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Liban : Nabih Berri réaffirme son engagement pour des élections parlementaires à la date prévue malgré les incertitudes sur le vote des expatriés

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Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a déclaré ce vendredi 13 février 2026 son attachement ferme à la tenue des élections parlementaires le 10 mai prochain, en dépit des appels émanant de certains milieux politiques à reporter le scrutin. Cette position, exprimée dans un communiqué relayé par l’Agence nationale d’information, intervient alors que le pays fait face à une confusion persistante concernant la participation des expatriés, un enjeu qui divise profondément la classe politique. « Il n’est pas permissible, au début d’une nouvelle ère, d’entraver son lancement en perturbant, en reportant ou en prolongeant l’échéance constitutionnelle la plus importante, qui est la base de la formation des autorités et de la production de la vie politique », a affirmé Nabih Berri, soulignant qu’il avait informé le président Joseph Aoun et le gouvernement de sa stance.

Cette déclaration marque le dernier développement dans un dossier qui agite le Liban depuis plusieurs mois, alors que les préparations électorales avancent dans un climat d’instabilité économique et de tensions sécuritaires. Les élections, prévues pour les résidents libanais le 10 mai 2026 et pour les expatriés les 1er et 3 mai, représentent un moment pivotal pour un pays en proie à une crise multidimensionnelle depuis 2019. Le ministre de l’Intérieur et des Municipalités, Ahmad al-Hajjar, a lui aussi réitéré son engagement pour un scrutin dans les délais, malgré les ambiguïtés légales entourant le mode de vote des Libanais de l’étranger. Nommé en février 2025 au sein du gouvernement dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam, Ahmad al-Hajjar, un brigadier général à la retraite de l’armée libanaise, a insisté sur le respect des échéances légales, déclarant dans une interview récente à al-Joumhouria : « Il y a des délais légaux et les élections se tiendront à temps. »

Les enjeux du vote des expatriés au cœur des débats

Au centre de la controverse se trouve la loi électorale de 2017, qui prévoit la création d’un 16e district virtuel réservé à la diaspora libanaise, avec six sièges parlementaires dédiés exclusivement aux expatriés. Ce dispositif, jamais appliqué lors des scrutins de 2018 et 2022, où les expatriés ont voté pour l’ensemble des 128 sièges du Parlement, est censé entrer en vigueur pour 2026. Cependant, son activation nécessite des décrets exécutifs approuvés par une majorité des deux tiers au sein du Cabinet, une étape qui n’a pas encore été franchie. Ahmad al-Hajjar a expliqué que sans ces décrets, il ne peut pas « rester les bras croisés » et risque d’être tenu responsable d’une obstruction au processus électoral. « Donnez-nous une loi ou un amendement, et je suis prêt à l’appliquer », a-t-il ajouté, tout en soulignant qu’il ne peut attendre indéfiniment.

Le Liban est divisé en 15 districts électoraux géographiques, et la loi sur les expatriés vise à intégrer la vaste diaspora – estimée à plus de 15 millions de personnes contre environ 4 millions de résidents – dans le système représentatif. En novembre 2025, plus de 87 000 expatriés s’étaient inscrits pour voter, un chiffre reflétant un engagement croissant, mais encore loin du potentiel total. Les inscriptions, gérées via le portail du ministère des Affaires étrangères, se sont clôturées le 20 novembre 2025, avec une participation notable dans des pays comme les États-Unis, le Canada, la France et l’Australie. Parmi les inscrits, une proportion significative provient de communautés chrétiennes, sunnites et druzes, ce qui alimente les craintes de certains partis quant à un rééquilibrage des forces parlementaires.

Les positions contrastées des formations politiques

Les divisions partisanes sur cette question ravivent les lignes de fracture post-guerre civile, opposant d’un côté les partis traditionnels comme le Hezbollah, le mouvement Amal dirigé par Nabih Berri et le Courant patriotique libre (FPM) de Gebran Bassil, qui plaident pour l’activation des six sièges dédiés. Ces formations arguent que la diaspora ne bénéficie pas des mêmes libertés de campagne que les autres partis à l’étranger, et que limiter le vote expatrié à un district spécifique préserve l’équilibre confessionnel du Parlement. Le Hezbollah et Amal, en particulier, estiment que leurs militants font face à des restrictions dans certains pays hôtes, ce qui désavantage leur mobilisation outre-mer.

