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Les ambitions américaines sur le Groenland mettent à l’épreuve les liens historiques entre le Danemark et son territoire arctique

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Au cœur d’une crise diplomatique naissante, la Maison-Blanche a confirmé, ce 7 janvier 2026, explorer activement une « gamme d’options » pour acquérir le Groenland, incluant potentiellement l’usage de la force militaire. Cette déclaration, émise dans la foulée d’une opération américaine controversée au Venezuela, ravive les tensions transatlantiques et interroge les fondements des alliances atlantiques. Le président Donald Trump, réélu en novembre 2024 et investi depuis janvier 2025, réitère ainsi une fixation datant de son premier mandat, transformant une proposition jadis écartée comme fantaisiste en une menace tangible pour la souveraineté du Royaume du Danemark. Tandis que le Groenland, territoire autonome au sein de ce royaume, émerge comme un enjeu stratégique majeur dans l’Arctique, cette escalade expose les vulnérabilités des relations entre Nuuk et Copenhague, ainsi que les accords militaires liant les États-Unis au Danemark.

Le premier ministre danois, Mette Frederiksen, a réagi avec vigueur lors d’une conférence de presse à Copenhague ce même jour, affirmant que toute agression américaine contre un allié de l’Otan signifierait « la fin de l’alliance et du cadre de sécurité post-Seconde Guerre mondiale ». Du côté groenlandais, le premier ministre Jens Frederik Nielsen a été tout aussi catégorique, déclarant à Nuuk le 6 janvier 2026 : « Le Groenland n’est pas à vendre. Notre avenir se décide entre nous et le Danemark, pas sous la pression extérieure. » Ces déclarations, relayées lors d’une session conjointe avec des représentants européens, soulignent une unité rare entre la métropole et son territoire arctique. L’Union européenne, par la voix de son haut représentant pour les affaires étrangères, a exprimé un soutien ferme au Danemark, insistant sur le respect de la souveraineté et la préservation de la stabilité arctique.

Cette controverse immédiate s’inscrit dans un cadre plus large de relations complexes entre le Groenland et le Danemark, façonnées par des siècles d’histoire coloniale et évoluant vers une autonomie renforcée. Pour saisir les enjeux, il est essentiel d’examiner en profondeur le mécanisme de ces liens, ancrés dans une architecture constitutionnelle singulière.

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Les racines coloniales et l’intégration progressive

Les relations entre le Groenland et le Danemark remontent au début du XVIIIe siècle, lorsque le missionnaire norvégien Hans Egede, mandaté par la couronne dano-norvégienne, fonda une colonie en 1721 à Godthåb, l’actuelle Nuuk. À cette époque, l’île, peuplée par les Inuits depuis des millénaires, fut intégrée au domaine danois via un monopole commercial centré sur la chasse à la baleine et les fourrures. Le traité de Kiel en 1814, qui détacha la Norvège du Danemark, confirma la souveraineté danoise sur le Groenland, l’Islande et les îles Féroé. Au XIXe siècle, la gestion coloniale adopta un ton paternaliste, mêlant évangélisation, explorations scientifiques et exploitation économique. Des figures comme Knud Rasmussen cartographièrent la culture inuit, mais souvent à travers un prisme européen qui marginalisait les populations locales.

Au tournant du XXe siècle, le Groenland fut administré comme une colonie fermée, avec un monopole d’État exercé par la Kongelige Grønlandske Handel (KGH). Les Groenlandais, en majorité inuits, étaient exclus des décisions politiques, et les échanges avec l’extérieur étaient restreints pour sauvegarder une économie traditionnelle fondée sur la pêche et la chasse. La Seconde Guerre mondiale constitua un tournant décisif : l’occupation nazie du Danemark en avril 1940 isola le Groenland de sa métropole. Les États-Unis, invoquant la doctrine Monroe, conclurent un accord avec l’ambassadeur danois en exil pour sécuriser l’île, y installant des bases comme Thule. Cet épisode préfigure les tensions actuelles, illustrant comment des puissances tierces peuvent s’immiscer dans la souveraineté danoise.

