Les paroles du pape Léon XIV prononcées dans son discours du 30 novembre 2025 lors de sa visite au Liban, résonnent aujourd’hui de façon prégnante. Reste à savoir qui a vraiment entendu, qui a compris et qui transformera ces paroles en actes. Il me plaît d’en rappeler la phrase suivante : Une culture de la réconciliation ne naît donc pas seulement d’en bas, de la disponibilité et du courage de certains, mais elle a besoin d’autorités et d’institutions qui reconnaissent que le bien commun est supérieur à celui d’une partie.
La semaine dernière dans un média numérique, Joe Issa El-Khoury, ministre[1] de l’Industrie dans le gouvernement libanais, a proposé de vendre une partie de la réserve stratégique de l’or. Rien que cela, oui ! La liquidité servira à financer la création d’un nouvel instrument financier dont l’émission sera garantie et adossée à nouveau à l’or ! Inutile de dire, que le ministre a le droit de s’exprimer librement comme tout citoyen, dans un pays libre qui garantit ce droit regardé alors comme inaliénable. Aussi, tous les médias ont repris ses propos, et l’annonce s’est répandue comme un feu de paille.
Avant d’aller plus loin, je dois préciser avoir toujours défendu corps et âme nos frontières spoliées, nos ressources étatiques volées, et la réserve stratégique de l’or si convoitée ! Dans le présent article, je cherche à comprendre l’incompréhensible et donner un point de vue qui est le mien, celui de la défense de la souveraineté économique et territoriale tant de fois bafouée ces dernières années. Je dois néanmoins préciser, que je ne connais pas personnellement le ministre, je ne l’ai jamais rencontré et n’ai aucun conflit d’intérêt avec lui, pas davantage en publiant cet article qu’en raison d’un quelconque intérêt relatif à sa proposition. Bien entendu, l’article ni n’est une commande ni ne concerne la carrière du ministre, seulement ses propos publiés sur le réseau X par une série de tweets en langue arabe[2].
Lutte contre la corruption versus vente de l’or
La proposition du ministre n’est pas une première dans notre pays et certainement ne sera-t-elle pas la dernière. Elle prend en effet la suite d’une longue série de papiers, lois, propositions, études menées par des banques, visant toujours à avancer la vente de l’or comme solution miracle. Les rapaces, les hyènes tournent sans cesse, attendant le moment opportun pour arracher le moindre morceau d’os disponible sur la carcasse de l’État libanais. Il s’agit en quelque sorte de banaliser un thème éminemment stratégique et fondamental pour la souveraineté économique et monétaire du Liban, autant que pour le devenir des générations futures. Le sujet si complexe ne devrait même pas être matière à débat, ce qui ne peut que le rendre creux en le vidant de toute substance, car d’une part c’est alors une diversion pour éviter d’aborder le sujet primordial, à savoir la corruption et le rapt qui a mené le pays à cette situation, et d’autre part c’est une tentative pour continuer à voler le reste des ressources du pays. Mais la réalité est bien ailleurs. Il ne s’agit que de dilapider la réserve stratégique de l’or pour servir les intérêts de quelques-uns, à leur tête la mafia politique, économique et religieuse, qui a pillé le pays depuis un demi-siècle !
Monsieur le Ministre, comment osez-vous proposer une solution fautive, avant même de poser le problème de manière raisonnable et scientifique ? Comment voulez-vous, que quelqu’un puisse vous prendre au sérieux ? Vous faire confiance via cette proposition, revient à faire confiance à un médecin qui commence un traitement pour une maladie grave sans en avoir d’abord établi le diagnostic ou en se fondant sur un quelconque examen approximatif et incomplet, ou ce qui est pire pour la survie du malade, sans prendre en considération les effets secondaires de la thérapie proposée.