De l’autre côté, les Forces libanaises (FL), le parti Kataeb et les députés du changement issus des élections de 2022 militent pour un amendement permettant aux expatriés de voter pour les 128 sièges, comme lors des scrutins précédents. En octobre 2025, 68 députés – soit plus de la moitié du Parlement – ont signé une pétition demandant la discussion de cet amendement, mais Nabih Berri a refusé de l’inscrire à l’ordre du jour d’une session législative. Cette décision a provoqué un boycott par les FL et Kataeb d’une séance plénière en décembre 2025, illustrant l’impasse actuelle. Les partisans de l’amendement soulignent que restreindre le vote expatrié à six sièges marginalise une partie essentielle de la population libanaise, qui contribue massivement à l’économie via les transferts d’argent – estimés à plusieurs milliards de dollars annuellement malgré la crise.

Le FPM, allié historique du Hezbollah mais en proie à des tensions internes, a récemment réaffirmé sa position en faveur des six sièges, arguant d’une représentation plus juste pour la diaspora sans perturber les quotas confessionnels intérieurs. Gebran Bassil, leader du FPM, a déclaré lors d’une réunion partisane en janvier 2026 que « la diaspora mérite une voix dédiée, pas diluée dans les districts locaux où elle pourrait altérer les équilibres historiques ». À l’inverse, Samy Gemayel, chef du Kataeb, a critiqué cette approche comme une tentative de « domestiquer la diaspora » et de limiter son impact réformateur, notant que les expatriés sont souvent plus enclins à soutenir des candidats indépendants ou opposés à l’establishment.

Un regard sur l’évolution historique du droit de vote expatrié

Le droit de vote des expatriés au Liban est une conquête relativement récente, ancrée dans les réformes post-Taëf de 1989, qui ont restructuré le système politique confessionnel. Avant 2018, les Libanais de l’étranger devaient se déplacer au Liban pour voter, une barrière logistique qui excluait des millions de personnes émigrées lors de la guerre civile (1975-1990) ou des crises subséquentes. La loi de 2008 a posé les bases pour un vote à distance, mais ce n’est qu’en 2017, avec la nouvelle loi électorale proportionnelle, que les six sièges pour la diaspora ont été introduits – bien que suspendus pour les élections suivantes.

En 2018, pour la première fois en neuf ans, des élections parlementaires ont vu environ 82 000 expatriés voter dans 39 pays, contribuant à l’élection de 128 députés. Ce scrutin, marqué par une participation de 49 % au Liban, a renforcé le bloc du Hezbollah et de ses alliés, mais a aussi permis l’émergence de voix critiques. En 2022, au milieu d’une crise économique sans précédent – avec une dévaluation de la livre libanaise de plus de 95 % et une inflation galopante – plus de 225 000 expatriés se sont inscrits, et environ 140 000 ont voté, influençant notamment l’élection de 13 députés indépendants issus du mouvement de protestation d’octobre 2019. Ces « députés du changement » ont formé un bloc hétérogène, défendant des réformes anticorruption et une souveraineté accrue face aux influences extérieures.

La suspension répétée des six sièges en 2018 et 2022 découlait de considérations pratiques : manque de préparation administrative et craintes de fraudes. Mais pour 2026, l’enjeu est plus politique, avec des propositions de compromis comme un report technique de deux mois en échange de l’abolition des sièges dédiés. En octobre 2025, le Cabinet a discuté d’une suspension des articles 84, 112 et 122 de la loi électorale, relatifs à la carte de vote magnétique et aux sièges expatriés, mais sans consensus. Ahmad al-Hajjar a alors averti que sans clarification, les expatriés pourraient être contraints de voter au Liban, une option défendue par Nabih Berri pour éviter les complications.

Les préparatifs électoraux sous tension

Malgré les incertitudes, les préparatifs avancent. Le registre des candidatures a été ouvert par Nabih Berri, qui a lui-même soumis la première demande pour le district de Tyr-Zahrani, dans le sud du Liban. Les districts électoraux, basés sur le système proportionnel avec seuils, couvrent des zones comme Beyrouth I et II, Tripoli-Minieh-Denniyeh, et le Mont-Liban, chacun avec des quotas confessionnels stricts : 64 sièges pour les musulmans (27 chiites, 27 sunnites, 8 druzes, 2 alaouites) et 64 pour les chrétiens (34 maronites, 14 grec-orthodoxes, etc.). Pour les expatriés, les votes seraient comptés dans leurs districts d’origine si l’amendement passe, potentiellement boostant les candidatures dans des régions comme le Mont-Liban ou Beyrouth, où la diaspora chrétienne est influente.

