jeudi, février 19, 2026

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La rue silencieuse: pourquoi la colère ne se transforme pas en explosion

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Une hausse qui touche tout le monde, mais une mobilisation qui ne décolle pas

Le 19 février 2026, la hausse du prix de l’essence et l’annonce d’un relèvement de la TVA dominent la conversation publique, car ces mesures touchent immédiatement la vie quotidienne. Dans le même temps, la réaction de rue reste limitée. L’écart entre l’ampleur du choc et la faiblesse des rassemblements devient en soi un fait politique. Plusieurs éléments publiés ce jour-là décrivent une colère réelle, mais aussi une mobilisation qui ne prend pas l’ampleur attendue, au point que des observateurs étrangers évoquent une protestation « timide » et l’incapacité des opposants à réunir des foules importantes.  

Cette absence de débordement ne signifie pas absence de tension. Elle renvoie à une société épuisée, à des organisations de contestation fragmentées et à un encadrement sécuritaire assumé. Le 19 février 2026, la colère circule dans les discussions, dans les transports et dans les commerces, mais elle se convertit plus facilement en plaintes, en décisions individuelles et en recours juridiques qu’en occupation durable de l’espace public.  

L’autre donnée qui pèse est la nature même de la taxe sur l’essence. Elle est comprise comme un prélèvement direct sur la mobilité, donc sur le travail, et elle se répercute sur le coût de la livraison et de la distribution. C’est précisément ce caractère « transversal » qui alimente la colère, tout en rendant la mobilisation plus difficile. Quand le prix du carburant monte, beaucoup de ménages réduisent d’abord leurs déplacements. Or manifester suppose souvent de se déplacer. Le choc fiscal agit donc comme un frein matériel à la contestation, surtout pour ceux qui vivent loin des centres de rassemblement habituels.  

La stratégie du pouvoir: empêcher les routes de devenir l’arène

Le 19 février 2026, un élément ressort nettement: la volonté d’éviter que la protestation prenne la forme de blocages routiers et de paralysie. Une source décrit une décision prise à un niveau élevé pour « contrôler la rue » et empêcher que les mouvements ne basculent vers le chaos. Le même passage mentionne des instructions adressées à l’armée et aux forces de sécurité pour empêcher les coupures d’axes, les actes de violence et les atteintes aux biens publics et privés.

Ce choix a une logique simple. Dans les années de crise, le blocage de routes est devenu l’un des modes d’action les plus visibles, mais aussi l’un des plus coûteux socialement. Il pénalise les travailleurs, il bloque les ambulances, il ralentit l’économie et il crée une tension directe entre citoyens. Empêcher ce mode d’action revient à limiter la capacité d’une mobilisation à se rendre visible. Quand une rue ne peut pas bloquer, elle doit trouver d’autres formes de pression. Or ces formes sont plus longues, moins spectaculaires, donc moins mobilisatrices au jour le jour.

Dans ce contexte, le maintien de la circulation devient un objectif politique autant que sécuritaire. Le message implicite est que le gouvernement ne recule pas sous la pression immédiate. La colère peut être exprimée, mais elle ne doit pas se traduire par une paralysie du pays. Ce cadrage contribue à expliquer pourquoi la contestation se déplace vers des outils juridiques, syndicaux et parlementaires.

Le transport comme premier front, mais pas comme détonateur national

Le 19 février 2026, la contestation est particulièrement portée par le secteur des transports, car il subit l’augmentation en premier et la transmet ensuite. Des organisations professionnelles et des syndicats de transport apparaissent comme des acteurs structurants dans la riposte. Une source indique que des mouvements étaient envisagés dans plusieurs régions pour pousser le gouvernement à revenir sur les augmentations.  

Pourtant, ce front ne devient pas automatiquement une mobilisation nationale. Il existe au Liban une différence entre une colère partagée et une action collective. La colère est largement partagée. Mais l’action collective exige un leadership, des mots d’ordre et une coordination. Le secteur du transport peut lancer une grève ou une protestation, mais il ne fédère pas à lui seul tous les secteurs sociaux. Les salariés du privé, les indépendants, les étudiants et les habitants des régions ne se mobilisent pas forcément au même moment, ni pour les mêmes priorités.

Autre facteur: beaucoup de ménages dépendent de la continuité du travail quotidien pour survivre. Une journée de mobilisation peut coûter une journée de revenu. Dans un pays où le pouvoir d’achat est déjà fragilisé, le coût individuel de la protestation devient élevé. Ce coût explique pourquoi la colère se traduit d’abord par des stratégies d’adaptation, parfois invisibles, comme réduire les déplacements, annuler des visites médicales non urgentes, limiter des achats et retarder des démarches administratives.