La maladie grave du Liban n’est pas un cancer. Elle est bien pire. C’est la corruption administrative, institutionnelle et étatique à tous les niveaux et depuis de longues décennies. La corruption s’accompagne souvent de fraude fiscale, de comptabilité erronée, de bilan frauduleux, de fausses écritures et j’en passe. Malheureusement pour le peuple libanais, je ne suis pas celui qui est en charge du forensic audit, sinon je me serais évertué à ce que rien ne puisse rester approximatif ou inconnu. Croyez-moi, rien n’aurait dû passer, à aucun niveau, sans dire les choses et désigner les responsabilités exactes. Chose qui n’a jamais été faite malgré la chute abyssale du pays et les souffrances de la population. Le mensonge étatique se perpétue à tous les niveaux causant malheur, exode massif et mort. Le peuple libanais mérite de connaître la vérité, quelle qu’elle soit. N’y en a-t-il pas Un, qui nous a appris à être le flambeau de la vérité ? « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libre ! »
Afin que vous saisissiez l’ampleur du désastre et de la tragédie, voici une formule qu’il vous faut apprendre par cœur comme le Notre Père : « Le mal causé par la mafia politique économique et religieuse au Liban et aux Libanais depuis un demi-siècle dépasse de loin l’ensemble des horreurs commises sur cette terre à l’égard des populations qui y ont vécus durant le dernier millénaire ! »
Je ne souhaite pas entrer dans les détails techniques et financiers de votre proposition, quelque peu ennuyeux pour le grand public. Je souhaite rester simple, votre proposition est alambiquée, inutile et dangereuse. Vous avez voulu corrigé le premier tweet par un second 24 heures plus tard. Or, cela n’a servi qu’à vous enfoncer. Vous faites encore une nouvelle rectification sous forme de clarification 48 heures plus tard ; si ce n’est pas un échec en matière de communication politique, c’est certainement une grosse bourde ! Je ne me permettrais pas de vous conseiller sur le b.a-ba de la communication, surtout dans un contexte national fragile, régional sismique, et géopolitique volcanique, puisque tel n’est pas le but de mon article. Votre idée se résume en un endettement masqué, qui affaiblit une république déjà à genoux ! C’est là le moins que je puisse dire. Je ne cherche pas à contrecarrer votre prise de position, mais uniquement à exposer son côté creux et écœurant. Monsieur, vous avez perdu toute crédibilité en passant de la fonction de ministre à celle de VRP[3], œuvrant pour un tout autre intérêt que celui de la Nation, de la Patrie et de la République agonisante. Vous valez bien plus que d’être la vitrine des banques, Joe Issa El-Khoury ! Quant à la survie du Liban, je continue de croire en une solution innovante et exceptionnelle face à la crise économique, une solution qui permettra de protéger le Liban : la sisachtie[4]. J’ai détaillé cela dans mon livre Liban. La révolte sans révolution (2021).
L’endettement n’est plus une solution pour le Liban
Vous mimez une politique financière et des ingénieries, qui ont mené le pays à l’effondrement et le peuple à sa perte. Je ne peux que constater la stérilité d’une telle manœuvre, assurément peu brillante. Nous n’avons plus besoin d’endettement ni de dettes ad vitam aeternam. Les politiques financières des années 90, qui ont mené le pays à l’abîme, ne sont plus reproductibles de nos jours. Il apparaît clairement, que vous êtes fasciné par la période de l’endettement, à tel point que vous proposez encore des produits financiers tels que les Investment Grade Zero Coupon Bond. Les catastrophes en cascade que le peuple libanais a subies depuis l’instauration des bons du trésor en USD en 1994, dits Eurobonds, ne sont-elles pas suffisantes ? Avez-vous oublié la spirale de la mort induite par les bons du trésor ? L’innommable ministre perfide des finances de l’époque, qui courait les plateaux télévisés pour propager sa grotesque décision, a été récompensé d’avoir introduit le virus mortel en devenant premier ministre ! Il qualifiait de réussite et de triomphe l’émission des bons du trésor en USD. C’était un aller simple pour l’enfer. À son actif beaucoup de réalisations macabres, dont un premier accord sur les frontières maritimes avec Chypre en 2007, menant à la perte de 3100 km2 de la souveraineté territoriale. Celui-ci nous a conduits par la suite à un second accord[5] et à la perte de 1450 km2 au bénéfice d’Israël. On ignore encore toute la portée destructrice et humiliante de ce ministre de la mort, taupe au service des agences internationales. Ce sournois mérite, ô combien, la médaille d’honneur de la traîtrise de notre pays !
