Dans un contexte marqué par les tensions persistantes au Liban, où les besoins humanitaires restent élevés en raison des crises multiples affectant le pays, la Croix-Rouge libanaise a annoncé le 2 février 2026 avoir reçu une donation significative de la part de la mission du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Liban. Cette remise, qui s’est déroulée dans la cour du Forum de Beyrouth, porte sur 23 ambulances entièrement équipées, destinées à renouveler une partie de la flotte vieillissante de l’organisation. Cet événement, bien que discret, illustre les efforts continus des acteurs internationaux pour soutenir les structures locales face aux défis posés par les déplacements de populations, les conflits régionaux et les difficultés économiques qui pèsent sur le système de santé libanais.
La cérémonie de remise a réuni des représentants des deux entités, soulignant l’importance de cette collaboration dans un pays qui accueille l’un des plus grands nombres de réfugiés par habitant au monde. Le Liban, avec sa population d’environ 6 millions d’habitants, héberge plus de 1,5 million de réfugiés syriens enregistrés auprès du HCR, sans compter les centaines de milliers de Palestiniens et d’autres groupes vulnérables. Cette pression démographique, combinée à une crise économique profonde depuis 2019, a mis à rude épreuve les services publics, y compris les urgences médicales. La donation arrive à un moment où les opérations de secours sont cruciales, notamment dans les zones frontalières affectées par les échanges sporadiques avec Israël et les répercussions des conflits régionaux.
Le rôle pivotal de la Croix-Rouge libanaise dans le paysage humanitaire
Fondée en 1945 et reconnue par l’État libanais comme auxiliaire des pouvoirs publics en matière d’assistance humanitaire, la Croix-Rouge libanaise opère à travers un réseau étendu couvrant l’ensemble du territoire. Avec 47 centres dédiés aux services d’urgence, quatre points d’assistance avancés et quatre salles d’opérations régionales, l’organisation mobilise quotidiennement environ 5 250 secouristes et paramédicaux. Sa flotte, qui compte actuellement 330 ambulances, assure une couverture nationale, des montagnes du Chouf aux plaines de la Bekaa, en passant par les quartiers densément peuplés de Beyrouth et les régions du sud exposées aux tensions sécuritaires.
En 2025, année marquée par une intensification des besoins dus aux retombées des conflits voisins et aux catastrophes naturelles mineures comme les inondations saisonnières, la Croix-Rouge libanaise a réalisé près de 200 000 missions humanitaires. Ces interventions englobent non seulement les urgences médicales immédiates, telles que les accidents de la route ou les crises cardiaques, mais aussi les transferts hospitaliers, les premiers secours lors d’événements publics et les réponses aux incidents liés aux déplacements forcés. Par exemple, dans les camps de réfugiés de la Bekaa, où les conditions sanitaires sont précaires en raison du surpeuplement et du manque d’infrastructures, les équipes de la Croix-Rouge interviennent régulièrement pour traiter des cas de malnutrition, de maladies infectieuses ou de blessures accidentelles.
Cette donation de 23 ambulances s’inscrit dans un projet plus large de modernisation de la flotte, initié par la Croix-Rouge libanaise pour remplacer les véhicules obsolètes. Beaucoup d’entre eux, acquis il y a plus d’une décennie, souffrent d’usure accélérée due à l’utilisation intensive dans des terrains difficiles et sous des contraintes budgétaires sévères. Le renouvellement vise à améliorer la rapidité d’intervention, essentielle dans un pays où les routes sont souvent congestionnées ou endommagées par les intempéries. Les nouvelles ambulances, équipées de matériel médical de pointe comme des défibrillateurs, des kits d’oxygénothérapie et des systèmes de communication avancés, permettront une meilleure prise en charge des patients en transit vers les hôpitaux.
