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Liban : L’État cherche des alternatives aux eurobonds : vers un plan B ?

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Le Liban traverse une crise économique et financière sans précédent depuis son défaut de paiement en mars 2020. L’effondrement de la livre libanaise, une inflation galopante et une paralysie institutionnelle ont plongé le pays dans une spirale de désespoir. Au cœur de cette tempête, le dossier des eurobonds, ces obligations libanaises libellées en devises étrangères, demeure irrésolu. Face à l’incapacité de mettre en œuvre des réformes exigées par les institutions internationales, l’État explore des alternatives, parfois audacieuses, comme le recours aux réserves d’or de la Banque du Liban (BDL). Mais ces pistes, souvent qualifiées de « plan B », soulèvent des interrogations : peuvent-elles réellement sortir le Liban de l’impasse, ou ne sont-elles qu’un palliatif temporaire ?

Le fiasco des eurobonds : une dette insurmontable
En mars 2020, le Liban a fait défaut sur une échéance de 1,2 milliard de dollars d’eurobonds, marquant un tournant dans sa crise financière. Avec une dette publique estimée à plus de 90 milliards de dollars, soit environ 170 % du PIB à l’époque, le pays s’est retrouvé dans une position intenable. Cinq ans plus tard, les négociations avec les créanciers internationaux, détenteurs de ces obligations, restent dans l’impasse. Le président de la République a récemment évoqué un possible règlement partiel, mais les conditions imposées par les partenaires internationaux, notamment le Fonds monétaire international (FMI), constituent un obstacle majeur.Le FMI conditionne son aide à des réformes structurelles : unification des taux de change, restructuration du secteur bancaire et adoption d’une loi sur le contrôle des capitaux. Ces mesures, si elles étaient appliquées, mettraient en lumière les pertes colossales du secteur bancaire, estimées à plus de 70 milliards de dollars. Ces pertes, fruit de décennies de mauvaise gestion et d’un système de Ponzi implicite où les dépôts des clients finançaient la dette publique, sont au cœur de la crise libanaise. Pourtant, les progrès sur ces réformes restent minimes, bloqués par des intérêts politiques divergents.

Les exigences du FMI : un défi politique
Depuis 2020, le FMI propose un plan de sauvetage de 3 milliards de dollars sur quatre ans, mais ce soutien est subordonné à des réformes profondes. L’unification des taux de change, par exemple, mettrait fin au système de taux multiples qui a favorisé la spéculation et la fuite des capitaux. Cependant, cette mesure révélerait l’ampleur des pertes bancaires, un sujet politiquement sensible dans un pays où le secteur bancaire était autrefois un pilier économique. La réforme de la Banque du Liban, accusée d’avoir financé les déficits publics à perte, et l’adoption d’une loi sur le contrôle des capitaux, bloquée au Parlement, sont également des points de friction.Selon le quotidien Al Sharq, les autorités libanaises peinent à convaincre leurs partenaires internationaux de leur engagement en faveur de la transparence et de la rigueur budgétaire. Une mission technique du FMI est attendue à Beyrouth début septembre 2025 pour évaluer les progrès réalisés. Cette visite sera cruciale : un échec pourrait geler les aides d’urgence et les lignes de crédit nécessaires pour soutenir des secteurs vitaux comme la santé, l’éducation et l’énergie. Mais les divisions politiques et la réticence des élites à assumer le coût des réformes rendent l’issue incertaine. Comme le note un observateur, « le problème n’est pas seulement économique, il est avant tout politique. Les dirigeants savent ce qu’il faut faire, mais craignent les conséquences sociales et électorales. »