Monsieur, il serait inconvenable que vous proposiez des obligations adossées à l’or. Elles sont bien pires que les Eurobonds de 1994, car vous risquez l’or en le mettant en garantie et en contrepartie. Nul au monde ne mérite que ce risque soit pris, ni les déposants ni les banques ni aucune cause quelle qu’elle soit. Je crains pour vous, que quelqu’un puisse vous comparer dans une décennie ou deux à ce crapuleux ministre sans foi ni loi. Il faut dire, que vous proposez une solution, qui convient directement ou indirectement aux intérêts des banques, lesquelles n’ont jamais respecté loi, régulation financière et monétaire dans le pays, et qui en outre n’ont œuvré qu’avec l’intention d’augmenter leurs bénéfices au moyen, cerise sur le gâteau, d’un transfert de capitaux vers des places financières et sécurisées à l’étranger à leur seul bénéfice dû à leur connaissance préalable d’un défaut imminent du pays.
Sur un plan théorique, quel homme raisonnable pourrait comprendre aujourd’hui, qu’il est nécessaire de sacrifier l’accumulation du travail des forces vives de la Nation durant des générations, symbolisée par la réserve stratégique de l’or, pour renflouer les banques ? Ces mêmes banques sont à l’origine de la crise financière, ne l’oubliez jamais, et en tout cas sont la pierre angulaire de nos problèmes. Aucune contrainte ni ordre n’ont été adressés aux dirigeants bancaires pour les obliger à outrepasser toute gestion de risque et de diversification du risque. Ils ont ainsi mis tous les œufs dans le même panier, celui de l’État libanais, leur seul client, par le biais de l’achat excessif de bons du trésor. C’est une faute de gestion phénoménale de la part du système bancaire de n’avoir pas diversifié et d’avoir pris un risque sur un client déficitaire. Les banques savaient que la corruption des élites politiques et économiques capturait une partie du cash-flow de l’État. Comment se fait-il que pour un client privé comme chacun de nous, lorsqu’il demande à obtenir un prêt pour soit la consommation soit un logement, les banques s’attèlent à une analyse scrupuleuse de ses revenus, et prennent des assurances en hypothéquant parfois terrains ou actifs, dans le but d’en garantir le remboursement ? Pourquoi n’ont-elles pas agit de même avec l’État libanais, ne procédant à aucune analyse du cash-flow. Les banques sont entrées de leur plein gré et à grande vitesse dans un appât de gain morbide sur le taux d’intérêt très élevé offert par la Banque du Liban, toujours sans analyse du risque et sans considération des conséquences ? Vous voyez bien que cette faute majeure dépend uniquement des banques, et devriez en conclure que ce n’est pas au peuple de payer pour leurs erreurs de gestion et manque d’analyse des risques. Tout cela est le résultat de la cupidité et de l’envie aveugle d’augmenter la rentabilité et de s’enrichir vite. Cela se résume en un rapt de la richesse de l’État libanais par une minorité politique et financière.
Sur un plan technique, l’or n’est pas une matière à échanges ni un sujet de discussion devant le comptoir en prenant le petit café du matin. La réserve stratégique de l’or a une fonction bien déterminée, passant outre la quantité, les chiffres et la valeur actuelle ou future cotée en bourse. Avez-vous vu ou entendu un quelconque responsable politique d’un autre pays, l’Allemagne, la France, la Suisse, calculer la valeur de ses réserves d’or ou les proposer à la vente ? Non, jamais !
J’avoue être quelque peu surpris par la simplification et la manière dont le sujet est souvent posé ces dernières années dans la presse écrite ou autres médias. On a l’impression, qu’un groupe de mafieux finance des journalistes, des politiciens, des associations et tutti quanti, uniquement pour influencer l’opinion publique en vue d’aboutir à l’utilisation, à la vente partielle ou totale de la réserve stratégique de l’or. Toutes ces pressions se déploient dans une optique vénale. Sans aucune pensée pour l’ensemble de la population. Qui donc pensera à l’avenir du pays et à la destinée des enfants de cette terre ?
