La formation d’un nouveau gouvernement au Liban soulève des tensions politiques majeures, notamment autour de l’éventuelle exclusion du mouvement Amal du ministère des Finances. Ce portefeuille, clé dans la gestion des finances publiques et des réformes économiques, a été historiquement contrôlé par Amal. Cette redistribution, demandée par des partenaires internationaux, répond à une nécessité de réformes structurelles, après que les précédents ministres d’Amal, Ali Hassan Khalil et Youssef Khalil, ont été accusés de bloquer systématiquement les réformes et les audits.
Un ministère au cœur des équilibres politiques
Depuis l’Accord de Taëf, le ministère des Finances est traditionnellement attribué à un représentant chiite, symbolisant l’équilibre confessionnel dans le système politique libanais. Sous la direction de Nabih Berri, Amal a consolidé son contrôle sur ce portefeuille, le transformant en un levier d’influence majeur. Cependant, le rôle des ministres précédents d’Amal dans le blocage des réformes a suscité des critiques croissantes, tant au niveau local qu’international. Ali Hassan Khalil et Youssef Khalil ont été pointés du doigt pour leur gestion opaque et leur opposition systématique aux audits financiers exigés par le FMI.
Selon Al Akhbar (22 janvier 2025), cette opposition aux réformes a miné les efforts pour stabiliser les finances publiques et instaurer la transparence. Ces blocages expliquent pourquoi les bailleurs de fonds, comme le FMI et la Banque mondiale, insistent désormais pour que ce portefeuille soit confié à une figure indépendante, capable de restaurer la crédibilité du Liban sur la scène internationale. Un cadre proche du Hezbollah a toutefois averti : « Ce portefeuille est une garantie pour notre communauté et un symbole de notre poids politique. »
Fonctionnement de l’État : Un équilibre précaire
L’exclusion d’Amal pourrait engendrer des blocages au sein des institutions, notamment au Parlement, où Nabih Berri conserve une influence significative en tant que président de la Chambre des députés. Selon Al Joumhouriyat (22 janvier 2025), Amal pourrait adopter une posture d’obstruction, retardant l’approbation des budgets et paralysant l’adoption de lois essentielles pour le redressement économique. Par ailleurs, cette décision risquerait d’alimenter des tensions confessionnelles, en particulier si elle est interprétée comme une tentative de marginaliser la communauté chiite. Les manifestations ou escalades politiques pourraient devenir inévitables, compliquant davantage le fonctionnement de l’État.
Réformes économiques et financières : Une opportunité et des risques
L’exclusion d’Amal pourrait offrir une opportunité d’améliorer la transparence et l’efficacité du ministère des Finances. Sous le contrôle d’une figure technocratique ou indépendante, ce portefeuille pourrait répondre aux exigences des institutions internationales, telles que le FMI, qui conditionne son aide financière à des réformes structurelles. L’ancien ministre des Finances Ghazi Wazni, qui avait tenté d’introduire certaines réformes, s’était heurté à l’opposition de Nabih Berri, illustrant les défis posés par l’emprise d’Amal sur ce portefeuille.
Selon Nida’ Al Watan (22 janvier 2025), les bailleurs de fonds ont exprimé leur inquiétude face à l’opacité de la gestion des budgets publics et au manque de progrès dans les négociations avec les créanciers internationaux. L’ambassadeur de France au Liban a déclaré : « Une gestion transparente et indépendante du ministère des Finances est essentielle pour restaurer la crédibilité internationale du Liban. »
Cette redistribution pourrait également permettre de mieux gérer la dette publique et de rationaliser les dépenses de l’État, deux priorités cruciales pour relancer une économie en crise. Cependant, Amal pourrait utiliser son pouvoir législatif pour bloquer la mise en œuvre des réformes nécessaires. Cette posture d’opposition risquerait de ralentir les négociations avec les créanciers internationaux et de prolonger la crise économique. En outre, selon Al Quds Al Arabi (22 janvier 2025), les rivalités politiques internes pourraient détourner l’attention des réformes urgentes au profit de luttes de pouvoir.
Impact sur l’affaire du port de Beyrouth
Le ministère des Finances est directement impliqué dans la gestion des douanes et des revenus portuaires, des éléments centraux de l’affaire du port de Beyrouth. L’explosion d’août 2020 a révélé de profondes lacunes dans la supervision des activités portuaires, ainsi qu’une gestion opaque des fonds publics. Sous le contrôle d’Amal, le ministère a été accusé de négligence et de corruption. Une redistribution de ce portefeuille à une figure indépendante pourrait relancer les enquêtes sur les responsabilités administratives et politiques.
Selon Al Joumhouriyat (22 janvier 2025), des audits approfondis pourraient révéler des pratiques de détournement de fonds ou de favoritisme dans la gestion portuaire. La reconstruction du port de Beyrouth est une priorité nationale et internationale. Les bailleurs de fonds, notamment l’Union européenne, ont exigé une gestion transparente et rigoureuse des projets liés à cette reconstruction. L’exclusion d’Amal, perçu comme un obstacle à ces exigences, pourrait accélérer les financements et permettre une meilleure coordination des efforts de reconstruction.
Une redistribution des pouvoirs : Entre opportunités et défis
L’exclusion d’Amal du ministère des Finances est une décision audacieuse qui pourrait transformer la dynamique politique libanaise. Elle offrirait une chance de réformes économiques significatives et d’une gestion plus efficace des finances publiques. Cependant, cette démarche comporte également des risques importants, notamment des blocages institutionnels et des tensions confessionnelles accrues.



