jeudi, février 5, 2026

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La commission parlementaire libanaise critique la gestion du secteur des télécommunications par le ministre Hage lors d’une session évaluative

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La commission des médias et des communications du Parlement libanais, présidée par le député Ibrahim Moussawi, s’est réunie ce jeudi 5 février 2026 au siège du Parlement, en présence du ministre des Télécommunications, Charles Hage, et de plusieurs députés membres. Cette session, tenue dans un contexte de tensions persistantes autour de la réforme du secteur, a permis à la commission de présenter un bilan détaillé et objectif des réalisations et des engagements du ministère, un an après la prise de fonctions du ministre au sein du gouvernement formé par le Premier ministre Nawaf Salam en février 2025. Le député Moussawi, dans une déclaration à l’issue de la réunion, a souligné l’importance de ce secteur pour l’économie nationale, la souveraineté numérique et les finances de l’État, tout en regrettant un manque flagrant de progrès concrets malgré les promesses initiales de réforme.

Cette évaluation intervient alors que le Liban, toujours en proie à une crise économique profonde depuis 2019, tente de relancer ses infrastructures essentielles. Le secteur des télécommunications, souvent qualifié de « pétrole libanais » en raison de ses revenus substantiels – estimés à plus de 17 milliards de dollars entre 2010 et 2020 selon des rapports antérieurs de la Banque mondiale – reste un pilier fiscal crucial, contribuant à environ 12,4 % des recettes de l’État entre 2012 et 2022. Pourtant, les défis accumulés, incluant une infrastructure obsolète, des réseaux illégaux proliférants et une régulation faible, ont miné sa performance. Le gouvernement Salam, soutenu par des engagements internationaux comme ceux pris lors des discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) en septembre 2025, avait promis une modernisation accélérée. Mais la commission pointe du doigt un écart entre les discours et les actes, avec des retards dans la mise en œuvre des réformes structurelles.

Les critiques formulées par la commission, basées sur des faits vérifiables et des obligations légales, couvrent plusieurs domaines clés : les réseaux internet illégaux, l’état de l’infrastructure nationale, les priorités contradictoires comme l’accélération du projet Starlink, la création de Liban Telecom, le secteur mobile, l’Autorité de régulation des télécommunications (TRA), le secteur postal et les capacités internationales via les câbles sous-marins. Ces points, détaillés dans la déclaration de Moussawi, reflètent une préoccupation partagée par de nombreux observateurs sur la capacité du ministère à restaurer la transparence et l’efficacité dans un secteur vital pour la relance économique.

Les réseaux internet illégaux : un fléau persistant

Premier point soulevé par la commission : l’absence de progrès significatifs dans la régulation des réseaux internet non autorisés. Malgré l’existence d’un cadre légal clair, notamment le décret n° 9458 de 2022 qui autorise le ministère à sévir contre ces opérateurs clandestins, aucune statistique officielle n’a été publiée un an après l’entrée en fonction du ministre Hage. La commission regrette l’absence de données sur le nombre de réseaux régularisés, les procès-verbaux dressés, les affaires renvoyées à la justice ou les revenus récupérés pour le Trésor public. « La ministère dispose d’un arsenal juridique complet, mais n’a pas encore lancé la bataille réelle pour reprendre le contrôle de ce secteur chaotique », a déclaré Moussawi, citant les multiples promesses non tenues du ministre.

Ce problème n’est pas nouveau. Dès 2016, sous le ministre Boutros Harb, une campagne avait été annoncée contre ces réseaux illégaux, qui représentent une perte annuelle estimée à des centaines de millions de dollars pour l’État. Plus récemment, en 2025, des sources du ministère indiquaient que des discussions étaient en cours pour intégrer des opérateurs privés via des partenariats public-privé (PPP), mais sans résultats concrets. Selon un rapport de Mordor Intelligence d’août 2025, le marché des opérateurs mobiles et fixes au Liban devrait atteindre 914,51 millions de dollars d’ici 2030, avec une croissance annuelle de 4,8 %, mais les réseaux illégaux minent cette potentielle expansion en privant l’État de revenus fiscaux. La commission insiste sur la nécessité de rapports d’exécution, d’indicateurs de performance (KPI) et de calendriers clairs, absents jusqu’à présent.

L’État de la réseau nationale : stagnation et promesses non tenues

La commission a également déploré l’absence de développement structurel dans la réseau internet nationale, particulièrement les réseaux de fibre optique déployés mais non activés. Aucun élargissement, aucune nouvelle service ni augmentation notable du nombre d’abonnés légaux n’a été enregistré, malgré les hausses tarifaires imposées aux citoyens sous prétexte d’amélioration des services. « Les citoyens ont été appelés à supporter des augmentations substantielles des tarifs pour une meilleure qualité, mais ces hausses n’ont été suivies ni d’une activation plus large ni d’améliorations tangibles », a affirmé Moussawi.

