jeudi, février 5, 2026

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Liban : Arrestation de la trésorière de la municipalité de Saïda pour disparition d’un milliard de livres libanaises

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À Saïda, ville côtière du sud du Liban, une opération menée par la Direction générale de la Sûreté de l’État a mis en lumière une affaire de suspicion de corruption financière au sein de la municipalité. Le 5 février 2026, les autorités ont procédé à l’arrestation de la trésorière, désignée par les initiales H.Q., sur fond de disparition d’un montant estimé à un milliard de livres libanaises du fonds municipal. Cette intervention, ordonnée par le parquet financier, s’inscrit dans un effort plus large de préservation des fonds publics, alors que le pays continue de lutter contre les séquelles d’une crise économique profonde entamée en 2019.

Selon le communiqué officiel émis par la Direction générale de la Sûreté de l’État, section des médias, de l’orientation et des relations publiques, l’opération a été menée par la direction régionale du sud. Elle fait suite à une signalisation du parquet financier général. La trésorière a été appréhendée en raison de la perte d’un montant financier substantiel, évalué à environ un milliard de livres libanaises, soit l’équivalent de près de 11 000 dollars américains au taux de change stabilisé autour de 89 500 livres pour un dollar depuis fin 2023. Cette somme, bien que modeste en valeur absolue en raison de la dévaluation massive de la monnaie nationale, représente un enjeu symbolique fort dans un contexte où chaque ressource publique est scrutée.

La responsable de la division administrative et financière de la municipalité, identifiée par les initiales Z.D., ainsi que sept autres employés et membres du conseil municipal, ont été placés sous enquête. Le procès-verbal d’investigation a été scellé et transmis à l’autorité judiciaire compétente, conformément à ses directives. Cette procédure illustre la coordination entre les services de sécurité et le pouvoir judiciaire, un mécanisme renforcé ces dernières années pour contrer les pratiques irrégulières dans les administrations locales.

La municipalité de Saïda, qui administre une ville de plus de 100 000 habitants et joue un rôle pivotal dans la région du Liban sud, a réagi promptement à ces allégations. Dans un communiqué daté du 27 janvier 2026, elle a catégoriquement démenti les rumeurs circulant sur certaines plateformes médiatiques et réseaux sociaux concernant un encerclement de son bâtiment par les forces de la Sûreté de l’État. Elle a qualifié ces informations de dénuées de tout fondement et sans lien avec la réalité, particulièrement celles accompagnées d’un usage abusif du logo municipal. La municipalité a précisé que les mesures prises par la Sûreté de l’État s’étaient déroulées dans le respect total des procédures légales, avec une professionnalisme exemplaire et en coordination directe avec le maire.

Elle a révélé avoir entamé une enquête interne plus d’un mois auparavant, sur la base de rapports émanant d’employés du service administratif et financier. Conformément au procès-verbal de la session n°11 du conseil municipal tenue le 19 novembre 2025, une commission d’interrogatoire et d’investigation interne a été formée par décision officielle du maire. Un avocat de la municipalité a été mandaté pour suivre l’affaire sur le plan juridique, tandis qu’une coordination a été établie avec les instances officielles compétentes, notamment le Conseil de la fonction publique, afin de déterminer les mesures administratives et légales appropriées, en accord avec les lois en vigueur.

La municipalité a réaffirmé son engagement total à coopérer avec la justice et les appareils de sécurité concernés, en mettant à disposition tous les documents et dossiers requis. Cet engagement vise à établir la vérité dans son intégralité et à adopter les mesures nécessaires contre toute infraction ou négligence confirmée par l’enquête. Elle a insisté sur son respect du déroulement des investigations judiciaires en cours, s’abstenant de tout jugement prématuré, et a souligné que la protection des fonds publics et la préservation de l’administration municipale de toute suspicion de corruption constituent une priorité absolue et non négociable. Enfin, elle s’est engagée à informer l’opinion publique et les résidents de la ville de tout développement officiel en temps opportun, dans les limites permises par la loi et sans interférer avec le cours des enquêtes.

Cette affaire survient dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes au Liban sud, où Saïda, située à une quarantaine de kilomètres de la frontière avec Israël, a été affectée par les répercussions du conflit entre le Hezbollah et les forces israéliennes, qui s’est intensifié depuis octobre 2023 avant de connaître une cessation des hostilités en novembre 2024. La ville, qui abrite une population mixte et un port commercial vital, a vu son économie locale perturbée par les déplacements massifs de populations fuyant les zones frontalières. Selon les estimations de la Banque mondiale publiées en mars 2025, les dommages et pertes économiques cumulés au Liban dus à ce conflit s’élèvent à 14 milliards de dollars, dont 6,8 milliards pour les destructions physiques et 7,2 milliards pour les pertes économiques, avec des besoins de reconstruction évalués à 11 milliards. Le secteur du logement et des infrastructures a été particulièrement touché dans le sud, le mont Liban et la Bekaa, régions où Saïda joue un rôle de pivot logistique.

