La juge Ghada Aoun, procureure générale près la cour d’appel du Mont-Liban, a relancé le processus judiciaire dans l’affaire Optimum, un scandale financier d’envergure impliquant des figures clés du secteur bancaire libanais. Cette relance intervient à un moment charnière pour le Liban, alors que Nawaf Salam, récemment nommé Premier ministre, a plaidé pour une réforme en profondeur de l’appareil judiciaire. Par ailleurs, ce matin, le juge Tarek Bitar a également repris les enquêtes sur l’explosion du port de Beyrouth, mettant ainsi la justice libanaise sous les projecteurs dans deux dossiers emblématiques.
L’affaire Optimum : un scandale à 8 milliards de dollars
L’affaire Optimum concerne des transactions financières suspectes effectuées entre 2015 et 2018 entre la Banque du Liban (BDL) et la société de courtage Optimum Invest. Ces transactions, totalisant environ 8 milliards de dollars, auraient servi à dissimuler les pertes financières de la BDL, exacerbant ainsi la crise économique et financière du Liban. Riad Salamé, alors gouverneur de la BDL, est accusé d’avoir orchestré ces opérations dans le cadre d’ingénieries financières controversées.
Les inculpations de figures clés du secteur bancaire
La juge Aoun a engagé des poursuites contre Riad Salamé, le gouverneur par intérim de la Banque du Liban, Wassim Mansouri, ainsi que des figures de premier plan du secteur bancaire, telles que Samir Hanna, président de Bank Audi, et Marwan Khair Eddine, président de Al Mawarid. Ces accusations s’ajoutent à celles visant Fadi Anis Al-Daouk, président de la Bank of Egypt and Lebanon. Tous sont soupçonnés de détournement de fonds publics, de blanchiment d’argent et d’abus de pouvoir. La juge a également demandé au Barreau l’autorisation de poursuivre l’avocat Michel Twaini et Marwan Khair Eddine.
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Un contexte de réforme judiciaire initié par Nawaf Salam
La relance de cette affaire judiciaire s’inscrit dans un contexte où Nawaf Salam, le nouveau Premier ministre, a exprimé sa volonté de restaurer l’autorité judiciaire et d’introduire des réformes structurelles pour lutter contre la corruption. Dans son discours après sa nomination, Salam a insisté sur la nécessité de garantir une indépendance totale à la justice et de rouvrir les dossiers emblématiques bloqués depuis des années.
Reprise des enquêtes sur l’explosion du port de Beyrouth
En parallèle, le juge Tarek Bitar a relancé ce matin les enquêtes sur l’explosion du port de Beyrouth, un dossier qui avait été entravé par des pressions politiques et judiciaires. Cette reprise, comme celle de l’affaire Optimum, est perçue comme un test de la capacité du Liban à briser le cercle de l’impunité et à restaurer l’État de droit.
Les ramifications internationales de l’affaire Optimum
En plus des poursuites nationales, Riad Salamé fait également face à des enquêtes dans plusieurs pays européens, notamment en France, en Suisse et en Allemagne. Ces enquêtes portent sur des soupçons de blanchiment d’argent et de détournement de fonds publics. Parmi les faits reprochés à Salamé à l’étranger figurent :
- En France, un mandat d’arrêt international émis pour des soupçons d’enrichissement illicite et de blanchiment via des biens immobiliers.
- En Suisse, une enquête sur des transferts suspects liés à Forry Associates, une société offshore dirigée par son frère Raja Salamé.
- En Allemagne et au Luxembourg, des accusations concernant des actifs financiers et immobiliers acquis via des mécanismes de blanchiment complexes.
Réactions des accusés et implications pour le Liban
Riad Salamé et les autres accusés ont nié toutes les accusations, affirmant que leurs transactions respectaient les lois en vigueur. Cependant, la relance de ces enquêtes envoie un message fort, tant au Liban qu’à l’international, sur la volonté d’affronter la corruption systémique. Pour Nawaf Salam et son gouvernement en gestation, ces actions judiciaires marquent un moment clé pour montrer l’engagement du Liban envers les réformes.
Impact sur le système financier et judiciaire
Les affaires Optimum et l’explosion du port de Beyrouth soulignent les profondes défaillances institutionnelles du Liban. Si la justice parvient à progresser dans ces dossiers, cela pourrait restaurer une partie de la confiance des citoyens et des partenaires internationaux. Néanmoins, le défi reste immense face aux résistances politiques et institutionnelles.