Ce constat fait écho à des initiatives passées inachevées. En 2025, le ministère avait annoncé un plan triennal pour déployer la 5G à travers le pays, en collaboration avec les opérateurs Alfa et Touch, promettant des vitesses ultra-rapides et une connectivité accrue. Selon des données de GSMA Intelligence de novembre 2025, le Liban comptait 4,76 millions de connexions mobiles actives, équivalant à 81,3 % de la population, avec 98,1 % en haut débit (3G, 4G ou 5G). Pourtant, la qualité reste médiocre dans de nombreuses régions, exacerbée par les pannes électriques récurrentes et l’absence d’investissements massifs. Un projet de déploiement de fibre optique à grande échelle, lancé en décembre 2025 pour connecter plus de 325 000 foyers dans 25 centrales, vise à porter la capacité à 400 000 abonnés d’ici 18 mois, mais la commission note que ces annonces n’ont pas encore produit d’effets mesurables.

Priorités contradictoires : l’accélération de Starlink au détriment du local

Une « paradoxe flagrante » a été soulignée par la commission : le ministère traîne des pieds sur la régulation des réseaux illégaux et l’expansion nationale, mais accélère le projet Starlink. Ce service satellite d’Elon Musk a obtenu une licence en septembre 2025, via un décret spécial contournant les procédures réglementaires habituelles, malgré les objections des opérateurs locaux et l’absence d’études d’impact. « Ce parcours ne constitue pas une modernisation technologique, mais un contournement du échec du ministère à gérer le secteur via une solution importée sans souveraineté réglementaire ni contrôles économiques », a critiqué Moussawi.

La controverse autour de Starlink est bien documentée. Dès juin 2025, des négociations étaient en cours, mais la licence accordée en septembre a suscité des recours devant le Conseil d’État, portés par des fournisseurs comme Terranet et Cable One, arguant de violations constitutionnelles et d’absence de concurrence loyale. Un rapport de SMEX d’août 2025 mettait en garde contre les risques pour la souveraineté des données, le droit libanais interdisant le transfert de données citoyennes à l’étranger sans garanties. Malgré cela, le ministère défend le projet comme un moyen de pallier les disruptions, notamment pendant les conflits, et d’augmenter les revenus de l’État. Des discussions avec d’autres opérateurs satellites, comme OneWeb, sont évoquées, mais sans transparence.

Le projet Liban Telecom : un saut prématuré sans bases solides

S’appuyant sur la loi 431/2002, vieille de plus de 24 ans, le ministre propose la création de Liban Telecom pour fusionner les actifs fixes d’Ogero et du ministère. La commission voit cela comme un « chemin réformateur erroné », préconisant d’abord une mise à jour du cadre légal, la nomination d’une autorité de régulation indépendante et l’imposition de transparence à Ogero pour valoriser les actifs publics. « Ce parcours remplace la réforme de l’État par la création d’une nouvelle entité sans aborder les dysfonctionnements structurels en matière de loi, gouvernance et finances », a expliqué Moussawi.

Annoncé en décembre 2025 comme un pilier de la réforme, Liban Telecom vise à restructurer le secteur fixe et à attirer des PPP. Selon le ministre Hage, lors d’une présentation en décembre 2025, cela permettra d’améliorer la couverture mobile de 40 % d’ici le premier trimestre 2026 et de lancer des appels d’offres pour la 5G. Mais des experts, comme ceux cités dans un rapport de la Banque mondiale d’avril 2025, soulignent que sans une TRA pleinement opérationnelle – réactivée en 2025 après 13 ans de vacance – ce projet risque de perpétuer les inefficacités. La commission appelle à une approche séquentielle pour éviter de dilapider des ressources.

Le secteur mobile : absence de transparence et changements abrupts

Un an après la prise de fonctions, aucun compte audité pour les compagnies MIC1 (Alfa) et MIC2 (Touch) n’a été publié, ni cadre de gouvernance adopté, ni services nouveaux lancés. Au lieu de cela, des conseils d’administration ont été nommés par décret ministériel sans justification claire, malgré des déclarations des compagnies sur des avancées opérationnelles et des hausses de revenus entre 2024 et 2025. Deux mois plus tard, un appel d’offres pour confier la gestion à des firmes étrangères a été lancé de manière opaque. « Ce chemin signifie que les nominations ont échoué et que ce qui est proposé n’est pas une réforme ni un partenariat, mais une privatisation déguisée sans gouvernance et hors du Parlement », a dénoncé Moussawi.

