vendredi, février 6, 2026

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LE PIÈGE INVISIBLE DE L’EURO : COMMENT LE LIBAN IMPORTE SON INFLATION SANS LE SAVOIR

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Le Liban importe l’essentiel de ses biens de consommation, de ses médicaments, de ses machines et de ses produits alimentaires transformés d’Europe, principalement d’Italie, de France, d’Allemagne et d’Espagne, et ces importations sont structurellement facturées ou, plus exactement, costées en euros, car même lorsque la facture finale est exprimée en dollars, le calcul du prix en amont se fait toujours en euro, puis est converti au taux de change du jour. Cela signifie qu’un mouvement de change apparemment modéré peut avoir un effet direct et puissant sur les prix locaux.

Lorsque l’euro passe par exemple de 1,03 dollar à 1,18 dollar, cela ne représente pas une hausse de 18 %, mais d’environ 14,6 % du coût en dollars des produits européens, calculée mécaniquement par le simple effet de conversion. Cette hausse ne correspond ni à une amélioration de la qualité, ni à une hausse des salaires en Europe, ni à un choc d’offre réel : c’est un effet de change pur, importé tel quel dans l’économie libanaise. Autrement dit, le Liban importe de l’inflation en dollars dès que l’euro s’apprécie, et cette inflation est immédiatement transmise aux prix locaux puisque l’économie est aujourd’hui massivement dollarisée. Certes, tous les produits ne viennent pas d’Europe, et il serait nécessaire d’analyser finement la structure des importations entre Europe, États-Unis, Canada et autres zones, mais dans les faits, le cœur du panier importé reste largement européen, ce qui place le pays dans une situation paradoxale et dangereuse : une économie dollarisée qui dépend de coûts exprimés en euros.

Dans un tel schéma, le Liban est exposé de plein fouet au risque de change, et pas seulement à un risque technique ou comptable, mais à un risque économique profond. Le risque de change comptable est relativement simple à comprendre : il concerne la réévaluation des actifs, des passifs, des stocks ou des créances lorsqu’une devise varie, et il peut être traité par des ajustements de bilan, des écritures ou des instruments financiers ; c’est un risque visible, mesurable et, dans une certaine mesure, gérable. Le risque de change économique, en revanche, est beaucoup plus redoutable, car il agit sur la compétitivité réelle, les parts de marché, les comportements de consommation et la structure même de l’économie.

Si l’euro baisse fortement face au dollar pendant que le Liban reste dollarisé, les produits européens deviennent artificiellement moins chers sur le marché libanais, ils pénètrent massivement le pays, prennent des parts de marché et déséquilibrent durablement les flux commerciaux. À l’inverse, si l’euro s’apprécie, même de 10 ou 15 %, c’est le consommateur libanais qui encaisse une inflation importée immédiate, sans aucun levier d’ajustement interne. Dans les deux cas, le choc n’est pas neutre : il transforme l’économie réelle, et pas seulement les comptes.

C’est pourquoi la question du référentiel monétaire n’est pas idéologique mais stratégique. Si la majorité des importations est européenne, continuer à raisonner, payer et fixer les prix en dollars revient à accepter un risque de change permanent et incontrôlable. Se référer à l’euro, ou du moins aligner le système de référence monétaire sur la structure réelle des échanges, permettrait de neutraliser ce risque, de stabiliser les coûts et de réduire l’inflation importée.

Aujourd’hui, le Liban est dans la situation absurde d’un pays qui a abandonné sa monnaie nationale, adopté le dollar comme unité de compte, mais vit au rythme des fluctuations de l’euro. Ce décalage est un poison silencieux : il ne se voit pas dans les discours politiques, mais il se paie chaque jour à la caisse, dans les pharmacies, dans l’alimentation et dans la perte progressive de compétitivité de l’économie réelle.

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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