Le choix du droit: un recours au Conseil d’État avec des acteurs identifiés

Le 19 février 2026, un tournant se dessine dans la forme de la contestation: le passage au juridique. Un recours devant le Conseil d’État est annoncé contre la décision gouvernementale liée à la taxe sur l’essence. Les organisations de transport sont citées comme parties prenantes, et un avocat est explicitement mentionné, Fadi Al Hajjar, présenté comme déposant le recours au nom du syndicat des propriétaires d’autobus et de voitures publiques, ainsi que de bureaux de transport.

Ce détail change la nature de la confrontation. Une manifestation dure quelques heures. Un recours ouvre une séquence. Il oblige l’État à répondre, il impose un calendrier de procédure, et il permet à l’opposition d’exister sans descendre massivement dans la rue. Cette méthode est aussi une réponse à l’encadrement sécuritaire des rassemblements. Si l’espace public est étroitement contrôlé, l’espace institutionnel devient un refuge.

Le recours a aussi une utilité politique. Il permet de dire: la taxe n’est pas seulement injuste, elle est contestable sur la forme. Dans une société où la défiance envers les institutions est forte, transformer le conflit fiscal en conflit de légalité peut fédérer au-delà des clivages politiques, car il devient plus facile de rassembler sur le principe du droit que sur un programme partisan.

Des partis en embuscade: transformer la colère en capital politique

Le 19 février 2026, des formations politiques cherchent à capter la colère fiscale. Le recours annoncé s’inscrit aussi dans une stratégie de mise en avant: apparaître comme défenseur des citoyens face à une décision impopulaire.  

Dans le même temps, des critiques politiques très dures apparaissent, avec une rhétorique qui accuse le pouvoir de ponctionner les Libanais au lieu de lutter contre le gaspillage et la corruption. Un responsable politique est cité, Tarek Al Daoud, vice-président du Mouvement de lutte arabe, présentant les décisions fiscales comme une punition collective et insistant sur la hausse de la TVA et les prélèvements sur les carburants.  

Ce type de discours a une fonction. Il vise à convertir un débat technique en débat moral. Il simplifie l’enjeu: d’un côté, une population épuisée; de l’autre, un pouvoir qui prend. Cette simplification est efficace médiatiquement, mais elle ne suffit pas à remplir la rue. Pour remplir la rue, il faut aussi une organisation capable d’encadrer, de protéger et de tenir la durée. Or la journée du 19 février 2026 montre surtout une multiplication de positions, pas une unification des canaux de mobilisation.

La variable “fatigue”: un pays qui proteste moins parce qu’il survit au jour le jour

L’une des clés de la rue silencieuse est la fatigue. Le 19 février 2026, l’observation d’une réaction limitée n’est pas seulement un jugement extérieur; elle correspond à une réalité sociale. Beaucoup de Libanais vivent dans un mode de gestion immédiate. Les arbitrages se font à la journée: transport, nourriture, générateur, frais scolaires, soins. Dans ce cadre, la protestation devient un luxe pour ceux qui peuvent se permettre de perdre du temps ou du revenu.

La fatigue est aussi psychologique. Après des années de crise, une partie de la population doute de l’efficacité de la rue. Cette perception se renforce quand les décisions annoncées paraissent difficiles à annuler. Le 19 février 2026, une source indique que l’annulation de la hausse de l’essence est jugée difficile, alors que la hausse de TVA pourrait être discutée au Parlement.  Quand une mesure semble “irréversible”, la mobilisation peut décroître. Le citoyen se dit que la rue ne changera rien, et il cherche d’autres sorties: s’adapter, contourner, ou espérer une décision institutionnelle.

Le rôle des prix: l’inflation comme colère froide, pas comme révolte chaude

Le 19 février 2026, la colère liée aux taxes est alimentée par l’effet prix. Une source décrit une hausse des prix alimentaires qui neutralise des annonces de paniers à prix réduit, et insiste sur la dérégulation et l’absence de contrôle efficace.  

Or l’inflation produit une colère particulière. Ce n’est pas une colère explosive, concentrée sur un événement unique. C’est une colère lente, répétée, quotidienne. Elle s’accumule dans les courses, dans les factures, dans les tickets de transport. Elle épuise plus qu’elle ne mobilise. Elle fragilise aussi les solidarités. Quand chacun se bat pour survivre, l’action collective devient plus difficile.

