mardi, février 10, 2026

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Les États-Unis sanctionnent des opérateurs du Hezbollah exploitant l’économie informelle libanaise

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Le département du Trésor américain a annoncé, ce mardi 10 février 2026, de nouvelles sanctions visant des entités et des individus accusés de générer des revenus pour le Hezbollah et d’exploiter le secteur financier informel du Liban. Cette mesure cible deux mécanismes clés utilisés par le groupe pour maintenir sa stabilité économique : la génération de revenus en coordination avec le régime iranien et l’utilisation de l’économie de trésorerie libanaise. Parmi les entités sanctionnées figure la société d’échange d’or Jood SARL, opérant sous la supervision de l’Al-Qard Al-Hassan (AQAH), déjà désigné par Washington, et convertissant les réserves d’or du Hezbollah en fonds utilisables pour sa reconstitution. Une opération internationale d’approvisionnement et de transport de marchandises, orchestrée par des financiers du Hezbollah basés dans la région, dont l’Iran, est également visée.

« Le Hezbollah représente une menace pour la paix et la stabilité au Moyen-Orient », a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent. « Le Trésor travaillera à couper ces terroristes du système financier mondial pour donner au Liban une chance de redevenir pacifique et prospère. » Cette action s’inscrit dans le cadre de l’ordre exécutif 13224 sur le contre-terrorisme, modifié, et rappelle la désignation du Hezbollah comme terroriste global par le département d’État en 2001 et comme organisation terroriste étrangère en 1997.

Une économie libanaise fragilisée par des années de crise

Le Liban traverse une crise économique profonde depuis 2019, marquée par un effondrement du système bancaire, une dévaluation massive de la livre libanaise et une inflation galopante. Selon les estimations de la Banque mondiale, le PIB réel a chuté de près de 40 % depuis cette date, avec environ 44 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté national et plus de 70 % touchée par une pauvreté multidimensionnelle. La crise a été exacerbée par la corruption endémique, la mauvaise gestion des finances publiques et les impacts régionaux, dont la pandémie de Covid-19 et l’explosion du port de Beyrouth en 2020.

À cela s’ajoutent les conséquences du conflit de 2024-2025 entre Israël et le Hezbollah, qui a causé des dommages estimés à 14 milliards de dollars, dont 6,8 milliards en destructions physiques et 7,2 milliards en pertes économiques. Près de 166 000 emplois ont été perdus, et les pertes agricoles s’élèvent à 1,2 milliard de dollars. Le cessez-le-feu du 27 novembre 2024 a permis un retour partiel à la normale, mais 98 994 personnes restent déplacées en raison de l’insécurité persistante et des infrastructures détruites. Environ 1,6 million de Libanais risquent une insécurité alimentaire aiguë, selon les évaluations des Nations unies.

Dans ce contexte, le secteur financier informel a pris une ampleur considérable, représentant jusqu’à 18 % du PIB selon certaines estimations non officielles. Les échanges en espèces, les transferts via des sociétés de change non réglementées et les réseaux parallèles ont remplacé un système bancaire en faillite, où plus de 124 milliards de dollars de dépôts restent gelés. Cette économie de l’ombre, alimentée par des remises d’émigrés et des activités illicites, a permis à des acteurs comme le Hezbollah de maintenir leurs opérations financières malgré les sanctions internationales.

Le rôle central de l’Al-Qard Al-Hassan dans le financement du Hezbollah

L’Al-Qard Al-Hassan, présenté comme une organisation non gouvernementale sous licence du ministère libanais de l’Intérieur, fonctionne en réalité comme une banque parallèle, offrant des services financiers bien au-delà de ce qui est déclaré dans ses documents d’enregistrement. Désigné par les États-Unis en 2007, l’AQAH facilite les activités militantes déstabilisatrices du Hezbollah, tout en entravant la reconstruction du Liban par les citoyens ordinaires. Face aux difficultés de financement rencontrées au début de 2025, le Hezbollah a ordonné à l’AQAH d’établir une chaîne de sociétés pour commercer l’or au Liban et potentiellement à l’étranger, afin de pallier les pressions de liquidité.

Pour contourner les sanctions, des responsables de l’AQAH ont créé Jood SARL, une société agréée par le gouvernement libanais et supervisée par Samer Hasan Fawaz, déjà désigné par Washington. L’AQAH a ouvert ou prévoit d’ouvrir des succursales de Jood dans des zones majoritairement chiites, telles que Beyrouth, la vallée de la Bekaa et Nabatiyeh. La plupart de ces succursales sont situées à proximité des branches existantes de l’AQAH, qui supervise leurs activités. Mohamed Nayef Maged et Ali Karnib, hauts responsables de l’AQAH, en sont les copropriétaires et gérants, opérant au nom de l’organisation. Cette création s’inscrit dans une série de stratagèmes utilisés par l’AQAH pour masquer ses activités financières.