Tout est permis, des titres chocs, des petits articles qui mettent en avant l’augmentation du prix faisant un calcul du montant de l’or détenu par la BDL. Le sujet du calcul de la réserve stratégique de l’or est devenu aussi courant que la météo quotidienne. Les banquiers sont prêts à rémunérer de prétendues études menées par de pseudo-universitaires, afin de proposer de fausses solutions servant leurs intérêts. Comme tout s’achète et tout se vend au Liban, avoir l’entête d’un institut ou d’une université financés par ces mêmes banquiers laisse croire à une certaine crédibilité. Mais nous ne sommes pas dupes !
Le Forensic Audit une nécessité, non un choix
Monsieur ce n’est pas ici le lieu ni le moment de faire le point sur les fautes économiques financières et monétaire commises durant les cinq dernières décennies, et encore moins de simplifier des pratiques réprouvables à tout niveau. Vous me concéderez cependant, qu’une proposition simpliste ne saurait être indubitablement la solution d’un problème si compliqué, surtout en l’absence de transparence et du forensic audit si attendu de l’État, de la BDL et des banques privées, sur leurs bilans et résultats consolidés depuis 2019, afin de constater la réalité de la situation et de comprendre leurs positions financières et leurs actifs. Or, jusqu’à présent ils refusent de l’accepter, jouant la carte de la dissimulation au lieu de jouer cartes sur table, celle de la vérité et de la transparence. À votre avis, qu’ont-ils à cacher ? Quels scandales veulent-ils dissimuler ?
Sans doute accepteriez-vous comme moi, de reconnaître que si nous sommes obligés de choisir entre la survie du Liban avec ses générations futures et la survie de quelques banques privées, le choix est vite fait ! Nous apprenons tous à nos enfants à être responsables de leurs actes et aussi d’être des citoyens responsables dans la société et d’assumer leurs erreurs. Comment voulez-vous procéder différemment avec les banques en les déresponsabilisant de toutes leurs actions ? C’est incompréhensible si ce n’est absurde. S’il en allait autrement, les banques devraient s’installer dans une région de non-droit ou en pleine jungle en Amazonie ! Les banques ont infligé un triple dommage au peuple libanais, un dommage corporel, matériel et moral. C’est à elles de courber l’échine et de dédommager le peuple pour avoir commis autant de mal et de crimes contre l’humain au Liban. Tant de douleurs, tant de malheurs, tant d’occasions ratées, tant de gens mort avant d’avoir pu être opérés, tant de jeunes sacrifiés sur l’autel des profits et des intérêts privés, qui n’ont pas pu suivre une scolarité normale ni des études supérieures… Tant d’exodes forcés et tant de sang versé pour satisfaire la convoitise des banques qui a détruit toutes les valeurs ! Ça suffit maintenant.
Vous savez comme moi, que toute faillite d’une société ni n’est la première ni ne sera la dernière au monde. Récemment, la deuxième plus grande banque en Suisse a fait faillite et ce ne fut pas la fin du monde. Ce fut juste la fin d’une grande banque. Pourquoi voudriez-vous que le pays s’écroulât et que la terre s’arrêtât de tourner, parce que quelques banques privés au Liban vont faire faillite et mettre la clef sous le paillasson ? De surplus ces banques ne sont plus depuis longtemps partie prenante de l’économie réelle. Depuis plus de trente ans, elles ne font plus office de crédit à l’économie réelle, se transformant en un système de Brokering et de commission sur chaque transaction à l’achat et à la vente. Les prêts consentis, pour la plupart l’ont été en bons du trésor avec l’État libanais. Il est temps de finir avec la prise d’otage et la capture de la République libanaise. Une loi devrait être votée interdisant à tous les politiques d’être actionnaires et/ou membres des conseils d’administration des banques. Ce mélange des genres entre politique et économique, qui ne fait pas la séparation entre l’intérêt étatique et les intérêts privés, est un pur inceste qui a ruiné le pays. S’ajoute à cela, comme par hasard, qu’il n’y eut aucun juge financier capable d’imposer l’audit de l’État, de la BDL et des banques privées. Tous les audits ont été refusés et éloignés, alors que le forensic audit devrait inclure l’État, la Banque centrale, c’est-à-dire Banque du Liban et les banques privées, sur la totalité de leurs bilans et résultats consolidés depuis 2019. C’est simple à faire, pourtant le refus persiste. Or, sans les audits nécessaires et sans la justice qui y contraint, il n’y aura aucune répartition des responsabilités entre État, BDL et banques privées. Il est temps que la justice se manifeste en tant qu’arbitre final de cette crise. Ainsi, les pertes seront allouées à chacun des trois groupes en fonction de leur pourcentage de responsabilités. C’est cette priorité de responsabilisation qui est le cœur de la résolution de la crise et non la vente de la réserve stratégique de l’or.
