Le ministre de l’Industrie, Joe Issa El Khoury, a tenu ce vendredi une conférence de presse conjointe avec le président de l’Association des industriels libanais et les représentants des syndicats des industries alimentaires et pharmaceutiques. Au cœur de cette intervention, l’annonce de la création d’une cellule de crise conjointe destinée à garantir la sécurité alimentaire et pharmaceutique du pays. « La ministère travaillera à sécuriser les combustibles pour toutes les usines, et une cellule de crise conjointe a été formée pour assurer la sécurité alimentaire et pharmaceutique », a déclaré le ministre. Cette mesure intervient alors que le Liban fait face à une montée des tensions régionales, marquée par les frappes américano-israéliennes sur l’Iran et les craintes d’une implication du Hezbollah, qui pourraient perturber les chaînes d’approvisionnement essentielles.
Cette initiative reflète les préoccupations immédiates du gouvernement libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, face à un contexte géopolitique volatil. Le ministre El Khoury a insisté sur l’importance de prévenir tout déficit, perturbation ou exploitation abusive des ressources. « Nous œuvrons à éviter toute pénurie, tout dysfonctionnement ou toute exploitation, et nous disposons d’un stock dans le secteur de l’industrie pharmaceutique d’au moins trois mois, d’un stock de matières premières pour les médicaments d’au moins huit mois, et d’un stock dans le secteur industriel alimentaire d’au moins quatre mois », a-t-il précisé. Ces déclarations visent à rassurer une population déjà éprouvée par des années de crises multiples, incluant l’effondrement économique amorcé en 2019 et les répercussions du conflit avec Israël en 2024.
Les circonstances actuelles, caractérisées par une escalade militaire impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël, ont poussé les autorités libanaises à anticiper d’éventuelles disruptions. Les frappes sur Téhéran, qui ont entraîné la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, ont provoqué des explosions dans la capitale iranienne et une réponse par missiles iraniens. Dans ce cadre, le Hezbollah libanais, allié historique de l’Iran, a organisé une commémoration à Beyrouth, augmentant les risques d’une implication directe du Liban dans le conflit. Le Premier ministre Salam a appelé à la prudence, affirmant que le Liban ne saurait être entraîné dans des « aventures » menaçant sa sécurité et son unité.
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Les tensions régionales actuelles
Les événements récents dans la région ont exacerbé les vulnérabilités du Liban. Les frappes américano-israéliennes sur l’Iran, lancées le 28 février 2026, ont visé des sites militaires iraniens, y compris des installations au cœur de Téhéran. L’armée israélienne a confirmé avoir attaqué des cibles appartenant au « régime terroriste iranien ». Ces opérations ont suivi des avertissements israéliens au Liban, indiquant que toute intervention du Hezbollah entraînerait des représailles sévères, potentiellement contre des infrastructures civiles comme l’aéroport de Beyrouth. Des sources libanaises ont rapporté que des messages diplomatiques ont été transmis, soulignant que l’État hébreu frapperait durement si le groupe armé s’impliquait.
Le Hezbollah, affaibli par le conflit de 2024 avec Israël, qui a causé des milliers de victimes et des dommages estimés à 14 milliards de dollars au Liban, a réagi avec modération jusqu’à présent. Son chef, Naim Qassem, a déclaré que le groupe « assumera son devoir de confronter l’agression » des États-Unis et d’Israël, sans pour autant annoncer d’actions immédiates. Une manifestation de soutien à l’Iran a été organisée dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, mais les autorités libanaises, via le ministre de l’Intérieur Ahmad Hajjar, ont insisté sur la primauté des intérêts nationaux. Après une réunion du Conseil supérieur de défense à Baabda, le président Joseph Aoun a réaffirmé que « la décision de guerre et de paix appartient exclusivement à l’État ».
Ces développements s’inscrivent dans un historique de tensions frontalières persistantes. Malgré l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024, des violations quotidiennes se produisent. L’armée israélienne a mené plus de 300 frappes au Liban depuis cette date, tuant 331 personnes dont 127 civils, selon les Nations unies. En février 2026, 44 frappes aériennes israéliennes ont été recensées, une baisse de 50 % par rapport à janvier, mais concentrées sur des zones comme la Békaa et le sud. Le Hezbollah a revendiqué des tirs sporadiques, mais l’armée libanaise (LAF) a progressé dans le désarmement partiel du groupe au sud du Litani, conformément à la résolution 1701 de l’ONU.
L’ONU, par l’intermédiaire de sa Force intérimaire au Liban (FINUL), a documenté ces violations, appelant à un respect strict du cessez-le-feu. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a exprimé ses préoccupations lors d’une session du Conseil de sécurité le 25 février 2026, soulignant que l’escalade pourrait déstabiliser davantage le Liban, déjà confronté à une crise humanitaire avec 1,3 million de personnes affectées par les conflits récents. Des corridors humanitaires ont été ouverts par Israël pour acheminer de l’aide, mais les perturbations aériennes – avec des annulations de vols vers le Liban par des compagnies comme Turkish Airlines et Lufthansa – compliquent les importations essentielles.
L’annonce du ministre de l’Industrie
Dans ce climat d’incertitude, l’annonce de Joe Issa El Khoury marque une réponse proactive du gouvernement. Nommé en février 2025 au sein du cabinet de Nawaf Salam, le ministre, ingénieur civil de formation et ancien cadre chez M1 Group, s’est illustré par une stratégie de croissance industrielle. Lors de la conférence de presse, il a détaillé le rôle de la cellule de crise : coordonner avec les industriels pour maintenir les chaînes de production, sécuriser les combustibles et surveiller les stocks. Cette cellule inclut des représentants du ministère, de l’Association des industriels et des syndicats concernés, visant une gestion intégrée des risques.
