Le 21 septembre 2025, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie ont annoncé leur reconnaissance officielle de l’État de Palestine, une décision coordonnée qui intervient alors que l’Assemblée générale des Nations unies s’apprête à ouvrir ses débats à New York. Cette initiative, saluée par les autorités palestiniennes et critiquée par Israël, s’inscrit dans un mouvement plus large où la France, le Portugal et d’autres nations européennes pourraient emboîter le pas dans les prochains jours. Keir Starmer, Premier ministre britannique, a déclaré dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux que cette reconnaissance vise à « raviver l’espoir de paix pour les Palestiniens et les Israéliens, et pour une solution à deux États ». De son côté, le Premier ministre canadien Mark Carney a souligné qu’il s’agit d’un effort concerté pour préserver cette perspective, tandis que l’Australien Anthony Albanese a affirmé reconnaître la Palestine comme un « État indépendant et souverain ». Ces annonces, faites à quelques heures d’intervalle, marquent un tournant pour ces pays du Commonwealth, traditionnellement alignés sur les positions américaines et israéliennes.
Cette reconnaissance collective intervient dans un contexte de tensions exacerbées au Moyen-Orient, où le conflit à Gaza continue de faire rage depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Selon des sources diplomatiques, ces décisions ont été préparées depuis juillet 2025, lorsque le Royaume-Uni avait conditionné sa reconnaissance à des progrès substantiels d’Israël en matière de cessez-le-feu et d’aide humanitaire à Gaza. L’absence de tels avancées, couplée à une crise humanitaire persistante, a poussé ces gouvernements à agir. Le ministère des Affaires étrangères canadien a précisé que cette mesure repose sur des engagements de l’Autorité palestinienne à réformer sa gouvernance, à organiser des élections en 2026 excluant le Hamas, et à démilitariser l’État palestinien. De même, le Foreign Office britannique a insisté sur l’exclusion du Hamas de toute future administration, affirmant que cette reconnaissance renforce l’Autorité palestinienne basée à Ramallah.
Une coordination diplomatique au sein du Commonwealth
Les annonces du 21 septembre 2025 ont été minutieusement synchronisées entre Londres, Ottawa et Canberra, reflétant une consultation étroite entre ces alliés historiques. Keir Starmer a prononcé sa déclaration depuis Downing Street, expliquant que le Royaume-Uni reconnaît la Palestine sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale. « Cette décision reflète notre engagement envers une paix juste et durable, fondée sur le droit à l’autodétermination », a-t-il ajouté, en référence aux résolutions de l’ONU comme la 242 de 1967 et la 2334 de 2016, qui condamnent l’expansion des colonies israéliennes. Mark Carney, à Ottawa, a décrit cette reconnaissance comme partie d’un « effort coordonné avec des partenaires internationaux » pour maintenir vivante la solution à deux États, tout en offrant un partenariat pour un avenir pacifique à la fois pour la Palestine et Israël. Anthony Albanese, en Australie, a quant à lui insisté sur le caractère « indépendant et souverain » de la Palestine, marquant un départ de la politique précédente de Canberra, qui s’abstenait de telles reconnaissances en attendant des négociations bilatérales.
Ces trois pays, membres du G7 pour le Canada et influents au sein du Commonwealth, visent à exercer une pression collective sur la scène internationale. Des sources au sein du gouvernement britannique indiquent que des discussions bilatérales ont eu lieu ces dernières semaines pour aligner les positions, avec l’objectif d’encourager d’autres nations occidentales à suivre. Cette approche concertée intervient alors que l’Assemblée générale de l’ONU, qui s’ouvre le 22 septembre, inclut une conférence de haut niveau co-présidée par la France et l’Arabie saoudite sur la question palestinienne.
Le contexte d’une crise humanitaire persistante à Gaza
Ces reconnaissances surviennent alors que la situation à Gaza reste dramatique, avec un bilan humain qui continue de s’alourdir. Selon le ministère de la Santé de Gaza, le nombre de morts palestiniens a dépassé les 65 000 depuis le début du conflit en octobre 2023, avec au moins 43 tués rien que ce dimanche 21 septembre lors de frappes israéliennes. Des rapports de l’ONU, dont une analyse de la commission d’enquête en juillet 2025, accusent Israël de commettre un « génocide » dans l’enclave, avec une famine déclarée dans certaines zones par des organismes onusiens de sécurité alimentaire. Le 17 septembre, l’armée israélienne a ouvert une nouvelle route d’évacuation à Gaza City, alors que les troupes avançaient, forçant des dizaines de milliers de Palestiniens à fuir sous les bombardements.
