L’armée libanaise, longtemps perçue comme un pilier de stabilité, est aujourd’hui confrontée à une série de défis sécuritaires qui remettent en question sa capacité à garantir l’ordre dans un pays en crise. L’affaiblissement économique, la montée des milices armées et les ingérences étrangères fragilisent une institution qui peine à maintenir son rôle. Depuis l’élection de Joseph Aoun à la présidence de la République, plusieurs tentatives ont été menées pour renforcer l’institution militaire, mais les obstacles sont nombreux. L’armée libanaise, autrefois un symbole d’unité nationale, se trouve désormais à la croisée des chemins, entre manque de financement, tensions internes et menaces extérieures.
Un financement en chute libre : l’armée au bord de la rupture
Le financement de l’armée libanaise est au cœur de la crise sécuritaire. Depuis l’effondrement économique du pays, les ressources allouées aux forces armées ont été considérablement réduites, impactant directement leurs capacités opérationnelles. La solde des soldats a perdu plus de 90 % de sa valeur avec la dévaluation de la livre libanaise, entraînant un mécontentement grandissant au sein des effectifs. Dans certaines régions, des unités militaires peinent à assurer leurs missions, faute de carburant et d’équipement adéquat. L’absence de ressources empêche également l’entretien des infrastructures militaires et la modernisation des équipements. La dépendance de l’armée vis-à-vis de l’aide internationale est de plus en plus forte, avec des contributions provenant principalement des États-Unis et de la France. Ces aides, bien que cruciales, restent limitées et conditionnées à des réformes qui peinent à être mises en place. La frustration croissante des militaires, combinée à l’absence de perspectives d’amélioration, pose la question de la viabilité d’une force armée sous-financée.
La baisse du financement a également un impact sur les nouvelles recrues. Le recrutement militaire, qui était autrefois un moyen d’assurer une certaine stabilité sociale, est aujourd’hui en nette diminution. Les jeunes Libanais hésitent de plus en plus à intégrer l’armée, conscients des conditions de vie difficiles et des faibles rémunérations. Ce phénomène entraîne une réduction des effectifs, rendant encore plus difficile le déploiement de troupes dans des zones sensibles. La crise du financement s’étend également aux familles des soldats, qui souffrent d’une précarité accrue. Le soutien moral et matériel aux forces armées devient ainsi un enjeu majeur pour préserver leur cohésion.
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L’armée face aux factions armées : un rapport de force inégal
L’un des défis les plus complexes auxquels l’armée libanaise est confrontée est la montée en puissance des factions armées opérant sur le territoire national. Le Hezbollah, force militaire non étatique la plus influente du pays, dispose d’un arsenal sophistiqué qui dépasse largement celui de l’armée nationale. L’organisation chiite bénéficie d’un soutien logistique et financier de l’Iran, lui permettant d’avoir un contrôle quasi exclusif sur le Sud-Liban et la banlieue sud de Beyrouth. La coexistence entre l’armée et le Hezbollah pose un problème de souveraineté, l’État libanais étant incapable d’exercer un contrôle total sur l’ensemble de son territoire. À cela s’ajoutent d’autres groupes armés, notamment dans le Nord du Liban, où des factions sunnites radicales s’organisent en milices autonomes. Ces groupes, parfois financés par des puissances étrangères comme l’Arabie saoudite et le Qatar, cherchent à renforcer leur influence, rendant encore plus complexe la gestion sécuritaire.
Dans certaines régions du pays, l’autorité de l’armée est remise en question par ces groupes armés qui imposent leur propre loi. Les forces de sécurité peinent à contenir ces milices, faute de moyens et de soutien politique clair. La multiplication des zones de non-droit empêche l’armée d’assurer une protection efficace des citoyens, alimentant un sentiment d’insécurité croissant. Le rapport de force est inégal : alors que les milices disposent de financements externes et d’un armement sophistiqué, l’armée libanaise lutte pour conserver une cohésion interne mise à mal par la crise économique.
Les frontières du Liban : une source de tensions permanentes
L’armée libanaise est confrontée à des défis majeurs aux frontières, où la situation reste hautement volatile. La frontière sud, marquée par une hostilité permanente entre Israël et le Hezbollah, constitue une ligne de front où les risques d’escalade sont constants. Depuis la guerre de 2006, des affrontements sporadiques continuent de se produire, notamment sous forme d’échanges de tirs entre combattants du Hezbollah et l’armée israélienne. La FINUL, présente dans la région, tente d’empêcher une nouvelle confrontation, mais son efficacité reste limitée face aux tensions existantes. La position de l’armée libanaise dans cette zone est particulièrement délicate, contrainte d’adopter une posture d’équilibre entre la souveraineté nationale et les intérêts du Hezbollah.
À l’est, la frontière avec la Syrie est une autre source de tensions. Depuis le début du conflit syrien, cette région est devenue un corridor pour divers groupes armés, qu’il s’agisse de trafiquants, de djihadistes ou de factions pro-Assad. L’armée libanaise mène régulièrement des opérations de sécurisation, mais la porosité de la frontière et le manque de moyens rendent ces efforts insuffisants. La gestion de cette frontière est essentielle pour limiter l’infiltration d’éléments extrémistes et protéger la souveraineté du territoire libanais. Toutefois, la complexité du conflit syrien et l’implication d’acteurs régionaux rendent difficile un contrôle total de cette zone stratégique.
L’armée et la diplomatie : un rôle limité mais stratégique
L’armée libanaise, en plus de ses responsabilités sécuritaires, joue également un rôle diplomatique essentiel dans la gestion des tensions internes et des relations internationales. La neutralité de l’institution est cruciale pour préserver un équilibre fragile entre les différentes communautés libanaises et éviter toute polarisation excessive. Joseph Aoun, en tant que président, s’efforce de renforcer les liens avec les partenaires internationaux afin d’obtenir des aides financières et matérielles. Les États-Unis, qui considèrent l’armée comme un élément stabilisateur dans la région, continuent de fournir un soutien sous forme d’équipements et de formations. La France, également impliquée, plaide pour une réforme structurelle de l’institution afin de garantir son indépendance vis-à-vis des influences politiques.
Cependant, les pressions régionales et internes rendent cette tâche complexe. L’armée doit jongler entre des alliances parfois contradictoires et des exigences sécuritaires toujours plus élevées. L’influence croissante de l’Iran via le Hezbollah complique les négociations avec les partenaires occidentaux, qui hésitent à renforcer leur engagement sans garanties claires. La diplomatie militaire libanaise repose donc sur un équilibre fragile, où chaque décision peut avoir des répercussions majeures sur la stabilité du pays.
Quel avenir pour l’armée libanaise ?
Face aux nombreux défis qu’elle doit affronter, l’armée libanaise se trouve à un tournant décisif. Plusieurs scénarios se dessinent pour son avenir : un renforcement des aides internationales pourrait lui permettre de se restructurer et de moderniser ses capacités, mais cette option dépend fortement des décisions politiques internes et de la volonté des acteurs régionaux. À l’inverse, une poursuite de la crise financière et politique pourrait entraîner une érosion progressive de ses effectifs et de son efficacité, ouvrant la voie à un contrôle accru des milices. Enfin, un scénario de compromis, dans lequel l’armée intégrerait progressivement certaines factions armées dans ses rangs, pourrait être envisagé, bien que cela pose un problème majeur en termes de souveraineté.



