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La pression internationale sur Beyrouth : diplomatie régionale et ultimatum économique

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Le Liban se trouve sous un feu croisé de pressions internationales et régionales, alors que ses partenaires exigent des réformes économiques pour enrayer une crise persistante depuis 2019. Ces exigences oscillent entre soutien diplomatique et conditions fermes, frôlant parfois l’ultimatum. Au-delà des aspects financiers, la dynamique révèle une lutte géopolitique où l’Arabie saoudite et les puissances occidentales jouent un rôle déterminant.

Un trio d’exigences occidentales

Les capitales occidentales, appuyées par la Banque mondiale, fixent trois priorités claires pour Beyrouth : une restructuration bancaire, la nomination d’une nouvelle direction à la Banque du Liban (BDL), et des garanties de transparence sur les flux financiers. Ces conditions, à remplir avant les discussions avec le FMI, traduisent une frustration croissante face aux retards libanais. Le gouverneur de la BDL tente de nuancer : « Nous ne suivons pas des exigences américaines, mais une politique dans l’intérêt du Liban pour relancer la croissance économique. » Cette prise de position souligne une volonté de préserver une souveraineté apparente sous une pression internationale accrue.

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Ces demandes s’inscrivent dans un cadre plus large. Les attentes du FMI ne se limitent pas à des ajustements techniques : elles visent une refonte de la gouvernance, une lutte contre la corruption, et une remise en ordre des finances publiques. L’objectif est de redonner au Liban une crédibilité internationale, mise à mal depuis l’effondrement économique de 2019, qui a vu la confiance des marchés et des déposants s’effriter dramatiquement.

L’Arabie saoudite : un pivot régional

L’Arabie saoudite se distingue comme un acteur diplomatique central. Riyad réaffirme son soutien aux efforts de réforme menés par le président Joseph Aoun, en poste depuis le 9 janvier 2025, et le Premier ministre Nawaf Salam, nommé le 8 février. La stabilisation du Liban s’impose comme une priorité pour le royaume, dans un Moyen-Orient déjà secoué par des conflits en Syrie et à Gaza. Ce soutien, cependant, n’est pas inconditionnel : Beyrouth doit démontrer des avancées concrètes pour sortir de son marasme financier et regagner une stature régionale.

Ce positionnement s’explique par des enjeux géopolitiques. Riyad voit dans un Liban stable un rempart contre l’influence iranienne, exercée notamment via le Hezbollah. Après une rupture diplomatique en 2021, suivie d’une reprise progressive des relations, l’Arabie saoudite a intensifié son engagement. Les échanges du 5 avril 2025 entre émissaires saoudiens et libanais à Jeddah (Reuters, 6 avril) confirment cette volonté de peser sur l’avenir de Beyrouth, à condition que des réformes tangibles émergent.

Diplomatie et géopolitique entrelacées

Les pressions internationales s’entrelacent avec des dynamiques internes complexes. Un lobby politico-financier, opérant entre Washington et Beyrouth, exerce une influence notable. Ce groupe pousse le gouvernement à élargir son agenda au-delà des réformes économiques, en abordant la privatisation de secteurs stratégiques comme l’électricité et les télécommunications, ainsi que le désarmement du Hezbollah. Cette convergence entre intérêts externes et locaux reflète une lutte de pouvoir où la crise économique devient un levier géopolitique.

Joseph Aoun reconnaît la coopération du Hezbollah dans l’élaboration d’un calendrier pour revoir l’arsenal du mouvement. Ce processus, lancé lors d’un dialogue interne le 28 mars 2025 (The National, 29 mars), vise à apaiser les tensions domestiques et internationales. Le président s’efforce de contenir les risques d’instabilité, dans un contexte où les heurts sectaires à Tripoli le 25 mars 2025 (Le Parisien, 25 mars) rappellent la fragilité sociale. Cette initiative répond en partie aux attentes saoudiennes et occidentales, mais soulève des défis internes majeurs.

Réponses institutionnelles sous contrainte

Les institutions libanaises tentent de montrer leur sérieux. Le gouvernement révise des textes clés, notamment sur le secret bancaire, pour se conformer aux standards internationaux de transparence financière. Cette mesure, alignée sur les normes de l’OCDE et du GAFI, doit répondre aux attentes des bailleurs de fonds. Parallèlement, le Conseil des ministres examine des projets pour stabiliser le secteur financier, marqué par des pertes colossales depuis 2019. Ces efforts, bien que significatifs, restent sous une surveillance étroite, les créanciers exigeant des résultats avant tout engagement.

