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Incursion de militants d’Uri Tzafon à Yaroun : un reboisement controversé sur territoire libanais

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Des dizaines de militants du mouvement israélien Uri Tzafon ont franchi la clôture frontalière dans la zone de Yaroun, une localité du sud du Liban, pour mener des opérations de reboisement à l’intérieur du territoire libanais. Cet incident, rapporté par la chaîne 12 israélienne, s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre Israël et le Liban, marqué par des revendications territoriales et des appels à la reprise de la colonisation juive au Liban. Les militants, issus d’un groupe religieux sioniste, ont planté des arbres sur des terres qu’ils considèrent comme faisant partie du patrimoine historique juif, tout en réclamant une extension des implantations au-delà de la ligne bleue, la démarcation établie par les Nations unies.

Yaroun, située dans le district de Bint Jbeil dans le gouvernorat de Nabatieh, est une zone frontalière sensible, souvent au cœur des échanges de tirs et des incursions militaires. La localité, majoritairement peuplée de chiites, a été le théâtre de multiples confrontations depuis les années 1970, notamment lors des occupations israéliennes du sud du Liban. L’opération de reboisement menée par les militants d’Uri Tzafon n’est pas un acte isolé, mais s’inscrit dans une stratégie plus large de ce mouvement, qui vise à réaffirmer des droits historiques sur des régions du Liban sud.

Le déroulement de l’opération

Selon les détails rapportés, les militants ont traversé la clôture technique, une barrière de sécurité érigée par Israël le long de la frontière, dans la matinée. Armés de plants d’arbres – principalement des pins d’Alep et des chênes, espèces adaptées au climat méditerranéen de la région – ils ont procédé à des plantations sur une parcelle de terrain boisé à proximité de Yaroun. Les participants, estimés à une quarantaine, portaient des banderoles arborant des slogans comme « Le Liban est nôtre » et des cartes redessinant les frontières pour inclure des portions du sud libanais dans un « Grand Israël » biblique.

Cette action a duré plusieurs heures avant que les forces israéliennes ne les dispersent, selon des sources militaires citées par la chaîne 12. L’armée israélienne a initialement nié toute incursion, affirmant que les militants se trouvaient dans une zone militaire fermée côté israélien, mais a ultérieurement confirmé un franchissement limité de la ligne bleue de quelques mètres. Ce type de déni initial suivi d’une admission partielle rappelle des incidents précédents, comme celui de Maroun al-Ras en décembre 2024, où des militants du même groupe avaient installé des tentes temporaires.

Les militants d’Uri Tzafon ont justifié leur action par un appel à la « restauration écologique » des terres, arguant que des forêts historiques juives existaient autrefois dans ces zones, basés sur des références bibliques et archéologiques. Ils ont planté environ une centaine d’arbres, en se référant à des études sur la pollenologie et les archives ottomanes pour soutenir leurs revendications. Cependant, des experts libanais en environnement contestent cette interprétation, soulignant que les forêts locales sont composées d’espèces endémiques libanaises, et que de telles plantations pourraient perturber l’écosystème fragile de la région, déjà affecté par les conflits armés.

Le mouvement Uri Tzafon et ses objectifs

Fondé en mars 2024, en mémoire d’un soldat israélien tué à Gaza, Uri Tzafon – signifiant « Éveille-toi, ô Nord » d’après un verset biblique – est un groupe religieux sioniste qui prône l’annexion et la colonisation du sud du Liban. Le mouvement, qui compte plusieurs milliers de sympathisants via ses canaux WhatsApp et Telegram, argue que les frontières actuelles sont des « lignes coloniales ridicules » héritées des accords Sykes-Picot, et que le sud libanais fait partie intégrante de la Galilée biblique.

Parmi ses fondateurs figure Amos Azaria, un professeur universitaire de la colonie d’Ariel en Cisjordanie, connu pour ses campagnes en faveur de la réinstallation à Gaza. Uri Tzafon organise des conférences virtuelles, des manifestations et des actions symboliques, comme l’envoi de drones et de ballons portant des avis d’expulsion vers le Liban. En septembre 2024, le groupe a publié des publicités pour la vente de propriétés au Liban sud, renommant des villes comme Tyr en « Tsor » et Bint Jbeil en « Beit HaGalil », avec des prix démarrant à 300 000 shekels (environ 80 000 dollars).