Cette logique explique pourquoi le pouvoir cherche à afficher une réponse sur les prix. Le 19 février 2026, le ministre de l’Économie et du Commerce, Amer Al Bassat, est mentionné comme ayant multiplié les contacts avec les syndicats de supermarchés et l’Union des syndicats des boulangers, qui se seraient engagés à maintenir les prix en vigueur.  Ce type d’engagement vise à calmer l’opinion. Il vise aussi à empêcher que la colère fiscale se transforme en colère alimentaire, car c’est cette seconde colère qui a historiquement le potentiel le plus explosif.

La grève administrative: une autre forme de “rue”, à l’intérieur de l’État

Le 19 février 2026, un arrêt de travail de deux jours est annoncé dans l’administration publique, à l’appel de la Ligue des employés de l’administration publique.  Ce fait est essentiel pour comprendre la rue silencieuse. La contestation ne se limite pas aux places et aux carrefours. Elle existe aussi sous forme de blocage administratif.

Quand l’administration s’arrête, les citoyens subissent immédiatement des retards: papiers, dossiers, autorisations, formalités. Dans un pays en crise, ces formalités sont souvent liées à la survie: retraite, dossiers médicaux, documents de voyage, transactions. La grève devient alors une pression qui pèse directement sur le fonctionnement national, sans passer par une manifestation. Elle montre aussi que la contestation est diffuse. Elle touche les secteurs publics eux-mêmes, qui réclament des revalorisations, et qui voient dans la fiscalité un mécanisme qui finance des indemnités mais n’empêche pas l’érosion du pouvoir d’achat.

Ce chevauchement crée une contradiction pour le gouvernement. D’un côté, il annonce vouloir améliorer la collecte et l’exécution. De l’autre, il fait face à un appareil administratif qui s’arrête. Cette contradiction affaiblit l’État dans sa capacité à répondre rapidement, et elle nourrit l’idée que la crise ne se résoudra pas par un seul paquet fiscal.

La rue contenue, mais le conflit s’étend: Parlement, Conseil d’État, et bataille de légitimité

Le 19 février 2026, la conflictualité se déplace sur plusieurs terrains simultanés.

Le terrain juridique, avec le recours au Conseil d’État porté par des organisations de transport et un avocat identifié, Fadi Al Hajjar.  

Le terrain parlementaire, car la hausse de la TVA doit passer par une loi, et donc par des commissions et un vote. Le député Farid Al Boustany, président de la commission de l’Économie, est cité comme indiquant que la commission étudie un plan présenté par le ministre de l’Économie, avant de prendre position.

Le terrain social, avec la tentative d’obtenir des engagements de maintien des prix chez les boulangers et les supermarchés, sous l’impulsion d’Amer Al Bassat.  

Le terrain sécuritaire, avec des instructions visant à empêcher les blocages et les débordements.  

Cette multiplication des terrains est une clé. Elle explique pourquoi la rue ne devient pas un seul événement massif. L’opposition se disperse entre plusieurs modes d’action. Certains veulent des manifestations. D’autres privilégient le recours. D’autres misent sur la négociation des prix. D’autres attendent le Parlement. Le résultat est une colère réelle, mais fragmentée, donc moins visible.

Pourquoi le calme peut être trompeur

Le 19 février 2026, le calme relatif peut être lu comme une victoire sécuritaire ou comme une fatigue sociale. Mais il peut aussi être un calme trompeur. Une colère fragmentée n’est pas une colère absente. Elle peut ressurgir sous une forme plus dure si un autre choc survient: hausse de prix alimentaires, rupture de services, incident sécuritaire, ou blocage institutionnel.

Le risque est que la société absorbe le choc fiscal par une baisse supplémentaire de la consommation, une réduction des déplacements et un retrait silencieux. Ce retrait affaiblit l’économie réelle. Il réduit l’activité des petits commerces. Il peut aussi réduire les recettes attendues si la consommation ralentit et si l’exécution fiscale reste imparfaite. La rue silencieuse devient alors un signal paradoxal: elle donne une impression de stabilité, mais elle cache une contraction.

Dans cette logique, la bataille principale n’est pas seulement celle de l’ordre public. Elle est celle de la confiance. Si les citoyens ne croient pas que l’effort fiscal sera utilisé de manière juste et efficace, la contestation ne disparaît pas. Elle se transforme en refus latent, en contournement, en retrait. Le 19 février 2026, c’est précisément cette transformation qui se voit: moins de cris dans la rue, plus de mouvements dans le droit, plus d’angoisse dans les prix, et plus de blocages dans l’administration.

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