Les destins sont têtus par Nada BEJJANI RAAD

Comme une mise en bouche, une mise en abyme et pour vous en parler moi-même, j’aimerais vous toucher deux mots du roman « Le jour où l’agave crie ».

Dans cette fiction, Claire est urbaniste et vit en région parisienne. Elle est en prise avec un employeur haut en couleur et difficile à décrypter au moment où sa fille disparaît sans laisser d’adresse. L’occasion pour elle de se pencher sur tout ce qui jusque-là avait régi sa vie. Le récit avance par sensations juxtaposées, par touches successives, comme une pièce de théâtre dans des décors différents. Tantôt dans son appartement haut perché comme un phare, tantôt à l’agence d’urbanisme. Parfois dans la rue, le quartier ou, lors de ses voyages, dans des villes comme Abu Dhabi qui sont l’occasion pour Claire d’une parenthèse au temps. A mesure que l’intrigue prend forme, tout semble converger comme un faisceau d’indices vers un seul et même personnage, imposant et fondateur, qui appartient au passé, mais également au présent puisqu’il vit toujours au pays du Levant.

C’est un roman qui parle d’orgueil, de devoir, de la relation mère-fille qui est comme un jeu de miroirs inversés qui renvoient les images à l’envi, le regard porté sur nous par l’autre et les formes multiples que prend l’amour quand il est infini. Il parle aussi de la difficulté de s’adapter sans devenir autre et sans manquer à ce qui jusque-là a servi de devoir. C’est un roman qui pose aussi la question de la transmission du vécu et de l’influence que peut avoir sur nous et sur notre descendance un destin qu’on n’a pas accompli. Car les destins tout comme les faits sont souvent têtus.

L’écriture tente de restituer un présent fugace, des impressions et des sentiments qui très vite ne sont plus. L’instantané de ces vies appréhendées au détour d’un chemin, ces paysages. Et, dans cette banlieue parisienne, la fascination de l’Axe Majeur.

Le jour où l’agave crie, un titre qui renvoie à un souvenir. Dans leur jardin, les parents de Claire avaient planté un agave. En grec ancien, agavé veut dire admirable. Ils l’avaient planté sous un oriel qui le coupait du soleil. Des années durant, imperceptiblement, l’agave avait rampé vers lui jusqu’au jour où il en fut inondé. Il lui poussa alors une hampe si haute, si imposante que tous les voisins alentour sont venus la contempler. C’était une floraison admirable comme une pêche miraculeuse, une manne du ciel, un chant de cygne, puisque quelques jours plus tard la plante était morte. Il en va ainsi parfois de l’artiste. Il se livre aux passants, met sa vie en suspens mais sait au fond de lui qu’il ne peut y échapper.


Nada BEJJANI RAAD

Née au Liban, Nada Bejjani Raad pratique son métier d’architecte en France depuis 1989. Éditée dans la revue Esprit en classe de 3ème, elle n’a jamais cessé d’écrire. « Le jour où l’agave crie » est son premier roman.

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Jinane Chaker Sultani Milelli

Jinane Chaker-Sultani Milelli est une éditrice et auteur franco-libanaise. Née à Beyrouth, Jinane Chaker-Sultani Milelli a fait ses études supérieures en France. Sociologue de formation [pédagogie et sciences de l’éducation] et titulaire d’un doctorat PHD [janvier 1990], en Anthropologie, Ethnologie politique et Sciences des Religions, elle s’oriente vers le management stratégique des ressources humaines [diplôme d’ingénieur et doctorat 3e cycle en 1994] puis s’affirme dans la méthodologie de prise de décision en management par construction de projet [1998].