Ces initiatives s’inscrivent dans une vision messianique, où la colonisation est vue comme une nécessité sécuritaire et spirituelle. « Le règlement du sud du Liban apportera une sécurité vraie et stable au nord d’Israël », affirme le canal officiel du mouvement. Des figures politiques israéliennes, comme l’ancien député Moshe Feiglin, ont apporté leur soutien, appelant à une occupation pour faire « payer le prix à l’ennemi ». Bien que marginal au départ, avec une adhésion limitée à une dizaine de membres actifs, Uri Tzafon a gagné en visibilité, inspirant des incursions similaires en Syrie en août 2025, où des militants ont tenté d’établir un avant-poste nommé « Neveh Habashan ».

Le contexte historique des frontières israélo-libanaises

Les tensions à Yaroun remontent aux années 1920, lorsque les mandats français et britannique ont tracé les frontières actuelles, séparant des communautés historiquement liées. La ligne bleue, établie par l’ONU en 2000 après le retrait israélien du Liban sud, n’est pas une frontière définitive mais une ligne de retrait provisoire. Elle s’étend sur 120 kilomètres, de la mer Méditerranée à la frontière syrienne, et inclut des points contestés comme les fermes de Chebaa.

Depuis 2006, date de la dernière guerre majeure entre Israël et le Hezbollah, la région a connu des échanges sporadiques de tirs. En 2024-2025, les hostilités se sont intensifiées suite aux événements du 7 octobre 2023, avec des bombardements israéliens sur des positions du Hezbollah et des ripostes roquettes. Yaroun a été touché par des frappes aériennes israéliennes en août 2025, ciblant des infrastructures présumées du Hezbollah, causant des dommages à des zones forestières et agricoles.

Les résolutions de l’ONU, notamment la 1701 de 2006, appellent au désarmement des milices au sud du Litani et au déploiement exclusif de l’armée libanaise et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Cependant, des violations récurrentes, comme la construction de murs par Israël en novembre 2025, ont été dénoncées comme des atteintes à la souveraineté libanaise. La Finul a documenté que ces murs franchissent la ligne bleue, rendant inaccessibles plus de 4 000 mètres carrés de territoire libanais près de Yaroun.

L’implication des forces internationales

La Finul, forte de plus de 10 000 soldats de diverses nationalités, joue un rôle clé dans la surveillance de la ligne bleue. En réponse à des incidents similaires, comme l’incursion à Blida en octobre 2025 où un employé municipal a été tué, la force onusienne a exprimé sa « préoccupation » et appelé au retrait immédiat des forces israéliennes. Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a déclaré que « la présence et la construction israéliennes sur territoire libanais constituent des violations de la résolution 1701 du Conseil de sécurité et de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Liban ».

Des pays européens, contributeurs majeurs à la Finul, ont maintenu leur présence malgré les pressions israéliennes pour un retrait de zones sensibles. Les États-Unis, médiateurs du cessez-le-feu de novembre 2024, ont exhorté à la retenue, tout en réaffirmant leur soutien à la sécurité d’Israël. Une réunion du comité de surveillance international, présidé par Washington, a examiné l’incident de Yaroun, avec des appels à une enquête conjointe.

Les implications pour la stabilité régionale

Cet incident souligne les fragilités du cessez-le-feu, avec des violations croissantes de part et d’autre. Le Hezbollah, influent au sud du Liban, a critiqué le gouvernement libanais à plusieurs reprises pour sa gestion des institutions, tout en promettant une riposte mesurée aux provocations israéliennes. Des tensions internes au Liban, exacerbées par la crise économique et les influences confessionnelles – sunnites à Tripoli, chiites au sud – compliquent la réponse unifiée.

Au-delà, cet événement ravive les débats sur les frontières bibliques versus internationales. Des cartes publiées par Uri Tzafon en novembre 2025, incluant des villes libanaises sous noms hébreux, ont provoqué une condamnation internationale, y compris de la part de l’Union européenne. Des analystes soulignent que de telles actions pourraient encourager des mouvements similaires en Syrie, où des militants ont franchi la frontière en août 2025.

Les dynamiques géopolitiques impliquent aussi l’Iran, allié du Hezbollah, et les pays arabes normalisant avec Israël. Des rapports de l’ONU documentent des survols israéliens quotidiens du ciel libanais, avec plus de 30 000 violations depuis 2006. À Yaroun, des excavatrices libanaises ont été ciblées par des drones israéliens en août 2025, illustrant la précarité de la zone.

Enfin, les implications immédiates incluent un renforcement des patrouilles de la Finul et des appels à un dialogue sur les points frontaliers contestés. Des sources militaires libanaises rapportent une augmentation des déploiements au sud du Litani, tandis que l’armée israélienne maintient une posture défensive, avec des exercices simulant des scénarios d’invasion. Ces développements, ancrés dans les faits récents, soulignent la volatilité persistante de la frontière, où chaque incursion risque d’escalader en confrontation plus large.

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