En 1953, une réforme constitutionnelle intégra le Groenland comme un comté (amt) du Danemark, supprimant officiellement son statut colonial. Les Groenlandais acquirent la citoyenneté danoise, des droits de vote et deux sièges au Folketing, le parlement danois. Pourtant, cette intégration fut critiquée pour son unilataralisme : les consultations locales furent superficielles, et elle s’accompagna d’une « danisation » culturelle, imposant le danois dans l’enseignement et l’administration. Des enquêtes récentes, achevées en 2025, ont révélé des pratiques controversées des années 1950-1960, telles que le déplacement forcé de 22 enfants inuits vers le Danemark pour des expériences sociologiques, ou la stérilisation imposée à des milliers de femmes groenlandaises entre 1966 et 1975. Une commission mixte dano-groenlandaise, établie en 2024, a conduit à des excuses formelles de Copenhague et à des indemnisations totalisant 250 millions de couronnes danoises (environ 33 millions d’euros), versées en décembre 2025.

Vers une autonomie accrue : de la home rule à la self-rule

Le mouvement autonomiste prit de l’ampleur dans les années 1970, inspiré par les décolonisations globales. En 1979, un référendum approuvé à 70,1 % octroya au Groenland le statut de « home rule », instaurant un parlement local (Landsting, renommé Inatsisartut en 2009) et un gouvernement (Landsstyre, devenu Naalakkersuisut). Ce régime transféra les compétences en éducation, santé, pêche et environnement à Nuuk, tandis que Copenhague conserva la défense, les affaires étrangères, la justice et la monnaie (couronne danoise). Une subvention annuelle bloquée, évaluée à 3,9 milliards de couronnes en 2025 (environ 520 millions d’euros), représente près de 60 % du budget groenlandais, compensant le manque de ressources fiscales propres.

L’Acte d’autonomie de 2009, ratifié par référendum à 75,5 % en novembre 2008 et effectif depuis le 21 juin 2009 (fête nationale groenlandaise), marque un jalon crucial. Négocié entre Copenhague et Nuuk, il reconnaît le Groenland comme un « peuple » distinct, doté d’un droit à l’autodétermination aligné sur la Charte des Nations unies. Le document autorise le transfert progressif de 32 domaines de compétence, incluant les ressources minérales, la police et les transports. À janvier 2026, 28 domaines sont gérés par le Groenland, laissant la défense et les affaires étrangères au Danemark. En cas d’indépendance, l’acte prévoit des négociations sur le partage des revenus des ressources naturelles, comme les terres rares, l’uranium et les hydrocarbures, dont l’exploitation reste débattue pour ses impacts climatiques.

La gouvernance actuelle est hybride : bicamérale au niveau danois, mais autonome localement. L’Inatsisartut compte 31 élus tous les quatre ans via un scrutin proportionnel propice aux coalitions. Le Naalakkersuisut, présidé par le premier ministre, répond devant ce parlement. Jens Frederik Nielsen, du parti Siumut (social-démocrate), élu en avril 2025, défend une indépendance économique graduelle via des partenariats internationaux en minéralogie. Au Folketing, les deux députés groenlandais, souvent de partis locaux, influencent les discussions arctiques. En 2025, ils ont appuyé une loi renforçant les consultations groenlandaises sur les accords étrangers touchant l’île.

Les interdépendances économiques et sociales

Les liens économiques restent étroits. Le Danemark assure des services vitaux : les Groenlandais accèdent au système de santé danois, avec des hôpitaux à Nuuk et des transferts vers Copenhague pour les cas graves. L’éducation est bilingue (groenlandais et danois), affiliée au réseau universitaire danois. Près de 18 000 Groenlandais résident au Danemark, formant une diaspora dynamique. Néanmoins, des inégalités persistent : le PIB par habitant au Groenland s’élève à 48 000 euros en 2025, contre 62 000 au Danemark, avec un chômage à 9 % et une dépendance à la pêche (90 % des exportations). Le réchauffement climatique, accélérant la fonte glaciaire, ouvre des perspectives minières mais génère des défis, comme l’élévation du niveau marin menaçant les communautés côtières.

Les affaires étrangères et de défense demeurent danoises, mais avec une consultation accrue. Depuis 2009, le Groenland participe aux négociations sur les accords le concernant, tels que ceux avec l’UE (sortie de la CEE en 1985, mais partenariat via l’accord global de 2006, renouvelé en 2024 pour 217 millions d’euros d’aide jusqu’en 2027). En défense, le Royaume du Danemark assume la responsabilité, avec une présence modeste : la marine danoise patrouille les eaux, et le commandement arctique (Arktisk Kommando), basé à Nuuk depuis 2012, emploie 80 personnes.

