mercredi, janvier 14, 2026

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Les tensions politiques internes : jusqu’où ira le bras de fer entre réformateurs et conservateurs ?

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Un gouvernement sous haute tension dès sa formation

La formation du gouvernement de Nawaf Salam était attendue comme une solution pour sortir le Liban de l’impasse politique et économique dans laquelle il est plongé depuis plusieurs années. Cependant, au lieu de ramener l’apaisement, l’arrivée de ce nouveau cabinet a ravivé les tensions entre les forces réformatrices et les conservateurs attachés au statu quo.

D’un côté, les partisans du changement espèrent que ce gouvernement pourra mener les réformes indispensables à la survie économique du pays. De l’autre, les forces politiques traditionnelles, qui ont dominé la scène libanaise pendant des décennies, voient cette nouvelle dynamique comme une menace à leurs intérêts. Ce bras de fer entre les deux camps menace de paralyser l’action gouvernementale et de replonger le pays dans une crise institutionnelle.

Les réformateurs : un pari difficile sur le changement

Le camp des réformateurs est principalement composé de technocrates, de membres de la société civile et de certains acteurs politiques modérés, qui considèrent que le Liban ne peut plus survivre sans une transformation radicale de son modèle économique et politique. Nawaf Salam, fort de son expérience diplomatique et judiciaire, incarne cette volonté de rupture avec l’ancien système.

Les réformateurs plaident pour une transparence accrue dans la gestion des finances publiques, une restructuration complète du secteur bancaire et une refonte du système judiciaire pour mettre fin à l’impunité des élites corrompues.

L’un des premiers objectifs du gouvernement a été de relancer les négociations avec le FMI, une démarche essentielle pour obtenir une aide financière et stabiliser la monnaie nationale. Cependant, cette initiative a immédiatement rencontré l’opposition des conservateurs, qui dénoncent une ingérence étrangère et craignent que les conditions imposées par le FMI ne conduisent à un appauvrissement encore plus important de la population​.

Les conservateurs : défendre le statu quo coûte que coûte

Face aux réformateurs, le camp conservateur est composé des principaux partis politiques traditionnels, notamment le Hezbollah et le mouvement Amal, mais aussi de certaines élites économiques et bancaires qui bénéficient du système actuel.

Les forces conservatrices s’opposent à toute réforme qui pourrait réduire leur pouvoir et leur influence sur les institutions du pays. Elles voient notamment d’un mauvais œil toute tentative de modifier la répartition des pertes financières du secteur bancaire, craignant que cela ne pénalise leurs intérêts économiques.

Le Hezbollah, principal acteur politique et militaire du pays, accepte la formation du gouvernement mais demeure vigilant face aux réformes proposées, surtout celles qui pourraient réduire son contrôle sur les institutions sécuritaires et financières. Pour le parti chiite, toute tentative d’introduction de normes plus strictes sur la gestion des fonds publics ou de renforcement de l’État au détriment des groupes armés est perçue comme une menace directe à son influence​.

Le Parlement, champ de bataille entre les deux blocs

La scène parlementaire libanaise est devenue un champ de bataille entre réformateurs et conservateurs. Bien que le gouvernement de Nawaf Salam bénéficie d’un soutien conditionnel d’une partie des députés, il ne dispose pas d’une majorité absolue, ce qui signifie que chaque réforme devra être négociée au cas par cas.

Dès sa prise de fonction, le Premier ministre a tenté de faire adopter un projet de loi sur la transparence financière, qui obligerait les hauts fonctionnaires et responsables politiques à déclarer leurs avoirs. Cette initiative a été immédiatement bloquée par les partis conservateurs, qui ont dénoncé une manœuvre populiste visant à affaiblir les dirigeants en place.

Les débats autour du budget sont également hautement conflictuels. Le gouvernement souhaite réduire les dépenses publiques et augmenter les recettes fiscales, notamment en supprimant certaines subventions inefficaces et en instaurant une taxation sur les grandes fortunes. Mais ces mesures sont violemment contestées par les conservateurs, qui y voient une menace pour leur électorat et leurs intérêts économiques​.

Un climat social explosif : la rue en arbitre du conflit

Au-delà des tensions institutionnelles, la situation politique libanaise est compliquée par une colère populaire grandissante. La population, exaspérée par la crise économique et la corruption, observe avec méfiance les querelles internes entre les forces politiques.

Des manifestations ont déjà éclaté dans plusieurs villes, avec des slogans appelant à un changement radical du système. Certains mouvements sociaux estiment que le gouvernement Salam n’est qu’une nouvelle façade du système ancien, tandis que d’autres espèrent encore une rupture réelle avec le passé​.

Le risque d’un embrasement social est particulièrement élevé si le gouvernement ne parvient pas à réduire rapidement la pression économique sur la population. Une austérité trop brutale imposée par un éventuel accord avec le FMI pourrait provoquer une révolte similaire à celle de 2019, tandis qu’un immobilisme prolongé pourrait faire exploser la frustration accumulée.

Le facteur international : un jeu d’influences complexe

Les tensions internes au Liban sont également influencées par les jeux de puissance internationaux.

  • Les États-Unis et la France soutiennent les réformateurs et souhaitent un gouvernement capable de mettre en place des réformes structurelles, tout en limitant l’influence du Hezbollah.
  • L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis observent avec prudence la situation et conditionnent leur aide économique à un éloignement progressif du Liban vis-à-vis de l’axe Iran-Syrie.
  • L’Iran, quant à lui, continue de soutenir le Hezbollah, considérant toute réforme qui affaiblirait son influence comme une ligne rouge infranchissable​.

Dans ce contexte, Nawaf Salam doit jongler entre ces pressions contradictoires, tout en tentant de maintenir la stabilité interne du pays.

Un avenir incertain, mais une lutte inévitable

Le bras de fer entre réformateurs et conservateurs au Liban est loin d’être terminé. Si le gouvernement parvient à imposer ses réformes, il pourrait amorcer un processus de reconstruction nationale et regagner la confiance des Libanais. Mais si les blocages politiques persistent, le pays risque de s’enfoncer encore plus profondément dans la crise et d’atteindre un point de rupture irréversible.

Les prochains mois seront déterminants pour l’avenir du Liban. La capacité de Nawaf Salam à naviguer entre les intérêts divergents, les attentes internationales et la colère populaire définira le destin du pays pour les années à venir.

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Newsdesk Libnanews
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