Des estimations indépendantes, comme celles publiées par The Lancet et relayées par des analystes, suggèrent que le véritable bilan pourrait être bien plus élevé, atteignant entre 200 000 et 600 000 morts lorsque l’on inclut les victimes indirectes sous les décombres, les maladies et la malnutrition. Un ancien commandant en chef de l’armée israélienne, Herzi Halevi, a confirmé dans une interview récente que les casualties palestiniennes dépassent les 200 000, affirmant que les conseils juridiques n’ont « pas une fois » contraint les décisions militaires israéliennes. La malnutrition à Gaza suit une trajectoire alarmante, avec 361 décès confirmés au 5 septembre 2025, selon l’Organisation mondiale de la santé, et des milliers d’enfants souffrant de famine aiguë. En Cisjordanie, les violences se multiplient, avec des incursions régulières de l’armée israélienne et des attaques de colons contre des villages palestiniens, exacerbant les tensions régionales.
Sur le plan diplomatique, la reconnaissance de la Palestine gagne du terrain. Avant ces annonces, 147 pays membres de l’ONU, soit environ 75 % des 193 États, reconnaissaient déjà la Palestine. La résolution adoptée en mai 2024 par l’Assemblée générale, accordant des droits supplémentaires à la Palestine en tant qu’État observateur, a été soutenue par 143 nations. La Déclaration de New York, adoptée ce mois-ci par 142 voix, réaffirme l’engagement pour une solution à deux États. Des pays européens comme l’Irlande, l’Espagne et la Norvège avaient déjà franchi le pas en mai 2024, portant le total à ce niveau avant les décisions britanniques et canadiennes.
Les conditions imposées à la reconnaissance
Les reconnaissances ne sont pas inconditionnelles. Le Royaume-Uni et le Canada ont explicitement exclu le Hamas de toute gouvernance future. « Cette décision ne légitime ni ne tolère le terrorisme », a déclaré le bureau de Mark Carney, soulignant le soutien continu à la sécurité d’Israël tout en promouvant une Palestine démocratique et démilitarisée. Keir Starmer a appelé Israël à cesser ses « tactiques cruelles » à Gaza et à permettre une augmentation massive de l’aide humanitaire, annonçant l’évacuation d’un premier groupe d’enfants malades vers le Royaume-Uni pour des soins au National Health Service. L’Australie a indiqué que les détails diplomatiques, comme l’établissement d’ambassades, seraient examinés au fur et à mesure des réformes de l’Autorité palestinienne.
Ces conditions visent à atténuer les critiques internes et internationales, notamment aux États-Unis, où l’administration oppose fermement ces reconnaissances unilatérales. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a averti que de telles mesures pourraient entraîner des réponses réciproques d’Israël, comme une annexion accrue de la Cisjordanie. Des pressions américaines ont été exercées sur l’Australie pour dissuader cette reconnaissance, sans succès.
Réactions contrastées et menaces israéliennes de représailles
Les annonces ont provoqué des réactions immédiates et polarisées. L’Autorité palestinienne a qualifié la décision de « pas historique vers la justice », avec le président Mahmoud Abbas remerciant les pays concernés pour leur soutien au droit inaliénable des Palestiniens à un État indépendant. Le Hamas a salué une « victoire pour la cause palestinienne », appelant à des mesures concrètes contre l’occupation. En revanche, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dénoncé ces reconnaissances comme « unilatérales et contre-productives », affirmant qu’elles « récompensent le terrorisme » et compliquent les négociations de paix. Lors d’une réunion du Conseil des ministres, il a qualifié les décisions d’« absurdes » et promis de lutter contre elles à l’ONU et ailleurs.