Le calendrier s’accélère avec l’approche des discussions avec le FMI. Ces négociations, prévues le 21 avril 2025, pourraient débloquer des fonds essentiels pour soutenir une balance des paiements en déficit chronique et une livre dévaluée de plus de 95 % depuis 2019. Les transferts de la diaspora, estimés à 6,7 milliards de dollars en 2023 (33 % du PIB selon les données officielles), ont offert un soutien temporaire, mais ce filet de sécurité s’affaiblit face à des besoins croissants.

Entre ultimatum et opportunité

La classe politique prend conscience que la crédibilité du Liban est en jeu. Un échec à présenter des avancées concrètes pourrait accentuer l’isolement international du pays, aggravant une crise sociale déjà aiguë. Les manifestations des employés municipaux à Tripoli le 24 mars 2025 pour des salaires impayés (Libnanews, 24 mars) illustrent cette tension. Les partenaires internationaux, bien que soutenant une relance, adoptent une posture ferme : sans réformes, l’aide restera hors de portée.

Ces pressions interrogent la marge de manœuvre du gouvernement. Restaurer la confiance internationale tout en préservant la cohésion sociale constitue un défi majeur. Au sein du cabinet Salam, les divergences émergent. Certains ministres privilégient une approche mesurée pour éviter une explosion sociale, dans un pays où 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté selon l’ONU en mars 2025. D’autres insistent sur des mesures rapides pour répondre aux attentes des bailleurs de fonds. Joseph Aoun cherche à équilibrer ces priorités, mais les divisions internes compliquent les décisions.

Une région en jeu

La diplomatie saoudienne s’inscrit dans une vision régionale plus large. Riyad perçoit le Liban comme un enjeu stratégique face à l’Iran et à ses alliés. Les discussions du 5 avril ont évoqué un soutien financier potentiel, mais conditionné à des réformes économiques et à une réduction de l’influence du Hezbollah (Al Jazeera, 7 avril). Cette approche s’aligne avec les objectifs occidentaux, qui insistent sur une gouvernance transparente et une stabilité politique.

Les municipales de mai 2025, dont les dates ont été fixées le 4 mars par le ministre de l’Intérieur Ahmad Hajjar (Libnanews, 4 mars), ajoutent une dimension interne à ces pressions. Les réformes pourraient influencer ce scrutin, dans un climat où les tensions sociales risquent de peser sur la participation. Le gouvernement doit jongler entre ces échéances locales et les exigences internationales, un exercice d’équilibre aux conséquences profondes.

Le poids des enjeux financiers

Le secteur financier reste un point focal. Avant 2019, il représentait une force économique majeure, avec des actifs équivalant à quatre fois le PIB. Aujourd’hui, ces actifs sont largement irrécouvrables, liés à des créances sur la BDL ou l’État en défaut. Les restrictions sur les retraits, en place depuis 2019, ont anéanti la confiance des déposants. Les mesures en cours, bien qu’essentielles, se heurtent à des résistances internes, notamment de la part d’un lobby bancaire cherchant à protéger ses intérêts.

Les attentes du FMI incluent un audit complet de la BDL et une unification des taux de change. Ces réformes, évoquées dès 2022, conditionnent l’aide internationale. Leur mise en œuvre reste entravée par des luttes de pouvoir, illustrant les défis d’un pays sous une double pression : interne et externe.

Une population sous tension

La population libanaise, usée par des années de crise, observe ces évolutions avec espoir et scepticisme. Les manifestations à Tripoli le 24 mars traduisent une frustration croissante face à des salaires impayés et une précarité galopante. Les réformes, si elles débloquent une aide internationale, pourraient alléger ces souffrances. Une gestion inadéquate, en revanche, risque d’amplifier la défiance envers une élite discréditée.

Un tournant imminent

Les semaines à venir détermineront si le Liban peut convertir ces pressions en opportunités de redressement. Le soutien saoudien et les exigences occidentales offrent une chance, mais imposent des réformes rapides et ambitieuses. Entre diplomatie régionale et ultimatum économique, Beyrouth doit trouver un chemin pour éviter l’isolement tout en préservant sa stabilité, dans un équilibre aussi fragile que déterminant.

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Newsdesk Libnanews
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