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L’or de la BDL : une bouée de secours illusoire ?
Face à l’impasse des négociations, certains proposent de mobiliser les réserves d’or de la Banque du Liban, estimées à 286 tonnes et valorisées à environ 15 milliards de dollars aux prix actuels. Ce stock, l’un des plus importants par habitant au monde, est perçu par certains comme une solution potentielle pour obtenir des financements ou rembourser une partie de la dette. Cependant, cette idée est loin de faire l’unanimité.L’or de la BDL est un actif stratégique, garantissant une certaine stabilité monétaire dans un pays où la livre a perdu plus de 95 % de sa valeur depuis 2019. Vendre ces réserves ou les utiliser comme garantie risquerait d’éroder davantage la confiance des investisseurs et des citoyens. De plus, une telle décision nécessiterait un consensus politique, quasi impossible dans un Liban divisé par des luttes sectaires et des rivalités personnelles. Les créanciers internationaux exigeraient également des garanties sur la gestion des fonds, un défi dans un pays gangréné par la corruption. Enfin, cette option pourrait être perçue comme une tentative de contourner les réformes du FMI, aggravant la méfiance des partenaires étrangers.

Les banques : actrices et victimes de la crise
Le secteur bancaire libanais, autrefois vanté comme un modèle de stabilité, est aujourd’hui au cœur de la crise. Pendant des décennies, les banques ont prêté massivement à l’État et à la BDL à des taux d’intérêt élevés, utilisant les dépôts des clients pour financer la dette publique. Ce système, qui a enrichi l’élite financière et politique, s’est effondré lorsque les flux de capitaux se sont taris. Depuis 2019, les déposants n’ont plus accès à leurs économies, et les restrictions bancaires ont alimenté la colère populaire.La restructuration du secteur bancaire, une exigence clé du FMI, impliquerait de reconnaître officiellement les pertes et de décider qui en assumera le coût : actionnaires, grands déposants ou l’État. Cette question divise la classe politique, certains défendant les petits déposants, d’autres protégeant les intérêts des grandes fortunes. Selon des estimations, recapitaliser les banques pourrait coûter entre 20 et 30 milliards de dollars, une somme hors de portée sans aide extérieure. En attendant, le secteur reste paralysé, incapable de jouer son rôle de moteur économique.

Un plan B ou une fuite en avant ?
Faute de réformes, l’État explore des solutions de court terme. Outre l’or de la BDL, des idées comme l’émission de nouvelles obligations en livres libanaises ou le recours à des financements régionaux, notamment du Golfe, sont évoquées. Mais ces options sont fragiles. Les obligations en livres libanaises, dans un contexte de dévaluation massive, risquent de ne pas attirer d’investisseurs. Les financements régionaux, quant à eux, dépendent d’alignements géopolitiques complexes, difficiles à concrétiser dans un Liban tiraillé entre influences rivales.Pour les experts, ces alternatives ne sont que des expédients. « Sans accord avec le FMI, il n’y aura ni restructuration de la dette, ni retour de la confiance, ni reprise économique », prévient un économiste à Beyrouth. Pourtant, la classe dirigeante, accusée de privilégier ses intérêts à court terme, hésite à s’engager dans des réformes impopulaires. La population, confrontée à des pénuries d’électricité, de médicaments et à une inflation écrasante, manifeste une défiance croissante. Si les protestations massives de 2019 se sont essoufflées, une nouvelle explosion sociale n’est pas à exclure.

Perspectives incertaines
À l’approche de la visite du FMI en septembre 2025, le Liban se trouve à un tournant. Les autorités doivent prouver leur capacité à mettre en œuvre des réformes crédibles pour débloquer l’aide internationale. Mais dans un pays où les institutions sont paralysées et les intérêts particuliers prédominent, les progrès restent lents. Les alternatives aux eurobonds, qu’il s’agisse de l’or de la BDL ou d’autres palliatifs, ne suffiront pas à résoudre les problèmes structurels. Seule une refonte profonde du système économique et politique, soutenue par un effort international coordonné, pourrait offrir une lueur d’espoir. En attendant, le Liban reste suspendu au-dessus du vide, entre promesses non tenues et espoirs déçus.

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