Comment d’ailleurs se fait-il, qu’aucune banque au Liban, en manque vraiment de liquidité et sans plus aucun actif ni au Liban ni à l’étranger, n’ait été déclarée en faillite malgré la cessation de paiement ? Si vous me voyez poser autant de questions, ce n’est qu’une goutte d’eau indispensable à un diagnostic fiable qui fait défaut à vos nombreuses clarifications.
Monsieur le Ministre, vous avez voulu corriger votre bourde écrite sur le réseau social X, par une seconde encore bien pire que la première. Croyez-moi, je ne suis pas là en accusateur, ceux qui me connaissent savent quelles sont mes valeurs, quelles sont mes convictions et quelles sont mes racines. En ce temps quand beaucoup perdent le Nord, je suis là pour le leur rappeler tout simplement ! Quoique j’aie déclaré la mort du Liban dans un article écrit il n’y a pas si longtemps, je continue d’œuvrer afin que les générations futures vivent non en esclavage mais en tant qu’hommes et femmes libres dans leur pays. Or, pour atteindre ce but, nous ne devons plus répéter les mêmes erreurs que par le passé, ni nous contenter de reformuler des propositions anciennes qui mènent le pays à sa destruction. Nous ne pouvons plus de surcroît fermer les yeux sur les pratiques illicites et même illégales des banques et des institutions financières, et encore moins ne rien dire ou faire semblant de penser que tout va bien. Nous ne pouvons plus accepter que les banques, dans lesquelles les Libanais résidents comme de la diaspora et avec eux d’autres déposants étrangers et des holdings, leur proposent de très haut taux d’intérêt dépassant de loin le taux officiel de la Fed, dans le seul but d’attirer davantage des capitaux. Ç’a été la méthode de l’attrape-nigaud.
Au plan national, j’aurais aimé voir de votre part ou de la part de l’un de vos collègues ministres de ce gouvernement, la même urgence que vous avez eue à liquider la réserve stratégique de l’or, à payer les déposants ayant davantage que 100000 dollars sur leur compte et sans limite de plafond. À titre d’exemple n’y avait-il pas urgence à proposer pour le bien des Libanais malades de sécuriser la disponibilité de médicaments, fiables eu égard à leur composition et à leur principe actif ? N’y avait-il pas urgence à proposer à la jeunesse libanaise, qui souvent n’arrive plus à avoir accès aux études supérieures, des programmes dignes du XXIe siècle ? N’y avait-il pas urgence à contrôler l’utilisation des produits phytosanitaires pour offrir aux Libanais une nourriture digne de ce nom et non un poison quotidien ? N’y avait-il pas urgence à faire évoluer les normes de l’aviculture ainsi que de l’industrie de la transformation des volailles, en sorte qu’augmente la qualité des produits ? N’y avait-il pas urgence à réfléchir aux réserves hydriques et au système hydraulique, dans un pays où l’eau commence à manquer et qui bientôt ne suffira plus à la population ni aux besoins de l’agriculture ? N’y avait-il pas urgence, Monsieur le Ministre, pour les Libanais à respirer un air un peu moins pollué, à défaut de dire un air sain, en imposant des restrictions aux industriels qui polluent l’air, le sol et la mer ? N’y avait-il pas urgence à réduire le nombre de fonctionnaires dans tous les secteurs, surtout qu’ils sont souvent absents et corrompus par nature ? N’y avait-il pas urgence à moderniser l’Université nationale, championne comme ses consœurs dans le pays, du musellement des libertés intellectuelle et académique, avant de proposer le recrutement de 1600 enseignants, qui se comporteront tous comme des moutons de Panurge, dont nul n’osera s’élever pour défendre souveraineté économique du Liban et ses frontières ? N’y avait-il pas urgence à appliquer une politique fiscale, capable d’accompagner toute réforme à venir en économie ? N’y avait-il pas urgence à récolter des recettes commodes, en faisant payer les occupants illégaux, depuis de longues années, du domaine maritime, fluvial et ferroviaire ? Ou tout simplement à proposer une nouvelle loi fiscale visant à faire contribuer la classe privilégiée des déposants dont la plupart sont des PEP (Politically Exposed Person) ainsi que leur entourage ? Vous défendez leurs intérêts sans le savoir et peut être sans le vouloir vraiment !