Le ministre a mis l’accent sur la prévention des spéculations, rappelant les épisodes de panique d’achat observés en 2024 lors des hostilités avec Israël. Des files d’attente aux stations-service et des hausses de prix ont alors été signalées, malgré des assurances gouvernementales. Aujourd’hui, avec les perturbations régionales, le ministère de l’Agriculture a confirmé la disponibilité des produits végétaux et animaux, mais des craintes persistent quant aux importations, le Liban dépendant à 80 % des approvisionnements extérieurs pour les matières premières.
Les stocks disponibles et leur gestion
Les détails fournis par le ministre sur les réserves sont cruciaux. Dans le secteur pharmaceutique, le stock actuel couvre au moins trois mois de besoins, tandis que les matières premières pour la production de médicaments assurent huit mois d’autonomie. Cela reflète les efforts des 12 usines pharmaceutiques locales, qui ont porté leur part de marché de 7 % en 2019 à 30 % en 2024, selon des rapports du ministère de la Santé publique. Cependant, le Liban importe encore 75 % de ses médicaments, et les pénuries récurrentes – comme celles observées en mars 2025 pour les traitements chroniques – soulignent la vulnérabilité aux fluctuations internationales.
Pour l’industrie alimentaire, les réserves s’élèvent à au moins quatre mois, couvrant des produits essentiels comme les céréales, les huiles et les conserves. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a indiqué en janvier 2026 que 17 % de la population libanaise reste en insécurité alimentaire aiguë, malgré une légère amélioration. Les conflits ont endommagé des infrastructures comme les silos à grains de Beyrouth, déjà touchés en 2020, et les déplacements internes – plus de 900 000 personnes au pic de la crise en 2024 – ont accru la pression sur les ressources.
La gestion de ces stocks implique une coordination avec des organismes internationaux. L’ONU, via l’UNICEF et le PAM, a signé des plans de travail conjoints avec le gouvernement pour avancer les résultats pour les enfants et les vulnérables. Des aides humanitaires ont suppléé aux manques, mais les priorités changeantes des donateurs internationaux pourraient impacter les approvisionnements futurs. Le ministère de la Santé publique a lancé des initiatives comme le système Meditrack pour tracer les médicaments via des codes-barres 2D, et une hotline pour signaler les surcoûts en pharmacie.
Les mesures gouvernementales en réponse à la crise
Le gouvernement Salam, formé après des consultations parlementaires en janvier 2025, a placé la réforme économique et la stabilité au cœur de son agenda. Le Premier ministre, ancien président de la Cour internationale de justice, a promis une « gouvernance de réforme et de salut », incluant la reconstruction post-conflit et l’application de la résolution 1701 de l’ONU. Le cabinet de 24 ministres, équilibré confessionnellement, inclut cinq chiites approuvés par le duo Amal-Hezbollah, dont le ministre des Finances Yassin Jaber et le ministre de la Santé Rakan Nasreddine.
En réponse aux tensions actuelles, le Conseil supérieur de défense s’est réuni à Baabda, insistant sur le contrôle des prix et des quantités de biens essentiels. Le Premier ministre a présidé une réunion d’urgence au Grand Sérail, affirmant que les carburants et médicaments sont disponibles pour au moins deux mois. Des ministères coordonnent avec des organisations internationales pour sécuriser les besoins urgents, tandis que l’armée libanaise déploie des forces pour désarmer partiellement le Hezbollah au sud du Litani, réduisant les frappes israéliennes de 50 % en février.
La situation économique au Liban en mars 2026
Le Liban émerge lentement d’une des pires crises économiques de l’histoire récente. Le PIB a chuté de 38 % en termes réels depuis 2019, mais une reprise timide est projetée à 4 % en 2026, selon la Banque mondiale, sous réserve de réformes persistantes. L’inflation annuelle a atteint 221,3 % en 2023, et la livre libanaise s’est dévaluée de plus de 98 % entre janvier 2023 et mars 2024. Les services publics se sont effondrés, avec des coupures d’électricité chroniques et des pénuries de carburant.
La crise de liquidités persiste, avec des restrictions sur les retraits bancaires et une dépendance accrue au cash. La dette extérieure reste impayée depuis 2020, et la reconstruction post-2024 nécessite plus de 11 milliards de dollars. Des investissements étrangers, comme les 150 milliards de dollars promis par des fabricants pharmaceutiques pour la production locale, visent à renforcer la résilience. Cependant, la fragilité demeure, avec 17 % de la population en insécurité alimentaire aiguë, selon le PAM, et des risques de détérioration en cas d’escalade.
Les implications pour la sécurité alimentaire et sanitaire
La sécurité alimentaire au Liban reste précaire, malgré des signes d’amélioration. L’analyse IPC pour novembre 2025-mars 2026 indique que 961 000 personnes font face à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë, projetée à s’aggraver d’avril à juillet 2026. Les zones sud et Békaa, touchées par les conflits, subissent des pressions cumulées : destructions agricoles, déplacements et accès limité aux services. Le ministère de l’Agriculture rapporte une disponibilité des produits, mais les importations – perturbées par les fermetures d’espaces aériens – posent un risque.
Sur le plan sanitaire, les pénuries de médicaments affectent les hôpitaux, qui ont réduit leur capacité opérationnelle. Le ministère de la Santé publique fournit des traitements pour les maladies catastrophiques via des protocoles stricts, et des programmes nationaux pour le VIH, la tuberculose et les maladies non transmissibles. L’exode des professionnels de santé aggrave la situation, avec des hôpitaux privés fermant ou réduisant leurs services. L’OMS a soutenu la numérisation, comme le DHIS2 pour la surveillance épidémiologique, et le système GIS pour les installations de santé.



