La crise économique qui sévit au Liban depuis plusieurs années a exacerbé les tensions entre le gouvernement et la Banque du Liban (BDL). Alors que les citoyens sont soumis à une pression fiscale accrue, la capacité du gouvernement à dépenser est sévèrement limitée, malgré des réserves importantes détenues par la BDL.
Analyse des Réserves de la Banque du Liban
D’après le tableau récemment publié, les actifs du secteur public libanais déposés à la Banque du Liban atteignent la somme astronomique de 5,7 milliards de dollars, comprenant des réserves en livres libanaises, en dollars, et en « lollars » (dollars bloqués au Liban). Cette somme considérable pourrait, en théorie, être utilisée pour répondre aux besoins urgents de la population, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation, et des infrastructures.
Les actifs spécifiques sont répartis comme suit :
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
- Actifs étrangers : 1 405 816 449 825 LBP (environ 1,4 milliard de dollars), qui sont essentiels pour maintenir la stabilité du taux de change et assurer les importations vitales.
- Portefeuille de titres : 127 608 820 318 LBP, indiquant les investissements de la BDL dans les titres, qui pourraient être utilisés pour soutenir les finances publiques.
Ces chiffres révèlent un potentiel significatif pour répondre aux besoins sociaux urgents, mais ce potentiel reste largement inexploité en raison de la politique restrictive de la BDL. La Banque du Liban impose des limites strictes sur les dépenses publiques pour éviter une augmentation de la masse monétaire en livres libanaises, craignant une nouvelle dépréciation de la monnaie nationale.
BDLInterimBalSheet-08-31-2024Un Blocage Politique et Économique
L’argument de la Banque du Liban est clair : pour protéger la stabilité de la livre libanaise, les dépenses doivent être contrôlées. Cependant, cette position ignore les besoins croissants de la population, confrontée à une dégradation rapide des services publics et à une inflation galopante. Les restrictions imposées par la BDL rappellent l’époque de Riad Salamé, où la priorité était donnée à la protection de la monnaie au détriment des services sociaux essentiels.
L’accumulation de ces fonds, sans un usage adapté aux circonstances actuelles, reflète une politique monétaire déconnectée des réalités économiques du pays. La BDL, en fixant des limites strictes aux dépenses publiques, semble ignorer les pressions sociales croissantes, laissant la population sans les services de base pourtant financés par les impôts et les taxes.
Dans un contexte où les ressources sont critiques, le gouvernement libanais doit revoir ses priorités et s’engager dans une négociation plus flexible avec la Banque du Liban. Il est impératif que les fonds disponibles soient utilisés de manière à soutenir directement la population, particulièrement dans les domaines de la santé et de l’éducation, tout en veillant à la stabilité économique à long terme. Le statu quo actuel, où les fonds sont conservés sans être utilisés, ne peut perdurer sans risques croissants de troubles sociaux et d’aggravation de la crise économique.