Les déclarations des responsables lors de la remise
Lors de la cérémonie au Forum de Beyrouth, un espace symbolique souvent utilisé pour des événements publics dans la capitale libanaise, le secrétaire général de la Croix-Rouge libanaise, Georges Kettaneh, a exprimé sa gratitude envers la mission du HCR. « Nous remercions la mission du Haut-Commissariat pour cette donation précieuse qui contribue à soutenir et à renforcer la Croix-Rouge libanaise dans ses services humanitaires, en particulier dans le domaine des urgences et des secours », a-t-il déclaré. Il a précisé que ces véhicules seraient distribués dans tous les gouvernorats du Liban, selon la stratégie de l’association visant à moderniser son parc automobile dédié aux ambulances. Cette répartition géographique assure une équité dans la couverture, des zones urbaines de Tripoli au nord aux villages du sud comme Tyr, où les besoins sont accrus en raison de la proximité avec la ligne bleue, la frontière avec Israël surveillée par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL).
De son côté, la représentante de la mission du HCR au Liban, Carolina Lindholm Billing, a insisté sur le rôle central de la Croix-Rouge libanaise dans les lignes de front pour sauver des vies et assister les personnes en situation de vulnérabilité extrême. « La Croix-Rouge libanaise joue un rôle pivotal dans les premières lignes pour sauver des vies et soutenir les individus dans leurs moments les plus fragiles », a-t-elle affirmé. Elle a réitéré l’engagement du HCR à se tenir aux côtés du Liban et des institutions nationales fiables comme la Croix-Rouge, afin d’aider les communautés à travers le pays, qu’il s’agisse de Libanais ou de non-Libanais, y compris les réfugiés. « Renforcer les services d’urgence locaux reste essentiel pour garantir une assistance vitale, opportune et digne à tous ceux qui en ont besoin », a-t-elle ajouté.
Ces déclarations soulignent une partenariat stratégique qui va au-delà de cette donation unique. Le HCR, présent au Liban depuis les années 1960 mais intensifiant ses activités depuis le début de la crise syrienne en 2011, collabore régulièrement avec des acteurs locaux pour amplifier l’impact de ses interventions. Dans un pays où le gouvernement fait face à une dette publique dépassant les 100 milliards de dollars et une inflation qui a atteint des pics de 200 % en 2023, ces soutiens internationaux sont vitaux pour combler les lacunes du secteur public.
Le contexte humanitaire au Liban et l’impact des réfugiés
Le Liban traverse l’une des pires crises de son histoire récente, avec une contraction économique de plus de 40 % du PIB depuis 2018, selon les estimations de la Banque mondiale. Cette situation a exacerbé la pauvreté, touchant plus de 80 % de la population, et a affaibli les infrastructures de santé. Les hôpitaux publics, sous-financés, peinent à maintenir leurs opérations, tandis que les cliniques privées exigent des paiements en dollars américains inaccessibles pour beaucoup. Dans ce cadre, les services d’urgence de la Croix-Rouge libanaise représentent souvent le dernier recours pour les populations marginalisées, y compris les réfugiés syriens qui constituent environ 25 % de la population totale.
Le HCR, en tant qu’agence onusienne dédiée aux réfugiés, gère un programme annuel de plusieurs centaines de millions de dollars au Liban, axé sur la protection, l’hébergement, l’éducation et la santé. En 2025, l’organisation a assisté plus de 800 000 réfugiés syriens avec des aides en espèces, des kits d’hygiène et des consultations médicales, selon ses rapports officiels. Cependant, les fonds sont en baisse : le plan de réponse pour le Liban en 2025 n’a été financé qu’à hauteur de 40 %, forçant le HCR à prioriser les interventions les plus critiques. La donation des ambulances s’inscrit dans cette logique de renforcement des capacités locales, reconnaissant que les institutions nationales comme la Croix-Rouge sont mieux placées pour atteindre les communautés vulnérables dans des zones reculées.
Les régions comme la Bekaa et le sud du Liban, où se concentrent de nombreux camps de réfugiés, bénéficient particulièrement de ces améliorations. Dans la Bekaa, par exemple, les hivers rigoureux exposent les familles à des risques accrus de maladies respiratoires, nécessitant des interventions rapides. Au sud, les tensions sécuritaires persistantes, avec des incidents sporadiques le long de la frontière, exigent une preparedness constante. La Croix-Rouge libanaise, neutre et impartiale conformément aux principes du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, opère dans ces zones sans discrimination, transportant aussi bien des civils libanais que des réfugiés ou des Palestiniens.
