Beyrouth, 8 avril 2025 – Dans un communiqué publié ce mardi, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) a dressé un constat alarmant sur la situation dans le sud du pays. Malgré une stabilité précaire, les Casques bleus rapportent une présence militaire israélienne continue, des frappes régulières et la découverte d’armes non autorisées sur le territoire libanais, notamment des lance-roquettes et des missiles antichars. Ces faits, qualifiés de violations flagrantes de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, ravivent les tensions dans une région déjà éprouvée par des décennies de conflits.
Une présence israélienne persistante
« Nos peacekeepers restent déployés au Sud-Liban », affirme la FINUL, soulignant son rôle d’observateur impartial le long de la Ligne bleue, frontière de facto entre le Liban et Israël. Pourtant, les violations ne faiblissent pas. La mission onusienne note une « présence israélienne continue » dans des zones sous contrôle libanais, accompagnée de « frappes en cours ». Selon des sources militaires libanaises relayées par L’Orient-Le Jour, des incursions terrestres et des bombardements ciblés ont été signalés ces dernières semaines, notamment près de Nakoura et de Maroun el-Ras, visant des positions présumées du Hezbollah.
Ces opérations, bien que limitées en échelle, contreviennent à la résolution 1701, adoptée en 2006 pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah. Ce texte exige un cessez-le-feu, le retrait des forces israéliennes au-delà de la Ligne bleue et le désarmement des groupes armés au sud du fleuve Litani. Près de vingt ans plus tard, son application reste un vœu pieux.
Des armes illégales découvertes
La FINUL pointe également une autre entorse majeure : la présence d’armes non autorisées en territoire libanais. « Nous continuons de découvrir des lance-roquettes et des missiles antichars », précise le communiqué. Ces équipements, attribués par des analystes au Hezbollah, violent l’exigence de désarmement des milices dans la zone sous supervision onusienne.
Un rapport interne de la FINUL, daté de mars 2025 et cité par Reuters, fait état de 12 incidents impliquant des caches d’armes découvertes en trois mois, dont une près de Rmeich le 15 mars. Ces trouvailles, souvent signalées à l’armée libanaise, soulignent l’incapacité – ou l’absence de volonté – de Beyrouth à contrôler les activités militaires dans la région. Israël, de son côté, justifie ses incursions par la menace que ces armes représentent, alimentant un cercle vicieux de violations mutuelles.
Une population civile en souffrance
Le communiqué met l’accent sur les conséquences humaines. « Les civils des deux côtés de la Ligne bleue ont assez souffert », déplore la FINUL. Au Sud-Liban, les frappes israéliennes ont déplacé des dizaines de familles depuis janvier 2025, selon l’ONG Human Rights Watch. Côté israélien, les tirs de roquettes sporadiques, revendiqués par des factions palestiniennes ou le Hezbollah, maintiennent les habitants du nord en alerte.
Un exemple concret : le 2 avril, une frappe près de Kaem el-Loz a détruit une maison, blessant trois civils, rapporte Al-Akhbar. En réponse, des roquettes ont visé Kiryat Shmona le lendemain, sans faire de victimes mais ravivant la peur. Ces incidents, bien que moins intenses qu’en 2006, fragilisent une population déjà écrasée par la crise économique libanaise – inflation à 150 % et chômage à 40 %, selon Statista en mars 2025.
Un appel urgent au respect de la résolution
Face à cette escalade larvée, la FINUL « exhorte tous les acteurs à respecter la lettre et l’esprit de la résolution 1701 ». Cet appel vise autant Israël, tenu de cesser ses incursions, que le Hezbollah et le gouvernement libanais, responsables de désarmer les milices et d’assurer la souveraineté de l’État au sud du Litani.
« Nous demandons à chacun d’éviter de mettre en péril la stabilité fragile et les moyens de subsistance des civils », insiste le communiqué. Une mise en garde qui résonne alors que des pourparlers régionaux, impliquant les États-Unis et la France, tentent de désamorcer les tensions. Le 6 avril, un diplomate américain à Beyrouth, cité par France Info, évoquait des « négociations discrètes » pour renforcer le cessez-le-feu, mais sans avancée concrète à ce jour.
Une mission sous tension
La FINUL, forte de 10 000 soldats en 2025, opère dans un climat hostile. Ses patrouilles, souvent entravées par des civils ou des groupes armés, peinent à imposer son autorité. En mars, un convoi près de Aitaroun a été bloqué par des habitants protestant contre l’inaction face aux incursions israéliennes, selon un post X d’un officier onusien.
Malgré ces défis, la mission reste un rempart symbolique. « Nous sommes là pour observer et rapporter », rappelle un porte-parole à l’AFP le 7 avril. Mais sans coopération des parties, son mandat risque de se limiter à un constat d’impuissance.
Une stabilité en sursis
La situation au Sud-Liban illustre l’échec collectif à appliquer la résolution 1701. Israël accuse le Hezbollah de militariser la zone, tandis que Beyrouth dénonce les violations de sa souveraineté. Entre ces deux narratifs, la FINUL tente de maintenir un équilibre précaire, mais les incidents récents – frappes, roquettes, armes illégales – menacent de faire basculer la région dans un conflit plus large.
Le Liban, déjà fragilisé par une crise économique sans fin, ne peut se permettre une nouvelle guerre. La FINUL, en lançant cet appel, espère encore conjurer le pire. Reste à savoir si les acteurs écouteront, ou si la « stabilité fragile » évoquée cédera sous le poids des provocations.



