Le Liban est plongé dans une crise financière et économique depuis 2019, marquée par un effondrement monétaire, l’insolvabilité du secteur bancaire et une dette publique insoutenable. Face à cette situation, le rapport de J.P. Morgan publié le 4 février 2025 analyse l’évolution des obligations souveraines libanaises (Eurobonds) et les perspectives de restructuration. Il met en évidence un haircut de 70 % sur ces obligations, une estimation relativement basse par rapport aux pertes réelles attendues.
Ce niveau de décote contraste avec les prévisions antérieures : en 2020, le plan Lazard – mandaté par le gouvernement libanais – tablait sur un haircut de 55 % maximum. Cependant, le retard pris par les autorités pour restructurer la dette, sous la pression des banques locales soucieuses de limiter leurs propres pertes, a aggravé la situation. Ce report a conduit à une érosion accrue de la valeur des obligations et à une détérioration plus profonde des finances publiques.
L’impact du retard dans la restructuration de la dette
Depuis le défaut de paiement du Liban en mars 2020, les négociations sur la restructuration de la dette ont été largement paralysées. L’influence des banques libanaises – détentrices de la majeure partie des Eurobonds – a poussé les autorités à reporter les discussions, dans l’espoir d’éviter des pertes trop lourdes sur leurs bilans. Ce blocage a eu des conséquences directes :
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- Effondrement de la valeur des Eurobonds : les obligations, qui s’échangeaient encore autour de 20-25 % de leur valeur nominale en 2020, ont chuté à 10-17 % en 2024, aggravant les pertes pour les créanciers.
- Aggravation des déséquilibres financiers : le retard a renforcé la crise bancaire et amplifié les besoins de recapitalisation du secteur financier.
- Érosion de la confiance des investisseurs : la crédibilité du Liban sur les marchés internationaux a été davantage entamée, rendant plus difficile un éventuel retour aux financements extérieurs.
Le graphique ci-dessous illustre l’évolution des estimations de haircut entre le plan Lazard de 2020 et l’estimation actuelle de J.P. Morgan en 2025 :
Évolution des estimations de haircut des Eurobonds libanais (2020-2025)
(En pourcentage de la valeur nominale des obligations)
Je vais maintenant générer un graphique comparatif.
Évolution des estimations de haircut sur les Eurobonds libanais (2020-2025)
Le graphique montre l’augmentation progressive des estimations de haircut sur les Eurobonds libanais, passant de 55 % en 2020 (Plan Lazard) à 70 % en 2025 (J.P. Morgan). Cette détérioration reflète l’impact du retard dans la restructuration de la dette et la pression exercée par les banques locales pour éviter des pertes immédiates.
Comparaison avec le plan Lazard : une approche plus sévère
Le plan Lazard, proposé en 2020 sous l’égide du gouvernement libanais, prévoyait une restructuration plus mesurée de la dette :
- Décote maximale de 55 % sur les Eurobonds
- Rééchelonnement sur 10 à 15 ans avec une réduction progressive des taux d’intérêt
- Recapitalisation du secteur bancaire via des contributions des actionnaires et des déposants
En comparaison, l’approche actuelle de J.P. Morgan intègre un haircut plus sévère (70 %) et des taux d’intérêt plus élevés après 2027 (7 %), reflétant une perception accrue du risque souverain libanais.
Le tableau suivant résume les différences entre ces deux plans :
Comparaison des scénarios de restructuration de la dette libanaise
| Critère | Plan Lazard (2020) | J.P. Morgan (2025) |
|---|---|---|
| Haircut estimé | 55 % | 70 % |
| Échéance des nouvelles obligations | 2035-2040 | 2047 |
| Taux d’intérêt | 0-3 % | 1 % (2024-2027), 2 % (2027), 7 % (2028 et plus) |
| Conditionnalités | Réformes bancaires et budgétaires | Soutien FMI et réforme structurelle |
| Rôle du secteur bancaire | Contribution demandée | Perte déjà absorbée par les marchés |
Perspectives et défis à venir
Malgré une embellie récente des obligations libanaises sur les marchés, le rapport de J.P. Morgan souligne que plusieurs étapes sont encore nécessaires avant d’envisager une restructuration viable :
- Stabilisation politique : Le Liban a récemment mis fin à sa vacance présidentielle, mais des incertitudes persistent quant à la gouvernance et la mise en œuvre des réformes.
- Mise à jour des données économiques : Une meilleure transparence financière est essentielle pour rassurer les investisseurs et négocier avec le FMI.
- Réformes bancaires et monétaires : La recapitalisation du secteur bancaire et la levée des restrictions sur les dépôts sont des prérequis.
- Négociation avec les créanciers : L’absence de clauses d’action collective (CAC) complique le processus de restructuration, chaque série d’Eurobonds nécessitant l’accord de 75 % des détenteurs.
Dans ce contexte, la décote actuelle de 70 % semble encore sous-estimée et pourrait être amenée à évoluer en fonction des progrès (ou des blocages) politiques et économiques.