Le secteur mobile, duopole étatique, représente 90 % des revenus télécoms. Un document de politique de SMEX d’août 2025 propose une gouvernance indépendante avec un conseil d’administration séparant propriété publique et gestion opérationnelle, et des KPI pour mesurer l’efficacité. En octobre 2025, le Cabinet a formé un comité pour étudier l’avenir du secteur, incluant une possible privatisation partielle. Des données de DataReportal de novembre 2025 indiquent 4,76 millions de connexions, mais la qualité reste inégale, avec des plans pour un troisième opérateur via PPP d’ici trois ans.

L’Autorité de régulation des télécommunications : une indépendance compromise

Malgré la nomination d’un conseil pour la TRA en 2025 – après cinq mois –, le budget 2026 ne prévoit aucun revenu indépendant, maintenant les salaires via la Direction générale des investissements et de la maintenance, ce qui sape son autonomie. La commission note que la TRA émet des décisions hors de ses prérogatives, au service du ministre, plutôt que de définir les politiques. « La TRA est devenue un bureau technique subordonné au ministère pour produire des justifications, non une autorité indépendante », a affirmé Moussawi.

Réactivée en octobre 2025 par le ministre Hage, la TRA a publié des règlements sur les licences et la gestion du spectre en décembre 2025. En janvier 2026, elle a pris en charge l’homologation des équipements, et a lancé une enquête sur la satisfaction des consommateurs. Des amendements à la réglementation d’homologation ont été publiés en janvier 2026. Pourtant, un rapport de Global Validity de janvier 2026 souligne que sans budget autonome, son efficacité reste limitée.

Le secteur postal : négligé malgré son potentiel

Aucune enchère transparente n’a été lancée pour le secteur postal, sans cahier des charges final ni cadre concurrentiel. Le budget 2026 ne prévoit aucun revenu de ce secteur, laissant un domaine souverain et potentiellement rentable hors réforme et contrôle, tout en élargissant les services non postaux pour une compagnie privée. « Ce secteur, mondialement rentable avec des services logistiques, de livraison, e-commerce et paiements, est abandonné », a regretté Moussawi.

En décembre 2025, le ministre Hage a évoqué des réformes postales lors d’un atelier, mais sans détails concrets. Un rapport de l’Investment Development Authority of Lebanon (IDAL) note que le secteur ICT, incluant le postal, pourrait impacter le PIB à hauteur de 7 milliards de dollars d’ici 2025, mais les retards persistent.

Les capacités internationales et le câble sous-marin : transparence en question

Le Cabinet a approuvé un tracé maritime entre Beyrouth et Tartous pour connecter le Liban à l’Europe via MEDUSA, à la demande du ministre. Mais la commission relève l’absence d’évaluation du câble existant BERYTAR, option moins coûteuse et plus rapide, optant pour un projet de 10 millions d’euros par accord amiable sans comparaison, violant la loi sur les achats publics. « Ce chemin représente une violation des principes de transparence et de bonne gestion des fonds publics », a déclaré Moussawi.

Signé en octobre 2025 avec la Syrie, MEDUSA relie 12 pays, promettant une connectivité accrue. Mais des experts soulignent que sans évaluation comparative, cela pourrait alourdir les coûts inutiles.

Les implications immédiates pour le secteur

Cette évaluation de la commission met en lumière un bilan mitigé un an après la formation du gouvernement Salam. Alors que des avancées comme la réactivation de la TRA et les plans de fibre optique sont notées, les retards dans la transparence et la régulation persistent. En janvier 2026, le FMI a salué des progrès sur les réformes, mais insisté sur la nécessité de soutien externe. Les discussions avec la Banque mondiale pour un prêt de reconstruction, approuvé en janvier 2026, pourraient conditionner des fonds à des avancées sectorielles. Le ministre Hage, dans une déclaration de janvier 2026, a réaffirmé son engagement pour une modernisation « de fond en comble », avec des améliorations mobiles attendues au premier trimestre. Pourtant, les critiques de la commission soulignent des défis immédiats : pertes fiscales dues aux réseaux illégaux, qualité de service stagnante et priorités mal alignées. Des sources gouvernementales indiquent que des rapports KPI pourraient être publiés d’ici mars 2026, mais sans engagement ferme. Le secteur, avec 4,76 millions de connexions mobiles en fin 2025 selon GSMA, reste vulnérable aux disruptions, comme lors des tensions régionales. Des initiatives comme l’enquête de satisfaction de la TRA en décembre 2025 révèlent une insatisfaction générale, avec des appels à une gouvernance renforcée. Le budget 2026, approuvé en mars 2025 avec une hausse de 38 % des dépenses, inclut des frais sur les factures télécoms, mais sans allocation claire pour les réformes postales ou la TRA. Des réunions avec des investisseurs américains en 2025 visent à attirer des capitaux en IT, mais les controverses autour de Starlink freinent la confiance.

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