Jood SARL est désignée pour avoir fourni un soutien matériel, financier ou technologique au Hezbollah. Mohamed Nayef Maged l’est pour son soutien à l’AQAH. Ces mesures bloquent tous les biens et intérêts de ces entités aux États-Unis ou sous contrôle américain, et interdisent les transactions impliquant des personnes américaines.

Le réseau d’Ali Qasir et les chaînes d’approvisionnement régionales

Ali Qasir, membre désigné de l’équipe financière du Hezbollah basée en Iran, coordonne régulièrement avec des associés dans plusieurs juridictions pour contourner les sanctions et lever des fonds pour le groupe. Dès la mi-2025, Andrey Viktorovich Borisov, un ressortissant russe basé à Moscou et employé de la société affiliée au Hezbollah Mira Ihracat Ithalat Petrol, a collaboré directement avec Qasir sur des projets incluant l’acquisition d’armes en Russie et la vente de marchandises pour générer des revenus. Depuis au moins 2021, Borisov travaille avec Ibrahim Talal al-Uwayr et Muhammad Amir Alchwiki, associés de l’équipe financière du Hezbollah, pour faciliter les affaires de Mira impliquant la Russie.

Fin 2025, l’équipe financière du Hezbollah, incluant Qasir, al-Uwayr et Samer Kasbar, directeur de la société écran Hokoul SAL Offshore, en consultation avec le Syrien Yaser Husayn Ibrahim, a utilisé la société turque Platinum Group International Dis Ticaret Limited Sirketi pour exporter des millions de dollars d’engrais iranien vers la Turquie, en prétendant faussement une origine omanaise. Sea Surf Shipping Limited, propriétaire du navire cargo LARA battant pavillon Saint-Kitts-et-Nevis, a facilité cette transaction, avec la cargaison chargée sur le BRILLIANCE, battant pavillon panaméen et appartenant à Brilliance Maritime Ventures S.A., géré par Abdul Jalil Mallah, affilié au Corps des Gardiens de la révolution islamique et au Hezbollah.

Borisov, Platinum Group International, Sea Surf Shipping et Brilliance Maritime Ventures sont désignés pour soutien au Hezbollah. Le BRILLIANCE et le LARA sont identifiés comme biens bloqués.

Les implications immédiates des sanctions

Ces sanctions entraînent le blocage de tous biens et intérêts des personnes désignées aux États-Unis ou sous contrôle américain, qui doivent être signalés à l’OFAC. Toute entité détenue à 50 % ou plus par des personnes bloquées l’est également. Sauf autorisation ou exemption, les réglementations de l’OFAC interdisent les transactions impliquant ces biens par des personnes américaines ou transitant par les États-Unis.

Les violations peuvent entraîner des sanctions civiles ou pénales, y compris pour les institutions financières étrangères facilitant des transactions significatives au nom de personnes désignées. L’OFAC peut interdire ou imposer des conditions strictes sur les comptes correspondants ou payables aux États-Unis pour ces institutions.

Cette action renforce les efforts pour isoler le Hezbollah du système financier mondial, dans un contexte où le Liban peine à se remettre de ses crises multiples. Le secteur informel, vital pour de nombreux Libanais face à l’effondrement bancaire, est désormais sous une surveillance accrue, risquant de compliquer davantage l’accès aux liquidités pour les citoyens ordinaires.

Le Hezbollah face à des pressions financières croissantes

Au début de 2025, le Hezbollah a rencontré des défis majeurs pour sécuriser ses financements, poussant l’AQAH à accélérer la création de sociétés comme Jood pour atténuer les pressions de liquidité. Ces mécanismes visent à convertir les réserves d’or en fonds utilisables, soutenant la reconstitution du groupe après les pertes subies lors du conflit de 2024-2025.

Les sanctions antérieures, comme celles de novembre 2025 visant des opérateurs exploitant l’économie de trésorerie libanaise, ont révélé que le Corps des Gardiens de la révolution islamique-Qods Force a transféré plus d’un milliard de dollars au Hezbollah depuis janvier 2025, principalement via des sociétés de change. Ces flux soutiennent les forces paramilitaires du groupe et la reconstruction de son infrastructure, tout en résistant aux efforts du gouvernement libanais pour affirmer son contrôle souverain.

Le rôle de l’Iran reste central, avec des réseaux comme celui d’Ali Qasir facilitant l’évasion des sanctions et l’acquisition d’armes. En juillet 2025, des sanctions ont visé des financiers liés au Hezbollah et des contrebandiers de pétrole iranien, illustrant la persistance de ces chaînes malgré les pressions internationales.

L’économie libanaise et le poids du secteur informel

L’économie libanaise, déjà fragilisée, dépend de plus en plus du secteur informel depuis la crise de 2019. La prolifération des sociétés de change, estimée à 18 milliards de dollars en flux annuels, a permis au Hezbollah d’exploiter cette économie de trésorerie pour blanchir des fonds illicites, menaçant l’intégrité du système financier libanais en mélangeant le financement du terrorisme au commerce légitime.

Les missions récentes du Fonds monétaire international ont exhorté à des réformes ambitieuses pour aborder les faiblesses structurelles, mais le blocage politique persistant entrave les progrès. Le budget 2025, équilibré pour la première fois, reste sous pression fiscale malgré une meilleure collecte des revenus.