Les défis opérationnels et la nécessité de modernisation
La flotte d’ambulances de la Croix-Rouge libanaise, bien que robuste, fait face à des contraintes logistiques. Avec 330 véhicules en service, l’entretien représente un coût majeur, aggravé par la dévaluation de la livre libanaise et les pénuries de carburant récurrentes. En 2025, l’organisation a dû adapter ses protocoles pour optimiser les ressources, formant ses paramédicaux à des techniques de triage avancées pour prioriser les cas les plus graves. Les 23 nouvelles ambulances, financées par le HCR, allègent cette pression en introduisant des modèles plus économes en énergie et équipés de technologies GPS pour une navigation optimisée dans les zones urbaines chaotiques de Beyrouth.
Au-delà des ambulances, la Croix-Rouge gère un système intégré incluant des banques de sang, des cliniques mobiles et des programmes de formation. Ses quatre salles d’opérations régionales coordonnent les réponses en temps réel, recevant des appels via un numéro d’urgence national. En 2025, sur les 200 000 missions, une part significative concernait des transferts non urgents, comme le transport de patients chroniques vers des centres de dialyse, soulignant le rôle de l’organisation comme pilier du système de santé libanais défaillant.
L’engagement continu du HCR pour une réponse durable
Le HCR poursuit son soutien aux capacités locales, conscient que l’autonomisation des associations et institutions nationales est une pierre angulaire pour une résilience humanitaire durable au Liban. En élargissant l’accès aux communautés les plus vulnérables dans diverses régions, l’agence assure une aide efficace et opportune à ceux qui en ont le plus besoin. Cette approche inclut des partenariats avec d’autres entités onusiennes, comme l’OMS pour la vaccination ou l’UNICEF pour la protection infantile, mais la collaboration avec la Croix-Rouge reste centrale pour les urgences.
Dans les mois récents, le HCR a intensifié ses efforts face aux retombées des conflits régionaux, notamment les afflux potentiels de déplacés internes suite à des escalades au sud. Les ambulances nouvellement acquises seront déployées prioritairement dans les gouvernorats du Nord, de Beyrouth, du Mont-Liban, de la Bekaa, de Nabatieh et du Sud, couvrant ainsi les zones à haute densité de réfugiés. Cette distribution reflète une analyse des besoins basée sur les données opérationnelles de 2025, où les missions dans la Bekaa ont représenté près de 30 % du total en raison des conditions précaires des camps.
Les implications immédiates pour les services d’urgence
Avec cette donation, la Croix-Rouge libanaise renforce sa capacité à répondre aux incidents quotidiens, comme les accidents routiers qui font des centaines de victimes annuellement sur les routes libanaises dégradées. Les paramédicaux, formés aux standards internationaux, pourront intervenir plus efficacement, réduisant les délais critiques qui peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Dans les zones rurales, où les hôpitaux sont éloignés, ces ambulances équipées permettront des stabilisations sur site avant le transport.
Par ailleurs, cette initiative s’aligne avec les résolutions de l’ONU sur le Liban, notamment celles appelant à un soutien accru aux institutions humanitaires face aux crises prolongées. Le HCR, en tant qu’agence spécialisée, continue d’insister sur l’intégration des réfugiés dans les services locaux, évitant ainsi une ségrégation qui pourrait aggraver les tensions sociales. En février 2026, alors que le pays navigue entre instabilité politique et pressions économiques, ces 23 ambulances symbolisent un pas concret vers une meilleure preparedness, assurant que les services d’urgence restent accessibles à tous, des résidents libanais aux réfugiés en quête de protection.
Les opérations récentes de la Croix-Rouge libanaise, incluant des interventions dans les zones affectées par des pluies torrentielles en janvier 2026, démontrent l’utilité immédiate de tels renforts. Dans la Bekaa, par exemple, des équipes ont évacué des familles inondées, transportant des blessés vers des centres médicaux temporaires. Ces actions, soutenues par le partenariat avec le HCR, maintiennent la chaîne d’assistance humanitaire active face aux défis persistants.