Les autorités locales de Saïda ont dû gérer un afflux de déplacés internes, estimés à plus de 64 000 personnes encore sans retour stable en octobre 2025, selon les données de l’Organisation internationale pour les migrations. Cela a accru la pression sur les ressources municipales, déjà limitées par la crise économique nationale. Le produit intérieur brut du Liban a connu une contraction cumulée de 40 % depuis 2019, avec une croissance projetée à 3,5 % pour 2025, revue à la baisse de 4,7 % en raison des tensions régionales et du ralentissement des réformes. L’inflation, bien que revenue à deux chiffres pour la première fois depuis le début de la crise, reste un fardeau, et le budget 2025 exclut le service de la dette tout en manquant de fonds pour une reconstruction à grande échelle ou une protection sociale étendue.

L’opération à Saïda s’inscrit dans une série d’initiatives anti-corruption menées par la Sûreté de l’État, qui a intensifié ses actions depuis 2025. En novembre 2025, par exemple, la Sûreté a confirmé un détournement de 260 000 dollars des fonds de la municipalité de Beyrouth, entraînant la détention du trésorier municipal par le parquet financier. De même, trois hauts fonctionnaires du département des finances régionales de Nabatiyeh ont été arrêtés pour pots-de-vin et extorsion de citoyens. Ces cas illustrent l’engagement des autorités à traquer les pratiques irrégulières dans les administrations publiques, particulièrement dans un pays où la corruption endémique a exacerbé la crise financière.

La stratégie nationale anti-corruption, adoptée en 2020 et mise en œuvre jusqu’en 2025, a permis des avancées notables, avec plus de 700 arrestations et la récupération de millions de dollars en 2025 seul, selon un rapport de la Sûreté de l’État. La Commission nationale anti-corruption, nommée en 2022, supervise ces efforts, alignés sur les engagements du Liban auprès de la Convention des Nations unies contre la corruption et le Cadre de réforme, de relèvement et de reconstruction pour le Liban. Le gouvernement formé en février 2025, sous la direction du président Joseph Aoun et du premier ministre Nawaf Salam, a fait de la lutte contre la corruption une priorité, promettant des réformes pour restructurer le secteur bancaire et aborder la crise des dépôts gelés depuis 2019.

Dans les municipalités libanaises, la corruption prend souvent la forme de clientélisme et de népotisme, hérités d’un système confessionnel qui favorise les réseaux d’influence. À Saïda, la municipalité compte un conseil de 21 membres, élu en 2025 sur la liste « Ensemble pour Saïda », soutenue par le Courant du Futur, les Forces libanaises et l’ancien maire Mohammad Saoudi. Le maire actuel, Mustafa Hijazi, ingénieur de formation, a remporté 11 des 21 sièges lors des élections municipales de mai 2025, marquant une continuité avec les dynamiques politiques sunnites dominantes dans la ville. Ce conseil administre une entité indépendante sur le plan administratif et financier, mais sous la supervision du ministère de l’Intérieur, et gère des services essentiels comme la collecte des déchets, l’entretien des routes et la distribution d’eau, dans une région où les infrastructures ont souffert des conflits récents.

Les implications de cette affaire pour la gouvernance locale sont multiples. Les municipalités libanaises, au nombre de 1 030 réparties en 26 districts, sont souvent des bastions de pouvoir politique et économique. Elles servent de vecteurs pour la construction d’influence, mais aussi de sites de privilèges, où les élections – reportées à plusieurs reprises depuis 2022 en raison de la crise – renforcent les réseaux clientélistes. À Saïda, ville historique et commerciale, l’affaire met en exergue les défis de transparence dans la gestion des fonds locaux, particulièrement quand les ressources sont rares. Le taux de pauvreté monétaire au Liban a triplé depuis 2019, atteignant 44 % en 2022, tandis que près de 80 % de la population souffre de pauvreté multidimensionnelle, incluant l’accès limité à l’électricité, à la santé et à l’éducation.

D’autres cas similaires ont émergé récemment, soulignant une tendance à l’échelle nationale. En mai 2025, deux fonctionnaires du port de Beyrouth ont été arrêtés pour la disparition de 42 000 dollars du trésor, dans le cadre des efforts de la Sûreté de l’État pour protéger les fonds publics. À Zahleh, une bande a été démantelée pour fraude, et à Marjayoun, des scandales ont conduit à des enquêtes approfondies. Ces interventions, souvent coordonnées avec le parquet financier, visent à restaurer la confiance dans les institutions, alors que le Liban reste en défaut sélectif et progresse lentement vers un programme avec le Fonds monétaire international.

En février 2026, les autorités libanaises poursuivent leurs investigations à Saïda, avec une attention accrue sur les mécanismes de contrôle interne des municipalités. La Sûreté de l’État, en collaboration avec le Conseil de la fonction publique, examine les procédures comptables pour prévenir de futures irrégularités. Parallèlement, des réformes législatives, comme la loi sur la récupération des pertes bancaires draftée fin 2025, pourraient influencer la gestion des fonds publics locaux, en imposant une plus grande transparence. Dans le sud, où les besoins de reconstruction post-conflit s’élèvent à des milliards, ces efforts sont cruciaux pour éviter que les aides internationales ne soient détournées. Les autorités ont déjà récupéré des millions de dollars en 2025 grâce à des opérations similaires, marquant une intensification de la vigilance sur les administrations territoriales.

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Newsdesk Libnanews
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