« ..: une grande partie de l’humanité est privée de la possibilité de choisir son activité, …l’homme est ainsi réduit à son utilité technique, …c’est surtout dans la dimension de ce que les Grecs appelaient poïen, qui signifie … la « création ».,..que l’homme donne un sens à sa vie ». François Cheng. 

« Métro-boulot-dodo », enchaîne Mark lorsque Julia lui demande au sujet de sa journée, les yeux braqués sur le pouce qui déclenche un « message ». Ling répond d’un sourire à son épouse quand elle regarde avec tendresse les rides de son visage.  Mounir demande à sa femme Carole:  » As tu passé une bonne journée »?  Elle va décrire les courses continues depuis le matin et finit pas parler de l’arrivée des enfants à la maison..Wafaa appelle: « Hassan ou es tu » ? Il ouvre ses bras pour la serrer fort. Un enfant bien plus loin, sur un champ de poussière noire est blessé d’une balle à la jambe. Il crie d’une voix  stridente et désespérée, « mama »!  Personne ne lui répondra, à part l’écho du petit coeur qui bat seul parmi les cadavres des siens.

Ces scènes nous indiquent des touches de vécus, d’un fait banal au déchirement tragique. Ce bref concis d’un quotidien certain, nous renvoie au sens des choses furtives qui marquent cependant le cours de tant de vies. La trame de nos comportements esquive le sens des mots par des regards qui pointent, des gestes qui nous dévoilent et ce silence qui semblent parfois ne convenir qu’à la conscience qu’on retient. Le monde semble appartenir de moins en moins au rythme naturel des hommes et des femmes qui choisissent la cohérence à la place de la tacite résignation. L’intelligence va se démunir souvent d’un bijoux: son étincelle lumineuse. Celle qui valide la plénitude de l’humain par la persévérance d’une juste sensibilité.Tristement, on observe, sans plus vouloir chercher, démarquer, lire ou comprendre la part acceptable des réalités. On reçoit le flux des informations journalières sans se devoir de réagir au fait qui marque et qu’on garde pour soi. La perspective souhaitée des valeurs humaines va remplacer insensiblement l’allure d’un présent suspendu aux attentes, bousculé et inégalement géré. Il est souvent façonné aux ornières de la globalisation.

Elle va confirmer la convenance aux normes des tolérances internationales. Parmi elles, l’insupportable froideur face à tant de dramatiques souffrances. La priorité humaniste, bien au delà du statut, du poste, de la prérogative et du succès matériel, va se réduire à de rares manifestations, pour arrêter la folie des hommes. La pénurie la plus grave de nos jours et la plus critique pour le monde « civilisé » est celle de son humanité. A quoi servirait donc le pouvoir des responsables, des politiciens, des idéologies, des chefs d’Etats, des chefs de gouvernements, des individus sur terre, quand l’exercice de sa fonction perd son sens premier: Celui d’initier en soi et chez les autres un essentiel de paix visible par son rayonnement?! 

Joe Acoury