L’économie qui tue
L’idée saugrenue que la République est une vache à lait, devrait sans doute évoluer, ou mieux disparaître, dans les conseils d’administration des banques, car si la vache est à sec, c’est justement que personne n’a pensé à l’intérêt collectif. Vous ne pouvez pas défendre l’indéfendable ni justifier l’injustifiable. Les banques sont les acteurs de la faillite. Ce sont elles, qui ont engendré le manque de confiance où on les tient. Penser aux générations futures est bien plus important que résoudre un hypothétique problème à venir ou un quelconque différend avec les détenteurs des bons du trésor, d’autant plus que nombre d’entre eux ont procédé à un échange ou rachat après la crise de 2019. Nous avons des solutions, auxquelles sans doute vous n’avez pas eu le temps de penser.
Le problème au Liban n’est pas lié à un actif ni ne se résout en avançant des fausses solutions. Aucune réforme digne de ce nom n’a été faite depuis 2019. Vous demandez de liquider un actif souverain, sans savoir à qui profite ce nouveau rapt qui ferait de Madoff un enfant de chœur comparé aux banquiers au Liban. Aucune solution ni mesure ne pourrait rétablir la confiance dans le secteur bancaire, tant que les comportements et les mentalités seront toujours ceux d’un tiers-monde digne du siècle passé, sans aucune transparence et sans aucune éthique.
Permettez-moi de vous dire, que la lecture de votre proposition m’a déconcerté. Il faut croire qu’il existe encore des patriotes ayant le souci du Liban et des Libanais, et qu’ils ne sont pas une espèce en voie de disparition. Les gens qui comprennent le sens de la souveraineté et la défendent même s’ils sont quasi silencieux n’en sont pas pour autant inexistants. Vous semblez avoir des lacunes majeures dans la compréhension de l’histoire du Liban, qui vous conduisent à des propositions simplistes, tel le changement du système politique au Liban, sans jamais mentionner la corruption ou encore la vente d’une partie de la réserve stratégique de l’or. Vous transgressez ainsi la souveraineté territoriale et économique de notre pays. Si je peux vous concéder une liberté d’action théorique, en aucune manière je ne saurais accepter le pillage de la réserve stratégique de l’or. Dans le souci d’une égalité entre tous les citoyens et en l’occurrence entre tous les déposants, pourquoi garantir les comptes supérieurs à 100.000 dollars par des obligations Investment Grade Zero Coupon Bond adossées à l’or ? Concomitamment, nombre de déposants entre 2019 et 2026 ont perdu 66% de la valeur de leurs comptes sans que nul ne s’en soucie.
Je me demande pourquoi vous êtes resté silencieux et n’avez pas montré un quelconque intérêt lors de la signature d’un accord sur les frontières maritimes avec Chypre, qui nous fait perdre 3100 km2 en cédant tous les droits souverains et toutes les ressources pétrolières et gazières ? Les revenus des ressources pétrolières et gazières auraient pu être bien plus utiles qu’une vente partielle de l’or pour rendre l’argent aux comptes bancaires des déposants à plus de 100.000 dollars ? Vous avez encore réussi à voler la vedette au plus grand scandale du moment, à savoir le fameux usurpateur, carrossier de voiture de son état, prétendu prince saoudien, donnant des ordres par téléphone, aux personnalités politiques, des députés aux ministres et premiers ministres tout le monde lui obéissait au doigt et à l’œil, cependant dans ce cas précis à l’aveugle car personne ne l’a rencontré. Vous êtes en outre parvenu à gâcher un moment de quiétude et d’optimisme instauré depuis la visite de Sa Sainteté le Pape Léon XIV. Ce genre de proposition que vous faites est générateur de désordre et de chaos.