Les dynamiques régionales et les défis sécuritaires

Le cessez-le-feu de novembre 2024 a suivi un conflit dévastateur, avec des dommages estimés à 14 milliards de dollars. Le gouvernement libanais a approuvé un plan de désarmement du Hezbollah, mais sans calendrier clair au-delà de la première phase, prévue en trois mois. Les représentants du Hezbollah insistent sur la résolution des frappes israéliennes et des positions occupées avant toute discussion sur la sécurité nationale.

Les partenaires internationaux, dont les États-Unis et la France, pressent les Forces armées libanaises à accélérer le désarmement, avec des attentes élevées pour la phase suivante. Le plan vise à faire des Forces armées la seule force armée au Liban, mais les résistances internes et les capacités limitées de l’armée compliquent son exécution.

Les implications pour la stabilité régionale

Les sanctions américaines soulignent la détermination à contrer l’influence iranienne via le Hezbollah, dans un Moyen-Orient marqué par des tensions persistantes. L’effondrement du régime syrien en décembre 2024 a privé le Hezbollah d’un allié clé, coupant ses routes d’approvisionnement et exposant ses vulnérabilités logistiques.

Au Liban, la crise humanitaire s’aggrave : plus de 400 000 personnes ont vu leur accès à l’eau potable perturbé par les dommages aux infrastructures, et les pénuries d’électricité aggravent les conditions de vie. Les évaluations de l’Unicef indiquent que un tiers des ménages n’ont pas accès aux médicaments pour enfants, avec 45 % réduisant les dépenses de santé en raison de la pauvreté.

Les réseaux financiers du Hezbollah, comme l’AQAH et Jood, illustrent comment le groupe s’adapte aux sanctions, en exploitant les failles de l’économie informelle. Les flux iraniens, malgré les pressions, soutiennent ses activités, mais les mesures récentes pourraient limiter davantage ses capacités.

Les défis de la reconstruction libanaise

La reconstruction post-conflit nécessite 11 milliards de dollars, selon la Banque mondiale, mais les bailleurs internationaux conditionnent leur aide à des réformes structurelles et au désarmement. Le gouvernement de Nawaf Salam s’engage à restaurer la confiance internationale, mais les coalitions confessionnelles et les influences régionales compliquent les avancées.

Les investissements saoudiens de 3 milliards de dollars en Syrie, annoncés récemment, pourraient influencer les dynamiques libanaises, mais le Liban reste isolé économiquement. Les transferts de fonds des émigrés, vitaux pour l’économie, ont diminué, aggravant la crise.

Les perspectives immédiates pour le secteur financier

Les circulaires de la Banque centrale libanaise visent à réguler les sociétés de change, mais l’absence de stratégie claire permet la persistance des réseaux parallèles. Les sanctions sur des entités comme Platinum Group et Sea Surf illustrent les ramifications internationales, impliquant la Turquie, la Russie et l’Iran.

Les violations potentielles exposent les institutions financières étrangères à des sanctions secondaires, renforçant l’isolement du Hezbollah. Les implications pour les Libanais ordinaires incluent un accès restreint aux services financiers, dans un pays où le secteur informel est devenu indispensable.

Les adaptations du Hezbollah aux contraintes financières

Face aux défis de 2025, le Hezbollah a diversifié ses sources de revenus, en s’appuyant sur des réseaux comme celui d’Ali Qasir pour procurer des armes et vendre des marchandises. Les transactions comme l’export d’engrais iranien masqué soulignent les tactiques d’évasion, impliquant des navires et des sociétés écrans.

Ces mesures récentes pourraient perturber ces chaînes, forçant le groupe à chercher de nouvelles voies, potentiellement plus risquées. Les pertes subies lors du conflit ont déjà affaibli ses capacités, avec des estimations de dommages agricoles à 1,2 milliard de dollars affectant ses bases dans les zones chiites.

Les pressions internationales sur le Liban

Les États-Unis, via des paquets d’aide militaire de 240 millions de dollars en octobre 2025, soutiennent les Forces armées libanaises pour contrer le Hezbollah. Les missions du FMI insistent sur des réformes pour débloquer l’aide, mais les blocages politiques persistent.

La désignation de navires comme le BRILLIANCE et le LARA comme biens bloqués étend les sanctions au secteur maritime, compliquant les importations libanaises déjà fragiles.

Les faits récents et leurs répercussions

En janvier 2026, des sanctions ont visé des réseaux houthis liés à l’Iran, illustrant la stratégie plus large contre les proxies iraniens. Au Liban, les efforts pour réguler l’économie de trésorerie se heurtent à la prolifération des sociétés non licenciées.

Les dynamiques confessionnelles, avec les influences sunnites à Tripoli et chiites au sud, influencent les réponses à ces sanctions, sans favoritisme documenté. Les implications immédiates incluent un renforcement des contrôles sur les flux financiers, affectant potentiellement les remises vitales pour l’économie libanaise.

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