions militaires dans le Sud.

Les déclarations du Hezbollah à cette occasion réaffirment son engagement en faveur de la cause palestinienne. Elles présentent la poursuite du conflit comme une conséquence de l’occupation et des opérations israéliennes.

Cependant, les conséquences de la guerre alimentent également des interrogations sur les choix stratégiques du parti. Les destructions, les déplacements de population et les pertes humaines ont profondément affecté les régions concernées.

Le débat porte notamment sur la relation entre les objectifs militaires annoncés et les résultats obtenus. Une action peut produire un effet tactique sans garantir un avantage politique durable. La capacité à engager une confrontation doit également être distinguée de celle à protéger les populations et à préserver les infrastructures.

Ces questions prennent une importance particulière dans le débat sur le désarmement. Les partisans du monopole étatique de la force considèrent que les décisions militaires doivent être soumises à une responsabilité politique nationale. Le Hezbollah estime, de son côté, que ses capacités demeurent nécessaires face à Israël.

La divergence concerne donc autant le bilan des affrontements passés que la préparation d’éventuelles confrontations futures.

Une crise institutionnelle sans solution immédiate

Au 8 octobre 2026, aucun accord politique complet ne permet de régler la question des armes du Hezbollah. Nawaf Salam maintient son exigence d’une souveraineté exercée par les institutions. Naim Kassem défend le maintien d’une capacité de résistance liée à la menace israélienne. Washington réclame des résultats vérifiables, tandis qu’Israël cherche à conserver des garanties militaires sur le terrain.

Les négociations de Tampa pourraient modifier certains paramètres, notamment si elles aboutissaient à des retraits israéliens et à un déploiement élargi de l’armée libanaise. Mais leur tenue et leurs résultats restent incertains à la date des informations disponibles.

Le gouvernement ne dispose pas non plus d’un mécanisme accepté par toutes les parties pour intégrer ou démanteler les capacités militaires du Hezbollah. Aucun calendrier consensuel n’est établi. Les modalités de contrôle, les garanties de sécurité et le traitement des infrastructures militaires restent contestés.

Le désaccord oppose ainsi deux conceptions de la souveraineté. La première repose sur l’exclusivité institutionnelle des décisions militaires. La seconde considère qu’une capacité de résistance indépendante demeure nécessaire tant que l’État ne peut garantir la protection du territoire contre Israël.

Cette opposition se manifeste dans les décisions gouvernementales, les négociations diplomatiques et les débats sur le rôle de l’armée. Elle concerne également les habitants du Liban-Sud, dont le retour et la reconstruction dépendent de l’évolution des conditions de sécurité.

La crise ne se limite donc pas à une confrontation entre Nawaf Salam et Naim Kassem. Elle engage le fonctionnement des institutions, la définition de la défense nationale et les conditions dans lesquelles le Liban pourra exercer son autorité sur l’ensemble de son territoire.

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