Votre message sur le réseau social X fait partie d’une longue série visant depuis des années à vendre la réserve stratégique de l’or pour des intérêts partisans, veillant à éviter tout questionnement sur les pratiques plus que douteuses des banques, et à évacuer toute responsabilité dès lors que la corruption pourrait être identifiée. Aurez-vous le courage d’expliquer aux Libanais, quel est le montant des profits encaissés par les banques libanaises sur une décennie avant la crise de 2019 ? Quel est le montant du profit généré par les intérêts reçus sur les bons du trésor ? Est-il interdit de connaître le montant des actifs transférés par ces mêmes banques à l’étranger et vers des paradis fiscaux en vue de simuler un manque de trésorerie ? Doit-on comprendre que les fautes graves commises par l’État, la BDL et les banques au Liban se corrigent automatiquement par une proposition plus grave : celle de la vente de l’or !
Le prix payé pour maintenir une parité de change entre dollar et livre libanaise n’a pas été moindre que 40 milliards. Pourquoi les banques avaient-elle le droit de verser aux déposants des intérêts sur les comptes en dollars arrivant jusqu’à 15 et 20 % ? Sommes-nous aujourd’hui obligés d’endetter, de fragiliser le pays pour payer les actes irresponsables de ces institutions ? Sommes-nous obligés de sauver des banques qui se sont comportées de manière égoïste, chacun pour soi et tous contre les déposants, depuis des décennies sans aucun contrôle et sans aucune limite ? Doit-on sacrifier sur l’autel du profit les générations futures du Liban, pour sauvegarder quelques banques qui n’ont jamais eu la moindre considération pour autrui, ni avant la crise ni pendant la crise ni même après la crise ? Dois-je vous rappeler combien de personnes sont mortes d’amertume et de tristesse face à la perte des capitaux économisés pendant toute une vie ? Avez-vous oublié, que de nombreux patriotes ne pouvaient plus se soigner, car leurs avoirs étaient gelés dans les banques pendant que leurs propriétaires et membres du conseil d’administration bénéficiaient de tous les privilèges et facilités ?
À l’adresse du Ministre
Monsieur le Ministre vous aurez sans doute compris à la lecture de cet article, que je suis un homme de conviction qui a toujours défendu la souveraineté libanaise, celle dont peu de députés et ministres se souviennent ou même défendent. La souveraineté territoriale a été doublement bafouée par la signature de l’accord des frontières maritimes avec Israël le 27 octobre 2022, puis avec Chypre le 26 novembre 2025. Nous avons perdu 1450 km2 avec la première puis 3090 km2 avec la seconde. Ne l’oubliez jamais !
Sauf erreur de ma part, je ne vous ai pas entendu ni lu vous opposer à ces deux accords, indignes d’une république bananière. Si votre but est de rendre les fonds aux déposants ayant des comptes supérieurs à 100.000 milles dollars et sans limite de plafond, je vous crois sincère et soucieux du bien de nos compatriotes fortunés. Je me demande toutefois pourquoi, vous qui avez fait une longue carrière dans les banques et les institutions financières, vous qui maîtrisez les chiffres et la rentabilité au mieux, vous n’avez cependant pas fait le calcul des rendements pétroliers et gaziers ? Ils sont estimés à des centaines de milliards de dollars, perdus par les mauvais accords internationaux, qui répondent davantage à des transactions qui ne respectent ni la constitution ni le droit international ni les droits acquis du Liban ni l’histoire et encore moins les combats de nos ancêtres.