Des tensions récentes ont émergé. En 2024, un litige sur l’exploitation d’uranium à Kuannersuit opposa Nuuk, favorable pour les revenus, à Copenhague, attentif aux normes internationales. Une commission conjointe trancha en janvier 2025, autorisant l’exploration sous supervision partagée. Par ailleurs, les scandales historiques alimentent un sentiment anticolonial : des sondages de 2025 indiquent que 58 % des Groenlandais soutiennent l’indépendance à long terme, contre 42 % en 2010.

Les accords militaires entre États-Unis et Danemark sur le Groenland

Les relations militaires entre Washington et Copenhague concernant le Groenland remontent à la Guerre froide. L’accord de défense de 1951 autorise les États-Unis à opérer des bases sur l’île pour défendre l’hémisphère occidental. La base de Thule (renommée Pituffik Space Base en 2023) en est le cœur : édifiée en 1951 dans le secret, elle héberge un radar antimissile intégré au système américain. Relocalisée en 1968 après un crash nucléaire d’un B-52, elle abrite aujourd’hui environ 150 personnels américains, avec des outils de surveillance spatiale via la Space Force.

L’accord d’Igaliku de 2004 modernise ce cadre, intégrant des consultations avec Nuuk sur les effets environnementaux et sociaux. Il prévoit des compensations pour les communautés locales, comme les Inuits de Qaanaaq, impactés par des relocalisations passées. En 2023, sous Biden, un pacte élargit l’accès américain à trois bases danoises continentales (Aalborg, Karup, Skrydstrup), excluant initialement le Groenland. Toutefois, en juin 2025, le Folketing a validé une extension, permettant une présence accrue à Pituffik avec drones et infrastructures renforcées contre les activités russes et chinoises en Arctique. Lors de la signature en mai 2023, le secrétaire d’État Antony Blinken déclara : « Cet accord consolide notre partenariat pour un Arctique stable et sécurisé. »

Sous Trump depuis 2025, le ton évolue. En janvier 2025, Trump menaça de tariffs sur le Danemark si le Groenland n’était pas cédé, invoquant des impératifs sécuritaires face à la Chine, investie dans les mines groenlandaises (comme Shenghe Resources à Kvanefjeld). L’ambassadeur américain à Nuuk, nommé en 2023, intensifie les pourparlers économiques, proposant des investissements contre une influence accrue. Le 5 janvier 2026, post-opération vénézuélienne, la Maison-Blanche confirma explorer l’« acquisition », y compris militaire, déclenchant des réactions globales. Le secrétaire d’État Marco Rubio annonce une rencontre avec des officiels danois la semaine prochaine, affirmant privilégier l’achat mais n’excluant pas la force.

Ces évolutions soulignent les enjeux pour la sécurité arctique. Avec la fonte des glaces ouvrant de nouvelles voies maritimes, le Groenland devient pivotal. La Russie accroît ses patrouilles, et la Chine cherche des partenariats miniers. Le Danemark, via l’Otan, dépend des États-Unis pour défendre l’île, mais rejette toute cession. En décembre 2025, une réunion tripartite à Reykjavik discuta d’une coopération renforcée, sans aboutissement. Nuuk, consulté, maintient son veto : « Nous ne sommes pas à vendre », réitère Nielsen le 6 janvier 2026. Les négociations en cours, impliquant des experts onusiens sur l’autodétermination, évaluent les impacts sur les traités existants.

Les dynamiques régionales exacerbent ces pressions. Les investissements étrangers, tel le contrat américain de modernisation de Pituffik en 2024 (3,5 milliards de dollars), contrastent avec les appels locaux à la diversification. En novembre 2025, Nuuk signa un mémorandum avec le Canada pour la recherche arctique, contrecarrant l’influence unilatérale américaine. Ces initiatives, soutenues par Copenhague, visent à préserver l’autonomie tout en solidifiant les alliances. Les implications immédiates incluent une possible révision des accords de 1951, réclamée par des parlementaires danois le 7 janvier 2026, pour ajouter des clauses anti-annexion. Entre-temps, les forces danoises à Nuuk sont en état d’alerte, coordonnant avec l’Otan pour surveiller les mouvements américains dans la zone.

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