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La première visite officielle de Joseph Aoun consacrée à l’Arabie saoudite

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Le 25 février 2025, le président libanais Joseph Aoun entamera sa première visite officielle à l’étranger depuis son élection le 9 janvier 2025, en se rendant en Arabie saoudite. Accompagné d’une délégation ministérielle dirigée par le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, ce déplacement, annoncé par Al-Jadeed TV, intervient dans un contexte de crise économique et financière sans précédent. Quelques jours plus tôt, le 23 février, Aoun a déclaré à une délégation iranienne que « le Liban est fatigué des guerres des autres sur son sol », un message visant à affirmer la souveraineté face aux ingérences, notamment iraniennes via le Hezbollah. Cette visite à Riyad suscite l’espoir d’une aide financière saoudienne pour contourner les conditions strictes du FMI, mais elle pourrait aussi exacerber les tensions politiques, l’Arabie saoudite étant susceptible de lier son soutien à des mesures contre le Hezbollah, tandis que des élites corrompues, souvent anti-Hezbollah, bloquent déjà l’aide internationale.

Une première visite dans un Liban en détresse

En choisissant l’Arabie saoudite pour sa première sortie internationale, Joseph Aoun, ancien commandant des Forces armées libanaises (FAL), mise sur un partenariat stratégique avec un allié arabe influent. Élu avec le soutien des États-Unis et de Riyad, il incarne une tentative de sortir le Liban d’une crise économique et financière débutée en 2019, qualifiée par la Banque mondiale de l’une des pires de l’histoire moderne. La livre libanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur, l’inflation galope, et plus de 80 % de la population vit dans la pauvreté. Les dépôts bancaires sont gelés depuis le défaut de paiement de l’État en 2020, et les services de base, comme l’électricité, sont quasi inexistants.

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Face à cette situation, l’Arabie saoudite, qui avait coupé son aide en 2016 en raison de la mainmise du Hezbollah, apparaît comme une bouée de sauvetage. Après des années de distance, le royaume semble prêt à réinvestir, voyant en Aoun un leader capable de réaligner le Liban sur ses intérêts. Pour beaucoup de Libanais, cette première visite officielle pourrait débloquer une assistance financière rapide, évitant les réformes drastiques exigées par le FMI, jugées irréalisables dans un système rongé par la corruption.

Un message géopolitique et un appel économique

Les propos de Aoun à la délégation iranienne, qualifiés de « message direct » par Al-Jadeed, traduisent une volonté de reprendre le contrôle des décisions stratégiques, souvent dictées par le Hezbollah et son parrain iranien. En se tournant vers Riyad, rival de Téhéran, Aoun cherche à contrebalancer cette influence tout en répondant à l’urgence économique. Contrairement au FMI, dont les négociations pour un plan de 3 milliards de dollars, amorcées en 2022, restent bloquées, l’Arabie saoudite pourrait offrir une aide plus flexible, sous forme de dons ou d’investissements directs, comme les 3 milliards promis en 2014 pour l’armée (annulés par la suite).

Cependant, cette aide saoudienne ne viendra pas sans conditions. Riyad pourrait exiger des mesures concrètes contre le Hezbollah, comme une réduction de son influence politique ou un désarmement partiel, pour s’assurer que le Liban s’éloigne de l’orbite iranienne. Une telle conditionnalité risque d’aggraver la crise politique interne, le Hezbollah restant une force incontournable avec une base populaire et un arsenal militaire, malgré ses pertes dans le conflit de 2023-2024.

Une délégation emmenée par Joe Raggi

À Riyad, Joseph Aoun sera accompagné d’une délégation dirigée par Joe Raggi, ministre des Affaires étrangères depuis la formation du gouvernement de Nawaf Salam le 8 février 2025. Diplomate chevronné, Raggi apporte une expertise précieuse pour négocier avec les Saoudiens. La délégation inclura probablement des responsables des finances, de l’énergie et de la défense, reflétant les priorités : obtenir des fonds pour stabiliser l’économie, reconstruire les zones dévastées par la guerre récente, et renforcer l’armée comme contrepoids au Hezbollah.

Les discussions pourraient porter sur des projets immédiats – relance de l’électricité, soutien à la livre – mais aussi sur des engagements sécuritaires. Une aide saoudienne conditionnée à des actions contre le Hezbollah placerait Aoun dans une position délicate, entre les attentes de Riyad et les réalités d’un pays fracturé.

L’impasse du FMI et le blocage des élites corrompues

Depuis 2020, le Liban tente de sécuriser un programme du FMI, mais les réformes exigées – restructuration bancaire, audit des comptes, fin des subventions inefficaces – restent lettre morte. Ces conditions, essentielles pour débloquer 3 milliards de dollars, se heurtent à la résistance d’une classe politique corrompue, accusée de protéger ses intérêts. Ironiquement, nombre de ces élites, souvent présentées comme opposées au Hezbollah, sont les mêmes qui bloquent l’aide internationale, préférant maintenir un statu quo qui préserve leurs privilèges.

Cette impasse alimente l’espoir d’une solution saoudienne. Une aide directe de Riyad, moins contraignante, éviterait les ajustements douloureux du FMI, mais la condition anti-Hezbollah pourrait compliquer davantage la situation. Alors que ces élites anti-Hezbollah rejettent le FMI pour échapper à la transparence, elles pourraient aussi s’opposer à des concessions trop fortes envers Riyad, craignant une perte de pouvoir face à un Hezbollah encore influent.

Nawaf Salam : un relais pour concrétiser l’aide

À Beyrouth, le Premier ministre Nawaf Salam soutient cette offensive diplomatique. Selon Al-Jadeed, il prépare des accords bilatéraux avec l’Arabie saoudite, à finaliser lors d’une visite après le Ramadan, fin mars 2025, où il signera des ententes conjointes. Ces accords pourraient transformer les promesses de Riyad en projets concrets – énergie, reconstruction – offrant un répit à une population exsangue. Salam, avec son profil réformateur, tente de rassurer les Saoudiens sur l’utilisation des fonds, mais la corruption systémique reste un défi majeur.

Un équilibre précaire entre aide et tensions

Cette première visite officielle suscite des attentes économiques, mais elle comporte des risques politiques. Si l’Arabie saoudite conditionne son aide à une action contre le Hezbollah, cela pourrait raviver les tensions internes. Le mouvement, affaibli mais résilient, conserve une légitimité auprès de ses partisans, et toute tentative de le marginaliser trop vite – surtout sous pression extérieure – pourrait déstabiliser le fragile équilibre confessionnel. Parallèlement, les élites corrompues, qui sabotent l’aide du FMI tout en se disant anti-Hezbollah, pourraient voir dans une aide saoudienne conditionnée une menace à leur domination, compliquant encore la donne.

Pour Joseph Aoun, cette visite est un pari. Sécuriser une aide rapide sans déclencher une crise interne exigera une diplomatie fine. Les résultats – fonds débloqués, projets lancés, concessions exigées – seront scrutés par une population désespérée mais méfiante, lassée des promesses non tenues.

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