Israël a menacé de représailles significatives, incluant des sanctions économiques et diplomatiques contre les pays ayant reconnu la Palestine. Le ministère israélien des Affaires étrangères a convoqué les ambassadeurs du Royaume-Uni, du Canada et de l’Australie pour exprimer son mécontentement, tandis que des responsables ont évoqué des mesures concrètes, telles que l’accélération de l’expansion des colonies en Cisjordanie ou une annexion partielle des territoires occupés. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, chef du parti Sionisme religieux, a déclaré : « Toute reconnaissance de la Palestine sera accueillie par une réponse ferme, y compris l’établissement de nouvelles colonies et la révocation des privilèges accordés à l’Autorité palestinienne. » Des sources diplomatiques israéliennes ont également mentionné la possibilité de réduire les relations commerciales avec le Royaume-Uni, qui représente un marché important pour les exportations israéliennes, notamment dans les secteurs de la technologie et de l’agriculture.
Une vague de reconnaissances attendue à l’ONU
Les annonces britanniques, canadiennes et australiennes s’inscrivent dans une dynamique plus large, avec des attentes croissantes pour d’autres reconnaissances à l’ONU. La France, selon des sources diplomatiques, devrait officialiser sa reconnaissance de l’État de Palestine le 22 septembre 2025, lors d’une conférence co-présidée avec l’Arabie saoudite. Le président Emmanuel Macron, qui avait annoncé en août 2025 son intention de reconnaître la Palestine, a insisté sur « l’urgence de mettre fin à la guerre à Gaza et de protéger les civils ». Le Portugal, la Belgique, le Luxembourg et Malte devraient également faire des annonces similaires en marge de l’Assemblée générale. L’ambassadeur palestinien au Portugal a salué la décision attendue de Lisbonne, la qualifiant de « pas courageux pour soutenir les efforts mondiaux de paix ».
Cette vague de reconnaissances intervient dans un contexte où Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, s’est vu interdire l’entrée aux États-Unis pour assister à l’Assemblée générale, une décision dénoncée par Ramallah comme une tentative de marginalisation. Malgré cela, la Palestine bénéficie d’un soutien croissant, notamment parmi les pays du Sud global, qui perçoivent ces reconnaissances comme une correction des injustices historiques.
Les implications diplomatiques et économiques
La reconnaissance de l’État de Palestine pourrait avoir des répercussions concrètes. Sur le plan diplomatique, elle renforce la légitimité de l’Autorité palestinienne face au Hamas et ouvre la voie à des discussions sur l’établissement d’ambassades et d’autres protocoles. L’Australie a indiqué que ces questions seraient examinées à mesure que l’Autorité palestinienne progresserait dans ses réformes. Sur le plan économique, le Royaume-Uni envisage d’interdire l’importation de produits issus des colonies israéliennes, une mesure déjà adoptée par l’Irlande et envisagée par d’autres pays européens. Le Canada a également annoncé un fonds de 50 millions de dollars canadiens pour soutenir les réformes palestiniennes et l’aide humanitaire à Gaza.
Cependant, les critiques, notamment en Israël et aux États-Unis, estiment que ces reconnaissances restent symboliques, faute de frontières internationalement reconnues, d’une capitale officielle ou d’une armée pour la Palestine. Les menaces israéliennes de représailles économiques, comme la restriction des exportations ou la suspension des accords commerciaux, pourraient compliquer les relations bilatérales avec le Royaume-Uni et le Canada. En parallèle, les pressions américaines sur leurs alliés risquent d’intensifier les tensions au sein des alliances occidentales.
Un momentum diplomatique à New York
Alors que l’Assemblée générale de l’ONU débute, les regards se tournent vers les prochaines annonces, notamment celle de la France, qui pourrait galvaniser d’autres nations européennes. La conférence co-présidée par Paris et Riyad, prévue le 22 septembre, vise à consolider le soutien international à la solution à deux États. Les décisions du Royaume-Uni, du Canada et de l’Australie, combinées à la crise humanitaire à Gaza et aux tensions en Cisjordanie, placent la question palestinienne au centre des débats. Les menaces israéliennes d’annexion et de sanctions économiques, ainsi que l’opposition américaine, promettent des discussions animées à New York, où l’avenir de la Palestine et les perspectives de paix seront scrutés de près.