Le ministère de l’Intérieur, sous la direction d’Ahmad al-Hajjar, a renforcé les mesures de sécurité, avec un budget alloué pour la formation de 20 000 agents électoraux et l’installation de centres de vote dans 59 ambassades et consulats. En janvier 2026, des simulations de vote électronique ont été testées pour contrer les risques de cyberattaques, un souci accru depuis les incidents rapportés en 2022. Par ailleurs, des ONG comme la Coalition pour la réforme électorale ont averti contre l’utilisation des six sièges comme prétexte pour reporter les élections, soulignant que tout délai prolongerait le vide présidentiel en cours depuis octobre 2022.

Les implications immédiates des divisions actuelles

Les débats sur le vote expatrié ont ravivé des craintes de marginalisation chez certaines communautés, notamment les chrétiens, qui voient dans la diaspora un levier pour contrer la dominance perçue du duo chiite Amal-Hezbollah. En novembre 2025, des manifestations à Beyrouth et Tripoli ont réuni des milliers de personnes demandant un vote complet pour les expatriés, avec des slogans appelant à une représentation équitable. Ces mobilisations, bien que pacifiques, ont été marquées par des tensions avec les forces de sécurité, rappelant les protestations de 2019.

Sur le plan administratif, l’absence de décrets pour les six sièges place Ahmad al-Hajjar dans une position délicate : il doit respecter des délais comme la publication des listes électorales d’ici mars 2026 et la formation des comités de supervision. Sans amendement, les expatriés inscrits – dont plus de 40 % en Europe et en Amérique du Nord – pourraient voir leurs votes limités, entraînant des recours judiciaires potentiels. En janvier 2026, le Conseil constitutionnel a reçu plusieurs plaintes préventives de députés indépendants, arguant que la loi de 2017 viole le principe d’égalité des citoyens.

Les alliances se redessinent en vue du scrutin : le Hezbollah et Amal consolident leur base au sud et dans la Békaa, avec des campagnes axées sur la résistance et la stabilité, tandis que les FL et Kataeb courtisent la diaspora via des plateformes en ligne, promettant des réformes économiques alignées sur les recommandations du FMI. Le nombre de candidats indépendants, estimé à plus de 500, reflète une fragmentation des forces alternatives, avec des figures comme celles issues des élections de 2022 cherchant à reconquérir leurs sièges grâce au vote expatrié.

Dans ce contexte, les discussions au Cabinet se poursuivent, avec une session prévue fin février 2026 pour trancher sur les décrets. Nabih Berri a réitéré que tout report technique doit être justifié, mais les pressions internationales – notamment de l’Union européenne et des États-Unis, qui conditionnent leur aide à des élections transparentes – pèsent sur les décideurs. Les implications immédiates incluent une possible augmentation des inscriptions tardives si l’amendement est adopté, et une mobilisation accrue des observateurs internationaux pour superviser le processus dans les districts sensibles comme Saïda-Jezzine ou Akkar.

Les dynamiques régionales influencent également le débat : les tensions avec Israël au sud, où des incidents frontaliers persistent malgré la résolution 1701 de l’ONU, pourraient affecter la participation dans les districts chiites. Des porte-parole du gouvernement ont indiqué que des mesures exceptionnelles, comme des bureaux de vote mobiles, sont envisagées pour les zones à risque. Ahmad al-Hajjar a coordonné avec l’ONU pour une assistance technique, incluant la formation de 5 000 observateurs locaux.

Enfin, les aspects logistiques pour les expatriés restent flous : les dates du 1er et 3 mai permettent un vote en personne dans les missions diplomatiques, mais sans clarification légale, certains pourraient opter pour un retour au Liban, augmentant les coûts et les risques sanitaires. Des estimations du ministère des Finances, basées sur des rapports récents, chiffrent le budget électoral à environ 150 millions de dollars, couvrant l’impression de bulletins et la sécurisation des urnes. Ces préparatifs, malgré les divisions, soulignent les efforts pour maintenir le calendrier, avec des réunions hebdomadaires au ministère de l’Intérieur pour monitorer les avancées.

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