Monsieur le Ministre, vous n’êtes que la partie visible de l’iceberg, qui cherche à détruire tout un pays pour conserver les privilèges de quelques-uns. N’aurait-il pas été plus simple pour vous, le meilleur des VRP, de proposer une vente des gaz et pétrole offshore à Israël et Chypre pour rembourser les déposants riches, avant de céder des territoires souverains ? Au premier accord vous n’étiez pas ministre, mais au second vous étiez bien présent. N’aviez-vous donc rien à dire ?
Si j’ai un souhait, c’est de vous demander que la vallée de la Quadicha, si chère à beaucoup de Libanais, cesse d’être un endroit où se déversent ordures et eaux usées de toutes les communes circonvoisines de ce lieu « culturel et sacré. » Que les déchets des habitants ne puissent plus se trouver dans le lit de la rivière. Certes mes ambitions pour vous peuvent sembler modestes voire régionales, vous qui visez une notoriété internationale due à une force de proposition telle la vente de l’or. Mais si vous arrivez à ce but si sacré et si utile à l’ensemble de la population, vous aurez laissé une trace indélébile dans l’histoire locale de cette région paisible du pays. Puis-je encore formuler un autre souhait à l’échelle nationale : vous ministre de l’Industrie, voulez-vous vous engager à limiter les polluants et les déchets rejetés par les industriels dans les sols, l’eau et les rivières sans aucun respect du règne du vivant, humain, animal et végétal. Commencez, là où vous le souhaitez, par ceux qui polluent, le lac Qaraoun, le Litani ou à Beyrouth et sa banlieue ou ailleurs, mais faites quelque chose pour qu’on se souvienne de vous en réformateur et en bâtisseur, en homme qui porte haut les valeurs de nos ancêtres et non d’un liquidateur de la réserve stratégique de l’or.
Enfin, Joe Issa El-Khoury, je suis là en défenseur de la veuve et de l’orphelin, de nos frontières et de nos ressources. Tel que tout père veut le bien-être de ses enfants, je désire le meilleur pour tous les Libanais là où ils se trouvent. Du point frontalier B1, que les gouvernements successifs n’ont pas sauvegardé, jusqu’à la frontière syrienne, sans oublier nos compatriotes de la diaspora, je veille à ce qu’ils ne deviennent pas esclaves en leur propre pays. Il est temps de changer de méthode et de mentalité. Il est urgent de comprendre que la seule valeur qui compte est la vie, la vie des Libanais, et non la valeur des comptes bancaires. Que dire de plus, en restant modéré et mesuré dans mes propos ? Il est temps d’expulser les marchands du temple, par le fouet, par la loi ou par la parole. Mais dehors le brokering !
Je ne sais pas me modérer quant à la défense du Liban et des générations à venir et à leur droit à une vie digne et prospère. Je crois en des valeurs, qui ne se calculent pas, ne se monnaient pas, ne se comptent pas en pièces sonnantes et trébuchantes, ne dépendent pas d’autrui, mais sont au service des autres. Je crois en la Liberté source de vie, en la Fraternité ciment du lien social, et en l’Égalité socle de la prospérité.
Joe Issa El-Khoury, Par Dieu ou par Apollon ou par ce que vous croyez :
laissez l’or en paix !
Dr. Saïd Chaaya
Historien
[1] Du latin Minister, dérivé du mot latin Minus qui signifie le petit, désigne par extension le serviteur.
[2] Le premier tweet a été publié le 25 janvier 2026 sur la plateforme X, suivi par 2 autres tweets les 26 et 28 janvier 2026.
[3] Voyageur, représentant et placier.
[4] Sisachtie (σεισάχθεια : soulagement de la charge) est dans la Grèce antique le nom donné à l’abolition complète des dettes, afin de permettre à ceux qui en étaient redevables d’être libérés de leur poids, en sorte d’être davantage aptes à de nouvelles entreprises utiles à la collectivité. Ce procédé a été utilisé dans des moments de grands changements historiques, en France par exemple sous le Directoire, en 1797, à l’initiative de Ramel-Nogaret.
[5] Un accord sur les frontières maritimes a été signé le 27 octobre 2022 ne respectant ni le droit international ni les acquis historiques du Liban.



